LIVRE ONZIÈME
plus outre , et mesme lesdicts habitans qui voudront recueillir et se servir de leurs bleds, vins, et autres commodités qui se tirent des champs , et qui seront hors le mil ; quoy leur défaillant, et de main en main le pain quotidien aux gens de guerre aussi bien qu'à eux , que les uns et les autres ne demeureront pas vains au recouvrement , <|ui sera encores si cher , que leur paye ne sullira pas pour quinze jours seulement; et lors farce leur sera de faire comme le loup que la faim chasse hors des bois , qui en prend où il en trouve.
De là sortirent les plaintes , les criories et les querelles aussi de monseigneur de Savoye , que , quand bien Sa Majesté augmenteroit le payement des gens de guerre, et l'envoyeroit encores à poinct nommé, que pour tout cela ils ne lairront de demeurer enveloppés parmy beaucoup d'incommodités, et de courir la campagne pour respirer un peu au large. Il adviendra de ceux-cy comme des femmes qui désirent tousjours fort ardamment les choses deffendues et qu'elles mesprisoient précédemment : les gentils-hommes et les officiers qui auront la discrétion , se contiendront pour un temps , et en lin la patience leur eschappera comme aux autres^ et audict sieur duc la colère dont il aura luymesme basty les eschellons pour avoir voulu plus qu'il ne devoit, et qui peut-estre forcera un jour la France , si elle devient sage , à revocquer et casser tout : et de là Tamitié et l'affection s'esgareront. H faloit apporter à toutes ces choses un tel tempérament, que ce prince ne peust avoir aucun argument pour sortir hors des gonds , ny le François aussi d'insolescer au préjudice de ces resolutions trop restrainctes; qu'il supplioit, quant à luy, b divine Majesté , vouloir destourner tous les orages qu'il prevoyoit. Et à la vérité, qui observera ce qui advint depuis, il trouvera que le mareschal avoit esté une autre Gassandre , car et les cinq places et le mesme marquisat furent depuis perdus, avec sept ou huict cens pinces d'artillerie.
(^)u*il supplioil irès-humblemeiu Sa Majesté ordonner <|ue les neiii' mil livres (]ui sr* souloient lever en Pieduionl pour le tailloii . lussent rejettes sur la France, à lin «pie la
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gendarmerie fust contenue en reigle et en obéissance.
Que le fuict des cliasteaux avoit eslc mesnagé au contentement de Sa Majesté , comme elle pourra faire reco{;noistre par les estais qui en sont envoyés; que la cour de parlement et chambre des comptes rendent gra^ ces très-humbles à Sa Majesté de Tordre qu*elle a faict donner à leur payement , et à les pourveoir aussi de pareilles charges que les leurs , lorsque vacation en adviendra parmy les parlemens et chambres de la France.
Qu'aussi tost que le payement des chevaux legiers sera arrivé , qu'ils seront licentîés et admonestés de se retirer à la desbandade , sans tenir les champs ; mais il est à craindre que le contraire n advienne , tant les mais- Ires et les chevaux ont faict de jeusnes non comprins en leur calendrier.
Il n'y a point de raison que M. de Savoye ait deu trouver mauvaise la dernière levée du taillon, puisque ses propres ministres, sur ce requis, y ont consenty, ayans recogneu que c'estoit chose forcée , et qu'en s'y opposans c'estoit donner à la gendarmerie grande occasion de courir et de ravager , pour contenter un ventre affamé qui n'a point d oreilles pour escouter sa ru y ne.
' Que Sa Majesté doit rejecter les instances de ceux qui luy demandent la capitainerie de Ravel, n'estant raisonnable d'en priver le capitaine La Guarigue, vieux soldat qui a tousjours fidellcmcnt scrvy depuis dix ans qu'il fut eschangé de la compagnie de gens de pied des vieilles bandes avec le capitaine Lichaux, basque, pour ledict chasteau de Ravel. ^ Que si les deniers de la gendarmerie estoient arrivés, qu'il neust eu rien de plus pressé que de l'envoyer rafraischir en leurs maisons : que tant s'en faloit que cela fust , qu'il n'estoit arrivé autre payeur que celuy dudict sieur de Terrides ; que le sien luy a mandé que l'assignation qu'on luy avoit baillée n'estoit payable qu'au vingt-cinquiesme juillet , et qu'il en sera ainsi des autres s'il ne couroit autre remède ; auquel cas il est à craindre qu'il n'en advienne quel(]ue desordre , s'il ne plaist ù Sa Majesté de sévèrement commander aux tlircsoriers de compte des guerres dV pounoir sans plus dilayer.
