DIXIÈME
r'acoutrer le chasteau de Roques-Parviere et mis dedans cent hommes , pour tenir tousjours en guerre et alarme ceux de Cony.
Et pour autant que ceux qui liront ces Mémoires, ne sçachans la qualité des forces qui estoientlors en Piedmont, pourroient divaguer parmy les jugemens confus , je leur ay voulu représenter la substance de ce qui en fut mandé au roy par ledict sieur de Croz.
Aux compagnies de gendarmerie de messieurs les mareschal de Brissac , de Gonnort, d'Ampville, d'Ossun, Terrides et comte de Beines, environ trois cens dix hommes d'armes.
Es compagnies de cavalerie des sieurs Hierome et Ludovic Birague, Francisque Bernardin , La Motte Gondrin , Sainct-Chaumont, de Chavigni, de Peloux, de Morette, Theode Bedaigne , Scipion Vimercat , de Lais« sin , capitaine Loup , et Jean Scrime , Albanois, environ sept cens chevaux, sans lesargolets de La Curée.
En trente -sept compagnies de fanterie françoise , chacune à cent cinquante hommes , de quatre à cinq mil. En vingt et une compagnies italiennes , environ trois mil. En treize compagnies de Suisses , deux mil quatre cens. En dix compagnies de lansquenets , deux mil cinq cens.
Toutes lesquelles forces ne sont entretenues , depuis douze ou quinze mois , que de prests qui leur sont faits de sepmaine en sepmaine , et qui peuvent à peine suffire pour les escbarcement nourrir; de manière que, vivans en ceste misère , il n'a esté possible de leur faire faire monstre , ny les tenir complettes. D'y apporter des médecines plus fortes que le temps ne requiert , c'eust esté bouleverser Testât mal à propos. Qu'il est arrivé à Gennes une galère venant d'Espagne, qui a porté nouvelles qu'il y estoit arrivé trois millions d'or venans des Indes , tous lesquels sont inexorablement destinés pour la poursuite de la guerre , tant en Italie qu'en Flandres, où les deniers estoient tousjours portés sur un petit vaisseau à rames qui alloit surgir en Angleterre , et delà aux Païs- Bas ; qu'il s'estonnoit que les Normants ne l'attrappoient.
MÉMOIRES DE BOYYIN DU VILLARS
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Que les seigneurs des causons , ayant nouvelles que les Suisses n'esloicnt payés de leur solde , avoient envoyé prier le mareschal ou de les faire promptemcnt payer ou les licen* lier tout à faict , avec anest de leurs rooUes , Gonforoicment h leurs capitulations ; et que si le coronncl Apro n eust tenu ceste instance se* crettc , que tout son régiment se scroit soudain desbandé à la ruyne de Testât, et à quoy il n*a moyen de pourvoir s il ne plaist à Sa Majesté le luy soudain envoyer avec quelque secom's pour les autres.
QuelcsMilanois, voyant un hyver $i beau, faisoicnt grande instance au duc de Sesse d'aller assaillir Valence, promettant à ces fins lui fournir vivres , pionners et poudres , au parsus ce qu ils avoient desjà contribué en deniers, et dont il leur donnoit e^erance tout aussi tost que ce qu*il attendoit d*Âlleroagne seroit arrive.
