LIVRE PREMIER
iiices et seigneun qui régnoient en Europe en Tan 1550. -—Mort du pape Paul Farnaise, anquel succéda s de Monte. — Practiqnes et renionstrances de la part de Tempereur an p9i>e , k Jean-Baplisle de Monte linal, et à Ascagnc de La Corne « ses neveux. ^- Causes et occasions delà guerre d'entre le pape et ipereor contre le roy Henry II, qui commença en septembre 1551. — PracUquès pour ester Parme mains d*Octave Fnrnaise. — Becours et renionstrances dndit Octave Farnaise au roy, qui le récent en sa tetion. — Intention du roy sur la continuation et entretenement de b paix , et les simulations de Teiti- •Qrau contraire. — Brissac est Tait grand-maistre de rartillerie. — Maladie du prince de Melplie , gouferr-freneral du Piedmont. — La duchesse de Yalcnlinojs rengage à donner sa démission , et obtient sa charge r Brissac , qui est fait mareschal de France. — Départ de BrUsac , et son arrivée à Turin. ^
Tan 1550, la France , rAlleraajîne , Flta- Espagne et F Angleterre vivoient en telle et union , que les uns ny les autres n'at quasi plus souvenance des maux ny Diseres que les guerres précédentes de lereor Charles cinquiesme et François I iToieot apportées. Mais lors que chacun idioit à gracieusement cultiver et entreceste paix et ce repos, Dieu permit, Texpiationde nos péchés , qu'il s'en rala une autre plus dangereuse que les ideotes , les flammes de laquelle , à la î, devindrent beaucoup plus grandes et périlleuses qu'ion n'eust jamais sceu esr, an moins par la simple considération •ibiesse des premières estincelles , la viocontagion desquelles s'espandit, touteslea à peu , presque par toute TEurope , mt assez de matière pour regretter à les larmes les prospérités passées et les lités qui coururent depuis , à la conser- 1 et à Fexaltation des Infidelles , Mars mesme Fortune n'ayans laissé coing du e qu'ils n'ayent cruellement remué et i, ainsi que nous déduirons cy après, ndant il ne sera hors de propos de der quels princes et quels potentats remt lors en Europe , pour servir et de
mémoire et d^nstructlon , selon ce qu'il sera cy après fait mention d'eux.
Au Sainct Siège apostolique presidoit Paul III ; en Allemagne , Flandres , Espagne , Naples , Sicile et duché de Milan , Tempereur Charles cinquiesme; en France Henry deuxîesme; en Angleterre le jeune roy Edouart, sur lequel le Boullenois avoit tout fraischement esté reconquis ; en Grèce sultan Soliman; en Italie les Vénitiens en tenoient, comme ils font encor , bonne partie ; à Ferrare , le duc Alfonce d'Esté ; à Florence le duc Cosme de Medicis ; à Mantoue les Gonzagues; Gennes vivoit tacitement sous le gouvernement du prince Doria , gênerai des galères de Tempercur. Et quant au Piedmont, il estoil la pluspart possédé par le roy Henry, et le reste par le duc de Savoye Charles , qui en avoit esté spolié dès Tan i536, pour avoir assez inconsidérément quitté l'alliance du roy François I pour embrasser celle de l'empereur , sous espérance qu'il senlencîeroit en sa faveur sur le différent du marquisat de Montferrat , qu'il qucreloit contre la maison de Gonzague; ce que toutesfois il ne fit pas. Depuis, au contraire, l'aVandonna presque de tous poincts et aux coups et aux miseresf ce prince apprenant , mais trop tard , à ro-
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MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
cognoistre combien sont légères et incertain nés les amitiés et les promesses de ces grands monarques , tous lesquels partagent et accommodent leurs affaires aux despens des plus foibles , toute amitié ou parentage postposés , couvrans tousjours leurs déréglées ambitions de quelque fardée nécessité : qui s*y fiera sera mal ad visé.
