‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 19 sur 224 · GASPARD · texte numérisé non relu

GASPARD

Iw suWent (audacieux de leur retraicte) s'avanceront , n attendans les uns les autres , suiyi*onl en desordre ; et lors se peut présenter une belle occasion, se resolvans, tous ceux qui se retiroient » au combat et chargeans résolument : il y a apparence , ou que ceux qui suivent n*y seront pas tous , ou que , voyans ce qu'ils n'eussent pensé » leur outre-cuidance tournera en crainte : ce qui adviendroit mieux, ai ceux qui sont suivis prenoient une poste forte , pour i Fimproviste charger ceux qui les poinrsuivent en flanc.

Ceux qui commandent les volontaires et autres doivent avoir leurs armes et grands Chevaux proches d'eux , qu'ils ne tournent pas pour les aller chercher. Tel a tourné pour prendre son casque et son meilleur cheval , que ceux qui l'ont apperceu ( ou par envie ou parce qu'il leur sembloit ainsi ) luy ont imputé à fuitte : que si l'on est pressé , il vaut mieux combattre sans casque et comme Ton se trenve, que laisser passer l'occasion pendant que l'on dierche ses vallets.

II a esté di^uté des anciens et de ceux de ce temps , s'il estoit meilleur d'aller au trot an combat , ou d'attendre de pied coy les ennemis : il semble que l'csbranlcment et le gallop accroissent la force des hommes et des chevaux pour faucher les escadrons; mais aussi elle donne beaucoup plus de moyen à ceux qui n'ont volonté de se mesler parmy cet eslancement , de faire halte , tenir bride et se depestrer de la chaire : tellement que soldats nouveaux et desquels le capitaine ne se fieroit, il semble qu il fcroit mieux de les foire attendre en ordre et de pied ferme , du moins ne prendre le trot ou gallop que de vingt pas , parce que l'on cognoistroit ceux qui se desbanderoient , et les couards anroient trop de honte de démarcher et quitter leur place i l'abordée des ennemis , d'autant plus aisément veus et recogneus de leurs capitaines , qui les forceroient d'estre vaillans mal-gré qu'ils en eussent.

Tous escadrons , combien qu'ils fussent de mil ou douM cens chevaux , si avant que se mesler ils sont cliargés par soixante ou quatre vingto par flanc , sans doute cela les dcsordoflûç, lellenient que venant puis après à la

charge contre ceux qui lemr soot en tesi sont plus facilement emportés.

Ceux qui se retirent en gros et ea ordp souvent€»fois de beaux moyens de fà* charges à ceux qui les suivent et qui lei|i sent trop ; et peut advenir telle occasiai ^ changent les pertes en victoires , ou dk^i rendent celle des Ann^mif g^wgi^m^ ^^

honorable.

Jamais le gênerai ne doit estre i h ^ ceux qui poursuivent ses eaneais , d i^j que s'il advient un desordre , et qa'il kk.^ trainct de se retirer , tonte son anée a ^ un très-mauvais exemple : ausî Mea-î ;£ au lieu ny en Testât pour remeOfv/Vnhfl faire soustenir ceux qui sont rriuHi Eie^ cores est-ce pis de faire comme M.k(i« qui par trop d'ambition se mesbMpme ennemis f uyans , se fit blesser a rs^* de telle sorte , que s'il n'y emt ea de i« capitaines , on eust en de h honte isfe.. la victoire 9 qu ils achevèrent d'oblewcrsa bleceure , en contraignant les decnlrsc très de se rendre.

Avant que prendre party de retrabe .

faut estre bien adverty de la resobdioii^ ennemis.Deux mil hommes de cheval tw)«. ce sembloit, à la charge à Dormass , et depc; ils se rendirent à cent chevaux , quiame rien qui les soustint à quab« lienes^fox. t si ces cent chevaux eussent pris patj , M. (k Guise blessé estoit pris, eux defiuds,ei\ei victoire retournée du costé des reistra.

