LIVRE DOUZIÈME
ces, nv se donner en proye à
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esprit fut tousjours dresséàsidextrementet conscientieuscment manier les affaires, que le roy ny autres en peussent avoir jalousie ny le soupçon , auquel les grands affaires sont assujetis , ayant , disoit-il , remarqué de longue-main que la valeur secondée du bonheur imprimoit quelquefois des frayeurs et des craintes qui donnoient bien souvent argument de crainte et de haine aux princes ; que pour se mettre à couvert, comme cha^ cun devoit essayer de faire , il n'y avoit rien tel que de dire , comme il avoit tousjoui*s faict , que la gloire et la fortune estoient toutes du prince , qui se servoit de ses mains audemeslement des armes; que ceste modestie et rétention avoient telle puissance , qu'elles inviteroient tousjours les princes débonnaires à plus courageusement aimer et recognoistre les services qu'autrement ils ne feroient jamais; que si, par le contraire, ils s'apercevoient tant soit peu qu'on se veuille eslever ou esgarer par dessus ce qui est de leur dignité et de leur auctorité , que c'estoit lors qu'ils se serviront du foudre de Jupiter pour nous renverser tout à faict : disoit aussi qu'il ne faloit jamais recevoir de leurs mains, ores que magnanimes et liberalles , ny tous les biens ny fous les honneurs qu'ils nous vouloient despartir ; car tout aussi-tost qu'ils recognoissoient qu'ils avoient trop ouvertement estendu la main à nostre advancement, et qu'il ne leur est rien demeuré pour augmenter leurs grâces , qu'alors ils commencent à nous haïr ; estimahs que la générosité du serviteur en demeureroit offencée. C'est aussi de là qu'aucuns ont tenu ceste autre position , à sçavoir : qu'il ne falloit jamais rendre à son maistre de si mémorables services que sa réputation particulière ne luy en fust tant soit peu contrepoisée ou surmontée ; que de là succedoit le plus souvent que les plus grands services estoient tousjours les plus mal recognus ; dont faict foy le traictement qu^Agesilaiis , roy de Lacedemonc, rendit à LyM»'*""- isBP nremier de sou avaneMMBltti mi Goosalve ,
par Ferdbv 4* Aragon ;
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sac , en son temps Thonneur des armes et de la prudence françoise.
Et à dire vray tous ceux qui ont le maniement des affaires dos grands rois sonl presqu'ordinairemcnt lof^és sur ccsic glorieuse desmarche , qu'ils veulent , à quelque prix que ce soit , que leurs propos , leurs opinions et leurs discours , soient receus pour vrais oracles, et que chacun face joug soubsTauctorité qu'ils entreprennent quelquefois inconsidei*ément , et an reculement de ceux roes*mes qui avoient commandement devant eux. Et à la vérité , je croy que l'une des choses qui altéra autant l'esprit du mareschal , ce fut de se voir privé , par les menées du cardinal de Lorraine , de l'aiictorité souveraine qtie le roy luy avoit destinée , et qui fut conferéf* à M. de Guise , et dont j'ay bien voulu insérer icy l'absolu pouvoir qui luy fust donné au rabaissement de luy ; j'ay pareillement , pour une claire intelligence du succès de la paix et des déplorables restitutions qu'elle apporta , inséré icy les patentes concédées à M. de Savoye sur le fuict des cinq places retenues en Piedinont, qui demeurèrent pî^r .ce moyen emprisonnées dans les forces et dans la discrétion de ce prince , au vitupérable rabais de la réputation et de Tauctorité du roy , et de la grandeur et générosité françoise. Et à la vérité , cest acte si extraordinaire me contrainct de dire que les grands roys ne doivent jamais par amitié , ny par qnetqu'autre prétexte ou occasion que ce soit , demeurer à la discrétion , non pas des parcns et des voisins seulement , mais des propres enfans , où il se traicte de Testât , en tant que ceste jalouse gloire du commande ment , et celle de l'utilité particulière aussi , sont si friands morceaux, que chacun les veut aval'er , et de là les plus sages deviennent assez souvent fort inrliscrets , et de l'indiscrétion à se eslever contre leurs propres princes et benefacteurs. Les conséquences de Testât ( qui sont tonsjours fort cliastouilleuses) ne doivent à peine jamais cognoistre que bien à poinct personne , ny estre aussi enveloppé(»s de subjection quelconque , ains demeurer tousjours si libres que la puissance et le commandement du prince juste face fonsjf uré tremller tcuj ces petits tiercelets
de princes qui s'ergottent trop souvent. Je diray bien d'avantage , qu'il ne se trouva jamais que les Grecs , les Romains » les Pênes, les Assyriens ny autres François que ceoxcy, ayent jamais assujettis leur estât H leurs places à la discrétion de celuy nesiae qui pretendoit qu'elles luy apparthusest , comme M. de Savoye nous fit bien cognoistre depuis , et lorsque le roy Charles IX m trouva travaillé des guerres civiles de h religion prétendue reformée , qui donaa mtiere à ceste indigne et trop mai digérée restitution qui en fut depuis fuîcle , sans afoir toutcsfois raison de ce qu'il usurpoit sv h Provence , marquisat de Saluces , et succession de madame la régente. Les Frmçm sont presque tousjours heureux dans le»
conquestes , mais fort neglig[ens et fort iDC(» sidei'és en la conservation d^icelles : toolei ces fautes doivent apprendre à la posieriié i mieux mesnager leurs aflaires que ne firest pas ceux-cy.
Draieié de pais.
Au nom de Dieu le créateur , à tous ceux qui ces présentes lettres verront , soit noioiie qu'après tant et de si dures guerres dont il a pieu à Dieu jà par plusieurs fois visiter e( chastier les peuples, royaumes, pais ,estatsci subjects , estant soubs la dition et obéissance de très-hauts , très-excellens et très-puissais princes Henry II de ce nom , roy de France très-chrestien , et dom Philippes , roy des Espagnes , catholique , et ceux d'aucuns de leurs amis et alliés , dont sont sortis grands dommages et inconveniens au pauvre peuple de tous les deux costés, que chacun sçaitet cognoit tels, que finalement sa divine bonié mené de son infinie et immense miséricorde, a daigné tourner son œil de pitié sor ses pauvres créatures, et si avant toucher les cœurs de ces deux grands princes , qn1l les a disposés de sa saincte grâce de trouver les moyens de mettre fin aux diflerens et débats, motifs et occasion de ladicte {pierre , eticeDe changer en une finale , entière , sincère et durable paix, avec ferme intention d^emplojcr le fruict d'icellc à restaurer las domou^
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