‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 195 sur 224 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

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outesFois , non Tintcrest de luy , mais celay lu roy ; ei que si Sa Majesté et luy pouroient voir par ses yeux ce que voyent les ;iens , quil ne seroit si rudement ny îndiipoemont traicté ([u il est , en ce qui regarde le salut de Testât.

Pareille dcspesclic fust aussi faicte au cardinal, lequel ne s'en eschaufla {juieres, n^ayant jamais essayé , quant à luy, combien la nécessité estoil inexorable , ny les dangereux eflects qu'elle produit souvent , pour prudent que riiommc soit.

Du deuxiesme octobre , le duc de Guise manda au mareschal qu*il y avoit desjà quelque temps qu il avoit eu grande envie de le prier de ne luy rien taire ou desguiser des occurrences de delà , soit ^our la considération particulière du service du roy , ou pour celle de luy, ou d*eux-mesmes aussi; et que la bonne amitié et intelligence qu'ils avoient de si long-temps nourrie Tun envers Tautre , luy devoit faire croire qu'il avoit pieça aprins à sçavoir taire et retenir , et à parler aussi en saison convenable , luy jurant , à ces fins, et on son honneur', que quoy qu'il fust pour luy commiiniqnor , qu'il ne s'avaiiceroit jamais à en parler au roy mesme ny à autre , sinon autant qu'il en lascheroit la bride. Geste semonce , ou soit prière , estouna un peu le mareschal, présumant, comme il y avoit quol(|ue apparence , que c^estoit plustostune plainte couverte sur quelque chose dont il s^cstoit confidemment descouvert à autre qu'à luy. Et, à dire vray, tous ces traictemens que vous avez cy-devant vous , estoient fort contraires ù ceste confiance dont on le recerchoit maintenant; et noantmoins, pour ne rien gaster ou irriter , ains courtoisement satisfaire audict sieur de Guise, il luy manda que les grâces, les faveurs et Tamitic dont il l'avoit (le longtemps honoré, s estoient si fort refroidios depuis la mort du feu roy, sur tous les aifaires qu'il avoit eu à demèsler , qu'il ne s'estoit plus osé avancer envers luy avec ceste mesme liberté qu'il souloit fait o jadis, et d\intant moins, qu'il avoit observé que tout ce ({u'il avoit jamais oscrit , pour ou contre M. do Savoye, cpio ce prince Tavoit quasi plustost sceu que le roy, et que cela mesme qu'il avoit reccntement mandé sur le

faict de la prohibition des vivres entrans dans les cinq places , avoit esté communiqué à ce prince et à Madame , qui luy en vouloient mal de mort; que, cela estant peut-estre eschappé de la main d'un des siens , il s'estoit résolu de se contenir désormais , comme le limaçon , en sa seule coquille ; mais qu'es* tant aujourd'huy plus avant esclaircy qu'il n'esperoit pas lors de la continnation de ses grâces et de son amitié, qu'il luy feroit cyaprès recognoistre qu'il le tenoit et tiendroit & jamais pour unique seigneur et amy, et que, comme à tel , il ouvriroit désormais toutes les bondes de son cœur et de ses aflections ; et qu'en ceste confiance il le supplioit, dèsmaintenant, faire en sorte ou que le roy secourust ses propres afiaires , non par parcelles, comme on faisoit puis deux ou trois mois , ains en gros , ou luy foire donner congé à telle heure que nul sinistre accident ne puisse en rien offencer la moindre scintille de son honneur et de sa réputation , qui luy estoient plus chers que la propre vie ; et que M. le cardinal , son frère , qui n'avoit jamais nagé qu'en grande eau , ne pouvoit pénétrer si avant que luy dans les dangereuses conséquences et de la nécessité de Testât , ce qui le rendoit , à son advis , moins crédule sur ce qu'on luy en remonstroit , et moins soucieux à y apporter les remèdes convenables , et mesmes sur le propre avictuaillement des places, dont il l'avoit naguieres, et de son propre mouvement, fort pressé.

Que le sieur d'Ossnn, ayant sceu que Termes avoit esté faict lieutenant gênerai au gouvernement de Guyenne , et duquel il dit qu*on luy avoit cy-devant donné espérance, s'est plainct du mareschal, disant que s*il luy eust donné congé dès-lors qu'il le demanda , que cela ne seroit ainsi advenu , et que puis qu'il se trouvoit mal traicté de toutes parts, qu*il iroit luy mesme vers le roy, ou pour estre honore , ou pour avoir congé ; quix la vérité c*estoit un seigneur de g unde valeur et de mérite , et qu'il le luy recommandoit , et d'autant plus volontiers , que le bon iraiclemont qu'il reccvoit par sa médiation f(.Ta recognoistre aux uns et aux autres que son crédit n'est pas dli *" ravallé que chacun ' efi

MÉMOIRES DE BOYV^N DU YILLARS.

croyance procedoit la désobéissance qu*il trouvoit en beaucoup de gens.