Ceux qui par desespoir de lenrs afars^r veulent rendre y doivent bien penser .L considérer que le trop de peur <le la non. leur tourne le sens , d'autant que bien sopa ceux à qui l'on se rend se contenteroietti ne rien entreprendre les uns snr les antrei Il faut considérer si les remèdes ivkfEL de mal présent apportent point plos d^ifio» modité et d*hasard que la chose noisiUeo'f portoit d^empeschement.

C*est faute de vouloir entreprendre de le^ un advantage des ennemis et de n'y Den toutes les forces entières, parce qn'il estcm> ble qu*iceux voulans maintenir ce qoils j^ gagné , ib y porteront tontes les lenrs.

C*est mauvais ordre en lieu estroict de séparer trois cens chevaux en quatre oicii

RÈGNE. DE FRANÇOIS I

lif

^s .Uennemi venant serré avec deux cens, r sant ces petites troupes les nnes sur les s , porte estonnement et desordre. Bien on faire charger trente chevaux devant , d on est en peine , poorveu qne Ton les i de près , parce qu*il y a assez large pour étirer et les empescher qu*ils ne nuisent

IX qui vont i la charge ; mais cela n'est is en lien estroict , autrement ils appor- [>li]S de mal qne de bien.

us lieux estroicts, serrés de rivières et ontagnes , rendent les plus foibles égaux plus forts , et leur donnent encore plus mtage, d'autant que si le bon-heur les mpagne et qu'ils renversent les premières yes , les plus forts estans placés entre la e et les rivières en lien estroict , ceux qui ayant sont contraincts de se sauver dans qui les soustenoient , chargent les leurs , ^ent l'un sur l'autre et les renversent ; les ^rieux entrent par les trous que les fuyards dans les escaÂ*ons des leurs qui n'avoient re combattu , et les bouleversent les uns es autres à la perte de tous, est pourquoy l'on perd entièrement en estroict l'avantage que la campagne donne forts pour faire arrester les victorieux I escadron , lesquels , chargés par un auqui leur est posé en flanc , n'osent pourrc , ou sont chargés par ledict flanc de c qui , n'ayant encore combattu , les em- ;ent facilement.

ue si on est contrainct d'aller chercher le ibat en lieu si estroict , il faut trouver moyen cmy de la coline de placer des troupes de Eilerie ou d'inianterie , pour charger par ic les victorieux; et s'il ne se pouvoit , il droit mieux s'aider de l'infanterie en ces

X si estroicts , ou ranger la cavalerie à fort de front, et empescher, par quelques

riots qui marcheroient devant eux , que les ards des leurs ne se jettassent dedans eux » u'ils fussent contraincts de couler du long, i qne , s'ils estoient poursuivis , les troupes les soustiendroient eussent moyen de char- * en flanc , ou du moins d'aller au combat s empeschement.

jGS escadrons ou regimens d'inianterie ou alerie , qui , pour se treuver trop engagés abandonnés des leurs > se rendent; doivent

estre soudain desarmés ou défaits ; autrement'^ si , demeurans en gros , la victoire change dé nom , sans doute ils reprendront le party dei leurs avec la victoire.* •

Lors que l'on juge à la fin du combat que les ennemis font ferme par leur retraicte atii près ou derrier leur infanterie et tesmoignent qu'ils n'ont pas la mesme ardeur qu'aupara*^ vaut les charges , il se faut résoudre à en pas-^ ser outre et hasarder ; parce que sans doute ceste froideur et mauvaise mine sont les voi-« sins de la perte des ennemis. '

Il est fascheux d'attaquer ses ennemis en lieu là oii l'on ne les peut totalement défaire, comme lors qu'ils ont recogneu une place par laquelle ils se peuvent retirer, s'il leur advient un désastre^ dans un passage ou lieu fortifié oii la victoire ne peut estre suivie pour le peil de cognoissance que l'on a de l'assiete.

Il y a bien difierence entre ceux qui se ser^ vent d'estrangers pour subvertir un estât , eC ceux qui se servent de ceux du pais pour le maintenir; les cœurs de ceux qui combattent pour la solde, et de ceux qui combattent pour leurs biens , femmes , enfans , ne sont sem* blables.