Que la longueur des pourparlers de paix apportoit tout en un coup cinq ou six gi^ands inconvenicns : Tun que Tcnnemy , comme con* sidéré et prévoyant, alloit plus que jamais préparant la force pour s'en faire croire ; que la France , par le contraire , faisoit de tous coslés démonstration de courage abattu , de foiblessc et de nécessité; qu'elle ne tenoit compte de repousser les injures et les desrepulations qu'elle reeevoît tous les jom*s es roesmes choses de longue-main preveues, et qui estoient en sa main ; que tous ses propos et toutes ses actions ne chantoient que mesnagement et casserics , au lieu d'un renfort propre à corriger les erreurs du passé, etadvancer la fortune ; qu'elle no{;Iigcoit vingtcinq ou trente places qu elle avoit toutes réduites au desespoir, pur faute de payement, que la plus-part d'elles ostoient sur !« poinct de se perdre : que le païs , levant , comme il faisoit , les oreilles au bruit de la paix , se monstroit mal endurant et mal traictable à tant et tant de charges qu'il liiUoit qu'il suportast , par le défaut des payemens qui dévoient venir de France , et dont il cstoit deu plus de neuf mois ; et de faict , qu'on avoit desjà estoint trois ou quatre conspirations dressées dans aucunes des places , que Dieu avoit miraculeusement descouvertes ; que toutes ces façons de faire estoient instrtunens
propres , non pas pour donner k loy à m paix et à une trefve , comme on avoit gei»reusement faict à celle de oâ, tant et tant hofr^ norable , ains pour recevoir Vesperon anfav et le mords en la bouche ; que les armes Uet ordonnées , et non les paroles et les prcmeises , estoient celles qui donnoiem les vicloic^ le repos et la gloire , qui loutesfois ne peitvent estre conservés que par rassislaoçç dn mesmes armes et de la justice ; que jusqn^i ceste heure ici il avoit Dieu et lie monde pot tesuioins que , pour grands qu'eussent sot* vent esté les orages de l'estat, il n*avoittoiit«|fois jamais perdu courage ny obmi$ chnn quelconque , qui peust servir à la comumtion et advancement d'iceluy , jusqu à engafii et le sien et celuy de ses amis ; mais qu'sijourd'huy que les capitaines et gonvenmn des places luy estoient venus onverteMN protester qu'ils ne les pouvoient |dus ganhr« ny retenir leurs soldats qu'ils ne s*en aHMsent , qui en France, et qui avec les ennsai^ force luy estoitde protester, avec toute h i^ yerence et honneur qui est deu par le seni* teur au maistre , que si son plaisir n'est d'y promptement pourvoir, qu'ii s'en lave kl mains , et qu il s'enfermera dans la meilleon place qu'il pourra pour là combattre jwqoai à la dernière goutte de son sang , el qu parmy tant d'indignités et de misères c'^sîoit la plus glorieuse sépulture qu'il pouvoit choisir et pour luy et pour son innocence. So^ plie très-humblement Sa Majesté de crmn que ce n'est frayeur, lascheté ny presomptin qui l'ont conduict à la liberté de ceste nmonstrance et protestation, ains le fernM zelle qu'il avoit à b gloire et à radvancenoC de son prince et de sa patrie ; et qu'en coinivant parmy la vérité, ce seroit plosloft vouk)ir trahir que servir son maistre , aoqitfl il avoit tant de mémorables obligations : umh tesfois que là où Sa Majesté seroit lasse de recevoir tousjours de luy les mêmes Ixms sffvices qu'il avoit continuellement rendus , et en esprouver d'autres , que la liberté denMiroit es mains d'elle de s'en délivrer à toutes heures , et dont le regret seroit bien lost cscoulé y ayant de longue-main apprivoisé fOi ame à ne se hausser ny ravaUer pour la booii ny pour la mauvaise fortune : aussi Un f
[i$5»] LIVRE DIXIÈME.
a-il aucoBS qui tiennent qu'il ne faut jamais comaiettre le fort des affaires à un homme seul , estant fort difficUle , disent-ils , qu'une mesme personne soit tousjours prudente et heureuse.
lA liberté de ceste remontrance n'estonna pas. moins le roy que messieurs les cardinal é^ Lorraine et duc de Guise , qui là dessus 4epescherent gens de tous costés pour faire piOjrter quelque secours de deniers audict Piedmont , ce qui leur donna commodité à la coAtinuatiou des presls seulement \ prians le msuçeschal de croire qu'on faisoit tout ce qu on pouvoit pour luy, et qu'on estoit après à faire des partis pour plus avant le secojurir, tandis qu'on adviseroit ce qu'il advicndroit de la paix ou de la trefve ; et que monseigneur Iç counestable, qui cstolt de retour de prison, TadYanceroit bien-tost ou nous rejclteroit puis avant que jamais dans les armes.