Du jour mesme il envoya au cardinal de Lorraine les patentes , ou soit quittances , de la restitution du Piedmont , et celle du Montferrât aussi , selon la reformation qu'il y avoit apportée ; le supplia tout d'un train de luy envoyer les patentes que M. de Savoye avoit depescbées sur Tobligation de la fourniture des vivres pour les cinq places , et sur le boa traittement des subjects ; désire aussi savoir si , M. de Savoye venant en Piedmont , il le devra aller saluer luy-mesme , ou y envoyer, et qu'en tout événement il est nécessaire que commandement soit faict à tous gouverneurs et capitaines qu'ils ayent à retourner en leurs charges.

* Remercia le cardinal du bon ordre qu'il estoit après à donner au faict des payemens, et pour le présent et pour l'advenir : et que si le roy ne faict tant que M. de Savoye face lever les péages qu'il a mis sur toutes les denrées qui entrent dans les cinq places, que la cherté que cela y apporte sera cause que les gens de guerre perdront bien souvent la patience et le respect ; que quand il en a faict parler aux ministres dudict sieur , qu'ils ont allégué que leur maistre, estant souverain, pouvoit mettre dans ses terres telles impositions qu'il luy plaisoit. Cela leur f ust ainsi concédé pourveu que les cinq places n'y fussent point comprinses : n'en ayans rien voulu faire, celuy qu'il avoit envoyé vers eux leur rèspondit en riant, et fort à propos : « Et bien , messieurs , vous serez souverains des péages , et nous de la force pour y remédier, u

Que , par la réduction qui a esté ordonnée du domaine de France , on ne faict point de distinction de la qualité ny du mérite de ceux qui en tiennent par rémunération , comme il i^isoit celuy de Rennes , valant six mit escus par an ; que û ceste rigueur se pratiquoit en son endroict, qu'il auroit grande occasion de croire qu'il ne le tenoit pas au nombre de ses humbles serviteurs et amis, sçacbant assez que tout cela ne se faisoit que sous l'auctorité de luy et du cardinal.

Que par la restitution du Piedmont il demeureroit privé de quinze mil livres de

rente et de la gabelle du sel , qœ |« |^ avoit donnée, et dont il navoii e&.^ ^ que deux ans ; et en fin qu'il se pt^i!^. tant de luy, que non seulemeot ïdej^^, roit paisible dudict Rennes, makoaTi^ aussi médiateur , pour luy hire avoir rcc^ pense de ladicte gabelle ; que c^i;,.^ et unique bienfiûct qu'il avoit jaikâseï^ feu roy à tant et tant de grands ei recesa^ dables services qu'il'avoitYendiuiiinK rante ans , et duquel par sa medbtii peroit plustost l'augmentatioaqnehiË^ tion , veu mesmes ce que Sa Ibjeué \si ^ avoit escrit et promis par diTenes (k^ ches.

Que , n'ayant cy devant pomeo à ^ d'instances qu'avoit faictesie 8ecmvt^,,^ pour la direction des affaires do roy,i|fii^ contrainct de depescber le secreiaireg^ avec nouveaux mémoires , et qo'Q sa^^ M. de Guise de les loy envoyer ion de&i avec les mesmes provisions qii*il m 'h mandées ; et qu'il supplioil eacores de t > veau , à sçavoir :

Que , combien que par une apparateot.

toisie les ministres de M. de Savoye e^as permis indifféremment a unchaciiDdefierti? vivres dans les cinq places, que tesàï^ tesfois une liberté si chère , i cause des i!jcr^ imposés , qu'il n'y avoit soldat ny oiderio quels la paye peust suffire pour de&y &« seulement ; qu'en matière d'estat 3 nlài rien faire à demy; car , les choseséamn» en cest estât, c'est présenter doinaiias main , et le baston de l'aulre poQrhp|«rs on y touche.

Que si M. de Savoye s'obstine i la c«nuation de la levée des péages, 3 bsi» cessairement qu'il en advienne quelque^ inconvénient , qui sera pent esire mh diable.

Que Sa Majesté n'a dea troaver amut qae le roareschal ait faict pUiote sur le ^ tardement de ses assignations, poisqier^^ dix mois en çà , il n'estoit jamais im sr payement que celoy de deux mois tani^' iement , de manière qu'entrans dans rb-* il n'y a soldat qui ait senlemeot àe(fiom vrir ses nudités, et à laquelle miaere ^i joustoit ceUe des vivres : de mmt f'

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