LIVRE ONZIÈME
Iny a esté force que luy, et de main en main tous les autres officiers , ayent , à faute de crédit , cnga{;é leurs bardes et leurs bagages pour leur donner quelque secours , et que , cela deffaillant, les soldats ont refusé de faire les {^[ardes accoustumées, et menacé de saccager , et puis se retirer.
Qu'en adjoustant un mal à Tautre on ne tient aussi compte de pourvoir au fiiict des fortifications , payement de la gendarmerie , officiers des guerres et de rarlillerie , et moins encores au payement de la cour de parlement et cbambre des comptes , et auxquels sept mois entiers sont desjà deus , tous lesquels , la plus part anciens et d'âge et de service, ne sçavent que devenir avec leurs femmes et enfans ; chose si pitoyable que les mesmes pierres en pleurent.
Que tant s'en faut qu'on luy eust sceu gré de ce qu'il n'a voulu , parmy tant de pauvretés et de misères , quilter le gouvernail de la navire , que par le contraire on a enduré que certaines personnes, pestes de la nature, ayent eu la hardiesse de dire qu'il n'avoit pas oublié , parmy tout cela , de bien faire ses besongnes ; que , pour faire mentir telle racaille , il esloit sur le poinct de depescher le sieur du Plessis , avec tous les estats de sa recepte et despence de l'extraordinaire des guerres , des munitions , de Tartillerie et de tous les deniers levés et receus sous divers prétextes, tant du coslé des Milanois, de Montferrat que du Piedmont aussi ; que par ainsi il supplioit très-humblement le roy de deux choses : de si bien faire examiner tous ces estats , que la vérité fust recognue , et , cela faict , luy donner désormais son congé pour se retirer où bon luy semblera . n'estant pieça que trop las d'estre ainsi indignement traicté et mesprisé , parmy la candeur de ses actions , et à la veue de ceux qui se disent ses serviteurs et amis, ayant désormais, quant à luy , apprins à n'assif^ner son souverain bien qu'en la propre tranquillité de Tame et de la <X)nscience , avec ferme espérance que Dieu , qui cstend ses bénédictions sur les bons , et ses malédictions sur les mauvais, luy fera miséricorde.
fk Qu'il vient tout maintenant d'estre adverly qu'il ne falloît espérer aucun secours du costé
de Lyon , soit par emprunt ou autrement : quoy estant , il se discoulpe , dès maintenant, du mal qui en pourroit advenir , et que puis qu'ainsi est que ses remonstrancessont si mal receues , qu'il a commandé auxdicts Billiad et Ruzé de s'en revenir vers luy , ne s'apercevant désormais que trop que la mesme ve< rite qu'il représente tous les jours arrive si tard aux oreilles du roy , qu'elle demeure toute debiffée et sans forme pour se faire re • cognoistre , et , en cela mesme qui regarde ses affaires , que les desastres et les envies s'efforcent en vain de surmonter sa vertu , sa fidélité et son courage.
Du deuxiesme novembre , il eust nouvelles que le secrétaire Ruzé avoit tant crié et tempesté , que on avoit commencé à donner quelque ordre au iaict des payemens , et que cependant on luy envoyoit vingt-cinq mil livres pour secourir les gens de guerre, sans toutesfois luy donner asseurance des trois mois deus à la fanterie , ny des sept de la gendarmerie et des autres officiers ; sur quoy il remonstra que ces façons de faire ne tendoient à autre chose qu'à le faire mourir à petit feu parmy des nuageuses et incertaines promesses^ qui ne le ruineroient pas , mais bien le service et la réputation du prince ; pour à quoy remédier il n'y avoit qu'un seul moyen , qui estoit de tellement disposer et reigler les affiiires , que dès le commencement des mois le payement fust apporté ; que lors , et non plustost, les gens de guerre seroient contenus en crainte et en discipline , et Sa Majesté deschargée de ces continuelles importunités , et luy mesme aussi de la défiance qui faict souvent croire et craindre plus de mal et plus de bien qu'il n'y a pas.
