LIVRE DIXIÈME
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lorable paix que Fut cesie-cy, et ccste de main en main la ruyne de Testât ,' (ne il advint depuis ; de la prospérité du estât ce seigneur estoit si grand zelay que quand j'arrivay en Piedmont et je commençay à luy discourir ce qui oit passé, ce bon seigneur ne se peut ' de dire en * exclamant : « O misérable ce ! à quelle perte et à quelle ruyne t'esaissé ainsi réduire , toi qui triomphois sus toutes les nations de FEurope ! » Et vérité ceste paix luy estoit si à contrer , que durant deux mois tous ses propos oient autres que plaintes et regrets , les-' s il porta jusques à désirer de s*aller iner en quelque maison riere les terres V^enitiens. Je luy ouis depuis assez sourepeter ce huictain :
;i nostre vie est moins qa^anejoDrnée, la retemel si l*an qui fait le tour Ihasse nos jours , sans espoir de retour; ii périssable est toute chose née , {ue soDge tu , mon ame emprisonnée 7 ^ourquoy te plaist Tobscur de nostre jouTi )t pour voler en on plus dair sejoor 'u as au dos Taisle bien empenée?
mt y a que la paix fut publiée le sixiesme , au contentement d^aucuns , et au rede plusieurs villes et d*infinis seigneurs , ils-bommes , olBciers et soldats , le glo-' c labeur et valeur desquels demeuroît le et à eux et à la patrie aussi. pour autant que la suitte de ces Hemoiequiert qu'on représente ce qui passa edmont durant le voyage des trois maleux mois que j*employay en France »
illant après ceste hideuse paix, j'en tbuly icy un mot en passant, et puis je reiray la suitte de ceste paix, premier jour de mars , le roy, renvoyant on de Vimercat en Piedmont , manda au scbal quel estoit le renfort qu'il luy vounvoyer dans peu de jours : luy, estimant ;;e n estoient que paroles dont on le von* amuser, manda à Sa Majesté qu'il ne anceroit jamais h dire qu'il fust ny trop d ny trop petit ; mais que bien asseure-' I Sa Majesté de deux choses : Tune , que I ce qu'il seroit et le temps auquel il aroit, que luy et tous ses autres serviteurs
travailleroient et de corps et d'esprit à le mcsnager à l'utilité et grandeur de Sa Majesté, laquelle en ses affaires, qui vouloient une proàiptc et subite resolution , se laissoit gai«gner et accabler par le temps qui desroboit l'argent et les occasions ; car auparavant les inconveniens de Cental et Montcalvé , preveus et tant de fois remonstrés , elle eust peu avec trois cens mil livres , employées pour un bon coup, non seulement les divertir, mais peut eslre aussi porter sa frontière à demie journée de Milan et à deux de Gennes, qui servoient d*abondante fontaine aux ennemis pour faire teste aux forces de Sa Majesté , ce que lors ils n'eussent peu faire , et , ne le faisant pas , leurs crieries à l'endroict du roy d'Espagne eussent apporté une glorieuse paix.
Que par Testât de ce renfort , Sa Majesté couchoit ce qui est au Piedmont pour cinquante enseignes de François et vingt et une d'Italiens, cellesr<;y à raison de cent cinquante hommes , et les autres de deux cens , sur lesquelles la longueur de la nécessité et des travaux avoit apporté tel déchet » qu'il ne pouvoit compter tout cela que pour six mil hommes » et qui se faisoient acheter , recognoissans la difficulté et la despence qu'il y a à en faire venir de France ; que la mesme tare estoit parmy la gendarmerie et la cavalerie , auxquels il estoit deu de sept à hùict mois 9 et la pluspart sans capitaines; qu'il n'y avoit que les Suisses et lansquenets qui estoient assez complets , mais que ny les uns ny les autres ne se pouvoient remonter ny reprendre courage, si les uns ne touchoient un quartier, et la fanterie un ou deux mois à un seul coup; qu'il y avoit beaucoup plus d'udiité de prendre pour un notable effect , tel qu'estoit celuy qui se presentoit, trois cens mil escus à interests, que d'en payer peu à peu , el par morceaux , quatre cent mil qui ne profiteroient de rien et qui ne contenteroient personne.
' Qu'il y avoit quatre ou cinq places dont les gouverneurs estoient absens , conune aussi estoient dix ou douze capitaines de fanterie, tous lesquels ne tenoient compte de s'en revenir si Sa Majesté ne le leur commandoit fort expressément.
BSO
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
Que sî Sa Majcslé avoit recogncu que les services du sieur de La Molle Goudrin eussent merilé la compagnie de {jendarmcrie qu elle luy avoit promise il y avoit plus d'un an , que ce luy csloil aiijourd*huy une fort grande défaveur d'en avoir vcu passer cinq avant luy î l'exemple duquel en descourage beaucoup d'autres par les services que chacun sçait quil a rendus.
Qu'il supplioit Sa Majesté commander au sieur de Bellegarde de s'en revenir diligemment en Piedmont , d'autant que c'est un gentil-homme de telle prudence et valeur , qu'il est fort bon à jectcr dans les places où les ennemis se pourroient addresser.
