‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 40 sur 224 · GRAND MAISTRE DE L*ARTILLERIE · texte numérisé non relu

GRAND MAISTRE DE L*ARTILLERIE

OOinrEiaiEV& KT LIEUTSlIàRT FOUR Lt AOY BV POICTOO | XT CHEf lOUVEaAIH DES FIXAlTCXf BS VAAICI,

MONSEIGNEUB,

Depuis que les puissances souveraines furent esta* Mies sur toutes les nations de la terre , il m*a semblé que leur accroissement et leur conservation ayent descendu en telle sorle de la vertu et générosité des grands qui en sont nais subjecls, qu'en considérant puis en moymesme les actions de tant et tant de rois qui les ont dominées , je suis souvent demeuré estonné comme leur prévoyance plus qu*hnmaine ne s'est plus avant appliquée qu'elle n*a faictà les foire instruire et estever aux exercices de la gloire ;4»r il faut, ou de nécessité desmentir toutes les maximes fondées sur les eveneinens passés , ou croire que de rien ne sert k un grand prince rimnicnse qualilé de ses trésors ny de ses armes , si de niesme suite il ne sçalt former, acquérir et conserver des personnages propres et pour les disposer et pour les mettre à exécution , Dieu estant cetoy seul qui peut agir toutes choses par soymesauei et qu'au contraire les rois (ores que bien institués et créés h son image), n'eslans qu'hommes , n'ont néantmoins le pouvoir d'accomplir la plupart de leun intentions et de leurs desseins que par l'industrie , par l'obéissance , et par la valeur de leurs vicctols, eu de leurs liientenans; ce qne Je n'entreprens toalesfois, Monseigneur, de dire ou de- représenter Icy, pour cslever ma plume par dessus la foiblesse de mon jugement, mais bien pour / simplement vous mettre en avant les considérations qui m'ont porté à faire mettre en lumière la seconde édition et anipliatiOR de mes Melhoires sur les guerres de delà les monts, et les vous dédier aussi; n'estimant pas, quant à moy, de me pouvoir plus dignement acquitter de mon affôction envers la France, ni de mon devoir envers la mémoire de feu monseigneur le mareschnl defirissac, mon -premier maistre, qu'en faisant lire h

la postérité l'histoire des gestes héroïques qii*iu glorieusement denieslés, et de leur doDncr im^î protecteur celuy mesme qui est aujoard'btti U exemple de toute vertu et valeur : mesmo comme je fais , que les jeunes seigneurs qui reront ces Mémoires , et qui sVnqnerroat de k raculeuses vertus et actions , seront tisoBi mesme désir que vous avez eu de servir et le prit patrie , et plus ardens à les imiter aussi qae bin( vent lis ne sont pas; et que, comme par toide lii chacune contrée se monstre toujours plos (m k la nourriture des propres plantes qui sont néai son sein qu'envers celles qui luy sont cstrangem,] faut point douter que l'émulation de vos adi vertus ne soit pour produire des effects plus en la personne de vos descendans que de Ioqh Je n'anray plus maintenant qu'à prier Dlea, gneur, avec toute la France, qy'il veuille vos générations fatallement destinées à nostit jusques à. siècles infinis ; et que , ne se trooTuitj de vos successeurs qui ne se contentant , non pin i vous n'avez jamais faict , de la grandeur éemi très , ils aillent totisjours calevans de oshod phées k l'honneur de vostre glorieux noai,0r aussi k l'advenir autant loing ( soubs noirijiikil» mites de cest empire , que vous l'iivez , lodhikia» pices de feu nostre auguste Henry IV, iccv nénient retirer du plus profond abisme de m et de ses calamités.

Monseigneur, je supplie la divine Bonté rostoMi dcr longues, saines et tranquilles annéei.

Yostr« trés-hnmble et tfecM serviteur.

DU MLLAÎS.

