‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 193 sur 224 · LIVRE ONZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME

Si pour n*avoir commis larcin ny trahison, Si pour n'avoir usé de bnrat ouTmesse . Si pour n'avoir jamais ^ iolê ma promesse , Si par les armes la gloire on acquiert , Je dois à Tadvcnir d'un grand contentement consoler ma

[vieillesse] .

Dn 25 septembre , il fit entendre an roy que la longueur des resolutions du conseil sur affaires qui ne pouvoieut porter dilation , Tavoit conti*ainct de depescher les secrétaires Ruzé et Guesdon, Tun après l'autre, pour obtenir les provisions; que n'ayans tenu compte d'y satisfaire , se voyant desjà presque aubout d'un mois et sans provision, force luy fut d'emprunter dequoy entretenir les garnisons des six places, Carmagnole comprinse; mais que pour cela il n'avoit guieres gagné ; car les soldats , qui avoient aprins par longue expérience combien valloient les promesses de la cour, se desbandoient et retiroient parmy les trouppes licentiées , et qn*ils tiroient tous du costé d'Ast , où le roy d'Espagne faisoît grande assemblée de gens de guerre, pour envoyer en risle de Gerbes ou à Tripoli , la licence ou le dcspit ayant passé jnsques là , qu'aucuns se sont jettes à bas des murailles à cause du bon ordre qu'ils voyoient aux portes, autres, qui esioient de la garde , faisant semblant de se jouer il Tentour d'elle pour mieux venir ù bout de leur dessein. Le capitaine Foit , qui commande à Qiiiers, a mandé au maresclial qu'ils ont résolu de faire un gros, et , avec leurs armes , forcer le corps de garde de la porte pour se retirer : c'est un complot auquel , toutes sortes de moyens deflaillans au mareschul , il ne peut remédier , puis que la foire qui le dcvroit sousienir luy est cou-

^4^de diminué on grâces et fufvears: que s'il ] traire, s'il n'y estoit diligemment pourveu en

^toit dict qu'il fuloit (|u'il en passast toutesluis par là , qu'il aiinoit trop mieux quicter au compagnie que d'endurer que ses ennemis Arikwpliassent de luy.eomne ils s'essayoient 4te faire tous les jours : que la France , théâtre universel du monde , porteroit tousjours Javorable tesmoignage de sa vertu et de la candeur de ses actions.

Ce bon sieur pouvoit bien dire comme du Bellay :

Si pour avoir passé ma jrunesso sans crime, Si ptMU' n*auiir d\isnr«7 enriefii ma maison,

gros et non par pièces desconsues; que le mal qui en adviendi*a sera hors sa coulpe, qui souffre toutes sortes de hasards et pauvretés pendant que les autres abondent de toutes sortes de grâces , de biens et de repos.

Que , par le retour de Cigon;;nes , Sa Majesté luy commandoit de ne parler pour encores de son congé , recognoissant que sa |)rcsonce senoit de force, de movens cl do conseil à la diversité des desordres oit elle vovoîi \cs affaires enveloppés , et nu^aossi tost qu'on auroit peu fceotfrreH^ "wivoient

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLiRS. [1559]

remédier, qu'à lors Sa Majesté lay permettroit de venir à elle , laquelle le recueilleroit avec toute Tamour et faveur que meritoit la grandeur de ses services : la volonté du roy avoit bien ce désir , mais elle n'estoit pas encor assez rusée pour descouvrir que la cour ne craignoit que la venue du mareschal , aucuns ayans opinion que la prudence de ce sieur , avec la grandeur de ses services , conduiroient Sa Majesté à le retenir près d'elle et luy donner part au gouvernement des affaires , en la crainte dequoy aucuns faisoient tout ce qu'ils pouvoient pour le réduire à tel accessoire qu'il fist quelque lourde bronchade , et dont la crainte luy tenoit tousjours le pied en Tair comme les grues.

Du 29 septembre , le roy manda au mareschal qu'il estoit nécessaire retirer du roy d'Espagne , de messieurs les dacs de Savoye et de Mantoue, quittances particulières des restitutions qui leur avoient esté faictes en exécution de la paix , pour avoir lesquelles il depescha courriers vers les uns et les autres, qui les apportereïit à Sa Majesté ; sur laquelle occasion il luy fit entendre que la mal digérée restrinction du mil de finage n'avoit pas esté pluslost foicte, que les ministres de M. de Savoye avoient imposé sur toutes sortes de vivres qui venoient dans les cinq villes , tant des daces et des péages ; que si cela avoit lieu comme il avoit preveu , il faudroit qu'elles achetassent à dix ou douze sols ce qui n'en valoit que cinq , autant à la ruyne des habitans que des mesmes gens de guerre; qu'il avoit envoyé descouvrir ce qui en pouvoitestre , à fin qu'avec la vérité en main on peust foire recognoistre à M. de Savoye , et à tout le monde aussi , que c' estoit mal mesnager grâces si notables qu'estoient celles que la bonté du roy luy avoit généreusement concédées , et contre l'advis de la plus part de ses ministres , la paix ne l'y obb'geant aucunement, ^.i

Le roy, sur Testât qu'il luy avoit envoyé des capitaines ayans charge , et qui dévoient esire retenus pour la considération de leurs mérites , osia d'iceluy ( par les menées de la cour, qui cheminent tousjours par passion ou par interest ) les capitaines Villambis , neveu d'Ossun , les capitaines Muz et Berthe-

ville, tous trois de vertu et de mérite; ce qu'il trouva fort mauvais : il s^en plaigût ai roy, la Majesté duquel , recevant gracieusement son tesmoignage , les fit remettre.

