LIVRE NEUVIÈME
seigneurs de Rohan , de Bourdillon , de Rendan et secrétaire Bourdin , s'estoient retirés malades.
Manda aussi qu'il n'y a place , pour bonne qu'elle soit aujourd'huy , de la défence de laquelle on puisse bien espérer par la main de gens désespérés , et lesquels aujourd'huy ou ne sçauroit secourir d'un seul prest pour un jour tant seulement.
Le vingt-quatriesme aoust, le mareschal, voyant Tabscnce de M. de Pcquigny , gouverneur de Monlcalvé , jccta dedans le capitaine l'Isle , sergent majeur , qui délibéra de la défendre au prix de sa vie , avec plusieurs autres capitaines qui y estoient.
H mit pareillement dans Sainct Damian , où commandoit le sieur de La Rivière, son cousin , les compagnies des capitaines Vieux- Pont, La Gastine, Bertlieille, Laval de Vivarets , de Richelieu , et du comte de Vis(]ue , Italien , lesquels , l'armée ennemie estant venue rccognoistre la place , la tindrcnt à Tescarmouehe par l'espace de quatre heures , dcmeurans morts ou blessés plus de sixvingts des ennemis, et cinq des nostres seulement.
De là les ennemis montèrent vers le cliasteau de La Cisterne , où commande le capitaine Torquato Toilo , qui leur tua encores quelques gens ; et puis ils se retirèrent.
Leur armée vint loger à Valfenieres le vingt-sixiesme , où elle séjourna deux jours attendant quatre mille hommes et trois cens chevaux vcnans de Novarre ; pendant qnoy le duc de Sesse vint recoguoistre l'assiette de Butigliere , et de la, tournoyant la campagne , s'advança jusques à Rive , à un quart de lieue de Quiers ; et puis , se retirant , passa près Villeneufve d'Asl , où le sieur de Briquemaut commande, et où le sieur de La Motte Gondrin, ancien gouverneur, estoit venu faire un tour, et lequel les salua aussi rudement que les autres, avec une partie de la cavalerie de M. d'Ampville, qui estoit là par passade seulement.
Leur force estoit de vingt-deux à vingttrois mil hommes de toutes nations , de trois mil chevaux , vingt pièces d'artillerie et trois mil prisonniers.
Le mareschal cq^endanti pour pourvoir à
MÉMOIRES DE BOÎYIN DU VILLARS
la scureté de ses places , meit dans Mont callier le sieur de Caillac , le sieur de Gonnort à Quiers , le duc de Somme à Carmagnoles , assisté du colohnel Cheramont , tous avec forces convenables ; et ayant sceu que La Trinité fuisoit feste au duc do Scsse de la prinse de Saviglan , il envoya dedans Montbazin (le gouverneor, La Molle , estant malade) avec force sullisante, lequel dès son arrivée fit si diligemment travailler à la fortification , que la place fut mise en peu de jours en bon estât.
• A Cental fut envoyé le capitaine Pierre Longue gouverneur , avec sa compagnie , celle de M. le prince de Condé, colonel gênerai au lieu du vidame , commandée par le capitaine Quinson ; celle de La Cassette , et une d'Italiens.
A Busqué le sieur de Montemar , avec trois compagnies , et à Ravel le capitaine La Garrigue , avec une compagnie de renfort ; mandant pour le surplus au roy qu'ayant faict tout ce que son jugement et sa puissance pous voient porter , il laissoit le reste en la main de Dieu; qu'il n*estoit plus temps de consulter et de s'amuser , ni sur su prudence , ni sur raflcction de luv , car l'un et l'autre estoiont reduicts au dernier acio de la tragédie ; mais bien à diligemment pourvoir et de forces et d'argent; autrement qu'il no failloit plus attendre nouvelles que celles de la perte do partie de Testât , dans la ruyne duquel son frère et luy estoient préparés de s'ensevelir.
Le vingtiesme juillet, le roy, commençant, mais un peu trop tard, à croire que l'ennemi fust puissant en campagne , manda au mareschal qu'il eust à se résoudre sur la défensive seulement , et , à ces fins , qu'il eust à pourvoir les places au mieux qu'il pourroit, sans toulesfois luy envoyer un soûl denier. A quoy tout soudain il respondit qu'il avoit desjà satisfuict à tout cela auparavant (pi'il le luy eust mandé , mais que d'en bien espérer il ne pouvoit faire , si tout soudain vSa Majesté ne luy faisoit tenir trente ou quarante mil escus pour pourvoir à toutes choses , et qu'avec ce secours il fileroit et joueroît si I)ien aux barres avec Tennomi , que peut-eslre se repentiroii-il de s'esire si fort advancé dans le Piedmont.
Cependant l'armée ennemie panh de ValliBnieres , et vint passer aux. portes de Canagnoles , oii estoient encores , avec le duc di Somme , le sieur de Maugeron et la plvspal de la gendarmerie du mareschal , lesqueb m jocterent dans les anciennes tranchées de II ville , de peur que l'ennemi ne gasiast les fauxbourgs. Ils attaquèrent par plusieurs » carmouches les ennemis, mais ils n*^ vodirent jamais mordre , ains tous serrés alkral ce soir mesmc loger à Sommcrive , et le leidemain h Marines, à deux milles de Saviglai, auquel ils n'osèrent dire mot. De là ils 8*ei allèrent donner à Cental : quoy voyans cm de dedans , ils mirent le feu de tous costA dans les fauxbour^^s. Coste vîllette estant le plus abondant grenier h bled de tout le Piedmont , voire de toute la Lombardie , cela dUk avoir invité l'ennemi à l'attaquer , espérant j trouver de quoy fournir Fossan , Cony et loM l'armée ; comme à la vérité ils firent. Le miresclial en donna ad vis au roy , luy roambel que s il avoit tant seulement de quoy ponfor ft tirer à la campagne quatre mil hommes et h cinq cens chevaux , qu'il empescheroit Uei h que les ennemis n'auroient pas les coudées li p franches qu'ils avoient aujourd'huy, i m très-grand regret, et qu'il s'en alloît àùrmagnolles pour considérer de plus près le«i actions. Il ne fust pas plustost arrivé là M le sieur de Gonnort , son frère , qu'il Vfà mené avec luy, qu'il eust nouvelles qu'il esiA arrivé on Ast de quatre ù cinq cens chevan, trois mil hommes de pied , qui venoient traiver l'ennemi à Cental , traversans par les boii de Cerizolles avec une grande suitte de vr vres , d'argent et de marchandises , plosiecs gentils-hommes et oflicicrs de l'armée.
Tout soudain il tira de Quiers, de Villeneufve et de Thurin , environ trois cens chevaux et neuf cens hommes de pied , et manli diligemment à ceux de Sainct-Damian, deLi Cisterne et d'Albe , qu'ils eussent aussi à se^ tir aux champs et suivre les ennemis i il piste , les agaçans et travaillans tonsjonrs jiBques audict Corizollcs , où le sieur de Gonnort se irouveroit avec bonnes forces potf leur donner on teste , et eux au mesne iiK stant par la queue. Soudain il fist desb^ les sieurs de Gonnort et de Wappatm, iMi
ilYRE NEUVIÈME,