LIVRE ONZIÈME
cour, et qu'il avoit prins resolution de tout quitter pour ne plus demeurer enveloppé parmy les nécessités et les confusions qui l'assiegeoient de tous costés ; que si , par cy devant , il a avec peu iiaict beaucoup , la nécessité apnt esté sa propre vertu, et laquelle il ne peut porter plus outre , tout luy défaillant ; que la viande de la vérité , qu'il a tant de fois présentée à Leurs Majestés, estoit propre au salut et à la conservation de Testât, et lequel on veut renverser par chemins destoumés et contraires à ce que l'extrémité recherche ; qu'ayant esté adverty par aucuns de ses amis que le vidame de Chartres commençoit à se remettre sur la campagne de ses mesdisances , et mesmes en ce qu'il avoit le plus cher en ce monde , que cela l'avoit contrainct , avec considération du recullement des affaires , de me depescher vers le roy pour r'abatre ces atantats que Lodun , de^ pesclic par le vidame , avoit mis en avant : pour à qiioy parvenir , je fus chargé de dire , devant Sa Majesté et tous les seigneurs du conseil , que si M. le vidame ou autres avoient à son préjudice avancé quelque chose qui peust tant soit peu tirer en doute la fidélité de ses services, que j'avois charge de tres-humblement supplier Sa Majesté me permettre de dire à sa descharge , et en toute révérence et correction, ce qu'il m'avoît commandé; à quoi elle me respondit que combien qu'elle eust de luy toute la grande et honnorablê opinion que meritoit la grandeur doses services, que c'estmt le moins qu'elle pouvoit fairt pour luy quedem'esGOulerencequej'avoîsà dira; Là dessus je fis platncte de sa part , disant qu'il avoit entendu que M. le vidame , ayant oublié l'amitié dont le mareschal l'avoit bon* noré , s'estoit avancé , par la bonche de Lot dun , en quelques propos à son desavantage ; que s'il estoit ainsi qu'il l'eiist finct, qu'il n'avoit faute de coeur uy d'armes pour fîiira paroistre , à luy et à tout le monde , l'intégrité et la candeur de ses actions, tant en ce qui pouvoit regarder le service de Sa Majesté que ailleurs. Lors M. de Guise, prenant la parole, me dict : <• Prenez garde à ne vous avancer si avant (|uo vous en soyez dcsadvoué par M. Is» m;in>sclial , qui est plein de modeslM'^ douceur, v A quoy je respoodis^M j«
MÉMOIRES DE BOYYIN DU VILLiRS.
rois jamais si mal advisé de porter telles paroles devant mon roy , sans avoir Tadveii qui m*estoit nécessaire , et qui n'estoit pas loing de moy , et que là où il se traictoit d'un seigneur de tel mérite et valeur, qu'il faloit plustost chasticr qu'escouter ces urnes impures qui envioient la {;ioire et la vertu de luy. Lors le roy , prenant la parole , dict à M. de Guise :' « Vous estes Tun de ceux qui pouvez mieux que nui autre tesmoifpier de la probité et des grands et recommandables services de M. le . marcschal : si le vidaroe ou antre a mesprins en son endroict , il Ten faut tellement corriger qu'il serve d'exemple aux mesdisans. Si je sça vois qu'il sefust ainsi oublié , je commanderois à vous mesme d'en fiûre le ressentiment en mon nom , et à quoy je vous prie prendre d'oresnavant garde de si près , qne ces follies n'adviennent plus , et au reste depescher Boyvin le plustost et le plus fetorablement qu'on pourra : et vous, asseures de ma part M. le mareschal que je l'aime et honore autant on plus qu'antre seigneur qui soit en mon service. » Voilà comment on a tousjonrs plus d'affaires à se couvrir des ennemis de cour que des armes ennemies.
Du nenfviesme décembre , le cardinal luy
ayant mandé qu'il avoit faict party avec le
marchand Obreth, comme il l'avoit asseuré
par moy , sur tous les payemens d'une année
entière, montant deux cens soixante mil livres,
il fit sçavoir an roy qu'il ne pouvoit prendre
pied là dessus , puis qu'en passant à Lyon
j'avois descouvert que le marchand Obreth
abusoit desjà de ses promesses; et de faict
qne la mesme partie des vingt-cinq mil livres
avoit esté envoyée en or, où il ne s'estoit
trouvé escn qui ne fust bas à dix ou à doiue
grains près : perte très-grande aux gens de
guerre , qui avoient assez de maux à souffrir
sans y adjouster celuy-là ; que le mesme
commis de l'extraordinaire, Molle, qui se tient
à Lyon , luy a mandé que le marchand Obreth
foisoit estât de n'envoyer les payemens que
pièce à pièce, et en ces mesmes espèces,
qu'il va achetant de ton s costés ; que si cela
luy estoit permis , qu'il gaigneroit plus de
cinquante pour cent , à la ruine toute évidente
des affaires de Sa Majesté.