AU LECTEUR

portoU un extrême regret , amj lecteur , prernSeit de ce qae ces mémoires ont esté imprimés k lesceo et auparsTant que je les eusse reveus , coret lognientés , comme fnj maintenant faict ; et 4eoient , de ce qo^aucun de noa historiens fran- 'a esté curieux de rédiger fidèlement dans ses voce qui s'est passé digne de mémoire es dernières es qui ont esté deraestées au pa£» de Piedniont t k regoe du roy Henry second , sous le commanit de fen mcssire Charles de Cossé , comte de ic, et lors gouverneur pour Sa Majesté delà les { : à qooy s*adjoostoit une considération ( nour- « de ce mien regret ), c'est que quelques uns qui nilu toucher à ceste corde , en ont discouru si onent, et sur des rapports tellement passionnés, p[ le moyen du faux qu^ils ont rapporté pour y , ils ont ravj Tbonneur et la gloire à ceux qui iloient acquise ésdictes guerres par le mente de lenices. Geste considération m'avoit souvent conîmetlre k main à la plume, tant pour me soude Tennoy que j'en recevois , que pour satisfaire nriosité des esprits françois , et leur trasser en le li^B ce que beaucoup de grands capitaines ticulé en plusieurs années pour le service de leur e ; mais les importantes occupations qui m'ont ^ de la libre disposition de mon loisir pour Temraut alfoires publiques, ont par mesnie moyen ]é les effects de c^ niîcn dessein j lequel j*em* ois d'autant plus volontiers que je le recognoissois «ire pour Tancienne perfection des annales de re. )fe trouvant donc depuis peu de joor^ moins ^que de coustmue, j'ay voulu donner les heures Norriasche à la revetie de quelques Mémoires que ldR« lemps j'avois dressés sur ce sujet ; lesquels M^oii diligemment re)eus, j'ay~ trouvés en telle w^riioo.qifils'cn pouvoit facilement former qucllolaine, qui pourroit et suppléer au défaut des niques fraoçoises, et satisfaire aux curieux de riiia- , e( par inesnie moyen rendre Fhonneur i ceux a la tidelité de leurs services ont obligé la France r mcfuoire. Pour parvenir h ce dessein , j'ay aplé mon intention , le pins qu'il m'a esté possible, façon pratiquée par les sieurs d'Ârgenton et du r en leurs escrits , comme celle que j'ay trouvée ( a^grcable à mon humeur que fort propre A la Te de cetrailté. Ce que tu pourras aisément reco- (re au tiltre mesme de ce livre , que l'ambition îsire estimé ambitieux par l'usurpation du tillre aies ou d'histoires , m'a faict qualifier du nom de oircs, nom qui nie rendra d'autant plus excusable j trouves quelque chose qui dégénère à la gran-

deor et an mérite de la matière ; laquelle d'ailleurs je n'ay enrichie d'aucun exemple de l'antiquité , non plus qu'orné mon discours de langage curieusement rechcr* ché dans les thresors de la rhétorique , n'ayant eu autre visée que d'exposer fidèlement , et sans apparat superflu de paroles , la vérité de ce qui s'est passé , et de quoy j'ay moy-mesme esté occulaire témoin. Je confesse neantmoins qu'un esprit beaucoup plus eslevé que le mien eust trouvé sur ce subject dequoy satisfaire à la grandeur de ses conceptions , et où dignement exercer la dextérité de sa plume : mais ceste considération, ores qu'accompagnée de beaucoup d'apparence, n'a peu destoumer le cours de mon entreprise , veu qu'il reste pour le jour d'huy fort peu de personnes en France qui puissent porter plus asseuré témoignage que moy de l'entier événement de ceste guerre , pour avoir eu l'honneur d'estre employé es principales factions et aHaires qui 8*y sont demeslées , que j'ay tasché de te représenter avec autant de vérité que de bon cœur je te supplie vouloir prendre en gré ce mien petit labeur, qui , par le moyen du bon traittement qu'il recevra de toy, pourra faire prendre l'essor à quelques autres restes de mes lucubrations,-te voulant cependant advertir, amy lecteur, que depuis la correction et aniplialion que j'ay recentement faicte de ces Mémoires , j'ay aprins que certaines âmes un peu trop délicates ont deo dire que je fais jouer au mareschal de Brissac plustost le personnage d'un obstiné solliciteur de finances, que celuy d'un grand capitaine tel qu'il estoit , et qu'A ces fins je devois passer cela sous silence, sans m'y arrester comme j'ay faict , et un peu trop à leur advis. Et encores que ce soit chose fort difficile A contenter tous ceux qui jetteront l'œil sur ces Mémoires , A cause de la diversité du jugement, du goût et des humeurs particulières d'un chacun , si m'en veux*je toutesfois efforcer de le faire , leur respondant que la propre expérience m'a de longue main fait recognoisfre que les deniers sont les premiers nerfs et les plus iuiportans pivots de la gueiTC , et sans la provision desquels l'armée ne sçauroit subsister , pour brave , sage et expérimenté qu'en soit je gênerai ou prince , s'il ne veut devenir tyran ou brigand A toutes passades : que le mareschal au par sus cela , ayant rccogncu que ceux qui manient les affaires du prince , et prés leur personne, serrent plus volontiers qu'ils n'ouvrent sa bourse, sous divers colorés prétextes et nécessités , il s'opiniastra ( par voyes douces et honorables toutesfois ) A vouloir avoir dequoy en main pour utilement et généreusement manier les aimes , sans fouler les peuples de nouvelle conqueste j lesquels il faut tousjours plustost enrichir qu'aupavrir, A fin de leur faire moins regretter leur