Su dernier janviec, monsei{[neur le counestable manda au mare^chal son retour, avec ûi mesme amitié et dévotion envers luy qu'il s^voit toujours eue; qu*il avoit sccu comme tQutçs choses passoient en Pîedmont , par la bpuche du sieur de Gonnort , son cousin , et qu il liendroit la main à ce que les affaires priassent meilleur ti*ain qu ils n'avoient f^ict pendant sa prison , et que selon ce qu'il remai'queroit au faict de la paix , qu'il le feroit convenablement renforcer \ et qu'il fust de soji costé diligent à luy escrire de jour à autre tout ce qui passeroit de delà ; et que , comme parent et amy qu U luy estoit, il avoit trouvé cela fort mauvais qu'il eust demandé congé au roy de chastier et de casser plusieurs capitaines qui étoicnt à ïhurin ou ailleurs , qui ne tcnoient compte de retourner à leurs bandes , ou qui sans congé s'en retouruoient en France , d'autant que l'auctorité d'yn mareschal de France estoit si grande , qu'il ne devoit demander congé sur les propres choses qui estoient de son gibbier, comme estoient celles-cy, non seulement dans son gouvernement , mais hors d'iccluy aussi.
M. de Cordes manda à Gonnort , frère du maresdial , que s'eslant le roy mis à luy demander des affaires de Piedmont , il estoit tombé sur le propos de la demie bataille par
lors peu tenir de dire à Sa Majesté que la gloire et l'honneur en estoient deus à luy seul^ et non à ceux qui s'en estoient vanté trop avant; de quoy elle luy avoit respondu qu'elle n'avoit sceu qu'aucun s'en fust avancé à son préjudice , et que si aucun Tavoit faict qu'elle mesme luy en eust faict le reproche, sça<chant assez que Dieu et la vertu de Gonnort en avoient demeslé le combat.
Qu'ayant sceu que monseigneur le counestable s'en revenoit de Dourlans, qu'il estoit allé au devant de lui , et que la première chose qu'il luy avoit demandée ç'avoit esté de luy raconter au vray la rencontre que son gros cousin avoit eue avec l'ennemy , et de laquelle il estoit sorty avec tant d'honneur, et dont il s'esjouissoit infiniement.
Le mareschal demeura fort contant de ce retour et de ceste Visitation , estimant « comme font ordinairement les malades , que changement de lict amoindrira leur mal. Il en remercia toutes-fois le counestable, et de Tadmonition qu'il luy avoit faicte sur Tauctorite de sa charge , le suppliant croire que ce qu'il eu avoit faict n'estoit point par faute de recognoislre son auctorité , mais pour-autant que depuis sa dctenlion il avoit esté par tout tant des-favorisé , qu'il n'estoit pas jusques à des privés capitaines , et jusques aux soldats « qui n'eussent trouvé de l'apuy et de la faveur contre luy, et jusques aussi à renverser les mêmes choses qu'il avoit faictes , ou par correction ou pour l'advancement des affaires de Sa Majesté ; que pour ne le travailler de la longue lecture de ses lettres , il avoit escrit au sieur de Gonnort , son frère , tout ce qu'il avoit à luy dire et à luy rcmonstrer, tant sur les affaires du roy que pour son particulier ; et qu'en fin si Sa Majesté n'avoit moyen de continuer la guerre , qu'au moins pour peu de temps elle fist un si grand effort d'armes, que la paix ou la trefve en fussent plus favorables et plus honnorables qu'autrement elles ne seroicnt'pas.
Du soiziesme février, le mareschal donna advis au roy que la garnison des ennemis cstablie à Frasinet de Pau, qui travailloit Casai, estoit sortye en gros pour tuer hommes et femmes allans au bois; que La Motte Gou-
lu y donnée à Ccrisoles , ^et qu'il ne s'cstoit drin, qui en avoit eu ladvis, leur avoit
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
dressé une forte embuscade par les mains des sieurs de Belle{rarde et Scipion de Yimercat , et qu'ils avoient si bien estrillé les ennemis , que seize cavaliers et deux cens hommes de pied y estoient demeurés pour les gages.
