‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 183 sur 224 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

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du maîslre qu'ils avoient sei*vy . Ce sont des is de rîndiscretioQ fi*ançoîse, laquelle, s la nécessité pressée, mesprise tousi ceux qui Tout aidée à en sortir. Cest iple fera doresnayant sages les estrandesquels nous pourrions cy après avoir •e; ce n'est pas estre prudent cavalier que ourrir le cheval pour une seule caval-

te les sieurs d'Ossun, gouverneur de in, de Terrides de Pignerol, La Motte Irin de Quiers, et Montbazin de CarloUes , demandoient d*avoir chacun une Kignie particulière de gens de pied en ; mains, pour plus seurement coni- 1er et gouverner leurs places ; qu*il re- )it le tout à ce que Sa Majesté jugeconvenable f ne s*en voulant plus mesler t à luy, puis que Fexperience luy avoit recognoistre qu*il n'en estoit pas cru , le parmy les promesses françoises il n*y rien de plus certain que ce qui ne Testas ; que cependant il ne laissoit de runt sentir que les recuUemens qu^on luy iroit luy faisoient perdre terre , non tant la considération de luy comme pour les *es dangers qui en succederoient î Tadveitqui Testonnoient plus que lespresens.

ut homme d'estat ne trouvera-til pas lement estrange qu'un grand roy, assisté nt de princes et de conseillers, ait delé en Piedmont , où le mareschal comoît , les sieurs de Mendosse et de Bouilans luy envoyer instruction quelconque , our le licentiement des gens de guerre , soiolitions et restitutions qui se dévoient sur la conduicte de l'artillerie qu'il retirer dans les places retenues, ny ! payement de ceux qui dévoient demeu* ir pied et estre retenus , ou pour ceux on doit licentier. C'est chose encor bien estrange que toutes choses venans à luy Uir , comme elles faisoient de tous cos- [u'on veuille neantmoins qu'il accomdili^^emment tout ce qui regarde l'exe^ i de la paix , et lors mesme qu'il est :t à telle extrémité , qu il n a pas seut dequoy entretenir son train, soulager atifier un seul Iiomme de guerre. Si ivoDs en nos mains , ou en celles de nos

amis , de quoy pouvoir accomplir la volonté du prince, il n'y faut rien espargner; mais quand tout deffaut, la liberté doit demeurer au serviteur de s'en pouvoir discoulper par les plus vifves remonstrances qu'il pourra.

Les bonnes gens du temps passé disoient que nemo ad impoêsibUia ieneiur ; et puis en matière de restitutions d'estats et de places si importantes qu'estoient celles de delà les monts, il y faloit marcher avec le pied plombé , et ne se pas laisser emporter au premier , au second ny au troisiesme commandement, ains suivre ce qui fut jadis practiqué par le gouverneur d'Auxone , lequel , quoy que le roy François, qui pour lors estoit prisonnier en Espagne , luy sceust faire dire ou commander pour luy faire rendre ladicte place es mains de l'empereur , n'en voulut jamais rien foire, respondant que quand son maistre seroit en son royaume et non en pays estranger , que lors , et non plustost, il obéiroit i son commandement. Et à la vérité , ceux qui marchent fort retenus et resserrés en tels affiiires , sont tousjours jugés les plus sages et les plus fidelles ; et toutesfois on veut , aujourd'huy qu'il se traicte , non d'une place toute seule , mais d'une trentaine de villes , la pluspart d'importance , et d'autant de chasteanx , qu'il y coure à l'estourdy, et sans avoir encor receu ny les deniers ny les descharges qui doivent servir d'esperon et de planche à avancer les aflhires. Et à la vérité , il n'y a que Dieu seul qui puisse de rien faire toutes choses ; et de faict, le mareschal manda à Sa Majesté que puis qu' elle n'y vouloit pourvoir par autre manière , qu'il se fnst senty fort heureux si dès la publication de la paix elle l'eust revocqué et envoyé d'autres en sa place , lesquels eussent esté , non pas plus fidelles , mais plus agréables qu'il n'esioit pas, mesmes prévoyant , comme il faisoit , que Sa Majesté , les duc et duchesse de Savoyc , et assez d'au* très , ne luy sçauroient jamais guieres de gré de chose quelconque qu'il peust faire , ores que bonne et honneste toutes fois, tant la passion et l'interest aveuglent les uns et les autres : ils sçavent bien regarder tout à leur aise, accoustés sur le tapis, la mer immense des affaires , mais non pas ce qui seroit ne-

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

cessairc pour airestcr les orages et les tourbillons qui renversent tout.

Le mareschal manda aussi au roy que la mère du sieur Tibalde Visconte , qui avoit esté faict prisonnier conduisant les deniers ^u secoui*s de Casai , se p'aignoit qu'il avoit esté mené à Milan et que Ton le menaçoit de luy faire perdre la teste; que, veu cela, il supplioit très-humblement Sa Majesté qu'il luy plaise de faire dire à Tambassadeur d'Espagne que , là où on feroit la moindre chose qui en approchast , qu il feroit soudain coupper la teste à deux gentils-hommes parens de M. de Mazin, qu il tenoit prisonniers, et dont, dès maintenant comme pour lors, il protestoit que 1 cxeculion precederoit la notice de la délibération; que Tbonneui* et la grandeur de Sa Majesté le requeroit ainsi, et que M. de Savoyc y pourveust diligemment s il vouloit, et qu en luy faisant renvoyer ledict Visconte seul , (|u il luy donneroit tous les deux Piedmontois.

