‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 30 sur 224 · GASPARD · texte numérisé non relu

GASPARD

Le sieur de Tavannes, duquel je suis héritier en ce désir , sur la proposition de refor- Tnation de là France , empesche la prohibition des bastimens , disant que c*estoit le moyen de faire gagner les pauvres. Les roys peuvent bastir, parce que par circulation ils retirent Targent des maneuvres et maçons qui payent les tailles : ce que ne peuvent les gentilshommes , lesquels doivent bastir par commodité ou nécessité , non par superfluité , ny en divers lieux ; non plus qu'un corps n'a besoin de deux habillemens , ils n'ont que faire de deux cbasteaux. Si c'est la considération de la pluralité d'enfans , il suflSt que l'un s'amuse à la belle maison , cependant que les autres cherchent leur fortune. Les superflus s'excusent de ce qu'ils bastissent en plusieurs lieux , pour la commodité de l'hy ver et de l'esté sans raison : il faudroit qu'ils fissent des chasteaux à cent lieues l'un de l'autre» au septentrion et au midy , pour s'apercevoir du plus chaud ou plus froid pals. Tout ce que les monarques font se defaict : le mont Athos, taillé en figure d'homme , proposé à Alexandre , se pouvoit rompre ; les piramides , les colonnes , se renversent. Un roy pourroit destourner une rivière , construire ou aplanir une montagne , que son successeur pourroit refaire et remettre en son premier estât : les belles actions perpétuent la mémoire , et non les bastimens.

K- Qui se coDunande est riche ; celuy n'a que faire de rien qui mesprise tout par la cognoissance de la vanité du monde, et qu'il faut tout laisser. La douleur, le manquement, mauvais accidens et pauvreté sont plus frequens que leurs contraires : il se faut accoustumer à eux, combattre le désir aux premières barrières ; la resolution de souffrir oste la donleur. Au retour des corvées le corps désire estre desarmé d'une partie , puis du tout , demande un banc , un tapis , en fin le lict : à quoy résistant, l'on dort aussi bien tout armé que sans armes ; obéir à l'appétit et au désir rend l'esprit esclave du corps. Nous voulons des salles , et sommes à couvert dans un cabinet; des pierreries, la rosée, la gelée attainte du soleil en fornissent : la mesme chaleur et froideur est aux habits de bure et toile,

compagnies : nostre contentement depei^ nous , guidés par raison et jugement, i

La loy de Moy se donnée de Diea de h interprétation , les autres feictes des hoo] nos sembkibles sont feictes par bon sens i turel des gens de, bien ; les loix des dm tables, aportées à Rome de Grèce , n^aroj] grandes difficultés, les gloses et comoeaiiï sur icelles les obscurcirent; ainsi que fa n titude des médecins tuent les maladesjeod observation de Tapparence de justice et ( hi ruyne. Plusieurs arts faciles , zr^am inutilement par les professeurs d'icem,^ esté malicieusement rendus difficiles ponrc ger plus de loyer de l'enseignement, etq le peuple cogneust moms leur fiiute. Les s ciens philosophes couvroient leurs sdeiH de fables subjectes à interprétations ;lesd decins du jourd'hny, outre le latin qu'ils j guent à ceux qui ne le sçavent, font desn cipés et des 9r tranchés , avec chiffres 9I intelligibles qu'à ceux de leur caballe, id semblans aux caractères des sorciers. I^ moindres arts, à leur imitation , ont doué J méthode de leur science couverte et lo^ inventé des nominations : les escuy ers, k escrimeurs et autres peuvent apprendre i trois mois ce à quoy ils consument des anoéei ainsi les docteurs du droict en ;ont proloii( l'enseignement de dix ans , ponr enpa cher que la noblesse n'aprist lenr iça?oii l'impatience de laquelle ils ont jiféoepoo voir aller jusques à ce terme , enpesdHfs di la despence et légèreté. Ils ont eobrooilléle! loix , s'aydant 4u droict romain , des glose de Barthole et Cujas , interprétations, droû escrit , coutumier , ordonnances roysui, ai rests recueillis des oours; ainsi, au lieu d*i livre nécessaire ( n^estant la loy de Diea e crite qu*en deux feuilles, et celle des Romai en douze), il faut des chambres et sales plein de livres, en telle confusion qu'ils rende tout droit douteux , balançant autant du part que d'autre , disent que c'est à leur chc d'appliquer le grain : ce sont les escus qu' reçoivent qui emportent le poids où il le plaist.

Il n'y a vollerie plus grande que celle <| s'exerce sous le manteau de justice : ils dise

leur ei iruiucui est uux uuuiu» ue uurc vi iuiiu, s exerce sous le manieau ae jumicc . iww< qu'aux dorés; les livres fournissent de grandes { que chaque chose a son tour; ils veulent

Il piler en pais*'qoe les soldats font en 0^ ; les mesduincetés qtti s'y commettent \ se pevToîeat escrire. Les juges sont la jgQ^prens , pour estre les com^ seden- ^e^m^nïie : tontes les bonnes familles 1^ icgleal estre de cette compagnie , ^0f0ée d*eiooiiade et cambrade , comme nie» de pied 9 quelquesfois les vieux ajês contre les jeunes , les jeunes contre % lien. Un président en aura buict ou il, oD des anciens conseillers autant; ^imi, c^est i toute la cambrade : ils ^ de$ compositions entr^eux , tellement ■^condamné une partie à tort,' Fautre ^jd la pareille en semblable cas.

/ay leu plusieurs reconciliations faictes thnoridesinnocens ; à la forme de Gaiphe ^Ibie ,ttmt se faict par faveur , parentelle, iirgeBt; loot pbemx que les gens de bien ivj eux. A leur exemple , les advocats et peras vendent leuraTparties , qui se fient 1», leur revendent leurs papiers. Gresus iftSk Gros (pour empescher ceux de Ba- ÉK d'entreprendre sur luy) de leur faire ffier des loogoes robes , et les faire plaider ttïïK contre les autres : les princes imitent oeseoneils, employant le vif argent des IHDÇQS en procès , ayant correspondances m, ks juges pour: immortaliser iceux par kuradechancelerie , d*evocations , reques- (fl chles, propositions [d'erreur / cassation i'vTestS) procirfans que les procès soient teidres, â ^*ils ne soient comme singes attipene.

tueiFnnce quasi plus d*ofl5ciers de insùn de finances .que d'autres peuples ,

oeceKUsfcpgner aux despensdes malahiséSf qrïs recherchent pour mettre en leanhcS) d*onils ne sortent plus que ruym : quf fiHs gagnent , ils perdent. Le Tue I (rais cens mil payes, comprins les ccdeâstiqaes et juges qui combattent : il y a cinquante mS officiers en France payés , ik iBvraieBt estre contraincts de porter les arit$; pois qa-Qs ont la paye des gentils- Wnaes, ils peotent servir dedeuxmestiers, osfielesgeatils-hommes exercent leurs es* tiiipoir atcHT leur paye.

Tant moins il y auroit d'oificiers aux cours ^pttleaK&ty plusil y auroit de justice , et

RÈGNE DE CHARLES IX

( les loix estant réglées et les meschans chastiés) il n'y auroit pour occuper les bons trois mois en Tannée. Les juges contraincts d'acheter leurs ,estats en gros , il leur semble estre permis de s*en rembourser en destail par la vente des parties , dont ils prenent les presens par longuet circulations de clercs , procureurs , solliciteurs , ou personnes* peu cogneues , qui corrompent les femmes et val* lets ;. tellement qu'ils croyent leur estre licite de prendre de Fargent de ceux qui ont boa droit : ils se trahissent , révèlent le secret de la justice aux gouverneurs et parties.

L'on fait croire au roy que la multitude d'oflBciers maintient son estât , alléguant les derniers troubles : par exemple , que le peuple avoit pris les armes contre luy au commencement y et qu'à la fin ceux de la justice et ses officiers les prindrent et se déclarèrent pour luy. A quoy l'on respond que , s'ils ont servi auTrestablissement de Testât royal , ce n'a esté d'eux mesmes ; ils n'y pouvoient rien sans estre aydés'^ cejqui fut par trois de leur profession auxquels îf . du Mayne se fioit , lesquels , ayant peur de la domination du peuple , et ne voyant place assez grande pour leur ambition , luy firent craindre le gouvernement populaire qui Tavoit eslevé, et luy firent rostad)lir la puissance des cours de parlement de Paris , les officiers de justice à Orléans , dont suivit la perte du party et la facilité auxdits officiers de servir le roy , par la faute de M. du Mayne. S'Qs eussent eu aflaire à un autro qui ne se fusr laissé gouvernar , ces officiers estoient inutiles pour le restablissement , et le peuple les enst tenu tous jours emprisonnés sans auctorité , et le pied sur la gorge.

Tant de tailles et subsides ( de quoy les roys devroient vivre.) sont employés à leur payement ; et s'il UQ se pouvoit mieux , le roy pourroit casser la moitié des gages , les faisant servir alternativement , la justice seroit mieux exercée. Il semble que l'advis donné à Sa Majesté est pernitieux , de n'entro^nir ses gens-d'armes et payer ses officiers pour maintenir la paix. J'escris par expérience , et pour estre chevalier de la cour de parlement de Bourgongne depuis quarante cinq ans.

Pourreglerce desordre,feut considérer que la

sia

justice en Suisse et Ailema{;nc est brefve et juste , encores plus en Turquie , où les procès ne durent que quatre joui*s : f^ut-il que Tignorance des uns et la barbarie des autres leur fournisse plus de justice , qu'à nous nostre science, et qu'il fuille conseiller aux François, si on demande leur manteau , donner plustost le reste des habillemens que de plaider ? Ils ne peuvent dire leur bien estre à eux ; le possesseur de cinquante ans ( aussi tost le procès commencé ) pert une partie de son dit>it » et souvent le tout est mis en compromis. U faudroit ester lobâcurité de cette science , et considérer que les presidens prononcent des aritîsts, qu'encores qu'ils parlent françois, si on n'est du mestier de la caballe , ils ne sont intelli{;ibles.

Ces mots inventés par la chicanerie , et d'autres infinis, et mesme le latin, ne devroient estre plaides ni escrits , mais bien un stil que jusques aux moindres paysans en fussent capables. Les généreux Romains , par tout où ils conqueroient , suprimoient les langues dt establissoient la leur : au contKiire , les François maintiennent Tcstrangere latine et en dressent des cscoles , ce que jamais autre nation conquérante n'a fait. Parle bannissement de ceste langue le droict seroit intelligible et facile a apprendre ; tous les arts de mesme s'enseigncroicnt en françois; un homme seroit sçavant en autant de temps qu'il faut pour apprendre le latin. Les pedans disent ignoramment qu'il va par tout le monde : il ne sert qu'avec les Allemands vt Polonois, dont il y a autant qui parlent françois queMatin :Ique s'ils ont aflaire des François , qu'ils ;ipprennent leur langue : faudroil réduire toutes les coustumes au droit escrit.

« Semble que les roys de Ffance se défient de leur auctorité, n'ayant osé toucher aux coustumes des pays , desquels il faudroit assembler et brusîer les coustumiers , les gloses, les chicaneries romaines , ne laisser que cinquante f ueillels de papier , où seroit contenu tout le droit, du moins les régler tous au di*oit escrit : les arrests bien donnés passeroient en forme do lj)y, et ([u'il ne fust permis à cjui que ce fust , sans apparente défectuosité do sa personiK! , (1(; fair(3 plaider li;s udvocals ny luor.àic pruciuvurs, cl pour les

juger , qu'il y eust la moitié de gentib^ioi que l'on esleut les juges , non tant par s que par preudhommie , et qu'il n*y ei en chaque province que dix au plus , c nuellement le roy envoyas! dc« gen chascierceux qui manqueroientà lenrd selon la plainte du peuple. U y am abus ; mais ce ne sont les loix qm ji c'est la conscience ; s'il y a ÎDJwtîce , i droit mieux la souffrir par ignorance qi meschanceté : nous ne sçaurions estre | nous sommes; et vaudroit mieux iew dés son droict, poiur éviter l'iniquité de et longueur des procès. Anciennement avoit qu'une cour de parlement en Fi qui ne faisoit rien le plus du temps; 1 tice estoit entre les mains des baillifs c tils-hommes , comme elle est en Lom noblesse perd ses privilèges ; par la i que les roys ont d'elle ils l'abbaisaeot de corruptions en ce dernier siècle fi souhaitter des juges aux provinces enj dans des fours, maccessibles, qui jugf sans cognoistre ny voir les parties , soi noms supposés dans les escritures ; les ger tous les ans, et qu'ils fussent ex; par gens de bien. Que si l'injustice ao c'est perdre les biens et les âmes des çois, et faudroit que la noblesse en estais suppliast Sa Majesté d*y mettre i les roys doivent la justice , c'est ce qi maintient la paix.

£n ce tem|)s, le roy suit le conseil d qui disent que ses vraies garnisons eCh tien de son estât est la multitude de m ciers, qui , estans les principaux des tiennent sous eux tout le peuple; qi ofliciers , intéressés en 1 estât royal , le tiendront , et mesme la tyrannie si elle quVux bien payés, comme ils sont, il rien craindre, d'autant que, quelque poir qu'aye la noblesse ruinée de del din justice, ils n'ont que la campagne, ront descouverts , et empeschés d'entr dr(! sur les villes par les ofliciers; et i Majesté peut faire ce qu'il luy plaira noblesse et de son peuple , pourveu q ofliciers soient contons ei bien payés, j est si grand, si valeureux , \r peuples m\ de la (;norrc , (|u il Ui>le le jiigemc

I^È^NQ DE CEtiRLES IX.