' Que le duc de Ses^ , satisfaisant à la re- |
plique sur le faict des restitations, luy a escrit qu*il avoit envoyé à madame la duchesse de Parme, gouvernante de Flandre , que les restitutions avoient esté accomplies , tant en Toscane, Corsegue, Montferrat, Piedmoiit que Savoye, et que, par ainsi, si elle avoit, en la défiance de cela , suspendu ce qu'elle avoit à accomplir de sa part , qu'elle s*ea acquitast ainsi qu'elle adviseroit.
Le roy ayant cy devant , à la remonsU'aiioe du mareschal , ordonné treize cens livres pv mois pour appointer plusieurs gentib-^KNDmes qui avoient, durant tout le coors des guerres, bien et vertueusement senry, foreot, à la honte de luy , convertis au payement de la compagnie des chevaux légers de Ludovic de Birague, à la ruyne de dix ou douze chevaliers de marque , tous lesquels , sek» leur portée , ne dévoient rien à l'autre. Et puis, arrestez vous aux promesses et an amitiés de ceux qui manient les rois, tout le passe-temps desquels ne s^estend qu'à remuer mesnage et à desfovoriser ores l'un ores l'autre, et ceux mesmes qui n^ont trop de mérite et de valeur aussi , si ce n'est sarmontante , au moins esgallante la leur! et d'engouler là dessus la patience , il n'y a ordre ; il faudroit estre quelque statue iosessible et mal rabotée pour le faire.
Par le retour de Ruzé , on luy envoya encores pleine poche de paroles et de promesses, autant pour luy que pour ces sieurs aimi indignement desappoinctés pour la coor de parlement , chambre des comptes , pour Tacceleration des payemens de tout le monde, et en particulier pour les sept milescusàlny deus pour la gabelle , que par commiseratioi il avoit prestes à tous ceux-cy ; mais tout ceb fut remis au dégel du Montcenis , ou sur le disner des Basques qui ne vivent que d'aisles de mouches , qui ne font jamais le veotre pointu ; et par ce que ces desappoinctés. estoient tous , ou gouverneurs de places, o« capitaines et des plus vaillans qui eussest servy en Piedmont , il manda au roy que c estoit trop rabaisser la foy et les tesmoigoag» qu'il avoit rendu de leur valeur , mais plu encor de luy mesme ; qu'il n' avoit plus, qoul à luy, d'estomac propre à digérer tontes cei fréquentes indignités , et que puis qu'on 'fir
geoit si mal et d'eux et de luy , qu'il valloit mieux que tous ces cavalliers allassent chercher leur party hors le royaume , et que luy mesme aussi s'allast retirer en quelque coing des terres vénitiennes , plustost que de demeurer contemptible parmy les siens, suppliant Sa Majesté vouloir ainsi permettre et à luy et aux autres. Aussi , la franchise de ces remonstrances estonna du premier abord le roy et les autres; mais pour tout cela toutesfois, ils ne se hasterent guieres depuis d'y pourvoir, au moins qu*à bastons rompus pour à la fin le maiter et desconrager du tout , comme il advint peu après , Tenvie ne quittant jamais celuy qui nous surmonte ou qui nous esgalle , soit par gloire ou par honneur.
Du dixiesme décembre , ayant sceu Tarri- Tée de M. de Savoye à Nice, il l'envoya saluer et visiter par le sieur de Montbazin , et luy offrir tres-humble service , le suppliant par mesme moyen vouloir, pour les raisons qu'il luy declareroit de sa part « descharger les cinq villes des daces et imposts mis sur les vivres qui y estoient portés par ses subjects , ou par ceux du Montferrat et du marquisat de Salluces. Ce ne furent de la part de ce prince que toutes paroles fort courtoises, et qu'en attendant le retour d'un gentil-homme qu'il a voit envoyé vers le roy, il commanderoit que la levée desdictes daces seroit suspendue; et neantmoins ayans depuis les commissaires qui sont du costé du marquisat continué à les lever , le mareschal le luy auroit iaict sçavoir , et promis que d'oresnavant pour tous ces demeslemens il ne s'en addresseroit à autre qu'à luy, sçachant combien il avoit à cœur que les affaires de Sa Majesté receussent tel établissement , une fois pour