‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 184 sur 224 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

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qui dévoient estre desmolies le seroient aussi ; que pour sortir hors de ces pièges , expressément dressés pour le faire broncher , il en avoit ù ces fins amplement escrit à M. et à madame de Savoye , ce que Sa Majesté ne trouvera mauvais s'il luy plaist ; que s'il a donné congé à aucuns gentils-hommes piedmontois de les aller saluer , c'a esté sur l'asseurance qu'ils ont tous juré en ses mains de faire auparavant la révérence au roy , et à M. le connestable en particulier , pour sur ce recevoir leur commandement ; s'ils ne l'ont ainsi faict , ils sont en leurs mains pour en eslre corrigés.

Que ne voulant le mareschal foire aucune bresche dans la partie ordonnée pour les licentiemens , avoit envoyé à Lyon des obligations en son nom , jusques à la concurrence de cinquante mil livres, pour, en attendant le secours de Sa Majesté , foire vivoter les gens de guerre , reduicts à une misérable nécessité que Boudet a luy mesme veue ; car si la fumée a bien puissance de chasser les mouches , les affres de la faim l'ont bien encor plus grande à Tendroict de ceux qui l'endurent pieçà , et qui espèrent la pouvoir assouvir dans les mesmes places , pour conserver lesquelles ils sont reduicts à ce desespoir qui aveugle souvent les plus sages. Et de faict ledict Boudet est tesmoing oculaire que si ceste somme ne fust arrivée ainsi qu'il partoit , que la tragédie eust esté jouée , et sans remède , et que qui ne penseroit à bien-tostles secourir , qu'on retomberoit aux mesmes inconveniens , estant destitué de tous les moyens qui y pouvoient servir.

Du dernier de may , le mareschal manda au roy qu'ayant voulu ranger le coronel des Suisses Apro à n'avoir que deux cens vingt* cinq hommes entretenus, qu'il avoit faict mil et mil plaintes et exclamations^ disant qu'on luy avoit promis, comme il estoitvray, qu'il en auroit deux cens cinquante comme les François , et que , le service rendu ea rangeant sa nation au mesme poinct que Sa Majesté avoit désiré pour le licentiement , il avoit proffité plus de trois cens mil livres aux finances de Sa Majesté ; quoy voyaas les sieurs de Bouillay et de Mendozze , V' sous le bon plaisir de Sa H«>

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MÉMOIRES DE BOïVlK DU VILLARS.

deu\ cens cinqnanle hommes , rei{][lés aa\ mesmcs reiglemeus et appuinienicns des François , dont il s*estoit en (in contenté : c'est pour Tadvenu* une planche dressée à la France pour faire des levées à mesme condition que les françoises.

Du troisiesme juin , le mareschal manda au roy qu'il n*estolt pa^s dclilieré de licentier les trouppes françoises , que les ministres du roy d'Espagne n'eussent envoyé les ostages qu'ils (îstoient tenus fournir pour rexecution de la paix ; car s'il n'y avoit dans les places qui se demollissent que quelque foible trouppe de soldats , on les pourroit aussi en'rontemcnt chasser dehors .(|U on avoit faict ceux qui estoient dans Dourg en Bresse.

Que s'il ne plaisoitauroy ou a M. deSavoye de se haster d'envoyer deniers pour les dom litii>ns, qu'au lieu de deux mois il en faudra huict , sans le quadruplemeutde la despence ; qu'avec tout cela il faut grand nombre de pionniers , qui ne se recouvreront jamais que par la force , si ledict sieur duc ne depesche expressément quelqu'un des siens en Piedinont ; qu'il n avoit encores nulles nouvelles des ([uatre cens pionniers de Dauphiné ny de leur payement » et que par ainsi toutes choses demeuroient sans l'exécution nécessaire pour Tun et Tautre prince.

Le mareschal , prévoyant toutes ces nécessités et les mal-heurs ({u'ils pouvoient engendrer, manda depuis à Sa Majesté que puis <|u'ainsi estoit que tant de places ne pouvoient estre abatues dans le court terme c|ui avoit esté prins, et que deniers dcfTaiiloient de tous costés , qu'il valoit mieux en gratiflier deslors M. de Savoye qu'en s'efforçant de faire chose qui ne pouvoit estre accomplie faire neantmoins une tacite démonstration de defliance envers co prince, et de rafl'ection du(|uel Sa Majesté devoit estre bien asseuréc^ puis qu'en la faveur de luy elle avoit soudain quitté ce qui avoit cousté cinquante ans à ac(|ucrir avec sang et thresors infinis , tirans par ce moyen quelque peu de bien du grand mal qui avoit esté faict contre l'opinion et de M. de Guise et de luy ; la proposition du- (|uel fut non seulement trouvée mauvaise , mais elle servit depuis d'argument à ses envieux de dire qu'il avoit en l'ame toia le con-

traire de ce que le cœur couvoit : et i h vérité, si le mareschal eust creu ses amis, ilae fust jamais entré en ce jeu, duquel M.de Savoye ne luy sceut non plus de gré que les aotm.

liln traictant des exécutions de la paix , Sa Majesté ordonna que les chasteanx de Thirin , Quiers , Pignerol , CarmagnoUes , Salaces, Ravel, Versol et Dronier, seroient baillés en garde aux capitaines des villes , lesquels, l'un après l'autre , y envoyeroient une esquadre tous les jours : sur quoy le marescU remonsfra queceste pratique apport eroitplostost la ruine que la conservation et des villes et des chasteanx , au parsus les perpétuelles querelles cpii en adviendroient entre les capitaines et les habitans des villes ; en voicr la raison : Si les chasteanx sont despounas de capitaines qui enayentcliar{|C particulière, tous les ustensiles que les villes fournisseol, et les munitions aussi , iront en perdition, oi bien ce qui devroit durer un an ne duren pas trois mois ; et si on ne sçaura à qui se prendre du défaut qui s'y trouvera par après: d'ailleurs est encores à considérer que lei chasteanx des villes , au parsus la seveë d'elles , servent pour y retirer et garder ci seureté les prisonniers , soit de guerre ou air minels ; ce qui ne se pourra plus faire , si n'y a un capitaine particulier sur lequel « se puisse reposer du tout.

De mesme suitte il remonstra aussi qie Sa Majesté luy ayant de Sii grâce deftré riionneur sur le choix des capitaines qui dévoient estre retenus ou cassés , et de luy et envoyer Testiit , qu'il n'estoit maintenant bt juste ny honnorable de casser de cesi estai aucuns de ses parenset amis, tous lesquels, hors sa considération, avpient autant ou miem mérité que ceux qu'on avoit couchés enleor place , et entre autres les sieurs de Moulfort. de La Rivière, l'Jsle , serg^eut majeur , et le capitaine Loup, gouverneur do Ceve; qu'il supplioit tiTs-humblement Sa Majesté avoir pour agréable , là où on le serviroit eaur de tels mets qu'il quittast tout ; et en fin qie ce n'estoit à ceux qui estoient près de Sa Majesté à juger ny à disposer des aflaires dt son gouvernement, duquel^ ny du DcriH des personnes , ils ne pouvoient avoir telle cl

guoissonce quejuy, qui ne jugeoitteschoH

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