, Ayant le mareschal finalement recognu que toutes ses instances , ny toutes ses remonstrances , soit pour les provisions nécessaires à Testât , et en particulier aux sieurs de Birague , ne servoient que de jouet à la cour , il se résolut d'envoyer le mesme sieur Ludovic vers le roy pour obtenir de vive voix ce que les recommandations et le mérite de luy et des siens ne pouvoient atteindre , le chargeant de faire entendre au roy (|uel(|ues menées et practiques que l'Espagnol dressoit au préjudice de la paix encore toute récente, et (|uo si Sa Majesté ne pounoyoit diligemment et à cela et à tous les autres afiairos, que le mal qui en adviendroit seroit hors sa coulpe. Ce furent toutes messes seiches qui ne furent aucunement exaucées.

Le vîngt-uniesme may , le secrétaire Boudet retourna en Piedmont , avec asseurance , de la part du roy et du connestable , qu'aussi tost que le mareschal auroit envoyé aux intendans des finances les estats de recepte et despence de l'extraordinaire des guerres, que les deniers luy seroient soudain envoyés, tant pour parachever les licentiemens que pour payer tous ceux qui seroient retenus. Et pour autant qu'à Tanivée dudict lîoudei le mareschal estoit des jà en train pour depes-

cher vers le roy le jeune Tilladet pour des- { souples et plus maniables au faict des

couvrir à Sa Majesté quelques conspiratioH qui se brassoient sourdement , par le désespoir où la nécessité avoit reduict aucsa gens de guerre , il chargea Tilladet du estats demandés par ledict Boudet , et dé très-humblement supplier Sa Majesté qua attendant ceste provision generallé qv'dli promettoit, que elle luy fit diligeouicit envoyer jusques à cent mil livres , pour ndresser les plus importans affaires et dooMr dequoy vivre aux soldats , qui ne ponvoiett, non plus que luy , trouver aujourd'hny craSi d'un seul pain dans les villes , et pour parachever aussi les démolitions et la retraictede l'artillerie , qui estoit en grand nombre ; «trement , que Tun et Tautre demeurerok ci crouppe , au dommage de Sa Majesté , 4 M. de Savoye , et des peuples.

Par Tilladet il fit aussi savoir au roy qie par prières et par remonstrances il avoit Utt avancé envers les coronels des Suisses et dei lansquenets , qu ils prendroient leurs pajemens à raison de deux cens vingt-cinq hoJBUM pour compagnie seulement , les Frauçoii î cent cinquante j et les Italiens à cent trente; mais qu'il ne falloit muser là dessus , ains iligemment envoyer dequoy contenter les m et les autres , de peur qu ik ne s'en dodisent.

Manda aussi le mareschal , le dernier d| may , par Boudet qui s'en retournoit , qil avoit esté luy mesme visiter Yvrée , surfifr possibilité qu'on luy avoit représentée de il pouvoir desmolir en moins de six on lept mois , tant elle estoit terre-planée de \m costés, et que , l'ayant trouvée telle , ilMt mis après grand nombre de pionniers, et qM s'il n'eust eu crainte de ruiner beaucoup 4i maisons et là et ailleurs, qu'il eust pieçaâiflt jouer les mines et le feu , pour tirer Sa Mqeii de despence , et luy de peine.

Que n'ayant Sa Majesté mandé aux Soiaei ny aux lansquenets que la paye de huictjoai pour leur retraicte , ils s^en estoient à detf mutinés , protestans ne partir jamais qA ne l'eussent pour quinze jours , selon 1^ cienne coustume; que quant à luy, ili> d'advis qu'il plaise au roy de la leur voriÉ accorder ainsi , à celle fin de les rendre |l

ttBS0]

(res ; qu*il les a foict sonder s'ils se contentaroient de De recevoir pour maintenant i|ii'ane paye , et foire terme des autres , qui leur seroient rendues au pais avec un honncste uterest : ils ont respondu en estre contons , poorven qu'on leur donne caution à leur gré, et que dès maintenant les interests soyent rmoonés à seize pour cent ; qu'il en a faict faire le calcul et trouvé qu il revient à somme m exorbitante , qu il valoit mieux les payer naSsMaant tout à faict que de s'arrester au

Cfedit.

Que les estais de ce qui est deu aux cheysax légers , à ceux de Tartillerie et aux officiers des vivres , a esté dressé et baillé au secrétaire Boudet , à ce qu'il plaise à Sa Majesté en commander le payement , qui augmentera tant plus on différera.

Sera par luy mesme remonstré à Sa Majesté, sa nom du mareschal , qu'il n y a raison ny jastice à ne vouloir ordonner aucun payement pour les huict cens payes qui estoient desparties par les chasieaux , puis qu'en bien servant , comme ils ont faict , ils sont dignes de la mesme grâce accordée aux compagnies fiftinçoises , et qu'il est à craindre , s'ils en ont une fois l'odeur , qu ils ne refusent d'obéir aux restitutions que par la force , laquelle n'y sçauroît eslre apportée qu'elle ne revienne à deux fois plus qu'il ne leur est deu , et qu'on ne trouble . par ce moyen , la tranquillité qui est desjà fort avancée ; qu'il recognoist , et à son très-grand regret , que cèox qni sont intéressés aux demeslemens de cette paix , sont bien aises de rejetter sur autruy le trop que pour ce regard ils ont entreprins : ce sont médecines si rudes et si danjereuses , qu'elles apporteront , au parsus le nal présent , la future ruine ou rabaissement le Testât , si le bon ange ne veille à le con-

Se plaignoit aussi que , quoy qu'on luy eust m* plusieurs fois mandé qu'il viendroit un reatil'hommc depesché exprès qui l'esclairiroit sur tous les poincts dont il avoit faict natance , qu'il n'en avoit nonobstant eu auunes nouvelles , de manière qu'il demcuroit ousjours enveloppé dans le labirintlie de l'in- «rtitude : ù sçavoir si toutes les places qui le sont pi>tnt comprinses an roole de celles

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