Qu'il avoit souvent sommé le duc de Sesse de luy envoyer les quictances et certifications nécessaires sur les restitutions de Piedmont et Montferrat; qu'en luy respondant par ses lettres du vingt-troisiesme octobre , il luy avoit mandé qu'il ne le pouvoit faire qu'auparavant il ne fust asseuré de celle de Savoye , de la Corsegue et Tuscane : surquoy le mareschal auroit répliqué que ces raisons n estoient pas soustenables , puisqu'il n'iiEDOroit pas que son auclorité sur ces trois provincesi «
MÉMOIRES DE BOTVIN DU VBLLARS.
tiSSI]
voye , il n*avoit peu ignorer que la restitution f cogneue : car , mesme pour le refjfard deCar-
n'en fust pieça faicte , et dont il se pourroit esclaircir par M. de Mazin , qui esloit à sa porte, et de mesme des Gennois pour la Corsegue ; que , pour le regard de l'autre , il avoil sçeu que le sieur domp Francisque d'Est la luy avoit baillée , et en fin que par ces diflicultés il rembronilleroit les affaires de la Picardie et de la Flandre ; si tost qu'il aura faict responce , elle sera envoyée & Sa Majesté ; que s'il en eust esté creu , qu il n'eust rien rendu qu'au mesme instant ces descliar^ ges ne luy eussent e^té fournies : que la volonté de Sa Majesté sera observée en ce qui dépend de M. de Savoyc , qui a prins son chemin par la mer pour se rendre à Nice , et nou en Piedmont, où il ne viendra qu'après riiyver : que Sa Majesté ne laisse , s'il luy plait , de commander que les sieurs d'Ossiiti, de Gondrinct Moutbasin , reviennent en leurs gouvernemens , et lesdicts capitaines à leurs charges.
Le roy , ayant en fin recen pour bonnes les plaintes et les reinonstrances du mareschal , luy manda , par lettres du vinjjt-nenfviesmc octobre , qu'il avoit commandé qu'en toute diligence on luy envoyas! deux mois , laissant le troisiesme en cronppe , sans lequel les gens de guerre n'auroient jamais moyen de s'habiller , car tout ce qu'ils rocevroient maintenant leur desduisant les prests, peu sera ce qui leur restera.
Sa Majesté luy manda aussi que M. de Savoye luy faisoit tous les jours nouvelles plaînctes de luy : sa responce fut qu'il croyoit encores pis , mais que tout cela ne procedoil d'ailleurs que de la rigueur et de la malice de ses ofliciers , qui prenoiont plaisir à dresser nouvelles inventions et rigueurs pour tenir les cinq villes (et Carmagnoles mesme aussi ) comme enfermées dans une cage et sans vî^tcs, dcflendans d'une part, par dessoubs main, d'y en porter, et d'autre chargeans ce peu qui y vient de tant de daces , qu'il n'y a ordre de pouvoir vivre en fac'on quelconque : que d'endurer ces bravades et ces nécessités , qu'il ne le fera jamais , pour ne perdre ce peu de places qui rosient d'une si grande grâce qu'est celle que il a i*cceuc , et qui est un peu trop mal re-
magnoles (à laquelle on n'y peut aller ny pi sortir ça et là sans passer sur ses terres), ils ont aussi mis dace sur tout ce qui sort (m qui entre dans la ville , pensaiis que le mareschal ignore que tout ce qui est h vingt lieues à Tontour n'est qu'une usurpation faicte m les anciens marquis de Salluces , desquels!^ Majesté a le droict , et lequel il ne fulloitpas laisser escouler si doucemf*nt qu'on afiiici, aussi bien que tout le reste. Et à la vérité, qu'il ne pouvoit taire, comme vrayFrançcm, que la paix en soy estoit bonne et loaabM chose , mais trcs-mauvaîse quand elle commence par si notables pertes que sont ceiln que laFrancea faicies, etqu*il prévoit qu'elles ouvriront un jour de grandes cataractes dé division parmy elle , et tout par fttite dé prévoyance.
