LIVRE ONZIÈME
la paix ; pour à quoy diligemment satis- I il faudroit avoir quarante ou cinquante îscus comptans et deux ou trois mil pions , au lieu de quatre cens qu'elle faict lesn Daulphiné, et des mil cinq cens livres lie a destinés pour ces démolitions ; de iere que , tout défaillant , force a esté de rvir de ceux du pals , encores n^a ce esté en protester aux ministres de M. de Sa- ;, qui en ont tenu peu de compte, et
couvertement entendre aux subjects de éir aux commandemens qui leur seroient s ; il a donc fallu user de la force où la *e n'avoit pas lieu.
Et pour autant que le mareschal a enu que certaines âmes esgarées ont deu re en avant qu'il avoit faict quelques tioQS particulières qui estoient tournées 1 profit particulier , cela se vérifiera par commissaires de Sa Majesté ou par les res ministres de M. de Savoye, tous lela, pour ce regard, ne s^endormenl m sentinelle pour avoir de quoy calom-
Sa Majesté sera donc très-humblement liée de ne trouver mauvais qu*il die à sa harge que les travaux des armes et les nuelles nécessités et misères parmy lesles il a esté presque tousjours agité, sont nement supportables quand Thonneur n'y as conjoinct ou altéré. Et par ainsi ce sera i digne de la justice et de la debonnaireté 1 Majesté de Caire mettre fin à riodignité ;s orages , soit par la correction de luy
failly , ou par celle de ces âmes detess qui veulent parler et juger de ce qu'ils !nt le moins. Cependant , que ces satans t et tempestent tant qu'ils voudront , si 'ont ils jamais puissance de brescher ni [>ire ni Thonneur qu'il a vertueusement is, et la pureté de sa conscience luy sertousjours de consolation et de remède à les maux , tous lesquels prendroient plusin s'il plaisoit à Sa Msgesté le révoquer dès tenant et envoyer un autre en sa place , ne il désire qu'elle face, ne pouvant irec un regret qui tire les chaudes larmes m cœur estre luy mesmes le ministre de 'ivation des choses conquestées avec tant loire, de sang, de despences qu'estoient s4à, mais sur tout celles du Milonnois^
du Montferrat , des Gennois et de la Corse , anciennement appartenant à la France. » Je pourray bien dire , à ce propos , cela mesme que tiennent aucuns, c'est que les grands et les mémorables services sont tousjours re« compensés de grandes et de fort détestables ingratitudes , telles que vous voyez ceux de ce seigneur, qui eust tousjours les mains aussi chastes que le cœur , et dont à jamais je porteray tesmoignage au prix de ma vie.
Voyons maintenant , je vous supplie, quelle forme estoit ceste cy, de prendre , en un faict si mal-aisé que sont les démolitions, un ou deux mois de terme seulement pour abattre une vingtaine de places , avec quatre cens pionniers, qui ne sçauroient toutesfois en six sepmaines abattre un seul bastion: quand bien on en eust envoyé quatre mil, c'est tout ce qu'ils eussent peu faire en six ou sept mois, sans toutesfois envoyer (contre ce qu'on avoit promis) un seul denier, ni pour les démolitions , ni pour les gens de guerre , et neantmoins , se persuader que le venu*e afTanaé des trouppes pourroit aisément patienter et trouver secours parmy des peuples qui attendent un nouveau maistre , et les ministres duquel luy ont mandé (par dessous main), comme nous mesme ferions en pareil cas , de n'en rieu faire : de toutes lesquelles façons de faire on pourroit présumer qu'on avoit tout expressément prins ce terme ainsi court , pour servir de couleur aux practiques. qui estoient couvertement dressées pour faire rendre des places toutes entières , comme depuis elles furent pour la pluspart , et qu'on estoit de mesme suitte aussi bien aise d'envelopper le mareschal parmy tant et tant de misères et de diOBcultés, qu'il fist quelque escapade sur laquelle on peust bastir son recullement , et le priver de l'amitié dont madame de Savoye avoit tousjours honoré et luy et les siens. Ceux qui se servent de ces masques tombent souvent dans la fosse qu'ils avoient préparée à autruy \ ce bon seigneur de Brissac, qui avoit le cœur généreux, et qui parmy les adversités avoit tousjours esté maistre de soy mesme , devint , par la malice d'au* truy , serf de mil maux qui coururent depuis au rabais de Testât et de luy mesme, ainsi que vous verrez dans la suitte de ces Mémoires.