Quand un grand se treuve empesché et qu'il cric qu'il se rend , sa prise n'est asseurée qu'il ne soit démonté , désarmé et hors de lai place y parce qu'au moindre changement un coup d'esperon le peut sauver.

Les conquerans doivent chercher de com« battre : il s'en faut beaucoup que ceste maxime soit générale , laquelle peut servir à ceux qui sont les plus forts d'hommes et d'aguerriment. Nonobstant que la coronne n'appartienne de droict à rentrepreneur , s'il est receu par la plus grand part des villes du royaume , il n'est plus conquérant , mais bien celuy à qui la succession de Testât appartient , et auquel n'en reste qu'une petite partie. Celuy qui a le gros de Testât , les villes , l'argent , la faveur des esirangers , peut mieux subsister que celuy auquel ne reste qu'une portion du royaume.

Les clercs qui donnent conseil de donner la bataille ne doivent estre creus ; ce n'est ny leur mestier ny leur profession de cognoislre en quoy consiste la force des armées. Ceux qui participent à l'honneur et à la honte , au danger e{ au salut, doivent estre plustost

p^eus que les robes longues , qui bien souventy pour se iascher de la (pierre ou pour ^atre dessein particulier , conseillent d*hasarder lé gênerai du parly.

Quand en un conseil de combattre il se treuve un capitaine de médiocre réputation , proposant » s'il y a cent raisons qui suadent la bataille » qu*il y en a deux cens contraires qui la défendent , il faut considérer , peser , repasser son advis , parce que la perte d'une bataille traisne après soy une telle ruine , que, quand mesmes les raisons se balanceroient , il fiiadroit choisir celles où il y a moins d'hasard.

La différence estescrite en ce discours» du courage des estrangers qui combattent pour Targent , à celuy de ceux du pals qui défendent le leur ; la fortune appuyée sur les mercenaires et auxiliaires est périlleuse. Les arrière-gardes ou osts de réserve « qui ne combattent qu'à toute extrémité , font le gain des batailles ; ceux qui n*en ont point ont un grand desadvantage. Quand les ennemis font halte , si on ne se sent un grand advantage d'hommes ou de courage , ce n'est pas sagesse de sortir de sa poste pour l'aller chercher.

Que sert-il d'avoir donné un bel ordre que b cavalerie ne marchera pointdcvant les picques , que Ton attendra les ennemis , si à la yeue d'iceux hi chaleur ou imprudence transporte les osts de cavalerie , et leur fait couvrir leur infanterie , et empeschent l'arquebuserie de les favoriser , estant contrainte toute l'armée , par le commencement du desordre , de 8*estre trop avancé» de prendre une autre forme à sa perte ?

Nonobstant que l'ennemi semble monstrer le flanc pour gagner un village ou un petit advantage , il ne faut que le désir de prendre Foccasion ou de l'empescber face sortir les troupes de Tordre qui leur sera esté donné.

L'artillerie doit cstre placée à Teminence devant , et au lieu qu'elle puisse offencer les ennemis; celle qui tire la première a l'advantage, depuis que par mutuel consentement l'on s'est approché aux canonnades , et qu'elles portent dans les troupes avec beaucoup de dommage , qu'il semble estre force d'aller aux charges : Ton y peut aller , avec cesle exception que, quelque danger des canonnades qu'il y ait , il ne faut rompre Tordre prescript,

et ceux qui sont ordonnés de combattre pMf miers, les laisser faire et les seconder ijgl qu'il a esté conclud. ^f

U est nécessaire de prendre une téito pliik que Ton ne puisse estre contraînci de It WÎp ser par Tofiénce des canonnades i qm ù tti est forcé de Tabandonner pour aller WK iMM mis , que la plaine soit egalle « pour ioqijam advancer Tinfanterie et les pirqiinsrtnTHl,H avoirbien projettésiencor entre deuil y •§■! assiete forte pour hi reprendre avaMleœvbpii