Se plaint aussi que quand il faict quelques remonstrances sur la nécessité des deniei*s , qu'on luy mande tousjours que c'est tout ce qu'on a peu faire pour luy, tout ainsi que s'il s'agissoit en cest endroict , non de Tinte^ rest de Sa Majesté , mais du sien en particulier , duquel toutesfois il faict si peu d'estat, qu'auparavant de se plaindre de ses nécessités, quoy qu'extrêmes , il vendroit plustost son bien paternel ; mais que quant à l'affection envei*s son prince, elle esloit telle, qu'il voudroit que la ibrce de ses bras et de son courage servissent tous seuls d'une puissante armée à Sa Majesté , car lors il ne lairroit pas Casai ni Valence en l'extrémité qu'ils estoient, et dont Sa Majesté mesme ne tenoit compte , puis que depuis trois mois on le va tousjours amusant et apaslant de promesses sur le se* cours d'hommes et d'argent , sans toutesfois , estant desjà entré dans le quatriesme mois , qu'il voye espérance ny apparence en l'un ny en l'autre : qu'au bout de la carrière ce ne sera pas luy qui perdra, mais bien Sa Majesté , et avec telle dereputaiion qu'un mal sera la suitte et la conséquence de lautre ; qu'en surçoyant, comme on fuisoit, les provisions sur les incertaines espérances de la paix, il falloil considérer avec l*œil de la prévoyance , qu'en ne succédant puis après il faudroit lors se réduire tout à la haste à ces provisions, et avec double despcnce, et par deux ou trois ans entretenir , qui seroil le pis , de gi'osses et puissantes armées pour recouvrer ce qu'on auroit négligemment peidu , et avec despcnce de trois ou quatre millions d*or y au lieu de
quatre cens mil livres qui sufliroient lDaint^ nant pour tout sauver et régler.
Que M. le duc de Somme s'est relire de Piedmont emmenant tout son train , avec resolution de tuer le colonnel Cberamont^qa faict Testât de maistre de camp de h iinterie italienne , en quelque part qu'il letroivera ; qu'à la vérité c'est un personnage lequel , tout impotent qu'il est , ne peat cornpatir avec personne; qu'il est nécessaire (Ta pourvoir d'un autre à sa place , et renvoya ledict sieur duc de Somme si la guerre doit se continuer , estant prince de jugement tt de service. Voilà sommairement tout ce qqise passa durant les trois mois de mon absence.
Le vingt-quatriesme mars , il manda i Si Majesté avoir receu l'advis qu'elle lui doniA de la conclusion de la paix que je luy aTOii porté; qu'il en avoit loué Dieu de tout M cœur , et d'autant plus volontiers qu il cosprenoit qu'elle estoit fort au contentement de Sa Majesté , laquelle ilsupplioit t^ès-hnlnU^ ment luy renvoyer le sieur de Gonnort m frère pour luy aider à rcxecutiond'icelle;B» que surtout il estoit très-nécessaire qu'elle pourveust, non tant au licentiement des goi do guerre comaie au payement qu'il esttt nécessaire leur faire auparavant que d'à parler ; autrement ils s'empareroient ou sa^ cageroient quelques villes , dont elle reeevroit infiny desplaisir , à la considération k M. de Savoye, que elle devoit recevoir i beaufrere.
Que pour contenter Sa Majesté et tons la princes et seigneurs qu'elle avoit reeett en amitié , il estoit nécessaire qu'elle bjeivoyast par le sieur de Gonnort tous les » moires et instructions sur tout ce qu il annil à exécuter et ordonner dudict traicté de paix , avec les descharges qui estoient D^ cessaires, et sans lesquelles il ne ponrrat rien entreprendre ou exécuter.
Remonstra pareillement à Sa Majesté <pe les sieurs de Sanfré , de Morettc , d'Onnéft, comte de Dezane , et plusieurs autres genife' hommes , tant du Montferrat que du Piedmont, avoir*nt fort fidellement porté lessnMi au service de Sa Majesté , et que si elle na obtenoit la grâce avec la jouissance de lefi biens , qu'ils demeureroient du tout n^
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qni seroit un exemple de dangereuse conséquence et pour le présent, et pour le futur aussi ; et qu'il n'y avoit meilleur remède que de coucher un article dans le traictc de paix , par lequel tous bannis de Naples , de Sicile , de Milan, de Picdmont et du Montferrat, pour quelque cause que ce soit, seroient réintégrés en leurs biens et charges , et tous ceux aussi qui ont de costé et d*autre porté les armes en ceste dernière guerre.
Que Dieu ayant opportunément concède à Sa Majesté la paix si nécessaire à la France , et à toute la chrestienté , qui devoit estre publiée le sixicsnie avril, conforme à ce qu'elle luy mandoit par Boy vin, il en avoit foict rendre grâces et bénédictions publiques ft sa divine majesté par cantiques et procèsaîoDS , par feux de joye de tous costés , et par salves de canonnades ; que luy - mesme en particulier en avoit faict cncores de mesme , avec supplications trcs-devotes à ce qu il plaise au Souverain donner à Sa Majesté tout le contentement et toute la consolation qu'elle doit attendre des grandes alliances qu'elle a contractées et avec le roy d'Espagne , et avec M. de Savoyc , et la grâce aussi à eux tous de porter un jour leurs armes contre les Infidélies, agi'andis pur la disscntion des chrestiens , parmy les(|uels , adorans un mesme Jesus-Christ , il ne peut succéder altération -sans que Teglise catholique n'en reçoive quelque ruyneux préjudice.
Publication do la paùf do l'an 1569.
« On faict sçavoir à tous que bonne , ferme , stable et perpétuelle paix , amitié et réconciliation est faicte et accordée entre trèsbault, très-excellent et très-puissant prince Henry, par la grâce de Dieu roy de France très^hrestien, nostrc très souverain seigneur; et très-haut , très-puissant et très-excellent prince Philippes, roy des Espagnes; aussi très hauts, très - cxcellens et très-puissans prince et princesse , François et Marie , roy et royne d'Escosse , daulphine de France ; et très teiute et très-puissante princesse Elizabeth, royne d'Angleterre, leurs vassaux, sujets et serviteurs , en tous leurs royaumes, pals , terres et soigncuries de leur obéissance; et fst, la dicte |Kii\ , generalle et commun!-