LjQjifrr"y des aflaire^ 4'^sfeat cU ce (eo^ I cvéai^ce d^ leup. loy , cp4 j^von^t pfirs)4is aui; g ^^coeseffve.l^ paix î parce que quaojd ' " ' ' ' ' " ' "'

Lkil seioit pl|u& inm^ais , paiw I^ craint^ de |oiene«t la juauvoi^a inteliligence dea.

^at^kttflieft. le peu d^ fideUté;du pe^pl^ g^ restai; ^ f^Erce.quQ oe^ciMiseU a

^gtin «un ceux cjpii QU^iewoeu Hi pei^lQ g^w aa cownenceiDfiiit de la iJgue^ Mulfipvooleit wxt j^ichea qui le. gouverpii et jiiaûcîaîeni imperleuseoieiM '• et çeste jl^ peuple, qui n'a rien h perdre, pe^t lliacore esoieiie OQUdre eux » et > à Vexeg^ ■^dipsisaé^les amener du palaia i la prison. IliioUesse , qui u*est point e^jitrelewe i^y

, etappuvrîe i par desespoir peut estre À la rébellion CaeilemeM > ne leur 1 (ffx'vm a^s^urapce 4^ n^ s^Pquyoûp

ea prenant ou ^YW\ F^^ 1^ ^^o^ >

doubkiBs ott dea augelut^ de« estr^ar^

Ëcmeil seroit ir^^iUaur de réditire le^ Lpeiit noiulvroi et d« leur^ gagea er 1^ peuple , et Ç9tr§(çnir au çioim^ hn lui pauvrea gautila^honuoeaj. sott§ U ÉBqe de$ plus Sdel^ capitaines de Fi^auae { ^feroit evi^ un danger qui semble estre pR|iR au premières apparences de mou* nueii Et cela se voit aux elevatiops et re- Mligoi si fréquentas, là où les gentiU'bûmines diùkbiiDe s'enquierent plus si c'est pour au contre le roy , seulement s'il y a da Tar-

Ld toificatiom , quoy que p^faictas^et iikplùneiSont de difficile garde contre le Tm/niMlrables gens| se couvrent d'ais eipanpeu, lemplisaent de terre le fossé, iwrteiu ta qptagnes sur . les villes f font waràff les (DWidres les premiers i len assiégés Ludeiser^ lea arquebuees de tirer , les bmem^iu sang ennemy, les oppriment.

iprèsies estropiés arrivent les plus hardis, (pli foDt tfsaols de dix à douze bajires, ra- Mschis d'heure i autre .d'innombrables tMpâf ; le nombre , le temps , la fatigue , lu emportait. La puissance qu'usurpe le pand Turc sur lee si/^i^ , leur fait désirer ÂaoHTir plustost par les mains de^ ennonis pe des amis , leurs cjipitaines les massacrant

piged il» les ^voy^nt .tourner ; joint à la

obéissans à lems princes ; cela les fait Ubrer ment précipiter. Les places ^ur les rocbei^ sont plu^ propices pour leur résister que celles de^ plaines , f^ce qu'ils ne peuvepç reJKiplir lea fossés. Les conseils des Turcaf soi^t fermes , résolus en guerre , en paix ni| dapei94ent que des guerriers choisis et es-: pr^v^^de ^)utes nations , non adstraints auiç împerlections des climats. La timidité de^ Italiens » la chaleur des François , la lenteur des {espagnols , pesanteur des Allemands , se H^slen^ ; il y a souvent^ des capitaines de toutes oea nations d'où sortent des conseils tempérés , bien choisis et recogneus du prince qui est capitaine. La cruelle justice^' des Turcs empesche tous le^ artifices des conseillers { les citadelles du Turc sonv quinze mil janis-^ saipoa autour de luy. Çeste force d's^erria , jc^ta aux affectionnés, cpi^mande ^ |ro|f cens m\' Et ne peuvent rien d'eux mesmes , d'autant qu'estans esclaves sortis des chrestien§ , il est licite au Turc de les faire mourir sanii reprehension , veu qi|e les particuliers Turc^ nçiturels ont pouvoir de piort et de vi^ sur les esclaves.

Un millier, d'ingénieurs ont escrit de cey fortifications i les derniers corrigent lespre-!* miers ; it faudroit un livre antier pour en esariro dauement; je diray en gros ce qu'il m*an semble. Les fortifications dressées et assaillies par ceux qui n'ont la pratique , sont autant différentes de celles des capitaines et ingénieurs expérimentas', que l'oipbre l'est du corps.* Des monarque^ et républiques les fortifications en pkines sont meilleures, y observant tgùtes règles ; lesquels (pour quelques puissans qu'ils soiant) n'en peuvent faire bastir grsmd nombre , pour Texcessiva despenee, travail et temps qu'il y a à les bien faire. Les places aydées de fortifications en montagnes , d'islos fit rivières , auxquelles U ne fout une sî 'grande deq>ence pour les rendre à leur parfaction , se trouveront utiles i estantmal^aîsé qu'auxforteresses deplaines, la deapenoe qui y est nécessaire y soit employée x de plus, U faut un grand nombre d'hommes en garnison. Pour garder las grands bas*tions qui se font maintenant, cinq cens

hommes ne suiBsent en chascun , et si an ce$

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places si bie&'eMstnncies il ii*y ala qnsnlilé ftemps, tyans fait*»; Imid», tfhomiiies requise , elles se perdront on sur^ prendront pins iacHement que les antres, i ' Anx petits bastions Tonne se pent retrancher, les espanles sontfStMUes; mais flya bien pins d'incommodité anx grands eoi»tmids en idusieors lieoK , dont les assantste se penv»t dètoidre d'arqnebnsadea des flancs des autres bonletarts. Jesnisdeoenx qai les désirent fort médiocres; et fondrais que leurs brescbesse défendissent k coup de pbtolet , en tant que la proximité d*icenx le peut permettre; tellement qu'ik ne soient trop aigus, ny les espanles trop estroictes. Quoy que c*en soit, la pointe d*nn bonlevart ne doit estre si esloignée de la casemate de Tautre , que Tarquebusier ne la def»Mle de blanc en blanc, et qne son coup ne puisse percer une cuirace ; et ne fout s^attendre de deflbndre les bresdies par artillerie, dont les promptes recharges n*egallent celle du mous* quet. Le fossé sans eau est plus utile aux villes où il y a quantité de soldats; et où ib sont en petit nombre , celuy avec eau qui ne se puisse ester est le meilleur ; et celuy-là où il y a une tranchée profonde d'eau par le milieu , et qui laisse du sec deçà et <telà pour foire des traverses et casemates, profite mieux que les deux autres.

^ Après les casemates et boulevarts couverts d'espaulesy celles qui sont foictes dans la contrescarpe tiennent le premier rang ; et ne se peuvent ester qu'en comblant le foosé , ou devinant Tendroict où elles sont. Les Espagnols ont battu rorichon d'un boulevart , et embouché le flanc de la casemate], et rasé le parapet, tellement qu'il ne pouvoit flanquer à l'antre courtine du boulevart, auquel ils foiscfient bresche ; et y dmmoient l'assaut comme-en un lieu mm flanqué, parce que Ton n'osoit paroistre sur ledict premier bonlevart qu'ils battment de quatre canons. *" Les assauts généraux sonttrès^dangereux , et ne se doivent hasarder si on ne bat en courtine , ou que les breschessoient si rasées , les flancs tellement ostés , que la résistance soit impossible ; autrement la fleur des armes se perd , le courage croist aux ennemis , le dommage et la honte est aux repoussés. C'est pourquoy ceux qui se disent capitaines de ce

qn^oB se loge dessos, atvec desjncrd de laine , et lors que Tob est iigêik eMi difidle de les desloger. Cest ftndroit observer, en fahiil àm bonlevaK et fidiani les foodeaaM dan taes, de faire un lien pow pondre à quatre toises derla potaaa Ai levart, on an miKen des eei peut prat^pier avec mavtale,Tune petite allée là où on ne péam qu*» se baissant ; et estant Um bia (si n'enqpescl^) icelles petites alMet de contremines. Qmmd la batterie ae* vingt pieds de la périma dn bodevairt, ne peôt estre mangée dn canon , Ion ennemis sont logés dessus, etqn'isyi menré sqpt on huiet boires , ^^mr^Hlf^ tenir deux ou trois ceBsboauneaponri cher les sorties, Fou remplit cesiavaniaî tare de poudre, qui les pentfine:

et perdre la pluspart de lemrs genn; mines se peuvent pratiquer aux lini li^ on a qnmon que Ton mettra la contrMcaipe , pour (sll se rencontrait < le fidre jouer et rompre Tattelage; Il ae^ constumierraient de deux sortes de raÔMJ chmnens; l'un à la haste qui n'estjamairliij l'autra de bonne heure. Ceux qui les flMH loisir retranchent les boulevarts par In tié , observant deux flancs couverts df < les et de demy bastimis ; le terrain retranchement doit estre plus haut du boulevart, à fin de commander!

poincte et sur la bresche.

Tous soldats qui sentent le derrière eux n'opiniastrent pas la Se contenter d'eslever à dix-huict pledadal muraille un terram qui serve de avec de petites traverses aux deux la bresche , incontnient qu'on vemiia rie, afin de battre dedans icelle; et empescher une soudaine surprme , les sadeshors la veue du canon foictes à l\ mité du terrain devers la ville , sont Il n'y eut jamais bresche qui ne tauhsaatinoyei de foira incontinent deux flancs pour la da fendre ; l'utilité des assiégés est de gagnei tèm^s. Cest la longueur du siège qui eaip&ê' ohejli prise des villes. Encores que ce f nri

Kj RÈGNE DE CHARLES IX. 315

p^i^rqge psmible 'en ton» autres lieux I maison , metaierie/ grange on lieu de^plai-

gjfitmAf il peut adtenir tel accident liloogoeor dn temps, que Ton levé le H en leiroys révoquent par divisions les 1^ fti«<te payement . ou de commell^nirtt Ml d'aif[6nt , font , ou que Ton HJ^gtge, on que Ton est bien aise de 1^, en composant avec ceux qui sont lh die (comme Ton fit à La RocheUe), 1^ tour demeurant.

ivrenedier àcela, quand on a feit les p^eofts artificidles , que Ton y a porté |pes des maisons , les bois et fascines, ^eia la scituation donne la terre mallltmchcr , cela importe beaucoup.

Ipoetaloiigtteur sert merveilleusement jjBegés , le plus que Ton peut empescber ^d'approcher de la ville, c'est Ic^eux.

kpoarqsoy, qui pourroit foire de petits |«Ugiiéi de h contrescarpe , et que par Im terre estaos debatus^ Ton se peust rel,eela liendroit beaucoup de temps, |i(|i*icepedt fortil foucîroit faire les ■a tranchées qu*à la contrescarpe.

M» font conune ceux de La Rochelle , i tadieoc de mescbans chasteaux à une tefeu^ondes maisons avec des petits peraB;âce8(mtdes fols que Ton mette dtts.jib eodorent le canon; les autres nposencà la venue de l'armée , c'est au- <t gagner de temps.

Cen qûODt dbe^é les avenues des villes , i remktes , passages , les fossés , ruisseaux dKnÎQS, peuvent sortir à cheval, et sçafi&tksdiâDiBs et passages de leur ré- ^, tt fanent redrer en despit des.en^ émis; et « fdqaelbis ils sont suivis aux m esmitt, œu qui les soustiennent peuvîhàem ctarge à leurs ennemis à demy Bsés H enhrrassés dans ce passage.

Les fanlx-'ioargs sont les prises des villes ; B^eot jamais de gouverneur bien conseillé ilaissast maisons, hayes ny fossés sans esser , s'fl a le temps^ parce que le commenleat d'mi siège qd se fait au couvert aprtegraodadvantage aux assiegeans.

S ce n'estoit la pitié, il seroit nécessaire de >kr les villages à une lieue des places ^; et se font bien garder ( à la faveur de

sance , parce que c'est coustumierement le logis du gênerai.

Or est-il que si on dure jusques en by ver, que les grands , contraints de loger dans les tentes, se sentent si incommodés, que les valets font demander la paix aux maistres , les maistres aux capitaines , et ceux là au gênerai), lequel luy-mesme quelquesfois est si incommodé pour n'avoir point de couvert , qu'il s'y fesche ; et tel gênerai peut il estre , que ses gens ont crédit avec luy, auxquels la pluye et le vent sont ennuyeux. II fout ester et brusler tous les tonneaux , pâlies , pioches, sacs , cuves , couper les bois à l'entour des places qui peuvent servir aux ennemis. Plusieurs ont jette du bled dans la source des eaux, pour empoisonner les armées; aucuns ont essayé d'y mettre la peste et la nuladie, qui sont des moyens que lai générosité ne peut permettre, i

U sert beaucoup de foire croire dès le oom» mencement que l'on est vaillant et que l'on a du courage ; cela donne cœur aux assiégés et décourage les assiegeans. C'est pourquoy, à l'abordée du siège , il fout tellement foire , que l'on grave cette opinion au cœur des ennemis. L'on doit avoir prémédité ce que l'on veut foire , les moyens d'assaillir et de se retirer : il vaut beaucoup mieux n'entreprendre rien que d'avoir du pis. Il est aisé d'ordonner d'une sortie sans péril ; il fout bien prendre garde à tout, parce que le bon gênerai qui a la force*en main, fait coustumierement sauter dans les fossés , si ceux qui sortent n'y prennent garde. <

Quand on vient à assiéger, et que la place est recogneue, si ce sont gens de jugement, ils peuvent tuer ou attrapper un gênerai , un principal , soit par coups d'artillerie ou entreprise. Gomme rescarmouche est bien eschauffée , on verra cinq ou six hommesà cheval qui iront recognoistre , ou un ou deux qui s'avanceront d'autre costé , et sur ceux-là il fout entreprendre et foire tirer.