49ft

AU LECTÉUn.

ancienne condition. TA à la verilé il scrîi aisé h remarquer par le discours de ces Mémoires , que reiilre-suiUc du defDnul des finances desrol>a les plus notables entreprises que le niareschal avoit en main. J*ny aussi apris qu*il y a je ne sçay quels autres censeurs , Trays rapelassevrs des labeurs d'aulruy, qui ont deu dire qu*en la suitte de mes Mémoires je Taisois d*unc mouche un éléphant , en tant que Tancienne et la moderne conqueste du Fiedmont avoienl les courroyes si courtes et si estroites , qu'elles n'avoient champ propre ny con- Tênable pour eu dresser tous les trophées et de gloire et d'honneur que j'ay voulu bastir à la mémoire éternelle autant du mareschal que de tant de princes, seigneurs et -capitaines qui ont valeureusement milité aous les victorieuses enseignes d'iceluy. A cela je respoitt : que ceux qui n'ont jamais bougé d*un cabinet bieii tapissé , ou de la suitte des friandes tables de la cour , ne sçauroient non plus juger que c'est que de la guerre et de la diversité de ses effects, que fhici Taveugle des coulenrs , et que sMIs avoyent autant d*experience que de pn'somption , qu^ils auroyent pieça aprins que la grande ny Testroilte estendue des provinces h'est pas celle qui doime la hardiesse , le jugement ny la vertu , ny celle aussi qui empesche les glorieux et magnanimes efTects de toutes ces lielirs parties, le»- <pie1les, sous la bénédiction de Dieu, s'esnieuvent et i'esbranlent selon les occasions et la variété des afRiires, autant parmy les larges campagnes que parmy les es- Iroittes; lesquelles ne furent toutesfois jamais du costé eu Fiedmont si petites qu'elles ne continssent dix journées de pafs , en y comprenant le Montferrat , partie des montagnes de Gennes , et quelque portion du Mi- Unnois conquis par le mareschal de Brissac , dans lesquels il y avoit trente quatre bonnes forteresses et plus de quarante chasteanx de médiocre force. Tant y a que, ai la France enst aussi bien sceu conserver que conquetir ces provinces , qu*elle en eust de gré à ^ tiré de cinq à six cens mille escus de rente , et qu'elle eust toujours eu en main dequoy se faire craindre et par les Italiens , par les Espagnols , et par toute l'Europe aussi. J*ay pareillement apprius que je ne sçay quelles gens plus enflés de cacquet que d'érudition , disent que inon langage est si rude, qu'il n'a rien de ceste élégance ny de ceste délicatesse qui doit estre familière à ceux qui se veulent niesler de traicter d'histoires. A 4iioy je leur respoadray : que si je vouluis parler de Ta- Âlour et non de guerre , que je me fusse efforcé d'empraoter de leur boutique du sucre ou du miel , pour le Tendre plus gracieux et plus délicat qu'il n'est pas ; mais qu'en traictant et d'armes et de combats , il estoit plus à propos que mon langage sentist le canon et le Boldat barbouillé et mal pigné , que le dameret passc-