Ceux qui mettront les reistres aur le iMi droict d'une bataille , sans donlt Ib In tront en desordre , parce que leur n'est pas de passer au travers dei eaotdifmf mais bien, ayans tiré leurs pistolt ndes ^ <t tourner à gauche et faire le limaQOW mettre en seurlé , et aux lienit où ile sent recharger leurs pistolets ; oe qB*i tournant sur la gauche , ils renoontreiit !*< nance de leur bataille et la rompent. As traire , s'ils sont en ordre snr la poiattgaMÉf de Tarmée , ils ne peuvent rien ronvre, fiN sant leur limaçon à gauche. ;

Ce n'est pas bien fait de foira aller les rein très et personnes de peu de vtleor les miers à la charge ; leur route touche an de tous ceux de leur party : an eoniraireté les prémices du combat sent heurensea j ellsi animent le reste à bien foire.

Certainement TadvanUige est tr As grand dt la part de la cavalerie qui e^t assistée d'arqn»i' buserie , lesquels bien conduits font tresbneliv les plus beaux des ennemis devant qi^iis pw* sent esu*e meslés.

Le gênerai est par dessus le maresebd di de camp : c'est un coup de chef de dn$tt Tordre à la veue des enuMÛs , et ai après An voir fait il en prend mal , il s'en doit prMdM à soy-mesme qui n'a voidu croire , et non |MI aux autres.

C'est en vainque Ton se travaille de se r*4« lier, après une routte, sur Tassenranee ds , bataillons de Suisses qui ne sont esté chargriSr s il n'a esté fait dès le commencement i| , gntnd ost de reserve , lequel , n'ayant peii| ^ combattu et faisant teste devant lesSnisseSr^ donne temps à ceux qui s'enf uyent de se r^ « mettre en bataille auprès d'eux. Autremesty^ s'il n'y a ost de reserve, lors que Ton se peM».

RÈGNE DB FRANÇOIS h

y > iM^Qlorieutoitlefoardeftbaiaae gens de pied» a*eB donnent le loirâr, et t facUemeiiteeuqui se tenlentr'alUer.

jamais Tadm estoit à rq'eicer de ceux isent qu'il iant dernier le bemyie , d'aa- |ue les estrangera par ftiiite de payement uleot retirer , et qu'eux B*en sdlant Tar-* est rompue el la eampagne perdue, rssi tueft Tea ne perdra que eë que Ton t perdre » c'est à ceste bataiUé iey que >nseil démit eslre rejette » qui esloit é par des dercs et gm» de robe longue , e sçairmeai pasque cen'estpasbeaucoup erdre leseilnagera , mmsque a'eètbeau^ S et mesmes letout) de perdre rbcmneur e bataille » qui emporte la pièce et fiiTeur v^illea f des soldats et des intelligences. est grande hafaîleté d'aree mi 1 -chevaux epestrer de deux mil et de quanUté d*innie , œ qui n^est eimerveillaUe à ceux font practique du mestier de la guerre , que Ton a une villa pour retraicte asseu^ telle que Sainct Denis. Jetter de Tinfani dans des villages retraacbëSy coucher msarder deux cens chevaux pour faire e de combat au firent des ennemis , cepen* t prendre la gaudie d^iceux sans se mesler c euxny les charger , et, ayant gagné le rier des escadrons et bataillons , tourner Doostrer la ville de retraicte à ses comparus, n'y ayant salut qu*à la regagner, ux vont à la charge devant mesme que les lemîs ayant quasi tourné visage à eux, et Uardement passant à travers pour gagner ir retraicte et le derrier de leur infiàiiterie, 'ils avaient laissé dsns les villages. Gertai* ment qm pourrait faire charger deux cens evaux parle derrier des escadrons ennemis sut qu'aUer au combat^ serait un grand vantage , et faut oonfésser que l'admirai de ligny estoit capitaine.