Estant le camp logé et la npict venue, le gênerai ou le mareschal de camp ne fondra point d'aller recognoistre la place ; et iront trois ou qua^e pas à pas jusques dessus la

if^m de la viUe ) de respecter une [ contrescarpe ; et à fin de ne mener point de

fl4 HÉMOWBS m «AiSPiKI> B& SAULX.

bnàty 9* liÎMM Iwr fM6 damera. Cett là oà > chttrgeuit, oa les pratpreiidre ou tuer ^ la nuit, qui n'a point de bonté, hil qu'il» ne sent secourue. Pour etirapper ces reeogneiisaurs , (but prendre à une beuro en noiet, on une henredefant le jour» fui eii le te^ye qu'ib y vont.

Il eit bon de remarqner , aux a^preobas

siàdeax cens, trois ceutet eini| çiffHk\ oonune il fout qu'îl^inte sa^pieGOi, f^ Ilyatrente ansque les plwee eilHi| bien fiourmes de défonces» |Mr- HpiM du tenps, qne.plnsieur%seiugi!wiflu|.

blés , et mesmes celles 91 <

eetoient trèsHO^ aisées i nBt'gWfc eqpsgncrtle fut une apnée «itimi

d*Hiie ville, si bis gpes de euTalerie sont prài,^ triq, celle de l^lranon hnad apeie

et que rinlanierie attsqne reseanoMMabe ;

e'est vobMDtiers kirs que le gênerai en nui-

rescbal de canp vient reoeguoistre s et &ut

observer que lV)n attaque d'un oosté» et re-

cognoistron de Vautre.

• Les assiégés doivent 'recegneistre revenue

des cbeoMus, peur y pointer Vartillerie, et

lors qn'ila voyant les dievaus des troq[Ms

ennenûes à deux pas, que la teste leur mire^'»

ib doivent donner feu : le tempe du bmsle-

ment de resBorce, le deslogement de la balle,

s'accordent au marcber des bonunes aniquela

ils tirent, et ne fidUail de teucber.

L'on peut nettrejdes caiUeox en petits menro gers la grosseur de deux tonneaux surlaoontrescarpe , et aux ebemins croisés , tirant une coulevrine an milien ; la balle fiut vider les pierres qui tuent beaucoup de gens. Et s'ils veulent recegnoistre si leurs canonnière sont justes , c'est lors qu'ayant tiré dans une troupe ils voyent qu'elle se renne incontinent apràs leooup.

Les villes qui sont en campagne rase font beaucoup plus grand meortre de l'artillerie que ccîles qui sont en lieu bauf, pour deux raisons : que la pièce donnant de pointe, estant en haot, ne tue qu'un homme. Il faut avoir diiferente mire; une pièce élevée ne se doit pointer de blanc en blanc , ains se doit braquer six pieds, quebfuesfois vingt au dessous, on elle ne toucberoit point.

Le bon canouuer doit^ognoistre sa pièce, et, si elleVest parfiiite , supleer à sa défectuosité ; si elle est gaucbere, si elle porte bant ou bas , la corriger ; doit eussi rocognoistre sa poudre et la quantité qu'il y &ï ftuit mettre. Les pièces portent haut ou bas , selon les poudres , et n'y a rien . que l'expérience qui puisse régler le bon canonnier.' Avant le siège, il aura essayé la portée de ses pièces, pour sçsvoir si les ennemis sont sur la contrescûrpe,

Rochelle, un an devant les assaillans cnt'gsgné le fence des villes et tellenisnl 1 perience , qu'il se peut dicn que non seulement de petites tneupest aip,^ d'une année , ieelîes ne peuvwt L'allégation d'Ostande n'est reQ9VfUii|j| tenn trois ans contre les foiçqea.d* dans ou ddiors il est mort mut ml que si on y eustfidt déslapreaiisfe qui aefist la dernière, eUafosiesié; ans auparavant , qiiey que soil grandement favorable , seituée <y le la mer avec un bon port , loqMl nOMl estre barré ainsi^qne qelny delMMHMli et à plmne voile y pouvoit entrer 4n ne pouvant les navires oontrairei en garde dans le milien de la nier*/

Une ville seituée comme ceb^ ft qpii secours tel qu'Ostande l'avoît 4e Hw<|J lande et Zelande, c'est opposer fqrîwjl mes contre force d'hommes, fnmm |i heure mettre dedansdeux ou troienilteM et neantmoins elle a [esté emportée Mf| qui avment le pied ferme. Par oes^mm toutes autres peuvent estre prises paribfi Maintenant les capitaines, tant de JafHl pagQoUe que des estats d'Olande 1 oMmJ art la*prise des villes , quelques fqrHu 9*1 puissent estre , et donné le tenqpe etJi ■ bre des jours qu'elles peuvent durer s diM « Nous demeurerons tantà gagner IflftMl et tranchées du dehors , tant à loger il contrescarpe , à la percer , entrer m h/Dt fossé qu'aux galleries , pour gagn^ Inpiî des bastions , tant pour les]sapper , io§m^ sus , et prendre U place. » ^

n^ Pour à quoy parvenir et gagner teapi, ont fait plusieurs inventions : ils coodii les tranchées hors de la vene des poîn des boulevarts comme surpassé , et après

JEtÈGNB DE CHARLES IX.

Slil

^ sedepeeter , M liea de tranehëes ib ygA des fasciaes appuyées contre des bois k MOWBt des diândeliers , lesquels se peBi, sus les plaaier en terre , sur les Uoqak^^ ^^ pieds. Ceux'des com^ H^bnila perdam de veue ( à eausede l^itgfi$)cem qui pstfseul , tienneul à foll^ » travers \ aussi , ne voyant rien, ^f pearesl faire grand mal. Ils ont inventé Ib Hse iisison de boîs , de terre et de ■s, qu'il appellent saucices, lesquelles ilJMt devant eu , impénétrables aux 'ii^es et moyennes pièces , avec les- ^pnoptement ils a'ad vaneent sur lea conet tranchée contre tranchée ; le le foible , oontrainct les assiégés ■i^leor redttttej avec une invention de IlinniUer les soldats estrangement puis* }^ lis mardiandent avec tant de pas de Vhées , ottde gagner un advantage prompm wr f enoami « saus espargner Targeat» ^le rmircfaé qui se fait , et qu'ils soient ■ai trente, que la moitié ou les deun iKM&t tués; il se donne tout ce qui a ieootentt et promia à ceux qui restent , liorfait foire de grands effects; estant ff laetiMcarpe , ib tiennent la ville à moi-

U foaépereéy ils font im pont de batm (fûs il y a de Teau ; soudainement euQit des toiles d'un costé et d'autre du «i, lesqneUfls toiles , comme des fiasoines , iBonïïieBt blindes y qui est mot allemand àieiuapifier aveugle, parce que ces toiles >\f;iKattenpeadieDtde voir les ennemis, rjâaasifbeoalresearpe ils sont aussi maismdaloBéiqiie les assiégés, et lescon^ meot itee W momqoetades. Ce pont de »«ueaox posiaisaborder au terrain , et qu'ils usieot fm m logis dans une pomcte de istiûo de ïïDgt hommes, ils Taugmcntent ien io6t peur ea loger deux cens. Et quand (C(^îneBtqne les Bancs des bastions peu- H eodomoiager le pont , ils jettent telle naiiéde terre daas le fossé, que cela couvre ihoc de rarlillerie , et leur grande expem i fortifier des grands corps de garde vu de grande quantité de piques, fait qu'ils )sûot sobjects à aucims inconveniens. Jus- ^ à ceste heure il n'a esté fait aucune in-

vention pour défendre les sièges , shion quH est certain qu'il faut tenir les ennemis lopins loiog que l'on peut, et les contraindre d'ern* ployer un grand temps aux aproches. Pour cela se fait grande quantité de fortificationa dehors, qu'ils nomment reduttes» tranchée flanquée i deux cens pas des murailles , eC des retraictes d'une à autre , pour lesquelles il faut grande quantité de gens pour les garder t que si elles sont esloignées et foibles , ellea s'emportent fort aisément de plein assaut. ^ 11 y a plus de dix ans que je m'estois imaginé quelques moyens de résister aux as^ saillans, que depuis un an le duc Mau** rice a practiqué, et jasques là qu'il en a BU livre nouvellement imprimé. G'estoit de £aire un grand fossé fort larges et au mU lieu d'iceluy eslever un terrain de Tespais^ seur de dix pieds , lequel seroit flanqué de la couverture des boulevarts , qui seroient aussi de dix pieds , tous de terre , tellement qu'il y auroit doubles fossés , double flâne et doubles bastions. Et ne faudrait edever ce terrain qu'à la moitié de la hauteur de la muraille. Demeurant les mw^ailles de la ville à couvert de ce terrain , et ne pouvant estre battues , pour la couverture d'iceloy ; il seroit force que l'on donnast assaut à ce terrain , ou bien qu'on le gagnast pied à pied , qui seroit un grand temps. Estant plus bas que les cour^ tines des boidevarts et murailles , le logis y seroit dangereux ; mais aussi faudroit-il que les flancs de ladicte chemise fassent bien gardés ; je crois que cela serviroit : il ne faut trouver estrange que deux opinions de capitaines se ressemblent quelquefois. Pour la courtine de la muraille , j'avois pensé de fiiire de grandes et larges arcades comme des arvaux d'un pont ; et s'il y en avoit cinq on six en une courtine , ii faudroit que le canon rencOntrast de couper tous les piliers pour foire bresche , qu*ils seroient contraincts de foire fort longue : autre ponrroit mettre de grands sommiers de bois deux pieds j^lus bas que le parapet de la muraille , tellement que ledict parapet ponrroit estre isoustenu , quand bien la bresche se feroit plus bas : vray estait que ceste fortification seroit de grande despence* Il reste un moyen que je crois pouvoir servir, qui est de foire des forts à cefht pas de la coi^

[IMBl

Irescarpe, forts que je cadrais fiiire de telle scnrte , qn'il peussent endurer un ou deux assaux , et avoir des retraictes sousterraines pour sauver les soldats. Non que je voulusse que ces retraictes fussent percées jusques au fossé, d*auuint que les ennemis s^en aideroient ; mais seulement , à cinquante pas du fort ; ils pourroient sortir en devers la ville » favorisés de la mousquetairie des courtines et de quel* qoes sorties; ils; se pourroient retirer dans une redutte qu'il fiiut foire à moitié entre le le fort et la conurescarpe. Ces petits forts peuvent estre défendus de Tartillerie des bastions de la ville ; et quant aux fossés , ceux qui sont accompagnés d'un petit fossé au milieu plein d'eau , de la hauteur d'un homme , sont les meilleurs : tellement qu'ils ont terre et eau dans les fossés, et sur tout que les casemates des bastions soient si fortes et larges , qu'on y puisse loger des canons et coulevrines, pour battre forcément et en batterie le terrain que les ennemis peuvent jetter dans le fossé , et rompre leurs blindes et leurs ponts.

Tout consiste à avoir quantité de gens aguerris , parce] qu'il est nécessaire d'hasarder fort souvent aux sorties, pour empescber le logis de rennemi, lequel dit tousjours qu'avec six mil hommes il en emportera quatre mil dans une place ; d'autant qu'ils veulent fortifier leurs armées de telle sorte, qu'ils font une autre ville pour les conserver de tous périls. Mats ils entendent qu'à mesure qu'il en mourra des six mil proposés, qu'il en viendra d'autres pour remplir le nombre, et que les quatre mil assiégés, n'en ayant point, viendront journellement ,à [diminuer, tant par les coups que par la fatigue, travail et maladie. Mais si les assiégés font une ville dehors, et que Ton fiist quantité de gens, il foudroit aussi foire une seconde ville dedans par retranchement , à charge que le retranchement fust plus haut que le premier rempart, et avoir l'eminence par-dessus luy; autrement , si le reu*anchement est bas , il sert ,fort peu , et les ennemis , ayant l'advantage du haut terrain, facilement viendront au bout du reste ; il ne faut à un retranchement peu moins qu'à la fortificatiou d'une ville.