fîlonné. Et puis, il faut que je confesse que la natnre m'a esté si avai-e de ses grâces , que mon esprit eo eit demeuré si grossier qu'il ne scauroit donner à mes eicrits toutes ces polissures ny ces allechemens cooienables à la mignanlise des dames , mais non januiban braves cavaliers qui ne cerchent que la gloire et îh struction des armes. Il y en a d'autres qui tiennent qie je me suis oublié ou trop flatté , parlant si souvent qie je fais de nioy en ces Mémoires. A la vérité , si eo cdi je me doimois queli]ue honneur et quehiue loonii surpassant la décence de ma petite portée , f advai^ rois la debte : mais je tiens de Ciceron , qu'il est ptfi mis à un homme d'honneur de parler moderefneiil M soy , quand ses actions et ses labeurs sont si honoiaM que les miens. Four le coupper court , je les prie(|il{ pour assouvir leur envie et leur présomption, qu*il8el|t voyent mes Mémoires à la garderobbc , s'il ne les imill vent dignes du cabinet : cela n'empescheni jamais q4 ne portent tesmoignage du vertueux désir que lousjours eu de profiter à moy-mesnie , cl de maffi main au publie, n*a}ant esté invité ft ce faire par ny par bienfaict d'aucun prince ou seigneur. J'y avj jousté presque les deux années de l'exécution de la] au cinquante neuf : paix qui enveloppa le royai dans les mynes , les rebellions et les niîseres qui depuis affligé par quarante ans, et dans lesquelles i treinperîoiis encores, si ce grand foudre de guerre,! Henry IV, ne nous en eust délivré par l'intrépide^ leur de ses armes.

Et pour autant que depuis la première édition dei Mémoires , j'ay recouvert plusieurs papiers et h lions que j'avois esgarées durant les guerres de la et fort propres h amplifler mesdictes Mémoires, tant sur le fait des guerres d'Italie, parmy U j'ay esté contrainct de faire mention de celles qii( niesme temps se demeslerent en France , h cause je n'ay trouvé aucunes de nos histoires françoiset en facent mention , au moins que par cy par U, avec beaucoup de confusion et d'inccrtaineté, jelesi voulu adjouster à mes Mémoires , contre la resoli que j'avois précédemment prise , à fin de ne dfl der les princes , les seigneurs , la noblesse et la de la gloire et de l'honneur qu'ils se sont acquis pirl valeur de leurs armes au service de leur roy souvetait' .

Si en ceste adjonction les dattes , les mois , les joni ont quelque confusion parmy eux , j'en demeureni^ excusable, pour autant que ce sont toutes actioosri demeslemcus que je n'ay veu , si ce n'est par qnelqoei lettres et mémoires qui sont tombées en mes maios,ct qui sont sorties de la main du feu roy Ucnry II et de sel principaux ministres.

Adieu.

AU LECTEUR

f Puis (pi^il est ainsi que tout ce qui sera traiclé en ces Mémoires a esté licnronseniciit demeslé par In valeur et sous le coiniuniulomiMil «le luessire Chailos de Cosséy sieur de Brissac, et depuis mareschal dcFran

ce , j'.iy estimé qu'il scroîl fort h propo; de te représenter par quels dogiés il est de main en main parvenu à ccslc grntidiMir «jiii l'a rendu illustre et oiemorable , t'i On qnc ccun qui diicnl ( à ce qui m*a csif

Au tÈCTEUR.