Du vingtiesme février, il fit aussi sçavoir au roy qu*il avoit receu deux lettres de M. de La Motte Gondrin , par lesquelles il luy donnoit advis que le due de Sesse avoit envoyé à Villeneufve , delà le Pau , deux mil hommes de pied, quatre cens chevaux et mil pionniers; à Frasînet de Pau une grosse trouppe avec les ponts à basteaux ; qu*il faisoit tirer du chasteau de Milan trente canons , sans les douze qui estoient tout prests à Pont-de-Sture; qu'il faisoit lever douze nouvelles enseignes d'Italiens et deux régimens d'Allemans, foisant estât d'avoir jusques à quarante-cinq mil hommes et quatre mil chevaux en campagne, et que auparavant que s*y jetter il leur fera donner & tous une paye , sans les deux qu'il portera encor avec luy dans Tarmée ; et que resoluement Qs veulent battre Valence, et puis Casai qui est à demy assiégé : il y a tantost cinq mois que le vin commence d'estre si cher (bns ledict Casai, que le muyd couste vingt-cinq escus.
Que de contraindre la ville à leur fournir vivres , ce seroit une grande impieté de travailler ceux qui n'avoient manqué de secourir les soldats , et qui avoient prins les armes à la faveur du roy, de la Msyesté duquel ils craignoient en fin d'estre abandonnés et remis entre les mains de gens qui auroient peu de pitié d'eux ; qu'il fiiisoit travailler à la fortification, mais que, n'ayant pionniers ny argent pour en recouvrer, il n'avançoit guieres, ores que les soldats y travaillassent quelque peu.
Pendant que le mareschal donna ceste nouvelle au roy, il fit tant et tant d'efforts, qu'il recouvra vingt mil livres pour les porter au secours de Casai , et dont il donna la charge au capitaine Tibauld Visconte, et à l'enseigne du sieur de Bellegarde, ayans environ trente bons chevaux et cent arquebusiers à cheval qu'ils dévoient laisser dans la place par forme de renfort. Or , comme un desastre est toujours suivy de l'autre , c^ *!»"» gentils-hommes , ^ fttoient de ^ , se trouvèrent
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toutes-fois enveloppés dans deux tab^s^ qui les forcèrent après on long comlm \h. sieurs furent prins prisonniers, et pn^-v tout l'argent aussi, fors environ àx v&ht^ que dix chevaux qui se sauvèrent tt^a^ dans Casai. Ce desastre fut grand , n^s t»»^ pour sa qualité comme par b conûkr^ du temps et des aflaires d'alors; deqi^; donna advis à Sa Majesté , pour d^aotas ^ l'eschauffer à mieux pourvoir an ^ qu'elle ne faisoit. Trois sepmain^ apm 5. tant venu quelque peu d'argent de Frs^* il en secourut la garnison de Casai et Valar^ mais avec si bonne escorte que toot db j sauveté.
En ces entrefeictes ceux de Yalence ans nouvelles qu'à une lieue d*eiix 0 yaT(m^ cens hommes de pied et cinquante cï^xisi qui se rafiraischissoient en certains vSis^,, ils les surprindrent si à propos que toot h^ deffaict , et le reste emmené prisonnier 2v< force bestail qu'ils trouvèrent près de là. 1/ sieur Scipion Yimercat, exécuteur de ï^^ prinse avec le sieur de Montforc , sceat pr k voye du mareschal que son père estoit m; et qu'il avoit supplié le roy de Iny doiiirla compagnie qu'il avoit , avec la chaire ds fortifications et vivres , ce qu^eUe lu; im. accordé.
Du sixiesme mars , le roy mandi ao breschal qu'il estôit sur le poinct de Iny 1^ voyer un gentil-homme avec Yesizi des 0»^ velles forces qu*il luy vouloit envoyer, et i Lyon un autre pour faire des partis an r^ ^ vrement de deniers pour le payement dar renfort et des garnisons anssi.
Du vingt-septiesme , il manda à Sa ïajec^ qu'il la supplioit que ce renfort finst tel qse. l'ennemi s'obstinant aux aieges de Yaieiee e^ de Casai, il peust dcmner la bataille arecid advantage qu'il y eust de qnoy espérer la ^'* toire, et qu'il foloit en cest endroictqi^^i Majesté considerast que nul péril s^acbefe.;.mais sans peine, et que celuy à qui Diea âf.neroit U victoire disposeroit du tom, 00 ir partie de Testât de l'autre ; que pour \mi s seur il foloit avoir quatre ou cinq cens biî* hommes d'armes , un corps de six mil Sois^ de huict mil François , de quatre mil Itîib et d*autant de lansquenets ; que par ce s»; ;
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