Je voulois faire essay par des moitiers jetter cent caques envuisselées avec des cer-

cles de fer, portant des medies termméesilr une brèche ; autre invention , de couvrir hi gens de pied de la cavalerie , enfermant deas cens hommes portans chacun trois bastoosfito pour les mètre en chausse-trape'. Tty mté enchaisné des chariots, inventé despieM poussées en avant par les chevaux , aaas qril fust besoin de tourner pour les dediarger ;il aux places non munies d'artillerie, lever ptf^ contrepoids vingt mousquetaires an haut ds deux bois de la grandeur de six toises , qa verroient dans le rempart (conune j*aydit cf* devant). Ainsi il se peut journellement dU jouster i l'art de la guerre. n

Les roys par force, non par justice, pei« vent faire mourir leurs semblables ; ils n'sil nulle juridiction les uns sur les auures, esta» sacrés de mesme unction : randennelé di^ leur promotion à la couronne n'y peut rioir l'appel du jugement de leurs pareBs se ds-^ vroit relever devant le pape et remperev» assistés des roys chrestiens ou de \em ambassadeurs , sans lesquels la royne d^Ài^g^ terre ne pouvoit foire mourir justement eda d'Escosse : elle estoit juge , partie , tesmoii, ennemie , intéressée , et en doute de ce qn^eUs en feroitla tenant, craignant l'entreprise dm catholiques et de ceux de Lorraine , pare» d'icelle , et la mettant en liberté n'en pouvoit avoir seurté.

Les petars , les saucisses nouvellement inventées , monstrent que tous arts se peuvent accroistre. Je fis des orloges qui desbaadoient en douze heures un rouet , à l'exemple d*nn re veille-matin, à ce que, coulés dans un magasin par un espion , le fissent sauter. De pareils peuvent estre enterrés au lieu où les ennemis se logent, faire jouer des mines, ou avec des filets attachés aux choses nécessaires , desquels ayansbesoin, les serviteurs arrivans au logis, les voulant changer de place, débandent lesronets, qui font sauter leurs maistres et maisons. Ea l'année i589 j'investis Pontoise sur la parole d'un capitaine, qui me promit de brusl^ leur magasin : il avoit mis des mèches allumées d'un bout dans la poudre , et soustenues d*no baston , et dont le saut en tombant les esteignit sans efiect ; nous ne laissâmes de prendre la ville. Les mcsmes mines terminées peuveot jouer aux approches des villes , et aux ha-;

RÈGNE DE CHARLES IX

&lt

^ dfls les dariottfttieés devant les es-

is goenox et maresduiiix'de camp ne leMdtfger les premiers, leor mort perd gif«|)rise;Nrs capitaines ne lenr doivent iQti^ de s'hasarder anx premiers rangs ; féKp àûit estre au dernier desespoir ; j^ lommer mu chef pour socceder en

'est n grand ennemi qne la proq)erité; (Qiitaiice;, imprudence humaine, ne percée daneorer à son aise], iait mespriser ^'oi possède sous espérance de mieux.

,^ italien dit : Qui est bien s'y tienne : inaeaens sont pins malheureux qu'heu- |i,« doivent hire craindre les^change- H Cest prudence de gouster ce qu*on iMle, folie de le mésestimer pour de vaiifcrances guidées de la fortune ; plu- II, comblés dlionneurs et de biens, en lÉBt difsntage , trouvent la perte de kf Ib possèdent en seurté.

ta jeunes se perdent par imprudence et Kn, Goorent aux guerres de Flandres et l^tie inconsidérément , pour aprendre isvytronrerfortune: sipour aprendre, te s'a donnent le temps, se font mer nprciin combats, qu*ils devroient evir, on en gros, et tant que rhonneur les coone, observer exactement les ordres des nilies, ks sgoerrimenSy les combats, {es, faire son profit de tout, pour se don* f Msird'eitre ca|Mtaine. Que si c*est pour àntedes grades et richesses, elles ne 3 tranai pas sans avoir les grandes Inr^, fi tont malaisées à obtenir parmy es esnapsiles craibats sont rares en loDgrie. En Itaires , les Espagnols ne don- ("otief gndesgi*aux leurs , se mesfientdes dr» :pmf les estats révoltés il y a peu ^recoopeues; il y faut aller pour apprenc, et non pour espérer grande fortune.

Mpiide faote aux parens de ne pourveoir ijeooes hommes de sages conducteurs, t éviter la mort ou la honte sur les prinpida mesder, ou qu'ils ne leur ont imiséetbienapris ce qui leur peut servir on lit

^aaodes deffendus, les meurtres impuib modifications deVEdit de pacification

ne mirent tant en'soupçon les hnguenots que rassemblée de Bayonne , là où U fat résolu que les deux couronnes se protegeroient , maintiendroient la religion catholique , rnyneroient leivs rebelles , et que les chefs séditieux seroient attrapés et justiciés.

[i566] La royne^ de retour de BayoAne, faict assemblée à Moulins pour reconcilier lesgrands du royaume : le cardinal de Lorraine , jomt à b vefve de M. de Guise d'une part^ contre Tadmiral de Ghastillon , qai;se purge^ par serment du meurtre dudÛt seigneur d» Guise, s'appointèrent; aussi les sieurs de Montmorency et le cardinal de Lorraine, de Taffront qu'il avoit receu à Paris : le tout ini»* tilement , pour la diversité des desseins. Les huguenots ambitieux, en crainte et trompés ^ pensent aux armes, la royne à s'establir, \b cardinal de Lorraine à se mettre bien avec Leurs Majestés; consent à ces appointemens, sçachant que la royne n'aymoit plus les huguenots, et, n'ayant plus crainte de ceux de Guise, se servoit d'eux en apparence , et en elfect de ceux qui ne dependoient que d'elle; avoit estabii proche ses eufiins Gondy , Villequier, Lansac, La Bourdaisiere et Sainct Suiplice , qui tous jurèrent ne recognoistre qu'elle. Nourrissant ses enians en sa crainte et respect , elle pouvoit leur donner des serviteurs, mais rarement des capitaines : rien ne se donne aux partiaux des deux maisons de Montmorency et de Guise. Le sieur de Gonnort, firere do ûeur de Brissac, eut Testât de mareschal du sieur de Bourdillon.

[1667] Voyant tant de mal-contens, lesme^ nées et entreprises huguenottes, la royne, pour s'asseurer, prend sujet , au commencement de l'année 1567, de faire une levée |dc neuf mil Suisses , colorés sur le passage du duc d'Albequi menoit une armée en Flandres* Tout est remply de défiance et de bruits ; qui donne occasion au sieur de Tavannes (pénétrant les desseins de la royne et l'entreprise des huguneots , à l'exemple de leur intelligence) de penser que la preud'hommie peut aussi bien fournir d'inventions dé se conserver aux gens de bien , que la meschanceté de les offencer aux rebelles ; que les huguenots ne dévoient avoir plus de zèle à leur party que les catholiques à l'ancienne religion , et que

Mé

MÉMOIRES DE 6ASPA11D DE 6AHLX.

ceux qoÀ h oonserveient emptoyans leurs, ( vies, pouvoiôDt employer leurs deniers pour secourir le roy. Pour estre le {gouvernement des femmes et la minorité royalle épuisés de bon conseil et d'argent , résout d^opposer à rintelligence autre intelligence , ligue contre

liguie.

Il fit une confrairiedu Sainct-Esprtt, où il fait liguer les ecclésiastiques, la noblesse de Bourgongne et des riches habitans des villes, qui volontairement jurent servir pour la reli* gion catholique contre les huguenots de leurs personnes et biens, jqinct au service du roy ; sans ccNutrainte met bon ordre pour Tenrollement des geins de guerre et levées de de* niers ; crée surveillans , espions et messagers, à l'exemple des huguenots , pour descouvrir leurs menées. Le serment souscrit justifie ce dessein ; chaque paroisse de Dijon payoit leurs hommes pour trois mois , toute la ville deux cens chevaux et deux cens cinquante hommes de pied : la Bourgongne pouvoit fournir quinze cens chevaux et quatre mil hommes de pied , payés pour trois mois de Tan. Le sieur de Tavannes fit une assemblée en la maison du roy, où mon frère et raoy , bien que peu âgés, assistasmes, avec beaucoup denoblçsseet de |)euple , là où le serment fut leu.

Bien n'estonn^ j«nais tant les , huguenots que ceste coufrairie; c'estoil les battre de leurs mesmes inventions de ^*aternité : ils se pourvoyent au parlement et p^r tout pour esleindre ce commencement, qu'ils jugeoient estre leur ruyne; disent que sans rauctorité du roy ses subjecte s'assemblent. Ceux de la cour voyent la poutre dans l'œil de ceux qui vouloient ester le festu de celuy de leurs voisins ; envoyent vers le sieur de Tavannes s'enquérir que c'est , et comme ils s'y dévoient gouverner : il respond que c'est d'eux de qui il le vouloit apprendre : que la justice se peint tenant deux balances ; s'ils en voyent une pleine de monopoles , hérésies et rébellion, l'autre de l'hoiineur de Dieu , du service du roy, extinction d hérésie et de rébellion , remettoit à leur prudence celle qui devoit emporter le poids. La cour renvoyé le tout au roy. Le sieur de Tavannes sagement, sans déclarer son affection pour éviter d'estre repris f naiotient çouvertemeni^este asaociatioa

pour le roy, sans ayire <)MsMleratldii, ^ de tous partis autres que celuy de Sa M Les armes prises' quelque teiapg ap^J partisans huguenots à la cour font nxm associations par das conmandeaieis c de Leurs Majestés»

SermêfU de !• ••nfiminé im JWwc^j; commencie far le giêur de Tatmm ' 1667.

« Comme nous avons esté adnunegtct terpellés de la part de monseigneur i vannes, lieutenant pour le roy eo ce lequel auroit commandement exprèi Majesté de faire la descripùon de m subjccts de l'ancienne et catholique rel^ desquels il se pourroit servir, aKtvenaii ceux de la rcligioo qu'ils diisem m vinssent entreprendre chose connue son] rite, ordonnances et cdicts, ou qu'il fm casioné de les reprimer et cbastier; oblemperans à la volonté de Sadici^ et cognoissans que la parole seule ne pour luy en donner plus ample a avons dcliberé cgnjoinctement et p«r ble nous inscrire et obliger, lam em dicte Majesté quelles uns envers les»

par le serment suivant :

r « Nottsseuba-fligiéBaTons^saMindé » tre Seigneur Jeaos Christ, et |Mrla m » nion de son précieux corps Hmg, hi » description qui s'ensuit , pMr de nd » pouvoir seustenir l*ËgliaedeI)ieQ,iinn| » nir oestre foy anciemie et le ro^ tk| » sire , souverain naturel et tresdiresiie^ ;• gneur , et sa couronne , et cetostesfeis! M le bon vouloir et plaisir de Ss Majestl » non autrement.

;: » Premièrement, MusJaroBS parle n sainct et inoeaprebensible nm de I ;i Père, Fils et Sainct Esprit, auquel v jums avons esté bs^ptisés, et pronel » sur nos honneurs et périls de nos vies » désormais , tontes et qnaatesfois qne^ » les chefs et esieus qni seront ey après » mes par le roy sur la présente descrié » nous serons advertis d'aucune entra » que Ton puisse ftire coatre nostre m s loy et foy dont wmmm Uki fm

BÊGNE

CHARIES IX.

5iO

gg^;h4[»Mne^ et qne nom ayons lil^fle W la ijirAee de Dieu jaaqnes à gpg^ et aussi d'entreprise qne Ton poisse ^n^ d hayœ de la nanntencion de la- ^ fof cMitre ladicte majesté royale , de ijjsoetfisère et de MM. ses frères , <|ai ^ rv^nt par la permission dîTine ; ^m^ns Dostre snsdicte fby et loy, snr m^^ sommation desdicts iSieh et 1^ goDfflés par Sadicte Majesté , nous ^^rtroas tonte Tayde et devoir qu'il nous ^fOflsible , tant de nos propres personnes f è 10^ Viff^y |M>o>* ^ manutention de jH^lije iby-et retig^on , et de ladiete Ipae, et pour réprimer sauces enureliescooiraires. Et à ceste fin^ promettons leiermeiitde toute obéissance à celuy ifHiesleaparle roy chef de ladiote des- Uen ; centre touties personnes de party Itiire , sans aucun en exempter.

Umbhbkfnent nous jurons le très-sainct InRiprebensHUe nom deBieu, que toutes IMtesfois que, par ledict chef ou ses de- H^&omseronsadTertisd^entreprisesquel- I^Ks qtie puissent faire aucuns de ce ^,oa autres quels qu'ils soyent, i MK je cittCrairerdigion , contre la maison kYA)B,qttiNgaeà présent en¥tance, et retiinellefflentdepms le cheffrieoreux roy tti|)pe(ieTMois, quipremier a esté nommé ((atb(£(|ne,Mtitre xle son enterinemeot, oor dbner lieu à aiatre-fomille de eedict onaine,t«s«trepalte, quel qu'il soit ; nous ^orfemitt settblablement toute ayde et Mr ((h noris sera possible , tant de nos propspeKOBnes que de nos biens , pour h nanin^ de la cor omie en ladiete maison de Yikn-. premièrement au roy et à JfM. ses fflb»; quand il plaira à Dieu luy m éunner, ee par ordre à SBI. ses frères ftirars atm respectivement , tant qu'il ibin a Ueo proroger ladicte famille et m , et leur permettre nous régir en nostre «dicte religkm ; et à ceste fin promettons SKi lianre serment de toute obéissance au- Ittchef.

k ïb de mûntenir ce que dessus , nous iMKttoDsnoQs quôtttser chacun selon nos ^àmces et facultés, tant pour servir en

^fmoBMf leto nostre puissance, qtie

» pour fournir annes et chevaux / et de nos » biens, toutes et quantesfois que Tentreprise » sera faicte pour ladicte manutentioB. Les* T» quelles quottes nous jurons et promettons -» tenir prestes pour le jour qui sera commandé » par ledict chef, et cependant advancer, en-^ » tre les mains du receveur qui sera cy-après » nommé , de nos biens si largement que nous « pourrons pour faire fonds , qui sera em**' » ployé pour ladicte manutention par l'ordon^ » nance dudict chef, et selon ses commande* > mens , dont ledict teceveur sera-comptable. . » Jurons et prometloiiB en la présente des* » criplion rendretoate amitié et fraternité les » uns aux autres , pour nous secourir recipro^ » qtiement'contre tous ceux de pm'tycontraire, » s'ils fontaucuneentreprise contre aucun des • soubs^gnés, à cause dudict party. Et pouf » ledict secours , promettons respectivement V les uns aux autres employer tant nos pern sonnes que nos credicts et faveurs , sans rien tt y espargner. Et promettons aussi tenir tous » articles dessus jurés , sans avoir esgard à n aucune amitié , parentage ou alliance que » nous puissions avoir avec ceux qui entre* )» prendront au contraire. ' « Jurons et promettons comme dessus tenir » secrette la présente description , et ne la » révéler à quelque personne que ce soit, » quelque lien d'amitié que nous puissions » avoir, soit femme , frère ou autre. Prometn tons n'en parier en aucune compagnie , et » n'en signifier rien , directement ou indirec- » tement , de bouche on par escrit , sinon au- 1» tant que par ledict chef il nous sera permis » et commandé , pour l'exécution et exploict » d'icelle.