rièvdoe ti i^ùr des éilMs , phfttoat qae saf ^Tfriu te portèrent tur leurs espaules à ce sujegr^'de gteire *t iThOTflieur, apprennent à pis rtcognoisirc ijtte Dieu , et non etteg , e«t iii « op^ré li â^ant en !oy, que ce leur sera M tionneiir de se le proposer en foutes leurs iieiir isironer eC pour très-honorable exemple {i(hos66 bonnesies , magnanimes et généreuses, ^te donc, par divers titres qtié j'ay vcus et I mie la rice de Cossè est sortie des anciens i de Tagriaoox2o , Napolitains , l*un desquels inni le parly des fois de Hiernsalem , comtes NQce , ftit batmt de sa p«ilrie , et qn*it se retira \ prince, qui le fit grand senechal deProTence , mUnt i^ ses armées; la généreuse postérité ji snccessivenient esté entée en la France. Et t, fav en en main un contract de mariage , de W, fatct entre messîre Fiacre de Cossé , chcTaafeuiier homme du logement dé la personne du Caulea, que nous appelions aujourd'huy grand jUao oa grand marésclial du corps , et dame le de Melon , dlle à messîre Adam de Melun , Nonsliean-Bellay, et de Philiberte Le Roux sa lecoDtiact en pardiemin scellé d'nn grand M il y a la represeniaifon d^un cavalier à chet jinaé , lenant une espée nue en sa main , ico^son duquel sont les soyées et fasses denjmtioiries de la maûoa Cossé); et au capadi clwTal , Cratnant jusqu*à terre , sont celles s d'on CMté , et les plaines armes de Cossé de : le tangage en est rude , sentant Tancienne naïfidoise.

igRear ftat de fôH belle et rtehe taille , dNme X ^cîense et Tenorable , la main autant belle dirait désirer une mignarde damoiselle : sa conm estoil fort douce et agréable , sobre de la ,1e parler gracieux et ptain d^une naVTve affecfaae vraie magnanimité et de remonstrances «stfMleniclles , tendantes à honneur et au salut at : toates les anllres proportions du corps esncores si belles ch luy ( lors que j'enlray en t»w),qne Pluiarqne a eu raison de dire que ian rsrrtcre saîsmi en estoit tousjours belle. atnrel esloit plustost melanchollqne cjue jovial; c»B$eîence si pure , qu'elle ne craignoit les yeux fa^foe des plus clair voyans censeurs ; grand or 4e b votterie , maïs plus encore des dames , nmommerent le Beau Brissac : ce fût une fae laquelle elles tiiy lisent payer depuis de fort «delicieoxinieresto. Il n'y eut jamais guieres nds capiuines qui n'ayent esté d'amoureuse sion: David, César, Pompée et Mitridates, femme saivoit k la guerre , armée comme luy. tnlité de ce seigneur fut plustost resserrée Me; patient et vigilant aux labeurs^ tant cie militaires, fort vif et fort subtil à descouvrir et et les desseins des ennemis, prompt et prorexecution des siens , grand remarqueur des pas- H pavsages, un peu gausseur envers qui luy en toit r occasion , le plus grand resvenr du monde. mit bien dire de luy comme de Scipion , qu'il

n*estolt jamais moins seul que quand il esloit seul % grand zélateur de la religion , médiocrement cholere quand il perdoil au jeu des eschéts , par tout ailleurt gracieux et maniable au possible. Et pour autant qu'il y a des gens qui pensent avoir fait quelque chose de notable quand ils disent que tons ceux qui avoient esté nourris en Piedmont sous la main de ce seigneur, esloient dispensés de ne croire en Dieu que sur bons gages; quand je croirois que cela eust esté ( ce qui ne fût toutefois jamais), encores seroit-il plus excusable que ne sont ta plus part de ceux-ci , qui ne croyent ny sur les bons gages de TEvangile , ny en ceux des docteurs de l'Eglise , ny (qui est le pis) au propre sang inno* cent que Jesus-Christ a rcspandu pour nostre salut. Mais quoi ! ce sont gens si lasches et si mal nés , qu'ils ne sçauroient tenir la main fei-me à œ furieux cheval de l'envie , qui farouchement les esgare parmi la metdisance ( tousjours détestable ). Toutesfois pleost à Dieu qu'ils se fussent trouvés comme moy aux trè»chrestiennes remonstrances que ce seigneur fit quinze jours devant sa mort au comte de Brissac son fils; car elles sentoient de toutes parts plustost le religieuse longuement institué dans un monastère , que le grand Capitaine nourry pam^ la fureur et la violence des armes. ^

Ce seigneur fut quelque temps enftmt d'honneer de [ monseigneur le dauphin qui mourut à Lyon « dont il sortit au mesme temps qu'il conroit un bruit que 10 roy depeschoit le capitaine Joannas avec nomlwe de galléres pour tragetter quelque fanterie au secours de Tarmée quiassiegeoit Naples : le désir d'acquérir gloire et honneur eschauffa si fort ceste jeune plante, qu'elle courut soudain k Marseille pour estre de la partie.