Ceux qui ont assiégé une ville doivent ler le siège pour comliattre les ennemis s'ils at forts , on pour se retirer , et y employer Qt sans séparer ses forces. Les armées Tune ivant l'autre , il fsut estre résolu de se balre , et marclii»r contre les ennemis si la plaine it esgalle et que la situation soit ausû advan^ geuse d'un costé que d'autre ; mais si l'on

rat attendre deye&t le« eanenis qui tieanent

au cond>at , ilfaut donc mettre la cavalerie en* lieu que l'artillerie ennemie ne donne daâ§ eux; autrement les soldats contraindront 1001" dief de les mener desordonnement au combat ^ ou y voudront aller enx-me^mes forcément , qui causera la perte. U faut Juger et pr(^dbre garde quelles gens sont ceux qui vientient au combat, pour ne prendre point de pistolieri bien mont^ et armés pour arquebusiers ft cheval» comme fit Balagny^ bastard de l'éves^que de Valence » qui fut cause de la perte éé la bataille que M. de Longueville gagna.

Les corcelets usités aux compagnies fratt-> çoises , composées de bourguignotes ou saU lades et brassarts , avec des larges espauUerert et longues tassetes , sont empeschantes, mal^ aisées à porter , et ne parent des pistoliers , qui coulent du long des rangs ; aussi lés noU dats s'en défont et en jettent tme pièce après l'autre. U serait mieux avoir un plastron à l'espreuve y du moins ceux du premier rang^ garny de moignons et tassettes de mailles , une coiffe ou secrette de fer sous le chapeau. Un liston de fer au bras gauche suiBroit potu^ armer les picquiers , sans qu'il soit nécessaire leur armer le dos , lequel estant veu par les ennemis , ils sont deàicts ; et eux se souvenans n'estre armés que par le devant , tourne^ ront toujours le visage. Les morions , aveâ leurs larges bords et grandes oreilles , empesa chent les arquebusiers ; les crestes , les poinc-< tes , ne sont qu'omemens ; une secrette de fer avec tm petit orle pour empescher qtiele coup ne glisse sur le visage leur serviroit mieux. Ils se peuvent parer de leurs arquebuses , et ne sont tués le plus souvent par la teste , ainsi par le ventre , où les cavaliers porteht plu!t ordinairement leurs coups. Les piques sont les meilleures armes des gens de pied, lesquellea ne doivent estre empeschantes ny rompantes , non si grosses aux François et Espagnols qu'ait Suisses et lansquenets-, entre lesquelles celles des premiers rangs doivent estre les pltli renforcées , celles des troisième et quatrième les plus légères , parce que les unes soutien-» nent et les autres frappent. Les halebardes , pertuysanes et demy-piques de six en slt rangs de picquiers sont utiles à la meslée ,

d'autant que les piques ne se tournent si feci*

lement ; que n Ia force dea conl^ati» estoit

ISO

aux gens de pied comme au passé , il y a ap* parence qu elles serviroient beaucoup , d autant qu il se faut approcher et venir aux inains; et depuis que Tinfanteric àrinfanteric est mesiée , et les premiers coups donnés, les piques ne se manient pas facilement. Les Romains, ayans combattu et vaincu les phalanges xnacedoniques contre le roy Perseus , ne cliangèrent pour cela leurs dards ^ plus légers que nos pertuisanes , d'autant qu'ils en jettoient aucunes contre les ennemis. C'est pourquoi a été proposé que les gentils-hommes ou soldats cuirassés avec Tespée et le pistolet , venans aux mains , pourroient vaincre estans mesiés ^n bataillon de Suisses , et au change de leurs coupsdc taille et dN'spées à deux mains, donner des coups d*cstoc et de pistoletudos. Le plus de mousquets qu'il y peut avoir aux rcgimens , c*csl le meilleur ; peu de cuyraces au premier coup y résistent ; appuyés ils tirent justement. Quelques arquebusiers à rouet sont nécessaires pour tirer dcrrier les premiers rangs , et pour un temps de pluye : les montures des arquebuses des Espa{jnols et Italiens sont plus utiles que les courtes inventées par les François , qui sont fautives.