» Pourfairefoy dudict serment, nous avons 9 soubs-signé les présentes. »

^ Ces associations et ligues doivent estre prises de phis haut ; l'oriçine a esté trouvée incontinent après la ligue faite du doc de Saxe , landgrave , Brandbourg et autres princes de ceste religion à Smalcade, par Ferdinand , lors roy des Romains , lequel semblablement fit association avec le duc de Bronsvich , evesques et ecclésiastiques , et autres princes cadioliques, pour y résister ; en suitte de quoy,

au concile de Trente , où estoit le Cdrdioal de

SM

MÉMOUtES DE GASPARD DE SAULX.

Lorraine / anqoet lien la oonnivence de la royne, des princes du sang et de Montmorency fnt mise en advant , et pris résolution de fiûre une société sous titre de Fraternité des Catholiques dans la France , mesmes sans permis- «ion du roy; auquel efTect le cardinal de Lorraine ofirit ses nepvenx , parens et amis : ce qu'accepté etaggreé dès lors du pape , ledict cardinal , de relour en France , y persuada aes amis.

Le cardinal d*Ârmagnac fit une association semblable à celle qui fut laite à Dijon , laquelle ne fut en fiiçon que ce soit inventée par le sieur de Tavannes que pour maintenir Tauctorité du roy, et la couronne en la race de Va* lois , conune le serment sns-escrit en fait foy . Neantmoins il est certain que toute la ligue faicte en France depuis, commencée par MM. de Guise aux années 1587 et iâSS , a source et origine du concile de Trente , ayant suivy le chemin que le cardinal de Lorraine avoit tracé plus licencieusement , comme il est croyable ; d'autant qu'estant faicte contre les hérétiques , elle s'estendit à vouloir forcer le roy par armes de leur faire la guerre , dont succéda la mort des aucteurs à Blois , depuis celle du roy Henry III , et tant de maux qui en sont ensuivis. Toutes associations et ligues sont très-pernicieuses en Testât des roys, qui ne doivent , pour quoy que ce soit , les permettre.

! Au commencement de Tannée 1667, le sieur de Tavannes ( mandé de la royne ) arrive à la cour, composée d'huguenots, de (riusieursdependans d'elle , et de petit nombre de ceux de Guise. L'admirai de Chastillôn le convie à disner, et le picque de paroles sur les choses passées ; à quoy il réplique qu'ils gagneroient par surprises , et le perdroient en gros , et que la noblesse ne veut perdre Testât ny ses Ûens pour l'ambition des particuliers. Conseillé de ses amis , crainte des poisons , il se retira de ces festins. Le roy tenant une espée, Tadmiral de Chastillôn luy dict qu'il coupast la teste au sieur de Tavannes, lequel re^nd : « Voua avez mis la vostre en haâard , je gar- » deray bien la mienne. » Brocher, financier, craint la chambre érigée pour vuider les bourses des larrons; demande conseil au sieur de Tavannes ; il luy enseigne l'herbe : Tien

toy loin ; il ne le croit , failfit à e«tr«

• La royne se prépare contre ces met menées huguenottes , envoyé le tieori vannes recevoir les Suisses en Bot Le duc d'Albe, qui servoit de ooun ceste levée, passe au comté de Boi et va en Flandres; les Suisses s'achesn Paris. Les huguenots se résolvent «a i^ non tant de crainte que d'ambitioi, j^ d'estre exclus du gouvernement i h J et qu'on avoit manqué de parole au (jj Conidé , auquel on avoit promis la Ijeaô] générale. L*admiral , souverain en cea artificieUement le comble de pear^pot duire aux armes, qu'il pnbÛe estrele salut de leur vie.

Le secret, la fidélité, le zele,esoiei eux gardés, lesquels ayans fcdt la ceoees comme les sourciers qui ont esté m J qui^se jugent irrecondiiables; les dU interpréteurs des livres hebnûques U vent, et à leur exemple escrivent ksi sauces , les nombres, les âges, marqMl maisons, chemins, passages, par M cfaiffires et signais. Les surreillans defti^ sans avoir esté en France , y arrinsi leurs mémoires et /instnictions, exeoÉ dans icelle ce qui leur estoit coBmiis,|)^ moyens sus-escrits ; estahlireat les tu! et receptes sur eux, resenrant k tiers butins pour employer à leur casse. Po&i pied, jargons, signes, contre-agnet^escrit couvertes, cfaiflres ne sont espai{Bés;lesej ses, les ministres, les surveilliiKpliisfid( advertis , tout se prépare aux sorfrises, armes, trahisons et menées; ibtroiDpenlli frères, pères, amis , le roy et sa cour, no sieur de Tavannes, qui advertit (sansestret la royne des entreprises , poorvoil à son vememeut, sur le soupçon de l'achaptdi et chevaux , murmures , menées et pas des huguenots , leur remonstre qa'ils descouverts , les ressouvient des courte receues de luy , les prie de sortir de soo vemement ; ils luy obéissent et s'en vos

La royne , trompée de Tadmiral t b senablant de jardiner en sa maison , et i très auxquels elle se fie , séjourna i Uod( ne pensant les armes si promptes: sur T; du sieur de Tavannes elle gagne Meaox

K cflâBS et Suisses. A. mesme jour de Saiiict ^ foreot Gmqnante places prises en [uce. Us bttgoenots , sages d'expérience , ir |;^tiBte de n*avoir pris.' le roy on Paris

0 pregitfs troubles , se trenvent cinq cens j^g00 jimdez-vous pour se saisir de Leurs H^ Laroyne , advertie , arec ses enfens 0imxki an milieu des Suisses. Quatre niclievaiaf guidés de Tadmiral deCbastilt,|)flfOtssent, on foute de cœur, ou de ne Bie tous trenvés au rendez-vous qu'ils nitf promis , sans cognoistre qu'ils en gKKtrop ou trop peu fatct, |se retirent, ^ et couvrant leur entreprise ( qui estoit ^ftfsite le roy ) d'une requeste qu'ils luy nUac présenter en armes , et de Tinimijfècardinal de Lorraine , qui prudemment Iwit absenté pour leur'oster ce sujet : de- Sf idTerty , il fut couru par eux sur le cbe- Il de Joinville, omfirmant par ce chemin paire le mensonge de leur excuse.

-Ifl Suisses en ordre rendent la cour à Paitiei huguenots saisissent Sainct Denis et

1 fttsages d'alentour , non sans quelque a^BCioD folle qu'ils ayoient d'affamer Pag De toutes parts le^nroupes' arrivent au semdiroy etaux bugnenots, qui avoient pris Imob, Orléans, Bologne, Auxerre, Masfioi, fdif TMoze et Troyes. Ceux de Masvestoniés (pour la faute du roy et de m] oUrent obéissance et suspension d'ar- Ks so sieur de Tavannes , qui prend occasion tatouer au roy seur^ment en la compagnie fim des principaux de leur ville , pour procvrerkvrnyBe, et sçavoir du roy s'il se servirait de lu avec ses forces à Paris ou en son gottTeroemeBt. Leurs Majestés se fient en sa prodenceeiUelité, le prient devenir. Le 0ûBDas2aUe, craignant sa suffisance, le reanfe, Jujrprocore une commission pour aller tVeiz, doDtb ville estoit prise par M. d*0aiis; pareillement luy donne cbarge de demrersur la frontière , pour empescber la ene des reistres. Le sieur de Tavannes ignoist son dessein , ne laisse d'obéir , fait ^etTjotre.Procbe de Metz, sa réputation, rificte à la citadelle , qui tenoit pour le roy, yt de la ville M. d'Ozans qui favorisoit les oeaeoots; ce qu'ayant faict , s'achemine à la Miêre , pour empescber les reistres. >^ -

RÈGNE DE CHARLES IX

: Grande diversité d'opinions a esté de Tetymologie du nom huguenot : les uns l'adaptant au latin {ut nos ) , comme nous , ou avec nous autres, à ce qu'ils s'assemblarent à Tours sous k porte du roy Hugon , et plusieurs autres advis y lesquels n'ont aucunement rencontré ny touché au but. La véritable source de ce nom vient de Suisse , de Testât populaire et rébellion contre la maison d'Austriche, dont

(les premiers associés usèrent de ce mot allemand JStd-GenoMtfn :1e motd^JBti signifie fby, serment , et Genoss^ associé, et tels se sont ' nommés ; et ayant tousjours désiré les premiers ministres venus en France d'y establir ' Testât p(^ulaire , usèrent de ce terme EidgenoÊêen parmy les huguenots, qu'ils ne vouloient que tout le monde entendist ; et les pre- ' miers de ceste religion tenoient à honneur ce que leurs successeurs ont estimé à honte.

Sur le commencement de Tannée 1566 mourut Guillaume de Saulx , seigneur de Ville* * francon , qui avoit esté chamberlan du roy Henry deuxiesme quand il estoit dauphin , s'estoit signalé en plusieurs guerres, nommément à la retraicte de Tempereur Charles- Quint hors de France, après le siège de Sainct Dixier. Il demeura Ueutenant au gouvernement de Bourgongne , en l'absence du sieur de Tavannes son frère , qui estoit mareschal de camp en Italie ; soustint le faix dans le pais de Tinfortnne de la bataille Sainct Quentin; se para de Tentreprise de Paule- Ville , gênerai de quinze mil hommes ; changea par sa prudence ses desseins sur les villes de Bourgongne au siège de Bourg , où Paule- Ville alla, voyant ses intelligences rompues.* Il assista et obéit au sieur, de Tavannes son frère, plus jeune que luy; au commencement des rebellions fit de grands services à Testât ; commanda à Ghalon et y fitbastir la citadelle. A. la paix la royne luy envoyaTordre qu'il refusa, pour la multitude de gens sans mérite qui y estoient pourvus : servit un temps ( par prend'hommie) d'arbitre à toute la noblesse. En fin, mesprisant le monde, fit bastirlamaisonde Repas au milieu d'un désert, où il se retiroit pour philosopher , et mourut content avec honneur.

La sage meffiance est source de seureté : il ne faut croire tous bruits des desseins des ennemis, et ce qu'ils publient vouloir faire,

saa

mais de ce qu ils peuvent au préjudice du public, et de ce que Toccasion et le temps peuvent faire naistre ; et Tartifice de vouloir couvrir leurs desseins par subtilité inventée , les manifeste à ceux qui sont habiles, k U est dangereux de faire cognoistre aux subjects ne vouloir ou ne pouvoir foire pour eux ; Tavarice et la resolution de ne donner se doit tenir secrette : les généreux ou ambitieux , n'espérant en la vie d^ roys > espèrent à leur mort ou changement d*estat, qu^ils désirent et recherchent ; les souverains doi*vent couvrir leurs mauvaises intentions , et donner tousjours de bonnes espérances.

Désir et demande des importuns d'estre employés , lesquels ont cognoissance et pouvoir vers les ennemis , sont soupçonneux et jsnspectSy voyages qui se font souvent à deux €œurs et à deux ententes. Au déclin de la li- (pie, le gouverneur de Beaune me pressa d'envoyer tu roy un mal aOectionné de sa ville f pour traicter une neutralité : je Tem* pcsche , luy défends , luy remonstre son ignorance. La desobéissance estant jà parmi nous» il ne creut et envoya celuy qui y au lieu de traicter de suspension » traicta de reddition , le vendit et le trahit par sa faute.