Qu'il donnera ordre à envoyer toos ks mois , comme le roy désire , les estais de recepte et despence , et des deniers qui seroient revenans bons, et que , pour mieux y pourvoir , il seroit nécessaire que les mooitres^ se fissent de mois à autre , ce serait l'advantage de Sa Majesté et le Uen des ffm de guerre.

Que le règlement qui luy avoit esté eiif03fé sur la forme des payemens des compagnies ei desapointemens, aesté réduit à si petit pied, que c'est ouvrir plus que jamais la porte an capitaines pour avoir des passe volansetdes picques sèches au lieu de lances spezades; enquoy le roy sera cent et cent fois plus iiteressé qu'il ne sçauroit jamais estre d*ne honneste et modérée augmentation de solde, laquelle il remet à la discrétion de Sa Majesté et de M. de Guise, qui sçait pieça combiei vaut l'aune de cesie marchandise , ne voohi estre dédit quant à luy, comme il a tooqon esté sur les mesmes choses dont on dini vouloir demeurer à son seul conseil etadii; qu'il soit vray, ayant comprins, comoel estoit raisonnable , dans Testât des app» tés , les sieurs de Gaillac , lieutenant de Firtillerie, du Plessis, intendant des finances, le truchement Hoster, ils en avoient toos esté 1 rayés à Tindigne misère d'eux et bonietaeite de luy , comme aussi avoit esté le capitw risie , qui avoit rendu si honnorable tesuMÎgnagede sa valeur et de son courage ib prinse de Montcalvé, ayant soustena le coabat jusqu'à tant que la multitude des play« l'eussent couché par terre , pour raisoi i quoy Sa Majesté luy avoit promis , anparfls l'entretenement de sa compagnie , beancoif d'autres biens et honneurs , et qu'il s'esioii depuis trouvé cassé du tout , parce qneb mareschal afiectionnoit son advancemeQt;(|> toutes ces rigueurs et mespris raportés cr semble le conduisoient à supplier très4M* blement Sa Majesté , ou luy donner lotf * faict son congé , ou ne plus permettre f* luy ny ses amis ne fussent^ ainsi bafoift ^ chaquo bout de champ.

r Le dernier d*octobre , le cardinal de Lorraine escrivit au marescbal que le roy vouloit que les cinq places fussent pourveues de toutes sortes de vivres pour dix huict mois ; qu'il le prioit non seulement d'en faire dresser un estât, mais aussi de cotterpariceluy, sur chaque indifférente qualité de vivres , à quoy cela pourroit revenir , et puis réduire le tout en une somme generalle, à fin que Tayaut digérée et considérée, il regardast par quels moyens on y pourroit parvenir : à quoy le marescbal promit satisfaire , ores qu'il tint pour asseuré que tout cela se resoudroit en fumée , puis qu'on ne tenoit compte de pourvoir aux mesmes cboses qui requeroient prompte provision , comme faisoit ce qu'il avoit n'aguieres mandé sur le violent desbandement des soldats , et précédemment sur le faict des réparations , la provision des payemens de la gendarmerie et de la fanterie qui esioit desparlie par les six villes ; qu'il ne sçavoit plus à quel sainct se vouer.

h Le conseil faisant contenance de vouloir, une fois pour toutes , pourvoir à tout ce que le marescbal avoit demandé , ou qu'il cognoissoit nécessaire pour le bien des afiaires , Sa Majesté luy commanda d'en envoyer un bien ample mémoire , qui fut dressé de ceste subtance y à sçavoir :

Que durant que Sa Majesté avoit tenu le Piedmont on avoit levé tous les ans trente-six mil livres de taillon pour le supplément de la gendarmerie , et qu'il le faloit maintenant rejetter ailleurs, comme il avoit si souvent mandé , sans toutesfois en recevoir resolution aucune.

Que le Piedmont souloit contribuer le payement de quarante chevaux d'artillerie qu'il faloit rejetter ailleurs.

Que Carmagnolles, Villeneufve d' Ast , Quiers et Chivas , n'estans fortifiées que de gazons , qu'ils se sont esboulés en beaucoup d'endroits; qu'aussi puis peu de jours la moitié du bastion de Nostre Dame , à Thurin , estoit tombé , et aussi l'un des espérons de la citadelle de Pinerol, et à quoy il faloit pourvoir auparavant que les ruynes fussent plus grandes.

Que , ne voyant aucun reiglement nrresté sur le faict des payemens de la fanterie , clc

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