‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 185 sur 224 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

ny pour le parentage ny par les amitiés, ains selon le mérite et la seureté de Testât; quoy -subsistant , il s'asseuroit tant de la bonté de Sa Majesté , qu elle feroit coucher dans Testât ces personnages qui en avoient esté cassés plustost à intention de le travailler que non pas enx-roesmes.

Du sixiesme respondant à une lolfrc que le Gonnestable luy a\oit n*aguieres escrite, et par laquelle il Texiiorloit , en parent et en aoiy, ne se plus amuser à répliquer ou contester sur les commandemcns que le roy luy foisoit , mais les diligemment exécuter tous , remarquant, comme il devoit faire, qu'on n*estoit pas moins soigneux de les bien digérer auparavant que les faire , qu'il pourroit estre luy mesme sur ceux qu'il faisoitpour le «ervice de Sa Majesté ; voyià , à la vérité , une exhortation plus propre à renverser la patience du plus reformé capucin du monde , que pour honnorer et contenter celuy lequel» au prix de sa vie^ de son sang et de ses biens , surmontoit , d'un courage inflexible , toutes les indignités et toutes les traverses qui estoient dressées à sa ruyne. La candeur de ceste belle ame devoit par elle-mesme faire renverser la fureur des canonnades que ses emulateurs tiroient tous les jours contre sa probité, son affection et ses mérites. Geste mesme lettre portoit aussi qu'il faisoit semblant - d'ignorer lesmesmes choses qu'il sçavoit aussi bien que le roi , sans toutesfois particulariser que c'estoit.

.. Le mareschal » imaginant que ceste secousse sortit de la ruyne des places non comprinses au roolle qui lui en avoit esté envoyé, t^spondit, avec révérence toutesfois, qu'aie bien prendre c'estoit à luy, et non au roy à se plaindre , d'autant que toutes les importunes instances qu'il avoit faictes par douze ou quinze depesches , n'avoient jamais sceu avoir Teaclaircissement des choses mesmes que on presupposoit devoir estre pieça exécutées, et que par ainsi , demeurant enveloppé parmy Tobscurité , il n'y pouvoit avoir de sa coulpe ny en Tun ny en l'autre endroict ; nonobstant quoy il n'avoit toutesfois pas laissé de bien faire , et duquel bien faire il estoit plustost condamné que louange : de mani(M*e que les passions d'autruy^ et la mesme pureté

de son ame , le forçoient à désirer d'estro desveloppé des affaires du monde , pour s'addonner du tout aux célestes. Et neantmoins il ne laissa de remercier le connestable du particulier seing qu'il avoit eu de luy ramentevoir le devoir de sa charge , adjoustant» au parsus , qu il recognoissoit assez que tout ce qu'on luy imputoit procedoit du jugement mal proportionné de ses ennemis, qui ne tcndoient qu à renverser la raison qui estoit de son costé , et qui a , toutesfois , toutes ses lignes si droictes, qu'elles ne penchent jamais de costé ny d'autre : que tout ce qui le travailloit plus aujourd'huy , c'est que , combien qu'on ne recognoisse que trop que les maladies de Testât ont besoin d'un prompt médicament , que neantmoins chacun le negligeoit ou rejettoit , afin que la coulpe du desastre en tombast tout sur luy, destitué toutesfois et d'anctorité, et de salutaires moyens, et pour ce fairç, et pour plustost bassement que médiocrement entretenir sou train , pendant que ceux qui sont en cour nagent parmy la faveur et l'abondance , lesquelles il estime avoir aussi bien méritées qu'eux. Tant y a qu*il pouvoit bien dire qu'il avoit semé son printemps , son esté et son automne sur un fort stérile rivage.

Le huictiesme juin , il manda au roy que le sieur Scipion de Yimercat venoit d'arriver de Valence pour luy donner advis que les trouppes qui tenoient garnison à Valence n'avoient voulu permettre qu'on enlevast Tartillerie qu'ils n'eussent auparavant esté payés» et que là où les prests discontinueroient » qu'ils vivroient à discrétion autant dedans que dehors la ville ; pour à quoy remédier il avoic soudain envoyé le sieur de Montfort, son enseigne, à Valence, avec quelques deniers qu'il avoit fournis du sien pour continuer les prests durant douze jours; que si entre cy et là il n'y estoit convenablement pourveu , que dès "maintenant , comme pour lors, il s'en lavoit les mains ; et que cy après il ne faloit pas espérer d'avoir meilleur marché des au* très places. Ce sont, lecteurs, des actions de la prudence françoise -, car si elle n'a sceu opportunément pourvoir au faict de la guerre, ellea encorfeictpisaudemesleiv mesprisant , t^mine elle f

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

[ISO]

la dame de prévoyance , sans laquelle néantmoins rien ne peut estre demeslé heureusement. Or, le mareschal, recognoissant de longue- main que les grandes charges telles que la sienne estoient toujours suivies et dUnimitiés et d'envies, et ne voulant qu*elles prinssent plus grandes racines que celles quelles avoient desjà , depescha vers le roy le coronnel Gheramont pour renionstrer à Sa Majesté que l.i où elle n envoyeroit preseniement dequoy parachever les démolitions, retirer rartillerie, payer et licentier les gens de guerre , qu il protestoit contre elle, avec toute la révérence convenable, que tout le mal qui en succederoit seroit à la coulpe d'elle et non de luy, portant d'ailleurs un extrême regret de voir les gariroonds de Quiers et assez d'autres marchands ruynés, pour avoir, sur h parole de luy, secouru les affaires de Sa Majesté ; que ceste misère est celle qui a depuis aprins aux mar chands de Lyon à resserrer les moyens et les envoyer ailleurs.

