LIVRE DIXIÈME
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cative entr'eux et leursdicts sujects, pour aller , venir , séjourner , retourner et converser, marchander, communicquer et ncgoticr les uns avec les autres , es pals des uns et des autres, librement, franchement et seurement, par mer, par terre , par rivière et eaux douces, tant deçà que delà les monts, et tout ainsi quil est accoustumé faire en temps de bonne, sincère et amiable paix , telle qu'il a pieu à Dieu par sa bonté envoyer et donner auxdits seigneurs princes et à leurs peuples et sujets ; défendant et prohibant très-expressement à tous , de quelque estât, qualité et condition qu'ils soyent, qu'ils n'ayent à entreprendre , intenter ny innover aucune chose au contraire , sur peine d'estre punis comme infracteurs de paix et perturbateurs du bien et du repos public. Faict à Viliers-Costerets le 7 avril iô59. Signé Henrt, et au dessous, du Thier. »
Or puis qu'il est ainsi que les amitiés ne peuvent estre conciliées, mesmes entre les grands princes , que par Tassistance que Dieu y apporte , il en resuite que c'est son œuvre, et que cest œnvre rendra de jour à autre de fort excellens et savoureux fruicts à Tadvancement et seurté de ceste pauvre republique chrestienne qui a enduré tant et tant d'adver* sites ; que parmy tout cela il est encores nécessaire que le prince , par ceste suprême debonnaireté qui reluit de toutes parts en luy, ait souvenance que tons les grands exploicts qu'il a heureusement demeslés ont eu l'assistance de Dieu pour leur guide, mais que la main , l'affection , le sang et les biens de ses sujets et serviteurs , ont esté les instrumens de ceste félicité, et que partant chacun, selon sa portée et condition , doit avoir part au banquet de ceste glorieuse paix , et principa* lement les princes et les seigneurs estrangers qui ont embrassé la fortune et le service de Sa Majesté , à fin qu'en ce gracieux traictement chacun soit, par intentions pareilles, mais par proportions différentes , invité à aimer , honnorer et servir Sa Majesté à toutes sortes d'cvencmons auxquels les grands estais sont assujoctis par les lois de Thumunité, laquelle ne trouvera janiîiis rion de ferme nv d'arrosié qu'en la vie éternelle ; que
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
fous ceux qui ont servy Sa Majesté durant ces guerres , il y a plusieurs seigneurs milannois, gennois , piedmontois , Mstizans , monlferrins et autres, qui ont employé et les biens et la vie pour le service de Sa Majesté , et avec tant d^ardeur et dévotion , que ce seroit chose de pernicieux et déplorable exemple si , au partir de là , la paix survenante , ils demeuroient sans recompense , et sans Tasseurance qui leur doit estre concédée sur les choses passées par les princes contre lesquels ils ont servy : c'est un devoir lequel oblige et les princes et tous autres à rendre àcbacun ce qui luy appartient par une franche disposition et volonté, qui ontpourguydc,el pour fin principale, ccste charité que Dieu nous a tant et tant recommandée et sans laquelle nos actions demeurent sans mérite. Par toutes ces considérations, plus familières à Sa Majesté quà nul autre prince de la terre, le mareschal la supplie très-humblement avoir, et en gênerai et en particulier , tous ses bons serviteurs en telle recommandation et souvenance , que selon leurs mérites ils se puissent ressentir de ses grâces et de ses faveurs après tant de pertes , de peines et de labeurs , et ne les laisser envieillir et ruyner parmy les espérances , qui est la seule chose qui ne peut estre ostée aux misérables ; finalement que la majesté des roys represenumt , comme elle faict, çà bas celle de Dieu, il en resuite qu'ils doivent tascher de rendre à leurs amis, serviteurs etsubjects , cest heur et cesle félicité qui dépend de leurs jugcmens, puissance et débonnaireté.
Le vingt -deuxiesme avril i559, le mareschal depescha le gênerai Coyflier vers le roy, le chargeant de remonstrer à Sa Majesté que le jour de la publication de la paix les peuples s'estoient eslevés en plusieurs endroicts, crians vive Savoye! Savoye! et entre autres dans Thurin , Montcallier , Y\Tée cl Saviglian ; qu'au contraire de ceux-cy, Quiers avoit faict toutes démonstrations d'amour et d*affeciion envers Sa Majesté , ofTrans les habitans leurs biens et leurs personnes.
Que les principaux et des villes et de la noblesse , esmeus par des lettres inconsidérément escrites de la ^cour , estoient des-jà montés à cheval pour aller saluer M. de Sa-
voye , b pluspart d'eux sans luy en deman-' der congé : par lesquelles démonstrations, et qui augmentent tous les jours , il est aysé ï recognoistre que les demoIitioDs des places restituables ne se pourroient foire sans la force et sans argent , et sans ayde de immniers venans de Dauphiné et Provence, mesmes dans un terme si court qu'est celuy que Si Majesté a prins.
Que pour remédier à l'un et à Tautre inconvénient , il est nécessaire que M. de Sa voye envoyé à chacune des villes qui se doivent démolir un gentilhomme des siens, arec auctorité , tant pour contenir les peuples comme pour faire venir une g^rande quantité de pionniers , pour s'en plustost depescher.
Que s'il est ainsi que le terme de la deniolilion ne puisse estre priilongé ou exécuté par le moyen que dessus , il serait plus à propos de gi'atiflier M. et madame de Savoye deTeih tiereté des places , que d'y mettre la maineC ne le pouvoir toutes-fois achever, laissans par ce moyen à ces princes une odeur unpes rigoureuse sur ce qu'ils doivent espérer de b généreuse main de Sa Majesté , à la vdon^ de laquelle le tout est remis , outre que ceh leur donneroit occasion de se comporter pins gracieusement envers les places qui demeirent à Sa Majesté.