Ainsi que .les galléres prenoient terre k Naples , ceux de la ville les ayant descouvertes, firent une si grosse et si rude sortie sur eux , qu'ils eusseet tout: mis en route, si l'armée royale (ayant eu l'atamM) ne fust venue au secours. Le seigneur de Sansee, quis'e»toit avancé des premiers avec une bonne troupe , ayant recogneu le sieur de Brissac fort engagé paraiy les ennemis , il le tira en croupe hors de la presse , n^ayanflt autres armes que l'espée. En ces charges et rechavgee qui furent faictes, un cavalier espagnol Ait pris avec sa lance encore toute entière ; et lequel, voyant Biîssae' de belle taille , sans barbe et le teint fort beau , htf dict : « Je crois , mon gentil - homme , qee vestre maistresse vous a tout fraischeroent envoyé ki peur défendre la renommée de ses beautés , qui doivent estre fort rares puis que les vostres y sont asservies. •, Luy, piirtant soudain de la main , luy dit : « Je n'aeral pas grand'peine à la défendre , si tous les cavaliers de vostre party se laissent prendre, comme vous avec faict, vostre lance encore entière. * Là dessus, estant venue nouvelle cargue qui les sqpaia, ils ne se virenT onc puis.

Au retour de ce voyage , Brissac eut charge de deux esHs chevaat légers pour passer en Piedmont , où le marquis du Gast tenoit Cairas assiégé , et dans lequel il s'alla enremier. Les sorties et les combats qu'il rendit en ce siège , et depuis en d'autres endroits , luy acquirent tant de réputation , qu'au retour qu'il fit en

tfOO

AU LECTEUR

France , le roy le fit coronncl de quinze enseignes de linterie , surnommées les enseignes jaunes, qn*il mena c^ Fiedniont , d'où elles furent depuis rappellées pour aller au siège de Perpignan , où il rendit plusieurs combats , cl entre autres cestuy-cy. Sur le midi , les ennemis f s'estans apperceus que Tartillerie et les tranchées estoicnt mal gardées, sortirent en gros pour la venir encloucr « et de faict , n^ayans trouvé guieres de resistauce , ils s'avancèrent tant qu'ils en euclouerent deux. A ceste alarme , Brissac , qui n'esloit pas loing de 1& , y accourut soudainement lui douzicsme , la pique au poing , et repoussa si rudement les ennem'rs qu'il en demeura six sur la place , mais luy blessé d'im coup de pique en la cuisse , et le gorgerin enfoncé (Vunc arqucbusndc. Il eut pour spectateurs de ce combat monseigneur le dauphin et toute Tarmée , qui luy en donnèrent telles louanges , que moudict seigneur eut h dire que s'il n'cust eité ce qu'il estoit , qu'il eust ce jour-là voulu estre Brissac.

De là à quchiue temps le roy le deschnrgea de Testât de coronncl pour en pourvoir M. de Taye , et luy d'une compagnie de gendarmerie , tant ccste charge estoit lors en estime ! Mais Sa Majesté , «'estant apperceue qu'il u'avoit pas eu guieres agréable cest eschange, Ini demanda qui seroit celuy, k son advis , qui coniluauderoit à son armée, si celuy qui en auroit la charge H^abseutott ou mouroit. Il respondit que ce seroit celuy seul letinel , ponr sa vertu , elle en jugeroit digne. Sa Majesté répliqua : « Vous le prenez mal , ce seroit le plus ancien capitaine de ma gendarmerie , parmy laquelle je ne loge que ceux qui sont tels que vous dictes.* A cela il respondit qu'il auroit beau loisir de batre les champs auparavant que d'en venir là, et qu'il eust mieux aimé d'en demeurer a ce qu'il estoit.

i« Au bout de l'an Sa Miycsté , désirant honorer la vertu et le courage de ce seigneur , le fit coronnel gênerai de la cavalerie légère, en laquelle Dieu l'assista tellement que sa valeur fut en telle vénération à l'endroit de la BObleite françoise , que tous les princes et seigneurs ( amateurs de gloire et d'honneur ) ne desdaignoient d'aller à la guerre sous son commandement , et desquels il se desroboit souvent pour ne hasarder seigneurs de telle importance, mesmes pour n'eslancher si tost ceste aoif et d'honneur et de gloire qui les pousse quelquefois à s'avancer plus avant qu'ils ne doivent : de manière que monseigneur de Vendosme , ses frères , et M. de Guise , allèrent souvent dormir en son logis pour aller à la guerre avec luy.