Du mesme jour ayant le mareschal esté 6dément adverty, par le secrétaire Rnzé, qne toutes les grandes montagnes de promesses qu'on luy faisoit sur le faict des assistions, n'engendreroicnt que des paroles oi quelque ridicule soury, et que tout ce q«I regardoit le faict des cinq villes retenues, ni il se traictoit de M. de Savoye , estoit mal recen , quelque raison qu'il eust de son coslé, ce qu'ayant assez recognu par divers traicts, il manda à Ruzé et Billiad qu'ils demandassent leur congé au roy, et qu*en le prenut ils protestassent tous deux , en son nom, devant Sa Majesté et les seigneurs du comeil , de tous les inconveniens qui pourroient advenir par faute de convenable i>rovisioD.
Que puis qu'ils n'y veulent autrement pour voir, qu'il n'est pas délibéré de recevoir ceste honte de se voir chassé du pals , et an hasard de sa vie , laquelle toutesfois n*est d^ancune considération au prix de celle du senice do roy-, qu'il les supplie d'envoyer commander en Piodmont quelque antre qui puisse plos paisiblement endurer que luy ne peut faire, ceste honteuse fortune , qui luy serviroît (fe très-iniligne tosmoïgnage et récompensée tant et tant de mémorables services par lui rendus en divers temps ; qu'ils redemand^nl aussi la vieille |)î':.*nto qui fut envoyée p» feu (luesdon au cardinal, sur les droietsqie les comtes de Provence avoient sur le Pied-
nioDt , et pour VfW laquelle il avok donné gage de iix cens escus que il faudroit qu'il ptyast; qu'il a depesché le »eur du Plessia vers le roy, avec lequel ils conféreront , et feront tous tant de sa part envers Sa Majesté, que elle le renvoyé , estant , comme il estoit, résolu de ne se mesler jamais des finances du roy.
Jje roareschal , recognoîssant que ses ofjfrandes et ses supplications continuelles n*apportoient aucun allégement au mal qui le pressoit , manda à la royne , mère du roy, que toutes choses estoienl reduictes à tels termes , qu il foUoit qu'il se tint plus avant sur ses gardes parmy les François qu'il ne faisoit pas autrefois parmy les ennemis ; que puisque les ministres de Leurs Majestés faisoient si peu de compte d'y pourvoir, qu il se deschargeoit es mains d*elle du mal qui en advieociroit; pour n'estre spectateur duquel il protestoit qu'il se retireroit , si dans trois sepmoines les payemens ne luy estoient envoyés.
Que Sa Majesté n'ayant voulu retenir que Yinf][t compagnies , au lieu de vingt et deux qui estoient nécessaires, qu il les a desparties, à sçavoir : dans Thurin cinq , à Quiers cinq , ik Chivas trois , à Villeneuf ve trois , à Pineroi trois, et une seule à Carmagnoles, puisqu'il y a cinquante hommes au cbasteau ; suppUoit Sa Majesté que , ce département luy estant agréable , elle le luy vueille envoyer signé de sa main , pour fuir les desadveux.
Que la marquise de Mbntferrut, au pris de M. de Savoye, recognoit si avant les grâces que Sa Majesté lui a faictes, qu'elle a comniandé à tons ses subjets de librement traflBqaer dans les cinq villes , et d'y porter indifferemment toutes sortes de vivres sans rien payer.
Du treiziesme novemlM^ , le mareschal fit nouvelle plainte que du costé de Lyon , ny d'ailleurs , il n'avoit aucunes nouvelles des vingt cinq mil livres qui dévoient arriver il y avoitquinze jours (au moins à ce quon avoit niandé ) , et que si ledict sieur du Plessis n*eust en passant emprunté dix mil livres qu'il luy avoit envoyées en poste, qu*il voyoït les armes levées contre luy , pur ce qu'on le trouvoit manquer en ses pi'omesses , faictcs touiesfois sur celles qu'on luy faisoit aussi en