Que si la rétention des cinq villes est mesurée à la seule enceinte de demie lieœ i l'entour de leurs murailles , c'est leur donner une fort estroitc prison , et dans laquelle il leur seroit impossible , quoy qu'ils sçeassent faire , de recouvrer de quoy nourrir ny eux ny les garnisons ; et aussi que ce ne sera d»resnavant qu'une pépinière de disputes et de querelles , soit qu'on sorte plus outre oaqoe le manant vueille emporter dans la ville le bien qu'il a en la campagne , qui sera ^^ cogneue d'autres princes que du roy. D'alkguer que M. de Savoye , d'année en année, pourvoira à ceste incommodité et nécessité des vivres , et qu'estant si affectionné quilesl à Sa Majesté , il aura plus de soing et de respect aux commodités des places de Sa Majesté qu'aux siennes propres ;
il est véritablement à croire que ce prince, qui a l'amc généreuse , fera encores miens que tout cela ; mais toutesfois il est boouMr '
LlYRE, DIXIÈME.
comme tel , subject à mutations et aux | de paix , et entre autres les sieurs Ludovic ,
issîtudes des choses humaines, 'qui ne deurent jamais gucres arrcstées à mesme but; )y succédant, que deviendroient ces places? , à dire ouvertement ce qui en est , elles despendront pas doresnavant , non de leur ipre force , mais de la discrétion de M. de oye , qui ne s'est pas toutesfois voulu luysme soumettre à celle du roy , Tayant iclé de si près quil a faict ,et, par Tacd, retenu à luy rauctorité de cela mesme devoit tout nuement et simplement deidre de Sa Majesté ; chose qui ne fut jamais ctiquce où il s'est traicté de Testât , voire soie du père au fiis.
}ue cette restrinction , laquelle les servirs de Sa Majesté ne peuvent, comment i ce soit , bonnement digérer, leur a donné asion , non pas de vendre les munitions et rcs qui sont dans les places restituables , lime Su Majesté vouloit , mais bien de les re porter dans celles qui luy demeurent , ;ur future seureté, ou pour en secourir les lires selon ce que Testroict auquel ils sont luicts le pourra requérir.
lue s*il ne plaist à Sa Majesté envoyer diimment de Targent pour casser et pour 11tier les gens de guerre , et pour ceux aussi ont à demeurer dans les cinq places^ st à craindre qu'ils ne facent quelque grand ordre dans les villes , dont M. et madame Savoye luy donneroient la coulpe , par ! opinion qu'ils ont conceue que le mâchai leur est contraire , à ce qui luy en a ï escrit de la cour , et comme on a assez c recognoistre au secrétaire Boyvin lors 1 en est party , n'ayant toutesfois rien faict ce qui appartenoit à un sage negotiateur ort fidelle serviteur du roy. lu'il plaise à Sa Majesté faire quelque bonr et ordonner aussi entretennement aux vemeurs des places , capitaines et autres >onnes notables quil'ontservy en Piedmont, n le rooUe qui en sera envoyé ; la plns- : desquels seroient autrement contraints 1er mandier leur pain et chercher leur une hors du royaume , au grand mespris [esservice de Sa Majesté ; mais parmy tous x-là ceux qui sont bannis , et qu'on a internent négligé de comprendre aux traictés
lerome et Carie de Birague , avec douze enfans , la pluspart desquels portent desjà les armes , le président Birague , les comte de Beyne et de Dezane, de Sanfré, de Morette , d Ormée , La Chiuza , et infinis autres braves cavaliers.
Il y a aussi les gens de la cour de parlement et chambre des comptes , et plusieurs autres officiers , qui ne sçauront maintenant que devenir avec leurs pauvres fomilles ; c'est en cest endroict où la grandeur et la debonnaireté du roy doit tourner les yeux pour se rendre vray imitateur de celuy duquel il représente l'image en terre.
Et en fin , que s'il ne plaisoit à Sa Majesté .desployer ses bénédictions sur eux et sur mes anciens et honnorables services , que je ne sçaurois que devenir, non plus que les autres, avec ma famille.
. Que Tartillerie et munitionsde guerreseront toutes retirées dans les cinq places ; mais que pour ordonner de toutes choses au contentement de Sa Majesté et de M. de Savoye , il la supplie renvoyer M. de Gonnort en Piedmont, assisté des principaux ministres dudict sieur duc , pour luy aider au règlement de toutes les choses qui sont nécessaires à l'establissement de la paix , mais sur tout avec deniers, sans lesquels rien ne pourra estre acheminé au contentement de l'un ny de l'autre , ny da mareschal mesme , ores qu'il ne désire que de les servir en toute affection et pureté.
Que pour satisfaire au commandement de Sa Majesté il luy envoyé présentement , par ledict Coyffier , Testât des forces qui doivent estre retenues en chacune des cinq places , reservant à Sa Majesté la diminution et le choix des capitaines , à sçavdr : à Thurin six enseignes de trois cens hommes chacune , et cent chevaux et cinquante hommes au cbas^ teau.
A Quiers autant , et trente hommes dans la Roquette.
A Villenenfve , quatre [enseignes et ciQpquante chevaux.
A Chivas, quatre enseignes et cinquante chevaux.
A Pignerol , deux enseignes et cent cin-^
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