Par ceste mesme depesche il supplia le roy de faire tant que M. de Savoye envoyast diligemment Tun de ses principaux ministres çn Piedmont , pour , sous son auctorité , faire de si grandes levées de pionniers, qu'on peust achever les démolitions avant le terme, car les quatre cens venus de Daulphiné n avoient guieros enrichy le banquet; et que ce luy seroit beaucoup de grâce , lorsqu'il foudroit procéder aux restitutions , que Sa Majesté envoyast en Piedmont quelque notable personnage poiu* les exécuter ; car aussi bien recognoissoii-il que M. de Savoye le tenoit pour suspect ; et que , pour le dire en un seul mot , il ne pouvoit , sans un extrême regret, estre luy-mesme ministre de la donation et restitution que Sa Majesté foisoit des choses qu'elle avoit acquises par les mains et par les entremises de luy ; elles, dis-je , qui dependoieiu pour la plus part de l'héritage ancien de jNIilun, des comtes de Provence et marquis de Salluccs, à tous les(]uels la couronne Françoise a succédé , ou doit au moins légitimement suceeder. Las! elle a aujourd'hu y l'estomac si desvoyé , que grand médecin seroit cesiuyià qui luy apprendrolt à retenir les conséquences de Testât.

Du douziesme juin , le roy envoya ao reschal un mémoire présenté à Sa Majenéée la part des ministres du roy d'Espagne mr » cuns grieis quUls pretendoient estre procéda de la part des nostres du costé d*Italie:i sçavoir, que le sieur de La Motte Gondn, gouverneur de Casai , avoit envoyé des m» démens et des contrainctes sur lenrs terres pour avoir payement des contributions joiques au final accomplissement de la paix, et qu'il vouloit aussi practiquer le sembUk sur les terres du Montferrat. A cela le mh reschal respondit, en peu de parolles,qu'anM le duc de Sesse et luy recognn , dés la poUîcation de la paix , qu'auparavant qu'on i«t parvenu à l'entière exécution que chicii poiu'roit avoir de son costé foute d'argot pour y parvenir , ils anroient mniuelieiBal convenu que toutes les terres qui avoient » coustumé de contribuer à Tune on à TaoR des parties continueroient ittdiirereraflieittC9 payemens juaques à ladeniiere execotîoi à la paix.

Que de cest accord , ainsi genenl , Od en avoit esté excepté , et neantmoins aceontf, en foveur du siège qu'il avoit soustemi depé le dixiesme octobre , qne les terres qui loiloient contribuer payeroient ce dontetto M trouveroient redevaUes poor te temps f0 le siège avoit duré.

Que pour les terres qui doirent esM t» tituées au duc de Mantoue, on ne kafémande que ce qui est deu d'octobre MdM en çà ; mais aux autres qui ont contrifenéalleurs depuis les prinses dé Quiers et TntMi il ne se trouvera point qa^on leur ait riMk^ mandé , ains par le contraire on a^ noMéfes seize cens escus qu'ils payoiènt pair lioii i quatre cens seulement , doU^ voukns abiM aucuns villages du Mîlanois conlMbaÉlhïl Valence , ils ont levé les ariteieii coiltfe Ri nostres , qui les ont doucement' chasdés^ cli la vérité ils le meritoient , puisqu'ils ne 8e|tt gnoient pas de deux, voire de trois contriN^ tiens qu'ils bailloient à TEspagfUol; ils d'en # soient mot , et pour une seule envers BjM ils vouloienl foire les mauvais.

Du clix-huitiesme juin, les Suisses et b lansquenets avoient esté paya et IkeÉdif et que tout ce qui estoit resté dés iiaiét

mil livres venus de France/ les cinquante mil empruntés à Lyon , estoit si peu de chose , qu on n'en sçauroit tirer qu'environ deux prests pour les François et Italiens; pour raison dequoy Sa Majesté estoit très-humblement suppliée faire envoyer le payement, et pour ceux qui doivent estre licentiés et pour ceux qui doivent estre retenus, à fin que, par un renouvellement de discipline , on puisse introduire nouvelle concordance et amitié entre les gens de guerre et les villes retenues, et qu'au commencement du mois jprochain les restitutions s'achemineront l'une après l'autre.

Le 24 , les sieurs de Mendosse et Bouillay ayant parachevé leur commission s'en retournèrent en France , charges de ces remonstrances de la part du mareschal: à sçavoir foire recognoistre à Sa Majesté avec quel mesnage le payement et le licentiement des Suisses et des lansquenets a esté manié , Tor^ dre prins sur celuy des François et des Italiens qui doivent estre licentiés après les restitutions des places, et de ceux aussi qui doivent demeurer à la garde des places retenues.

Faire voir au conseil Testât gênerai de recepte et despence faicte en Piedmont , à fin qu^on puisse clairement recognoistre de quel pied il a marché à Tentretenement des gens de guerre , à quels termes ils seront Lien tost réduits s'il ne plaist à Sa Majesté faire donner autre ordre à leurs payemens que celuy qui a cy devant couru ; sera dict de mesme pour ie regard des places retenues, s'il faut qu'elles demeurent privées de leurs finages , des foires, et des marchés qui s'y souloient tenir, et qui apportoicnt des commodités pour plus doucement couler le temps, et sur tous les habitans , de la propre disposition de leurs maisons et biens qu'ils ont à la campagne , ainsi que ces deux sieurs ont visiblement et palpablement recogneu , et sur lesquels se remettant, il les pria d*asscurcr ie roy que si le remède aux aillictions présentes estoit autant en sa maiu qu'est la douleur qu'il en porte , que Sa Majesté seroit relevée et de soin et de ses impori unités ; et qu'en obéissant au commandement qu'elle luy a faict par du Plcssis , son valet de chambre , de restituer Santlu sans le démolir , qu'il sera

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