Dieu est seigneur des batailles : prcud'hommie y peut plus que prudonce. Les sages n hasardent que par force ; c'est donner son honneur , vie et bien ù jouer à autruy. Nos péchés , inimitiés , inoxpertises , desordres, peur , terreur panique , marché tost , tard , bruit , poudres , confusions , émulation et envie, peuvent perdre une bataille. La multitude est mal-aisée de mettre en ordre , et plus de l'y maintenir; lechefn estentousies escadrons pour l'observation de ses ordonnances. Tout se change par divers accidons non preveus. Rarement , en tant d'agitations , de crainte de mort , d'arquebusades , de bruits , de coups , de cris, de son de trompeles et tambours , l'esprit peut demeurer en son assiette , ni les communs capitaines en leur l)on sens. L'hardiesse des soldats n'esgale celle d'un général; l'intcrest n'est semblable , le péril est commun ; la perte ne leur est importante , leur but est de se tirer ot depcstrer du danger.

Les soldats romains, pariîcipaiis au gouvernement de la république , estoient plus intéressés à la perle ou à la victoire , que ceux

qui n'y sont obligés qne par la solde : qui s'hasarde doit estre asseoré de Tadva de valeur, nombre , ordre , conduite , ail des siens. Plusieurs sans argent ont dit: ne perdons que ce que nous devons p aussi bien les soldats non payés noi seront. > Il vaudroit mieux estre abaii cinquante fois , et se retirer , qne de | une bataille. Il est aisé à un capitaine di pescher de combattre : un ruisseau , ■■ haye ou costeau , servent de barrières i qui ne se veulent précipiter desavanU^ ment. Le bien placé ne peut estre asnill perte ; la mousqueterie dans les lieox maisons , bois ou fossés , empesche df au combat sans recevoir toutes les i Tirer par troupes et à propos , avant cavalerie puisse venir aux mains, tr d'estroictes advenues pleines d'arqoebi empesche de charger. Geste infanterii fiée d'assiete , un coup en vaudroit qns ceux que l'on tire en peur devant lei drons en la campagne ; la bataille ne i donner que cesie infanterie ennemie i desplacée. Reste l'invention de faire v< combat à coups de canon : le remède choisir une place eslevée en front; un pendant en arrière met l'armée à coi les canonnades ne peuvent oSencer < premier rang , ne laissant montagne f qui puisse estre occupée.

Si la force est en la cavalerie , que Tan place en campagne , en despitde celle i plus forte de gens de pied ; si elle la chercher, la plus forte cavalerie fera pin l'autre à l'entour des bataillons de gi pied ennemis, qui les verront défaire e présence sans les pouvoir secourir ; pui Valérie et infanterie joinctes ensemble , ront la forte et meilleure infanterie. Re moyen à la mauvaise cavalerie , d'estre ] derrière tous les bataillons d'infanterie n'est en plaine; et (|ue la bonne cai face le tout de l'armée , elle la mettra ei blable peine. La mauvaise cavalerie doi cachée derrière les gens de pied , fortif chariots , de hayes ou fossés , avec qw espaces estroieleset vuides, pour aile charges , lorsque la cavalerie ennemie aux mousquctadcs ; et faudroit qu'elle i

RÈGNE DE R^ANÇOIS I.

iài

» afMrèft les avoir chargés, poar se retirer recouvrir de piques sans apporter desor- Si les forts de cavalerie approchent leur ^rie y rinbnterie la peut gagner par enises à rimproviste « temporisant » couTert endaot du costeao» de retranchemens ou s ; jasqoes à ce que la cavalerie ennemie >iSQe à rentrée de la nuict pour aller % pourront considérer s'il sera bon d'enendre. Les fortsde cavalerie désirent les tes ; voyant leurs ennemis placés fortei j tournent pour couper les vivres ; les ses lesempeschent , se placent sur une ri* e , ou proche d'une ville d'où ils peuvent r vivres : celuy qui a le dernier escu et , par retranchemens j a la victoire.