Du douziesme aoust , H manda à Sa Ihjesté que Dieu ayant aujourd'huy dj^nnéh paix et à elle et à son royaume , et iceliy fortifié du parentage du roy d'Espagne et de M. de Savoye, et auxquels elle avoit fat courtoisement toutesfois rendu ce qa'dk avoit promis, il estoit i croire que toota choses prospereroient doresnavant si km parmy ceste tranquillité , que Sa Majesté ■ ses estats n'auroient par cy après aociu besoin de son service , ni mesme de son vmtance , et que par ainsi il la supplioh irèihumblement luy donnei* congé d'aller reroii le lieu de sa naissance , qu'il n'avoil ven il ; avoit tantost unze ans , et presque anal femme et enfans. La supplia aussi que U oi il ne luy auroit rendu tous les grands services qu'elle eust peut estre désirés , le lij vouloir pardonner et n'en attribuer la coalpe à faute d'affection qui fust en luy, naài son impuissance , qui avoit toutesfois lovjours esté corresponduc par ceste saioctefr délité qui l'accompagneroît jusques au toabeau , et de laquelle il lairroit ses enCamsbritiers.
Qu'en attendant ce congé , il la supi^ très- humblement choisir quelque honnesietf valeureux seigneur pour commander ea m absence deçà les monts , et ne s*en reoMOri à luy, pour les raisons que le secrétaire Bai luy feroit entendre de sa part , comme m feroit-il plusieurs autres affaires dont il ïvéi confidemment chargé , et sur lesqueb il sap* plioit Sa Majesté vouloir pourvoir par leieffects qui estoient nécessairement necessûres. et mesme en ce qui regardoit les deniers pov l'advictuaillement des cinq villes , qui doil« tre foumy par M. de Savoye , qui ne seii^ mue guieres toutesfois.
Qu'il semble que les ministres de M. A Savoye ne cherchent qu'embrouillemeit i querelles, s'estans plaincts à tort que le ai* reschal leur avoit refusé la restitutioii péage de Suze; car, combien qu'il soit A que Sa Majesté jouiroit de tout le doflrii jusqu'au jour de la restitution des placei,^ qu'il ponst par là demander sept mois»
tiei*s, il s'cstoit toutesfois contenté, poirli gratifier, n'en prendre que six soulcfoeit
Qu il envoyé à Sa Majesté par ledict
Tordre et le règlement que la cour de parlement a dressé pour la forme du ma{][istrat qui devra rendre justice souvcraiuc dans les cinq places ; qu'il plaise à Sa Majesté , Tayant fuict wv par les gens de son couseil , ordonner ^e toutes les depesches necessaii-es en soyent envoyées , afin de bien establir ce qui sera nejcessaire pour ce re^j^ard.
jDu cinquiesme septembre, il auroit faict eatendie au roy et au duc de Guise qu il ne pouvoit procéder a la réduction de la gendarmerie, n'estans encores comparus autres fmyeurs que ceux des sieurs d*Ampvllle et de Xerrides, et qu'il uvuit donné congé aux deux tiers de ccstu-cy , ei à Taulre pour le lout ; que, n'ayanl nouvelles desdicts payeurs^ il leur avoit mandé qu'ils ne vinssent point en Picdniont , et que neantmoins ils gardassent les derniers pour les délivrer en France , selipo :1a nionslre qu'il en avoit fuict faire.
Manda aussi audict duc de Guise qu il trou- .¥iûl luit dur et fort esirange qu'en faisimt la l&eiluolion genorali.* de la geodarmerie, que Ap «iûune y eust esté comprinse , et non pas .celles des autros uiareschaux de France qui ,:eatoient tous venus depuis luy , et au service 4(4^i|uels tuuiesfois il ne cedoit en rien, comme inussi celles de plusieurs capitaines de gcndar- 4iRM*ie , auxquels il aura toulesfois tousjours à conuirander par lauciorité de sa charge ; que , coful»ien que son estomach ait encores quel- <|uc vigueur, qu'il nestoit pas possible tou- Aesfois qu'il peust digérer ces desfaveurs et ces indignkés , pour Tasseurancc qu il avoit jen son ame d'avoir si bien et si généreusement servy Sa Majesté^ et ses prédécesseurs Hiissi , qu*il meritoit d'eslre plustost augmenté