Pour faire un effect, cinq cens chevaux kViokproviste peuvent traverser laFrance, où il n'y a garnisons establies , les ri vieres estant la pluspart guayables. En soixante lieues de contenu de pais , sortent les plus grandes rivières de l'Europe , qui coulent en différentes mers: le Dannbe , le Rhein , la Meuse , la Marne , Seyne y Rosne , Saosne « Loyre , qui tesmoignent que la Bourgongne est le plus haut lieu de l'Europe. Il y a plusieurs montagnes dont Teau qui en sort tire aux quatre parts du inonde en différentes mers : les rivières sont guayaUes aux sources , et n'empeschent les armées ennemies d'entrer en France; bien facilitent-elles la bataille , estant contrainctes lesdictes armées de s'approcher aucommencernent des rivières , les unes pour passer , les autres pour Vempescher ^ les ponts , les passages divertissent ou hastent le combat , selon la suOisance des généraux d'armées , dont les expérimentés trouvent invention de passer les rivières , ou de se piircr d'icelios. Un fossé^ on ruisseau empescbe la bataille ,

qui perd communément ceux qui les veulent passer en desordre, lesquels sont chargés auparavant qu'estre r'affiermis. Les villes oi s'assemblent les rivières ayant trois poinctei de terre dans leur enclos , sont d'assietes admirables , et difficile d'y forcer au combat ki armées , qnelque petites qu'elles soient; lei vivres , le secours , ne leur peuvent estra empescbés par un de ces endroits.

Deux chefs en égale puissance raremoit font bien. J'ai vu MM, les ducs de Parme et du Mayne quand nous levasmes le siège ds Rouen , que le roy se retiroit en desordreaa Pont de l'Ai^che » qui ne dir^t leur advis de le suivre , pour n'esti'e garans de l'événement; mais faîsoient opiner les capitaines , qui i les imitation donnoient des advis douteux , debatant les deux liaisons sans conclurre. L'irrésolution estoit resolution de n'y aller , et demeurer en Testât qu'on estoit, paroe que cependant que l'on conseille l'occasion passe» et les capitaines craignoient lesreprebeiiBiQBS selon les accidens , comme leurs chefs : tellement que l'armée du roy, qui pouvoit estie I defaiete parce que celle du duc dâParae M esté aussi tost arrivée an P<Hit de TArdÉt qu'à Rouen, et les eut pris à demy passés , at retira sans estre combattue.

Plui*aliié d'entreprises ruynent les grandi desseins : inBdellité , indiscrétion , peur , lecompense, hastiveté, observation de tant d'allées et venues, changement de visage, d'estat, de discours observés par les curieux en soupçon , devinent et descouvrent ; si une est malaisée à celer, plusieurs le sont d'avantage. Mitridates à niesme heure , en divers lieux , fit tuer cent mil Romains par lettres arrivées en mesme temps. les huguenots à h Sainct Michel , pour estre fidèles les uns aux autres , prindrent cinquante villes. L'une des entreprises est celée par la hayne des Romains et auctorité du chef; lautre pour craioie de mort , ne pensant nul salut après avoir faict la cène. Douze monstres bien adjusiées, envoyées en douze tn)iipcs, les peuvent foire paroistre en niesmc temps. Aux cntrepiîses, qui trop embrasse mul ostraiot ( disent les vieux). Si sans s embrouiller de tant de desseins, les huguenots eussent f^ict le seul de

la cour, plus important que tout autre , ib

,jO) RÈGNE DE

i^soil exeeolé , a'ayant l'esprit , forces et 0f eus occupés qii*à ieelay. Ils estoient en- JpesKs [MUtai bdicte ceur, qui; receut Ta- 1^ HDd'ensqniesloient les plus proches, ^^fro^rinees |4a8 esloignées , où ilseu- ^fiKgatt es mesme temps ; ce grand coup oerKét MOtle reste leur fust esté facile , et m?, ie Mrphis esloit ioutile.

[^'jflswoats des pères et frères nepeu- ^jfipoîBter par les enfai» et parens homUerneiit, si ee n'est que les meurtriers iiH2tf hors liea eu psissaDce de roffimcé » ileoDdBt eu fien où il est le plus fort, et B^dooBê en consideratiOD de Nostre Sel- M, qui a perdouné sa mort ; et faut qu'il ^iceo de tous , pour senrir à couvrir la ■K de tels apointeBens.

ies prinees et les villes liguées sous l'Emte Donstrent Timpuissance de leur chef. Im- Weat est le rey qui permet des confrahîes , bs, ou associations eu son royaume , qui jl fakt Atf V et qiri n'essaye de lés rom- ^, «t pkB mal-h^ile le prince qui ( au b (k jogo ) se deekire partisan. Les acdons iis,lneûranaudemens absolus, ouverts ^m cninta régissent et restaurent les es- Ml Us levées , le» enrooflemens se doivent Uttpirleseal commandement des roys et règles (f estât, non des associés ; où ils usurpât fasctorité, Testât ligné n'est plus monrekiqiie ; l'origine des ligues en ce royaume m des huguenots. Les ecclésiastiques s'es- [neot esHUis finement , fiiisant des confrainespirttHislesestatscbrestiens,sons couvulve desquelles se pouvoient remuer les peofilei , evooMer les hommes , et lever des (Mers. Çi été prudence aux roys les abolir etdefeiidrt'.te hérétiques sont, source des reèeffiMs , et ont esté les premiers Kgués (XÊtre les «urerains à Smalcade , et ailleurs eflilieongiie, en Flandre contre la duchesse k Panse , ayant et après Fentreprise d'Am- 4ise en France. Ils ne peuvent blasmer les KMîqoes de ce qu'ils ont faict à leur exemie , dont ils sont l'occasion et subject. Les n(^> les potentats chrestiens se liguèrent mre, pour Tentretenement des décrets du <KiIe de Trente , excepté les roys de France ((TAngleterre, contre lesquels il fut résolu

recevoir leurs subjects en la

CHARLES IX

SfiS

ligne s'ils y vouloient entrer. Le cardinal de Lorraine est accusé de s'estre chargé à Trente d'y faire entrer le roy, et à son défaut , ses frères et nepveux ; Sa Majesté s*ex-* cuse de le croii^e sur les troubles.

La minorité des roys, la confusion delà royne pour régner , le peu' de provision de secours , aident , intelligence , incertitude du eosté que penchoient Leurs Majestés , jetteront ce malheur en ce royaume , dont les principaux , d'instinct juste et naturel pour la^ conservatiott de la religion et estât royal» n'estans poussés ny aydés de Leurs Majestés, s'aydoient d'eux-mesmes. Le cardinal d'Ar^ magnac, Montluc et autres seigneurs, s'asn socient pour la conservation de la religion. Le sieur de Tavannes commence la confrairie du Sainct Esprit : ny Ttm ny Tautre ne profitent , embarrassés par les irrésolutions de la royne; toutes deux estoient faictes, sans antre but que le bien de Sa Majesté , supleant au défaut de sa minorité , de laquelle ne pou* vant recevoir ayde, ses subjects résolvent ' de s'ayder d'eux mesmes de leurs propres forces et argent , pour conserver la religion et ta couronne en la maison de Valois. Ceux de Guise y favorisent , et en donnent des cornmencemens, ayant le cardinal de Lorraine veu celle que iFerdinand avoit fait en Allemagne , et cognoissant que c'esloit le moyeu de ruyner les huguenots; et suivent sous ceste couverture ( sans que les auteurs des associations s'en apperceussent), les desseins pris par le cardinal de Lorraine au concile de Trente. Il^y eut articles exprès en la paix d'abollir ces associations des confrairies du Sainct Esprit', et toutes autres , à la requeste des huguenots , prevoyans leur ruyne par rintelligence des catholiques , seul point par lequel leur petite troupe resistoit contre la confusion du chaos de la France ; l'extinction en fut facile à Leurs Majestés, n'ayant ces premières associations esté faictes que pour les maintenir.

En. l'an 1576, François, duc d'Alençon, frère du roy Henry m , prit les armes contre luy, assisté des huguenots et Allemands» mesle le bien public , liberté et appenaage tout ensemble. Pour dissiper ces nuées composées de grandes troupes de reistres et de

MÉHOmES DE GASPARD DE SAULX.

révoltés proche Paris / Sa Majesté promet d*au{][menter d'AngooIesme et de Bourges rappcnnage de son frère , de donner le goa- 'vemement de Picardie et la ville de Peromie au prince de Gondé , de tenir les Estats-generaux. Les troupes séparées et renvoyées par la paix, les gouverneurs des villes et provinces, les sieurs de Ruffet, de la Chastre, et d'Estourmel intéressés, s^associent pour n'obeyr au roy, lequel se monstra content de ceste invention , pour avoir moyra de rTexcuser de sa promesse qu*il ne vouloit tenir ; favorise leur dessein. Eux en crainte d^estre enfin abandonnés du roy, courus par son frère et par les princes du sang , recherchés par MM. de Guise , sur le project du cardinîal de Lorraine faict au condie de Trente, à Textirpation des hérétiques, s'associent tous à Vexemple des huguenots qui s'estoient ligués avec le roy d'Angleterre.

Les catholiques s'unissent avec le royJd'Espagne et le pape qui les escoutent, lies aydent et favorisent en diverses intentions : le pape pour la religion ; le roy d'Espagne pour n'estre davantage troublé des François en Flandres; ceux de Guise par le mécontentement contre les mignons; les | gouverneurs pour se conserver. Le roy cognent sa faute par l'advis qu'il récent des signatures secrettes qui se faisoient par tout son royaume , mal conseillé d'avoir aggreé que ses subjects respondissent pour luy, pour empescher la reddition des villes promises à son frère , et plus mal advisé , au lieu d'opprimer ces factions par edict , de s'en estre rendu chef, en espérance que tout se feroit sous son nom , ou que s'en disant aucleur , le peuple craignant et soupçonnant ces charges nouvelles , les romproit ; ce qu'ils eussent fait , n'eust esté qu'ils esperoient que la ligne dépendant d'eux-mesmes , ils ne payeroient plus de tailles ny de gendarmerie que celle qu'ils agréeroient, puis que les enroUemens et levées de deniers se faisoient par eux , et qu'ils se mettroient en republiques.

Sur cest événement , le roy résout d'employer ses fidèles serviteurs : mon père m'avoit laissé de ceste condition. Sa Majesté me déclare son intention, qu'il vouloit se faire chef de la ligue. Je luy fis voir le serment de

la confrairie du Sainct Esprit iaict par mon père , pour la conservation de la couronne en ' la maison de Valois : il le fit doubler par k ' chancdier Ghivemy ; se iresont ;de suivre I0 ' stilede ce serment bien différent de odnyqâ sesignoitsecrettementàPeronne.Qm'eDvoye ' avec plusieurs autres parlesprovinoet^poory ' establir ceste ligue en son nom. Le preisier serment esloit à Dieu et à la religion cidiolique. Sa Majesté me le fit jurer ; et me serf ^ d'excuse véritable , si ayant Sadicte Mqerié * contrevenu aux premiers poincts de la rdt gion , par la paix qu'il fit après avec les huguenots en l'an mil cinq cents soixante-ifixsept , je me dispensay du second article, qi estoit d'obéyr au roy, puis que le premier estoit violé par Sa Majesté. Je me jettay tiec MM. de Guise , d'où je sortis aussitost ht paix de Nemours faicte en l'année i5S5, paret que les huguenots furent déclarés emMH du roy, du service duquel le massacre depw' faict à Blois de^MM. de Guise me dépensa ,- Sa Majesté contrevenant au serment qu'eila* avoit faict sur l'hostie de protéger les eaAi-' liques. Quand le pape advoua le roy Henry I?, &ï l'année 1595, je me remis au servkie dH Sa Majesté, estans nos premiers seramsi^ Dieu , et les seconds aux roys Jeffûmmffi* justes.

Pour l'extinction de ceste assocîatioii qn'«i nommoit .la ligue de Peronne , et pour s'eoH pesdier d'estre bridé par les estats, le roy fait conclurre la guerre contre les huguoMls* à la première assemblée tenue à Blois, ieda porté pour empescher que lesdicts esttts ne diminuassent son pouvoir et auctorité, pourl'exécution, de quoy il employé son frère M. d'Alençon , qui venoit d'estre des huguenots, et fut soudain leur contraire; prcnaait et bruslant leurs villes , il les oOence. Sa Majesté , pensant avoir tout dissipé contre laresolution prise aux estats^ fait paix ; son frère d'Alençon va en Flandres; aussitost mort que retourné. Le roy, suivant la moitié des adm que le sieur de Tavannes lui avoit dcHUiés d'abbaisser les deux maisons de Guise et de Montmorency pour en ériger de nouvelles, ■ ayant oublié la moitié de son rollet , en lieu de capitaines prend de jeunes mignons sidn ; jccts à blasme énorme. L'eloigoement trop-

ISW]

RÈGNE DE CHARLES IX

coup de cent de Guise , la defeyeur de la fVDe à b persuasion desdicts . mignons , qui ^oii plustost la couronne au marquis du ^ SA petit fils qu'au roy de Navarre qui ^loyestoit rien 9 firent reprendre les vieÛ- ^ Pfr«s de la ligue sous divers desseins. Iffécts sieurs de Guise prindrent les ar- K$eii Fan 1588 : tout est couvert de reli- 100 et de bien public. Les simples s'y por- *at,laroyne désirant ruiner les nugnons, it^ le gouvernement » et foire tomber tooaroone au marquis du Pont. Le pape orioii chasser les hérétiques , le roy d^Espaigebire guerre en France pour avoir paix flfludres, MM. de Guise, pour entrer au loerenement et en chasser les mignons; bcm tire tant de son costé qu'ils rompi- 9t b couverte » et vit on jour au travers. Il Boit opprimer ces ligues au commencement. m la hveur de . la roy ne et crédit de la HT, celles des huguenots n'eussent com- BBcé ny duré ; et pour celle des catholtles, dès Tabordée il falloit défendre la li- )R de Peromie ouvertement, firanchement lechrer de ne vouloir donner' les villes à 1 (ilençon , ny aux huguenots , non que le fo; Henry lU n^eust des incommodités qui reicrat, ne se pouvant fier à sa propre sière accablée des révoltes contagieuses , tracées des huguenots. Pour se sauver d'un KQ de (eu /il rompt la digue qui faut à noyer soQ estât U est facile au roy de maintenaoi prendre de meilleurs conseils sur ces (attes-, ceoi qui marchent les premiers aux leoebres bronchent plus lourdement. Je suis esié totté d'escrire ce que dessus*, pour faire mieux patràne Torig^e et accroissement de la ligœ des cibolicpies. Z

C'est grand heur d'avancer sesfparens, et s^iesse I ceux qui ne peuvent estre les premiers de les ayder à estre , sans: considérer Tige et jeunesse d'iceux ; d'autant que si la i!pDtatioa ne peut estre personnelle ,. du ooins demeore-t-elle à la généralité de la fade, par Tayde qui se faict à ceux qui, par te de Dieu, de nature, ou de fortune , tfïïnm moyen d^acquerh* de Thonneur. C'est iH grâce du ciel non concédée à tous ; quel- |oes uos aymeroient mieux n'estre , que des- K par leurs frères ; vice dépendant de Ten-

vie , auquel il faut appliquer le souvenir du bon naturel , le devoir que nous avons à nos maisons et postérité, qui nous sont autant que la patrie.