3UX qui ont eu de grandes infortunes , qui perdu des bs^tailles , sont plus expérimen- {ue les victorieux; la prospérité fait sortir lomnaes d'eux-mesmes » et leurs esprits ne >ent qu'à recevoir le fruict deleurs labeurs, e donner du plaisir , au contraire des in« unes , qui gravent en leurs esprits leurs heui's, par qui commencés, pourquoi, comment ils sont arrivés, recevant au- . d'admonestemens que de fois ils y tsent : tellement ,', que , se trouvant en eil hasard quHls ont esté, ils ont tant de inte de tomber aux mesmes fautes et malr irs , qu'ils soupçonnent et pourvoyent à s les evenemens fortuits qui peuvent arer. Gelny que la prospérité a accompagné lit qu'elle ne le hûssera jamais, et que elle r en doit de reste : sans soin, considération, prévoyance, se porte aux hasards et affaires, nt l'issue , différente à celle du passé , luy it cogn^stre l'instabilité de cette vie. Pouru que ceux qui ont perdu et ceux qui ont gné soient de mesme sens et prudence , il udroit mieux prendre l'a ! vis des malbeuux que des heureux , parce quo les accidens li arrivent ne viennent coustumierement t la faute de prudence et prévoyance du ef , ains de quelque chose que les payons u attribué à la fortune , et que nous recoloissons venir de Dieu, pour la punition des èchés des hommes ou autre cause secrette , : foute des capitaines et soldats qui sont )ns les généraux ; quoy que bien commanis ; ne suy vent l'ordre qui leur a esté donné )

subjets aux passions , ostentations , crainte el ardeur , comme hommes. Et les fontes ne peuvent estre attribuées au sage gênerai qui avait pourveu à tout : mais il ne peut tenir les cœurs , les brides , ny les espérons de tons les bataillons et escadrons , ne pouvant estrè par tout.

Les Espagnols blasmrat les François des traictés qu'ils ont avec les Turcs et hérétiques ; eux sont tombés en mesme foute par les traictés faicts avec les Hollandois et autres; etn*a pas tenu à eux qu'ils n'ayent un ambassadeur à Constantînople , ce qu'ils n'ont pu obtenir.

Desseigner un successeur à un gênerai d'ar^ mée ou gouverneur de place , est quelquefois périlleux , et qu'ils ne laissent tout en de»* ordre , à ce que celuy qui leur succède n'acquière plus de réputation qu'eux , et que par ses foutes il monstre le préjudice du changement. Il fout donc prévenir ces desseins, qu*ib soient plus tost hors de charge qu'ib n'en soient menacés , soit les envoyant quérir i h oonr du prince , ou les em|doyant en quelques au* très effects ou ils ne puissent nuire.

Ceux qui ne se fient en leur cavalerie par manquement de courage ou de nombre, ne la doivent mettre en lieu où elle puisse estré chargée ; le mieux est de les placer derrière les gens de pied, tellement qu'il ne se puisse aller à eux que l'infonterie n'ait combattu : ce que cognoissans les forts de cavalerie » doi^ vent tenter par canonnades de déloger l'infanterie de son assiete, avec discrétion de n'engager leurs canons trop proche : les moyennes coulouvrines avec double attelage sont propres ; se peuvent mener et retirer au trot selon la nécessité. Et d'autant que le devoir de l'infanterie est de se placer sur une coline , dont le pendant derrière les premiers rangs este le dommage de l'artillerie, qui fiert tousjours haut et n'atteint que ceux qui sont aux premiers rangs , ceux qui sont plus forts d^ cavalerie doivent tourner avec leur moyennes coulouvrines sur le flanc de l'assiele des enne <nis, lesquels les endommageront et contraindront de déplacer en presept , s'ils n^ sont couverts de bois, ou que la coline ne soit en pendant de tous costés. Pour ne rendre les foibles de cavalerie inutiles , faut observer des espaces enue les bataillons et chariots ,