L'empereur Charles Y tenant Landrecy fort estroittement assiégé , et dans lequel les vivres estoicnt fort courts, le roy résolut de le secourir ( ores que son armée ne fust encores accomplie de toutes les forces que Sa Majesté avoit commandées), attachant In peau du renard où la force du lyon defailloit ; et par ainsi , la diligence prévenant les advis que l'empereur pou-

voit avoir de ses desseins , Landrecy lia lieam«^

avictuaillé et rafraischy. Mais , craignant d'avoir {

la retraicte toutes les forces de Vemperciir lor lc»h

Sa Majesté prit resolution de perdre pour u mi^

cent escus pour en sauver dix milles et par aisii^

lant desloger la nuict à la sourdine , elle coauittJ

coronnel Brissac d'assembler toutes ses trooppesj

seul corps , assistées de six compagnies de fautoiti

lienne commandées par le coronnel Sampctit, Cot

et d'aller sur la diane donner l'alamie par deox c^

à l'armée de l'empereur, et la tellement enfoncera

rasscr , qu'elle crust que l'armée du roy toute ^

estoit celle qui jouoil le jeu , afin qu'aaparaïaiiu

fust descou^ert qu'elle eiut desjà gaigné la gviH^

qu'à ce faire ilnecraignistd'IiasarderlepdqiKtl

désirant rendre à Sa Majesté ce tant impoitaui à

gnalé service , donna si furieusement dai» larJ

l'empereur, à la faveur d'un grand brouillas, J

en eut plusieurs terrassés, tandis que les uasj

toicut à cheval et que les autres se preparokotM

faire. Mais peu à peu , le brouillas se iMusnati

troupes ennemies s'avançans, il fut chargé et il mi

gea par plusieurs fois , l'ennemi ne s'osaot eocaj

avancer à cause qu'il dcscouvroil à un quart de]

de là douze cens hommes d'armes sur ud htj^

servoient d'arrière garde au corpa de l'annce «tii

et commandés par M. d'Anuebault. Tootesfois,d|

vrana que le courage de la cavalerie fraoçoiie ad

toit la force qu'ils voyoient , ils cliatgerent si tm

Brissac avec un gros bort de cavalerie et de pisM

qu'il fust contrainct de se tirer à la favenr île j

terie qui avoit gaigné les hayes , tousjoun

chargeant , et estant en fin chargé par tant i{

qu'il fut pris et rescôus par deux fois par ctoi

vingts chevaux des siens qui se rallioient à

coups, et chargeant de fois à autre , avec

fin il se sauva. Mais bi fanleriequi avoit gafoé

pelle où elle voulut tenir bon , fut fort wl

Icdict coronnel s'estant toutefois sauvé. Ui

Brissac ( tout barbouillé et deoouppé ) mmmi

mée ainsi que le roy achevoil de souper. S» 1^

l'honora et caressa fort, jusqirà commander ffid

donnas! quelque rafraischiasement daat b ■

couppe où elle venoit de boire.

Le roy Henry II, estant venu à la couronne, ï\m de son ordre tenu lors en grande estime, et à| en main de la gi-ande maistrise de l'artillerie. fi| noit lors M. de Taye ( peu aimé de ce prince ^|| de laquelle se dignement acquitter il s'adoou M mathématiques et à l'arithmétique , qoi I17 «di depuis aux guerres du Piedmont. .

Ce seigneur fit depuis tant et tant de grandes di| qu'on ne pouvoit croire que, là où il ne venoîlii de ce qu'il enti-cprenoit, qu'il n'y eust antre M l'eust empescbé qne ne l'avoir pas voulo km.

=^^-,^-,^-^-mm--tml- ■■■ ■ , >— — p^^ .», ■a

DE BOYVIN DU VILLARS

Page 1