: Puisque Testât est honoré par Fhomme, non rhomme par Testât , semble que la multitude des indignes ponrveus aux grades , ne doit empescher ceux à qui on les donne de les accepter. !Les grands , les ^peuples sont juges du mérite , et mettent différence entre ceux qui les possèdent : de cinquante chevaliers de TOrdre, six sont estimés; de^ douze mareschaux de]France , deux : le reste n'est guieres plus honoré avec leurs charges que s'ils n*en avoient point ; et d'aucuns ne les sçachant exercer les possèdent à leur honte. Les raisons alléguées par ceux^qui les refusent ne J sont de peu de poids. Il y a plus d'honneur de {demander pourquoy on n'a point faict de statues à Gaton , que pourquoy on en'a érigé à d'autres ; c*est plus de gloire d'estre jugé digne d'une charge , que de Tavoir. Il est agréable d'entendre le peuple pu* blier que Ton mérite! mieux les estais que ceux qui les ont; 'que 'ce n'est faute de valeur y prudence et expérience , ains plustost pour en avoir trop; accusant Tingratitude, la crainte , l'envie des supérieurs , auxquels Ton donne pour maximes de n'eslever aux grades les braves , à ce qu'ils ne leur facent la part.

1 Les grades honorent sous les vaillans princes, et deshonorent sous les vicieux : les capitaines de Sardanapale et d'Eliogabale estoient des maquereaux et gens sans honneur. Les cinq ans premiers du règne de Néron, les braves, les sages estoient promeus aux estats ; les meschans ministres de voluptés les obtindrent au reste de sa vie ; et maintenant sont venus jusques là, que les charges sont à la honte de ceux qui les pourchassent, veu l'incapacité et obscurité de patrie de ceux qui les possèdent.

. Toute la France tire à Paris , que les huguenots effrontés [publioyent avoir assiégé; ils s'entretiennent devant sur les conseils^ sur le nombre des soldats catholiques à eux reveléspar leurs factieux de dedans la cour, les femmes et amis secrets de leur secte. Leur hardiesse accrue et maintenue pour

5fi«

MÉMOmES DE GASPARD DE SAULX.

cstre advcrtis quand et comment on les vouloit combattre I proposent dcuic espérances de paix : la générale qu'ils publient par leur party^ pour gagner temps sans estre combattus , et attendre leursreistres ; la secrette entre le conncstable et ses nepyeux , dont Teffect ne tint qu'au doute des variations de laroyne, qui n'avoit encore du tout perdu la volonté d'entretenir deux partys , craignant que ceux de rh?itf^W abandonnassent les huguenots et se fiss^ catholiques, laissant le reste en proye.

:^ Ceste négociation rompue , le connestable despité, cognoissant le soupçon auquel il estoit, avoit fait ofire , qui ne fut acceptée, de se retirer chez luy ; se resout*à la bataille à Timproviste , pour sortir de peine de ces ombrages , ou mourir. Il fait résoudre la royne , qui se fiant en la multitude , conclut le combat si soudainement , que les advertissemens accoustu* mes ne previndrent leur dessein/ Les hugue* nots, se Sans sur lestraistres » et qu'ils seroient advertis de la cour, avoient envoyé le sieur d' Andelot, avec partie des forces» saisir Poissy. Le connestable avec deux mil cinq cens che* vaux^douie mil hommes de pied» Suisses et François , le dixiesme jour de novembre iô67| canonne Aubervilliers et Sainct-Oing , pointe du logis des huguenots » dont le corps cstoit à Sainct Denis ; eux luy opposent en bataille douze cens chevaux et dix-huict cens arquebusiers y en l'absence du sieur d'Andelot. Ils avoient peu de lances par défaut non par dessein , d'autant qu'ils n'avoicnt encores expérimenté le peu d'utilité desdictes lances , et estoient assez mal armés ; les catholiques s'asseurent sur le nombre , les autres sur la retraicte de Sainct Denis. La rareté de pistolets rend les charges moins dangereuses. Les huguenots attendent le déclin du jour , pour se servir de la nuict au besoin àleur retraicte^ Le grand nombre des catholiques de difficile ordonnance , l'embarras de la sortie de Paris, favorisent leur dessein.

- . Les catholiques se mettent en bataille en hayes » aux espaces vuides qu'ils avoient laissé entre leur gens de pied ; les huguenots de mesme , ne sçachans encores bien ce que valoient les escadrons massifs , couvrent leurs

trois logis. L'amiral commençant ù subtiliser

avoit foict un retranchement à AubervilliflrS) qui defendoit hi teste de sa cavalerie , flaique de petites troupesl^d'arquebusiers, leon picquiers et alebardiers restés à Sainct Denis : ce qu'ils n'avoient voulu hasarder , ni s*eflh pescher du corps de picques , monstre biit qu'ils pensoient à kl retraicte. L'admval enhardy » cognoissant qu'en la grande estendM de l'ordre des ennemis il n'y avoit qu*im haye d'hommes armés à passer , deAnid II teste des retranchemens de Saincl Olqf H ▲ubervQliers', par escarmoache , empesdM le dessein du connestable , qui estoit de In réduire dans Sainct Denis.

La cavalerie catholique indiscrettement approche Sainct Oing ; l'admirai leur faict tinr de près tous ses arquebusiers; les voyut blessés , plier et en desordre (coustume dei cavaliers qui se tournent à la portée de 1^ quebuserie), il charge et perce ceste ha]« de cavalerie qui plioit au droict de luy , st perce deux cens'chevaux ; s'advanoe tnnsHl pas par derrière les bataillons des catholiques, Jusques à la Chapelle , où les fuyards odnM en desordre leurs gens de pied. Le prittoe 4l Gondé , selon la resolution prise , suit mesme route. Se conservant sans eetre pu d'aucunes charges , laisse rescadren de Clairement d' Amboise , pour empescher d'As* tre chargé en flanc ou par derrière , et pour défendre Aubervilliers, qui est sa proye, que l'admirai laisse pour amuser le gros de l'armée des catholiques , qui se jettent sor k troupe dudict Clairement ; et laissèrent enlrepasser toutes leurs troupes à l'admirai et prince de C^ndé de trois mil pas, lesquek, aocreus de vaillance (pour l'espoir de leor re« traicte qu ils voyoient à Sainct Denis), doneat l'espouvante à six mil badots de Paris , qui se rompent sans combat; s'en retournent et chargent le deiTiere de l'escadron du eonnei^ table , qui n'a loisir que de se retourner.

M. de Montmorency , qui esHût devant IM père , fut chargé par le prince de Condé , le* quel après prit un coin en flanc de Tescadroa du connestable , lequel fut tué par Stouard , Escossois huguenot, pour estre abandonné des siens , et sa cavalerie en confusion. La multitude nuict aux desordonnés ; les hugue* nots ne s'arrestent y ayant le cœur à leur re«

RÈGNE DE CHARLES IX

lieiede Siiiiet Denis ; le mareschal d'ànTHte 5 sûttlTi* passer devanllluy/ l'ayant appris 5 H. de Guise à Dreux. lê& lofps [d'Auberyj^el Sainct Ohig quittés à la faveur de ^ g^ tous les hoguenots se retirent A Sainet 1^; kfr GaooQ ayant esté retiré de bonne ^^ les Gstboliqoes ne gardèrent le champ ^ jgsques i miniuci. Le sieor d'Andelot reoileBatiB, la bataiOeest représentée par slag«efiotB^6Cr«fîisée des catholiques. La irtdacoaaeslaMo faict disputer la vletoire ^bUailIe aux partisms de radmiral, dont il) vérité ils eurent du pire.

Ikoeanestable, imillant et malheureux, jj^ i h couronne et trop affectionné à Bjffens, fut pris i Saiact Quentin, à Dreux, loê à Sainet Denis; monstre avoir eu plus ^jognoefit dans les conseils qu'à la veue a efloemis ,* favorisé et défiivorisé|, et en ifron. n passa sa vie mmtié bien, moitié ■I. laia deax fuis de son sang les accusais d^tyder tes Savoyards et huguenots.

jbitiMT SUIS regarder derrière , est dh 0vcec qoi ne partent qu'à regret ; il se tojeoer da tout , ou il ne se^fiiict rien pour ■fqpoBT tepabfi^.

'Coakien, sans danger et sans fortune, ta traie en avdir couru beaucoup ! Ils se (tnietiitee troopes obAssantes au long des fsc^droQS ennemis, et ne chargent que ce r)u '9 leur pbist, derrière, sur le flanc drolcc, ût, ne prenant qu'un coing des escadrons, ne liisMot (Tavolr honneur d'avoir e^ au (mk, sans beaucoup de péril. Cogn<HSsent l'e^ixuleneflt et desordre d'autruy , et sont jiis vêem de la victoire , qui devroit estrè mhkt mvent à la fortune et desordre , onàceoqâont chargé par le milieu. Ptuàem passai et repassent au travers des (fnàm sans frapper ; les capitaines les doiTeot reqoerir^ au moins qu'ils tirent [ou doDoent qb coup qui porte^en passant.

f^Ptedemeslangede quantité de gens, plus de (XHrfiision; l'honneur et la honte^sont ge-- Mrab, et le|danger particiilier. Les soldats Msiés n^obéissent à leurs capitaines ; Tespou^ *ttte s'accroist par la multitude mal ordon- D^> Les bresches se doivent tenter à petites (roapes^et selon l'apparence et Fesbranle- Wttt des ennemis , les renforcer , et y faire

donner teste baissée regifuent apr%s régiment, à ce qn'il y ait des chefs à qui se prendre , et qui ayent à respondre de la lascheté ou faute de courage de leurs soldats ; aux grau* des résistances faut faire un logis au pied , ou au milieu de la bresche.

. [1S68]. La royne , désirant la mort des grands, est contente de celle du connestable* Resont d'ester le commandement gênerai des deux maisons de Guise et Montmorency, et le porter à son second fib M. d'Anjou , qui foc depuis Henry troisiesme, et l'asaster de bons capitaines. Elle envoyé vers le «eur de Ta* vannes, le choisit pour ses faits, escrits, conseils et fidélité : il dit qu'à bon cheval il ne faut point d'esperons , et toutesfois (considérant son âge) que.c'estoit moutarde après disner, qu'il ne pouvoit gnieres joufar de ces faveurs. Les deux maisons 'de Guise et de Montmorency esgales en malheur par la morc des deux chefs, inimitié de. la royne. Tune d'enfans conduits par un sage cardinal , l'autre d'hommes soupçonnés et mots , les huguenots aflbiblis vont au devant de leurs reistres. La royne craintive n*ose lever le commandement entier à ceux de Guise; leur donne quelques forces pour suivre les ennenris par leurs gouvernemens, et donne la conduite du corps de ^Farmée à M. d'Anjou son fils. Les huguenots (pom* favoriser les passages de leurs reistres) se saisissent de Bret , Pont sur Tonne , et Nogent surSeyne. Le jeune duc de Guise (ayant secouru Sens ) se treuve engagé à la teste de ses ennemis , faict retraicte de dix lieues ; excusé pour sa jeimesse , et là faute remise sur Esclavolles et Pavans ses conseiDers. > t

Plusieurs lèvent des soldats aux provinces; Poncenat et Mouvans avec sept mil hommes entrent en Bonrgongne , attaquent Sainet langon le royal. Le sieor de Tavannes y envoie son cousin de Venteux avec sept cens chevaux. Après une légère escarmouche , chacun en crainte ^de son ennemy, font retraicte la nuict de dix lieues , et estoient le matin i, vingt l'un de l'autre.* Le nom du sieur de Tavannes,* que Poncenatjpensoit y estre, lui avoit attaché des aisles aux pieds. Cependant M. d'Anjou fault à combattre les huguenots à Nostre Dame de l'Espine'et Saincte Menehoulj»

HÉHOmES DE GASPARD DE SAULX.