pour (laprès que les ennemis téméraires, ayant Irep approché, tirés par Finfanterie, plieront aux mousquetades ), sortant la catalerie par ces espaces vuides, foire leurs charges , et sui- TTOBt 9 s'ils le cognoissent nécessaire ; sinon , faisant le caracol , se retireront par les lieux et espaces vuides qui leur seront esté monstres pour retraite , repassant entre les mesmes bataillons , 1& où si les ennemis sont si fois que de les suivre , ils se trouveront chargés d*une autre cavalerie , et par flanc combattus de mousquets et de piques ; et trouveront encor un autre espace ou barrière de chariots, qui les gardera d^enfoncer dans le cœur du camp » ainsi que monstrent les portraits que j'en ay faits. Ceux qui sont plus forts de cavalerie doivent chercher de combattre en campagne : les escadrons ne doivent estre placés l'un après l'autre ; s'ils sont huict en SKivancer quatre , les autres placés plus en arrière , au droit des grandes espaces vuides qui de- AMurent entre les quatre premiers. Et pour empescber contusion que les uns ne se renversent sur les autres , quelque quantité qu'il y ait d'escadrons , il les faut mettre en deux rangs si esloignés les uns des autres , que la delaicte de l'un ne nuise à son plus proche , et ceux qui se retirent puissent prendre la gauche ou la droicte sans apporter confusion, donnant commodité à ceux qui les soustiennent de charger en flanc ceux qui les poursuivent , sans rencontrer les leurs qui se retirent. La vaillance de la cavalerie estant creue fermement par les arquebusiers , il n'est pas tant nécessaire de les placer en lieu fort; la bonne opinion qu'ils ont d'icelle les foit tirer dans la plaine asseurément ; laquelle cavalerie par sa seule force se peut exempter d'înconveniens , observant de ne loger incommodément si près de leurs ennemis , que par l'entreprise d*une nuict ils puissent estre dcOaicts ; moins se porter dans les charges avant que desloger la mousqueterie , qui dans lieux forts flanque les ennemis^ lesquels, ne pouvant aller à eux la cavalerie , il faut déplacer par rinfonterie.

Deslofjer en présence, c'est hasarder la bataille , ester le courage et l'ordre aux siens ; si ce n'est de nuict , les ordres ne se changent

vers préceptes. Il faut mesestiitter ses mis devant ses soldats sans les mespriier son cœur ; ne cnûre au premier bruit q considérer les personnes , d*où ils w««»y leur naturel ; faire recognoislre par gÊmW0 perimentés amis du chef; soupçonoar kMfe rapports selon leiu* tardiveté ou chaleori aî^^ laisser persuader sur le braict des capMMi(|^ faire taire les chefs el soldats qui éoÊÊÈÊM' leur advis mal à propos ; résoudre lea tWMf à trente pas des escadrons avec pett de dMh sis; ne se laisser porter à rhaathMi»

bruicts , aux bonnes nouvelles ny m de canon ; prendre temps de se résoudre sisement ; considérer si son esprit est eBbeMW assiete , si le désir de combat , la cnôila 'dti celny , la colère , les diverses parolea doa che ne l'ont point esbranlé. La ^uralMM voix n'est la meilleure ; peu conddeiil à Méà sard , participans au danger et non à la fjUÊê du chef. Ne soient jamais mis lea eaeadretflt derrière l'autre , ou autrement oA deWet et rompt plusieurs. Tout escadron qui tAargê^ quoy que victorieux , se rompt en ebargéMK qui le charge par flanc remporte. Gèlliy qrf a plus d'escadrons a Tadvantage : ila ne dtf* vent estre de plus de trois cens eheilutt » qÉI peuvent faire dix rangs. Mettre dottae dM mieux montés an premier rang ^ doublés el triplés de semblables derrier eut ant aniM rangs , et les placer dans le milieu Ou costé de l'escadron ; cela fend et ouvre un coin fait l'arbre. A chaque rang tm cM ^ au derrier des mareschaux de logis firappaal les poltrons. Les soldats se doivent ikiener at pas , ou au petit trot , à la charge , on ila 8*ei dispensent ; fout s'arrester souvent pour veif si tout marche , les chefs les écriant par leM noms. En ces haltes , ù quarante pas des an* nemis , se doit laisser tirer les enfona perdM et arquebusiers à pied. La cavalerie ne doit esirc chargée d'armes; le devant du casqoe, trois lames des taccttes , moignons et devant de cuirace à l'espreuve , et non par derrier, pour n'estre combattus de ces armes, heê pistoliers sont les meilleurs ; et s'il y a quel* ques lanciers italiens , il les fout mettre sflT les flancs droicts pour charger aux gauches ses ennemis. Sera assez de soixante lances à

sans péril on présence : il se peut dgnner di- I un escadron; et serait nieui^ qu'il n'y «aevl

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