‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 200 sur 224 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

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sçavoient que c'estoit du pays, et dont ils dévoient CQnferer avec luy auparsivant que le foire ; car il n'eu^t jamais conscnfy qu'un si grand prince tel qu*est le roy cust reduict ses afiaires à la discrétion du moindre qui aura tousjours les yeux et les intentions dressées sur ces cinq places , qu'il estime non seulement siennes, mais injustement retenues aussi sur un beau frère tel qu'il est anjourd'huy, et dont il dissimule prudemment la douleur et le despit.

Du vingt-quatriesmie janvier, le roy manda au mareschal que le maistre des comptes Goconat avoit] esté depesché vers elle , par M. de Savoye , avec une grande légende de plaintes qu'ils faisoient contre luy, et dont il supplioit Sa Majesté commander que coppie luy fust envoyée , à fin que il y peust respondre article pour article.

Qu'il n'y a ordre qu'il puisse recouvrer plustost que dans la fin de février les payemens de décembre et janvier ; surquoy il remonstra qu'il ne ppuvoit croire que Sa Majesté se vouluM arrester sur une si dangereuse respiution qu'estoit ceste-là , de vouloir recueillir abondamment, et toutesfois semer fort cliichement ; qu'il ne faloit plus desor^ mais espérer de trouver crédit d'un liard , et moins encores invention ny expédient quelconque pour secourir les soldats d'un seul pain , tout estant tary et du costé du peuple et du sien , et de ses propres amis aussi; que le parti qu'il a envoyé proposer à Sa Majesté par le secrétaire Ruzé servira de préservatif à ces maladies , si son plaisir aura esté l'accepter, comme il veut croire qu'elle aura faict; autrement, que , pour ne plus desguiser les matières , il faudra ouvrir les portes aux gens de guerre , et les laisser courir où ils voudront, ou leur laisser ^icca^jer les villes, et entreprendre sur la vie de luy mesme , qui trouve fort dur et fort estrange qu'on ne se vucille efforcer, en un cas si misérable, de trouver cinquante mil escus pour sauver Testât et la réputation du maistre, les coffres duquel on peut bien par l'espargne remplir d'argent, mais non jamais ny de gloire ny d'honneur, ornement le plus précieux ' princes généreux.

Or, voulant satisfaire, coiiAi<

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS

vouloir de Sa Majesté , sur les plaintes du* T des cinq villes , qui sont aujourd'hoy près Sa

cales cy devant discourues , il luy envoya les responces, selon ce qui sera cy après col té.

Respondant donc le mareschal an premier article parlant de ce dace du teston , il estîmoit y avoir desjà assez amplement satisfoict par les remonstrances cy devant foictes, amplifiant toutesfois lesquelles , il dira , sur ce qui est advancé par les ministres savoisiens , que si leur prince n'eust eu intention d'incommoder, par les impositions dudict dace , les cinq places , qu*il Teust mis à Montcalier, où tout le Piedmont , et Thurin mesme , se foumist de bleds , ou à Suze pour le bestail ; que toutes leurs plaintes et leurs propositions ne sont que paroles fardées , et auxquelles , par une honneste modestie , et par des raisons aussi qu il vaut mieux taire que dire , il ne veut respondre autre chose sinon que la vérité est que les bureaux toutesfois ont esté establis de tous costés es environs des cinq places , et qu*on le faict payer à Suze , à tous ceux de Villeneufve d' Ast , qui y estoient allés pour acheter du bestail; et toutesfois, par raccord de la restrinction du mil, il est porté qu'il ne sera mis aucune imposition sur la chair, au moins autres que les anciennes si aucunes y en avoit , et que pareillement les habitans desdictes cinq villes n'en payeront point d*autres en faisant conduire leurs bleds, vins , bestail , et toutes autres denrées de vivres et fourrages qu'ils auront , hors le mil dans les villes , et qu en tout et par tout ils seront traités, pour ce regard, selon les mesmes subjects du prince : or n'en payans poinct donc , comme ils ne font , pour le regard desdits vivres , il en resuite donc aussi que ceux-cy ne le doivent faire non plus qu'eux , et que s'il se faict c^est injustice. : D'alléguer par lesdicts ministres que la plainte qu'en ont faicte les habitans des cinq villes n'est volontaire , ains forcée ,' par le commandement et par les inductions des serviteurs du roy , c'est une fausseté qui devroit estre repoussée et corrigée par les faicls et non par les paroles , et qui ne fust jamais practicquée par ses prédécesseurs qui ont commandé en Piedmont, ny par luy, comme on pourra aisément vérifier paroles commis

Majesté.

A la plainte qu'ils font aussi qve le mares* chai envoya signifier aux exacteors que s'ib ne se desistoient de la levée dadict dace, qu'il n'estoit pas pour l'endarer, il est frar, et en cela il n'a rien esté entreprins que par le commandement de Sa Majesté du vingthuit novembre.

Si le mareschal a faict venir dans TimriB aucuns de ces peagiers , ç*a esté pour autan que , quand il les envoyoit prier de loy rendre raison du fondement sur lequel tant de nouvelles impositions estoient mises, leur responce estoit qu'ils n'avoient que fiaire de lo; rendre compte de leurs actions , et desqoellei il ne se desisteroient aucunement : c'est ei cest endroict se plaindre de la grâce qu'oi leur a iaicte ; car, en tous nouveaux alenuts contre la liberté de Testât , dont Tadvis ai esté précédemment donné , il y foloit pr^ céder avec toute autre plus rude correctioa qu'on n'a poinct faict, et que pour renvener en un seul mot toutes ces galanteries , il ae faloit pas presser le roy de concéder ces réductions de finage » ni charger les Françoii des impositions qu'on n'a pas osé practiqaer contre les garnisons espagnoles qui sont daas Ast et Santia : cela s'appelle pieté , à nonsaa masque d'affection toute farcie de malice, et aux autres toute intelligence et fiaveur.

Respondant au deuxiesme article, le mareschal est conirainct de dire que M. de Safoye faict bresche à sa grandeur et à TaliiaBce qu'il a contractée avec le roy , de demander la restitution des munitions que le pays , dorant les guerres , a contribué aux villes qui n'estoient siennes , non plus que le propre pays ; car quand bien elles seroient enoor aujourd'huy en nature (ce qu'elles ne sont pas) , le mareschal ne s'en dessaisiroit pas, ains les garderoit pour la seureté des places du roy dont il estoit tuteur, et de toutes lesquelles choses il avoit disposé avec jugeffieat et conscience par le pouvoir souverain qnil avoit lors du roy; que quand il seroit aatn^ ment concédé , ce ne seroit pas au prince, ains au pauvre peuple auquel il les ^udroil rendre ; en somme , il semble qu'en tout oecf il n'y a fonds ny rive , et que c'est ,

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