LIVRE DOUZIÈME
ils disent en Italiej domandar peyne al campara,
. Quant à la plainte qu*ils font sur la levée des contributions, elle est de leur paît aussi véritable que les autres demandes; car tout aussi tost que Sa Majesté commanda qu^on s'en desistast , il fut ainsi foict , comme le mesme trésorier de Savoye , qui en avoit la charge, asseure sur sa vie, et dont il a tenu compte.
La plainte qui est pareillement faicte sur ce que le marescbal avoit départi la cavalerie par les terres de M. de Savoye , contre Tordre de la paix , ils devroient avoir honte d'en parler ; car il ne s*en fit rien qu'avec le propre consentement de ses ministres , dont le mesme Goconat , ambassadeur de ses plaintes , estoit Tun , tous lesquels estans rendus capables qu'il estoit deu sept mois à la cavalerie , qui ne pouvoit trouver dequoy dans les Tilles , et lesquelles ils menaçoient de saccager, il fut , par commune concordance , advisé qu'il les faloit, pour moindre mal, faire vivre à la campagne ; et par ce qu'aucuns , contre ceste resolution, se voulurent efforcer de les chasser, ils se remirent en corps pour repousser l'injure. Les Espagnols ont, depuis la paix , et de leur privée auctorité , faict beaucoup pis, et touiesfois on n'en a dict mot, eux dis-je qui ont préféré la rigueur à la glace , au rebours des François.
Disent aussi, par forme de plainte, qu*on a abatu en aucuns endroits les vieilles murailles d'Yvrée; c'est une mesme farine que les autres : il est vray qu'il y fut foict aucuns trous par intervalles pour foire escouler les terrcplains faicis par Sa Majesté , ce que vingt-cinq ou trente escus peuvent reparer. Et pour le regard de la mesme plainte qu'ils font pour Gairas , qui est de la comté d'Ast, légitime héritage de la France , la vérité est qu*on a desmoli tout ce que le feu roy François I y avoit faict baslir diu*ant le premier siège que les Impériaux y mirent , et où estoit le mareschal commandant à cent chevaux légers , comme aussi a esté ce que le roy Henry II y a faict; et toulesfois qu'auparavant que le faire ainsi il avoit faict appeler les sieurs d'Ossun et de Biraguc , qui croient comme luy de ce temps là , qui luy donnèrent la mesme asseurance qu1l avoit , que
tout ce qu'on vouloit abatre estoit de la main desdicts roys; de manière qu il n'a esté faict en cest endroict que ce qu*on pouvoil et devoit : ne voulant taire qne si la résolution de ces restitutions estoit plus nécessaire qu*il ne peut recognoistre , quant à luy, quil faloit faire tout abatte de costé et d'autre , pour ne laisser rien debout qui peustcy-aprèscoutrecairer les volontés de Sa Majesté.
De permettre , comme il semble que le dcc veut faire , qu'il se tienne un marché à Carignan au mesme jour que celuy de Carmagnolles, c'est chose dont les Savoysiensne devroient ouvrir la bouche , sachant , comme ils font assez , que si ce marché estoit ainsi divisé, que ceste si belle ville de CarniagnoUes deviendroit un pauvre et fort imbçcille village; et pour autant que dès le temps dudict roy François il y eut pour ce regard quelque querelle entre ceux de Carignan et CarmagnoUes , le président de Chemaus fut député pour informer comme il fist ; et par son propre jugement il fut dict qu'il ne pouvoit estre ailleurs qu'audict CarmagnoUes.
D'avoir pressé M. de Savoye sur le faict des bleds qu'il est tenu fournir aux cinq villes, ce sont abus ; il n*y pensa jamais , s^cstant arresté à ce que Sa Majesté en commandoit, trouvant meilleur que, sans préjudice de ceste promesse, les peuples demeurassent libres de porter vivres es places royales
Il est aussi superflu de commander le soulagement des sujets de M. de Savoye à celuy mesme lequel durant dix ans de guerre les a si humainement traiclés qu*i!s ne se peuvent plaindre de luy avec raison , ayant de longuemain apprins à sçavoir mcsnager ses affections à la proportion du temps , des affaires et des princes, sans toutesfois jamais rien rabatre de la dignité du maistre ny de la sienne aussi ; et quand cela ne scroit pas la propre conséquence de l'amitié et de la révérence qui est aujourdliuy deue à ce prince , il s*efforceroit toujours de surmener, avec jugement et dévotion , toutes ces dillicuités et tous les desordres qui pourroient glisser de sa part , avec espérance qu'il recongnoistra un jour mieux qu'il ne faict anjourd'huv l'intégrité de son ame et la malb* tion des siens, peaji
MÉMOIRES DE BOYYÏN DU VILLARS
voit , à mesnager ramltié des princes et leurs affaires d'estat.