jpar manquement des capitaines; eux passent à Espernay ; vont au devant de leui^ reistres. >- Le sieur de Tavannes va treuver HM. de .Guise et d'Aumalle avec quatre cens chevaux, par][commandement de la royne',^à[ ce qu'elle eust un silrveillant près d'eux , soupçonnant .leurs actions , et que leurs troupes ne fussent du tout composées à leur dévotion. Le cardinal de Lorraine prie le sieur de Tavannes de mener son neveu, H. de Guise, à la guerre; il considère que la honte seroit sioane , TIkniineur à autruy ; qu'il n'estoit utile d'augmenter la réputation de ce jeune prince avant celle de H. d'Anjou ; qu'il n'espère larecompense d'eux , et craint de desplaire à la royne. JRespond au cardinal qu'il avoit donné tant de preuve de sa valeur , qu'il n'estoit besoin qu'il en fist d'avantage ; c'estoit à gens nouveaux d'aller à telles entreprises , et s'en excusa. M. d'Anjou (avec l'armée proche Verdun) .demande au sieur de Tavannes ce qu'il feroit ; il lui conseille d'amener trois mil chevaux avec ce qu'avoient MM. de Guise , et qu'9 deferoit les reistres harassés de longues traietes et non encorejoincts aux huguenots. •* Z. Gest advis fut adverty par ceux de Guise , qui ne vouloient perdre le commandement, et autres qui estoient proches de M. d'Anjou, lesquels pretendoient foire croire avoir autant de suIBsance qae de faveur. Les huguenots joints aux reistres , les forces de M. d'Anjou et de MM. de Guise s'assemblent et se retirent à Troyes. L'expérience , les charges , les fautes faictes à Nostre Dame de 'J'Espine en Lorrayne, le commandement de la royne, donnent toute l'auctorité au sieur de Tavannes. La reveue se fait à Troyes ; il met en bataille l'armée , change le premier l'ordre des armes , 'compose les escadrons de deux cens pistoliers en plusieurs rangs à la façon des reistres. Quoyqu'il juge la lance inutile , sa vo{pie luy permet une file au premier rang et au flanc droict des escadrons. 11 donne Tadvis cyjnseré pour l'ordre de la gendarmerie. • - ^ La gendarmerie estant en Testât qu'elle est , il est mal aisé d'en tirer tel service que Ton en peut attendre , principalement à cause du changement et accroissement de Tordre des gens de cheval ennemis , et voicy la rai-

son: proniereoMBt ksdicts eniMIIs iteBK au ccÀnbat en gens unis et serrés, de sorts que le phn grand fort et retraicte qu*ay«t les leurs, qnuid Ils sont qadquefiris sepiréi et rompus, est sous les .enseignes de oa grosses masses et escadrons, insnpportabte à infinies petites bandes de trente ou q» rante hommes d'armes , séparés parptaiiei regimois, qui sont donnés à phneur^, siMi à.k faveur, à tout le moins pour loomaMr les smgnenrs destinés, qui sept près du ny ou de ses lieutenans; tellement que Ton vo^ roit ordinairement huict ou dÛL enseignes ds gens-d'armes à un td de ces regimens eà ne se trouve plus de trois cens dievaux. Et le pis est que, du passé, ils combattoient enhaye. Iceux regimens marchant en bataiUe , sqnréi • - Tun de l'autre par le moyra des gens de pied, < artilleries ou autres lieux , incommodes k se \ joindre J^s uns avec les autres, pour s'engrossir quand l'occasion se présente. Bt en- = cores qu'ils fussent en pleine campagne, si se joindront-ils fort envis , si de fortune le lientenant de roy ne se trouve là pour leur 00» mander, ayant un chacun d'eux envie de Cure paroistre leur valeur , sans considérer grosse troupe , et (par manière de dire) tagne d'ennemis qui leur vient tomber sur les bras, ny la crainte que peuvent avoir lessoldats, qui, pour se voir foibles et demesorés, sortent hors , espians non seulement de vaincre, mais de vivre s'ils affirontent telle troupe, où ils se tiennent quatre contre un unis, ser-^ rés et en gros , comme dit est.

D'avantage lesdits soldats, pour esirede tant de pièces, sous tant d'enseignes et de petites bandes, avec les opinions souvent diverses de leurs capitaines, se deflBent les uns des autres; de façon que, se voyant menés au combat , desunis , entrent souvent en soqpçon de leurs compagnies : et de là vient le desordre , non par foute de courage, mais de foy, et asseurance telle que peuvent avoir ceux qui s'ayment et se cognoissent. Par ainsi semble que pour mesler ceste foy et amitié avec Tbonneur et devoir qu'ils doivent au prince, l'oa doit faire les bandes plus grandes qu'elles ne sont. \

A sçavoir les moindres bandes de quatre vingts hommes d armes, sons crcHstre les

RÈGNE DE CAARLES IX

Ksdes esfilùoes\ et les autres bandes de n ; et qQ*ii doit estre regardé combien de iiJbhoiDiDes peuvent porter les provinces, or eo ic4'Ues séparément y faire les capiloes ei compagnies ; sçavoir est ceux de „fQ20iiieU)os les Normands, ceux de PiifjeANis les Picards, et consécutivement 1$ autres provinces, tous séparément, dont gjiirnitelle commodité que, s'ils viennent r«abt, il se trouveront tous presque pas.aoiset voisins, qui (encores que le serleàiro) n'yallast) tous se pourront inciter iDffir roD sur Fautre , outre Tenvie qui n (t Tuoe des provinces à Tautre , à qui nleoieiix.

iiDBS ces bandes ainsi grosses , et se reusas en une armée où il peut avoir deux ikoaunes d*armes ou plus, semble que rreodre les troupes plus grosses et unies, (Oer mi de diversités de regimens , et ique Ton veut favoriser, avec cela doit l«nis en quatre regimens, et donné à «e chefs sans faveur, auxquels le lieutedde roy, selon la contenance et ordre des leab, commandera fort aisément', soit de rejoindre deux desdits chefis et faire mil mes d'armes d*un ost , ou plus ou moins , tosks contenances qu'il verra; bref que dict lieutenant de roy n'aura à commander l'an susdits quatre conduisans le régiment, Kindspaisiblement auront peu de capitaines s eox, et plos facfles à commander avec i soldats, parens, amis, se cognoissans Tun iotre,etimi5C(»nmedit est; il n'en sçauroit lusyrqneboneffect.'Et ne faut craindre de ùrelesbanies grosses , comme des autres aodes de sddals , pour y estre Sa Majesté si eoreose, que c'est le moins desrobé prince a iDOflde eosa gendarmerie, par les capitais, qui {(Nqoars remplissent leur roolle , de 'teqoes'ilyaquelque abuspour les deniers, b Tient desoOiciers de Sa Majesté ; laquelle KhnDerie doit estre tenue plus subjecte en ips de gaerre qu'elle n'a accoustumé , et fier Faire Testât des chevaux légers et arilxfiiers à cheval sans s'en mesler.

^*il pleust pareillement à Sa Majesté , pour «tenir les bandes bonnes et belles , et y %r les gentils-hommes de bonne part et ODi dequoy , ne les recevoir du premier

coup à sa cour qu'ils n'ayent passé par lesdits estais , et eslire les capitaines des provinces d'où seront les bandes , et principalement , quand lesdites bandes viennent à vaquer , en pourvoir les lieutenans , s'ils sont gens de bien. Ce que dessus pourra servir pour l'exécution et service de Sa Majesté en temps de guerre ; et pour le temps de pau on garnisons , les compagnies estant ainsi toutes d'un pays et d'une province , il ne leur faudra plus de garnisons podr le soulagement du peuple , ains pourront foire deux monstres seulement l'an en armes , où pourront assister les mareschaux de France , ou lieutenans de ladite province à faire lesdites monstres. Tout en un jour , et pour le plus loinj en deux jours , se^ ront retirés en leurs maisons à la grande descharge dudit peuple. Il fondra peu de commissaires , de trésoriers et controolleurs , et outre cela le mal vivant sera promptement cogneu , treuvé et focile à chastier . D'avantage advenant utie a£Eûre sur les [frontières , il ne sera besoin traverser toute la France » ains seront lesdites provinces promptement en armes pour les défendre du dehors , et quant et quant prests pour l'exécution de la justice , faire obéir le roy , et exécuter ses conmuindémens aux choses du dedans ; ce qui ne se pourroit faire promptement, estans les gensd'armes de chaque compagnie de plusieurs pais , d'autant qu'il y va du temps à les assembler , et le susdit royaume tousjours traversé « comme dit est , à la grande foule du peuple.

Les finances du roy serontespargnées, tant stur le nombre des capitaines , commissaires , controolleurs , trésoriers , que pour des deniers ; le tout aussi au grand soulagement du roy et du peuple.

L'on pourra alléguer quelque monopole, à cause que les bandes sont toutes d'un pays. Est à considérer qu'en temps de paix ils n'ont que faire dedans les places , et ne leur fout aucune garnison. D'avantage! ils [seront plusieurs capitaines , chose diiiicile à s'accorder, et en temps de guerre sera besoin que les gens-d'armes des provinces voisines soient de la partie.

* Les hayes de cavalerie sont inutiles ; les escadrons composés de ' quatre cens cavaliers

sont les meilleiirs ; ceux de quinze cens et de deux mil , qui est l'ordonnance des reistres , les emporteroient s'ils n'avoient à foire qu'à ces quau*e cens ; et y en ayant douze cens en trois troupes chargeant Tune après Tautre , je Ucndray Fadvantage de leur costé. Tant de gens en gros n'apportent que confusion , et n'y a que la quatriesme partie qui combatte. Geste grande quantité de soldats en un escadron sert aux reistres', parce que les trois quarts de leurs gens ne sont que valets. Les premiers qui chargent ces grands gros , les desordonnent, principalement donnant par flanc; et encore qu'iceux puissent résister aux premiers , les deuxiesme ou troisiesme escadron les emportent et défont , chargeant de bout à autre , et passant au travers : depuis que les deux premiers rangs sont passés, il y a peu de péril au reste. Qui a le plus grand nombre d'escadrons de trois et quatre cens doit obtenir la victoire.

Depuis le précèdent advis du sieur mareschai de Tavannes , les armes souffi*ant un continuel changement » l'expérience nous a feit escrire cest advis snsdict pour la composition des escadrons.

Les huguenots, après avoir vuidé leurs bourses en celles des reistres , passent an pont des Trocheres à la valéed'Anglan, droit à Orléans. Pour le grand nombre de leurs ennemis et difficulté, ne cherchent le combat de Tarmée catholique , renforcée de François et Espagnols , parée de la rivière de Seyne proche de Troyes, laquelle de sa part ne veut aussi hasarder le combat, espérant la deiaicte de ses ennemis par les incommodités, et qu'il ne falloit jouer tout contre rien. M. de Nevers, avec le secours du pape , aydé du sieur de Venteux, cousin du sieur de Tavannes, sous lieutenant en Bourgongne, par la mort du sieur de Yillefrancon , frère du sieur de Tavannes , qui luy avoit fait donner cette charge, reprend Mascon. Les huguenots , chargés d'hommes et d'incommodités , attaquent Chartres, espérant l'adjoindre à Orléans , et faire une petite conqueste au milieu de la France. L'armée catholique s'approche; la Valeiie logé trop près, Tadmiral se jette au milieu de ses quartiers , assisté de trois mirchevaux ; luy défait trois compa-

MÉMOmES DE GASPARD DE SAULX. [mq ^

gnies ; il couvre sa foute d*ane beurenae r^ f.

traite.

La royne , craignant l'événement de tune , propose la paix pour laisser ci ses enfons, dissiper les forces huguei et les attraper , espérant de rompre sa comme eux avoient fait la leur à Meanx. paix fut conclue , les huguenots estans perés de la prise de Chartres , pour le gement de batterie , joint au murmure reistres et debandement de leurs advenu sur l'edict qui avoit esté publié de! protection des huguenots non foctieux m portans les armes , lequel fut publié de le roy par le conseil du sieur de Ta^ mettant différence entre les rebelles et tiques : les chefs desquels , en doute du advenir, sont forcés des soldats à la sans lesquels ils ne pouvoient demeurer sur la défensive, craignant de se monstrant que ceste différence des huguenots avec ceux qui vouloient di en paix , qui est le moyen de les estoit trouvée par le sieur de Tavannes , quante-quatre ans devant que celle qm |j roy Louys XIII a trouvée en ceste année IWi qui par ceste division a jà pris qnantilé 4l leurs villes^ sans qu'ils soient secourus :nKi* tant différence entre rébellion et religion, ptf la protection en laquelle il prend les fifA' fiques huguenots.

Le Turc, victorieux des Arabes, est chasrf de leur païs à Tayde des Portugais, qui estoient à Ormus, près du sin Persique. Le ro; de Suéde, vainqueur des Moscovites, demnt fol : les estats mirent 'en sa place son frèn qu'il tenoit prisonnier. Le duc d'Albe ei Flandres en auctorité royalle , remplit Ifli villes de garnisons , attire les comtes d'Ayguemont , d'Ornes et de Bures , qui pensoyenl (pour s'estre retirés) estre exempts de leon signatures rebelles : le dernier est envoyé es Espagne, et fait couper la teste aux desi antres. La Flandre estonnée obéit poor «I temps. Sampietre de Corse , ennemi dei guerres civiles de France , allumant l'esmuiH gère en Corse , est tué. Le roy Philippe tA mourir son fils en prison , pour le bien ( dîsoit' il ) de son estât ; les Espagnols Taccusent d'hê* resie , d'intelligence en France et d'entrepriM

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