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MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
Revenant d'oîi j'estois parly, le dîx-neufviesme rouy le roy depescha vers le mareschal, qui estoit lors à Cbivas, les seigneurs de Maudosse et de Bouillay , chargés de mémoires et d'instructions portaos que les coronnels des Suisses et des lansquenets fussent incontinent mandés, comme ils furent , pour traicteret negotier avec eux sur le faict de leurs payemens et congé, et quà ces fins les Suisses fussent envoyés à Vulpian , et les lansquenets à Orbassan , pour plus aisément prendre le chemin du Montcenis. Ces deux seigneurs furent aussi chargés de ne faire payer les uns ni les autres qu*à raison de deux cens hotor mes pour enseigne ; mais , quoy que le mareschal et eux sceussent faire ou dire , il n'y €ust jamais ordre de les y faire consentir, voulans resoluement avoir deux cens cinquante hommes ; de manière quayans les deniers esté seulement calculés à raison de deux cens , tant s'en faloit qu'il y eust assez de deniers revenans bons pour en payer les François , qu'il n'en demeureroit pas seulement de quoy leur faire un prest de huict jours , de manière qu'il ne faloit attendre de la misère où ils estoient reduicts que la propre mutinerie qu'on descouvroit assez en leurs visages. Le mareschal en donna advis au roy, se plaignant tout d'un train , assez aigrement , du commandement qui avoit esté faict aux trésoriers porteurs de ces deniers , de ne les distribuer par autre ordre ou commandement que celuy desdicts sieurs de Mendosse et de Bouillay; remonslrant que nul ne pouvoit nier que toutes ces actions , tant au foict de la guerre qu'à une mesnagere distribution des finances , n eussent esté et si pures et si nettes , qu'il ne cederoit jamais , pour ce regard, à nul autre serviteur de Sa Majesté ; que sa foy ne seroit subjecie à pénitence , n'ayant oneques esté double ni suspecte , et qu'au lieu de la glorieuse couronne qu'il estimoit rapporter de ses fidelles et honnorables labeurs, on luy en presentoit une qui portoit couvcrtemcnt en soy une tache de deffiance si mal aisée ù digérer , qu'il supplioit trèshumblement Sa Majeslé luy permettre de se ressentir en cavalier contre ceux qui luy avoient brassé ces soupçons, nonob-
stant lesquels il ne lairroit d'assister ces | au mespris de leurs services et de la ttpê
seigneurs en toute rexecuUoo de leur charge.
Qu'en vovant rinstruction dont Sa Majeslé les a chargés , il avoit trouvé fort estraop qu'elle ne voulust retenir que quinze emôgnes françoises de trots cens hommes da* cune j pour la garde des cinq places et hoict chasteanx , sans y comprendre ce qu'il tàà à CarmagnoUes et au marquisat de Sallocei;' car si telle estoit l'intention de Sa Majeslé," elle n'avoit que faire de luy mander pariMy ( luy apportant la paix ) qu^elle remettoit ib discrétion et prudence de lui de dresser F» tat des forces nécessaires pour leur garde, el le même choix des capitaines aussi , et qo*ai' la variation qu'il voyoit maintenant polôrèe regard , il n y avoit rien qui fust digne njdi maistre ny du serviteur ; à propos de qoof ' je dirois volonUers que turpius efidiur, fuêm non admUtiiur hospeê. Et à la vérité , lesajDCi' généreuses et solidement résolues, eoouH' estoit celle du mareschal, constituent lagloin et le contentement de leurs labeurs en la seib' gloire de lesavoir faicts ; que ces hargnes etw rebuts estoient plus propres à reculer qu'Ml-*' vancer les affaires, à tous lesquels la main doM est tousjours plus propre que le rude espem^' et en fin qu'il n'y avoit ordre que ce qi' demeuroit à Sa Majesté peust estre se»-' ment gardé à moins de vingt-sept ense^M* et trois cens chevaux , comprenant ao Ulâ\ les deux cens Suisses du colonel Apro;qM toutes ces places estans de long intervaUe»^ parées de la France , et enveloppées de M' costés parmy des gens auxquels il y avmtpei| de fiât qu'en n'y pourvoyant autrement (p'ii* ne faisoit pas, il faloit nécessairement (pi' en advint quelque dangereux inconvénient oi' vacarme. '
Que les anciens et les modernes senriov des seigneurs de Birague ne pouvoieot wt"* riter rien moins que Tentretenementdelevf deux compagnies de gens de pied, tantpotf' leur service de quelque marque et d*hoaîwtf^ et d'entrctenement , comme pour y rettir: plusieurs pauvres gentils-hommes milanMil^.j mal iraictés et de la fortune et de nons,d< rans foriclos et bannis de leurs biens, espérance de jamais les recouvrer, n^ajil comme ils dévoient, esté comprins en h pt