Il ne faut point tant tournoyer par les sentiers esgarés pour couvrir l'exaction du péage d'un teston, car les propres informations sur ce prinses n'en donnent que trop de lumière , comme aussi faict le trafic des vivres, augmenté en sa valeur d'un tiers plus que de coustume : et à la vérité ç*a esté un coustean si fièrement aguisé et cruellement tranchant , que plus de cinquante bonnes familles ont quitté Thurin , et autant de Quiers et Pinerol , chacun désirant ime honnesie liberté et pour sa personne et pour ses biens , sans laquelle liberté il n'y a rien de beau, de bon n'y de désirable en ce inonde.
$ De piper le monde par une remonstrance fardée que ces impositions ne sçauroient en toute l'année charger un mesnage que d'un escu seulement, quand le mareschal le concederoit ainsi, comme il ne fait pas, où se trouvera-il fondement qui veuille que les grâces que le roy a faict à M. de Savoye , le doivent inviter à charger les sujets de Sa Majesté de si lourdes impositions que sont les siennes ? Et de faict , le mareschal , qui en a faict faire le calcul , et par estimation , a trouvé que ce beau teston portoit dommage de quarante - cinq mil escus par an sur la totalité des cinq places , sans y comprendre les soldats , qui en seront lourdement pinces, aussi bien que les autres , pour renchérissement des vivres.
Pour donc couper broche ù tout cecy, et contenter M. de Savoye, qu'il impose et qu'il lève çà et là tout ce qu'il voudra , pourveu que , par une patente générale qui sera publiée dans ses estats , il déclare que toutes sortes de marchandises , de vivres , de fourrages, et toutes autres commodités qui entreront dans les cinq villes et au marquisat , seront franches et libres de toutes sortes d'impositions , et tout cela mosme aussi qui sortira des jurisdictions royalles, comme il sera porté que les habitans des cinq villes qui auront bien dehors le mille do fina{TC , les pourront franchement porter dans les habitations sans payement de taille , contribution ny autre ; autrement il leur scroit impossible de vivre ,
ni de porter les charges desdictes viUes. Par lettres du vingt-quatriesme janvier, k roy chargea le mareschal de s'adresser quelquefois à M. de Savoye pour les desordres qui se pourroient commettre , et qoi pov* roient estre corrigés sans que Sa Majesté s'm meslast : dès le lendemain , il escrivit andict sieur, duc ceste mesme lettre , qui sera e? insérée.
" « Monseigneur , je vous ay cy-devanthici entendre que là où quelque plainte ne s^ roit cy-après faicte sur le deportement de vos ministres, qui outrepassent assez soDTCtf les bornes de ceste amitié et de ceste rerere/ice que vous portez au roy , que je m'a adresserois de droit fil à vous , par Tasseirance que j'a vois que vous y apporteriez neatmoins tousjours cela mesme qui doitesu^ittendu d'un prince si juste et si généreux qv vous estes; c'est pourquoy , monseigneur, je vous representeray maintenant qu^aucnnsa pitaines et soldats de Sa Majesté se sont fort plaints à moy qu'allans et venans d'une ga^ nison à l'autre , comme il est nécessaire qi% facent ordinairement, le sieur Paris, apvaine de vostre justice, les rencontrant, ei a dévalisé aucuns , et un peu rudement iraictés de coups et de menaces, se laissant assa inconsidérément eschapper ces mots, qu'il le jfaisoit rien que par vostre commandeineit, et que pour plainte que j'en sceussefnre, qu'il feroit encor pis. Et cncores que je sçack assez , monseigneur , lu façon dont les wtrages et irrévérences de telles gens dotant estre chastiées, et mesmcs quand ils soit agresseurs , j'ay toutesfois voulu , par Thoincur et par la mesme revei'ence que je voe dois porter , choisir le chemin de la doaceir, ayant commandé à mon prevost d'aller ver» le vostre à Carignan , pour sçavoir de quelle auctorité et pourquoy il entrcprenoit sur les serviteurs du roy , qui ne sont justiciablesqit par mes commandemcns ; et que , tout gncieusement , il le prioit de s'en déporterpov l'advonir. Or, ne l'ayant trouvé sur les lie», il s'adressa à vostre chustcllaîn , duquel 11^ cent des responces pou recevabics, ainsi qv vous jugerez , monseigneur , par la proft déposition de mondict prevost , que je voi