Encores que ma première et principale intention ait esté de parler seulement de la guerre de Piedmant qui commença en septembre Tan 1551, si est ce que, pour mieux et plus intelligiblement y parvenir, j*ay Jugé qu*il ne seroit hors de propos de prendre les choses un peu de plus haut , narrant , mais sommairement , ainsi que je délibère de faire, quelles furent les occasions et les principaux motifs à Touverlure de ceste guerre , selon que j*ay peu diversement et voir et recueillir par boutades.
\ En Tan 1550, estant mort le pape Paul troisiesme , le cardinal [Jules de Monte luy succéda , qui fut d'assez douce conversation , aisé à manier et à diversement esbranler. Il eut pour neveux Jean Baptiste de Monte , auquel il donna son chapeau S et Ascagne de Jia Corne , qui a voit précédemment prins quelque nourriture au service de France. Ces deux personnages , estans tout à coup passés d'une fort foible condition à Tesperance d'une très-grande fortune, embrassèrent dès lors toutes les faveurs que la grandeur et Tauctorité d'un si grand oncle , qui les aimoit et cherissoit uniquement , leur pouvoit permettre.
Or l'empereur , autant plein d'artifices que de force et de moyens , et qui estoit , selon son ancienne coustume, tousjours an guet pour brasser quelques menées à reversion de toute l'Italie, descouvrit aussi-tost que l'humeur et de l'oncle et des neveux pourroit servir de planche à ses desseins; c'est pourquoy il donna charge à dom Pcdre de ToUede, viccroy de Naples, et à dom Diego , son ambassadeur près Sa Saincteté , de ne rien espargner pour tirer à son party ces jeunes seigneurs, leur remonstrant que
> On VAppelait le cardinal Simia , parce qn'il avait gagné raffection de Jules en prenant jsoin d*un singe 4|i*U aimait beaucoup.
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ce n'estoit pas assez d'avoir un pape pJ oncle , mais qu'il falloit de bonne heure coo derer que ceste di/^nité ny ce&te puissance n t . ien t pas hereditaii*es , ains subjecies , cm sont la plus part des choses humaines, à vers accidens et h toutes sortes de motîti repentines ; que tandis qu*UQ vent grack enfloit leurs voiles , Us dévoient si bieo viller la roue de fortune , qui trompe jours ses amoureux , que , quand elle voudroit tourner le dos , comme elle ( souvent à ceux qu'elle u le plus ilaué>, eussent deijà en main de quoy se consft et maintenir en ceste grandeur et aucty qu'ils ajiroient acquise; que, CQail>icQ le pape eust de grands moyens , c'csidjt tesfois une graine qui vouloit du temps e| loisir beaucoup , au moins pour prendn»
lide racine et apporter fruicts qui fusses grande et de notable consideratiuD ; l'exemple de tous ceux de leur qualité les avoient précédés, les de voit rendre sa et résolus à se renger au party de Tempen la Majesté duquel ne desiroit rien (jos de leur donner bien-tost de quoybasij l'un et l'autre , avec réputation et assean indubitables.
Que Octave Famaise, due de Panne, de Pierre Loys n'a gueres tué et de Plaisance, tascboit de se jetter en la tection des François , et les auirer eo li pour la crainte qu'il avoit d'eslre au» despouillé du Parmesan qu'il avofieaf Plaisantin , lequel le pape Paul , m père , avoit injustement desmembré li trimoine de sainct Pierre.
Que le voisinagne et les armes do Fi estoient de temps immémorial si remi et si dangereuses , que si elles mcitoiciii fois le pied dans Parme , ce leur seroit jamais une fort commode et très -a eschelle , pour avec celle de la M irandole. de ce qu'ils tcnoient aussi en Piedmonidi ner peu à peu la loy et à Sa Saiocteié « toute ritalie.
Que Dieu avoit donné à Sa Majesté Iid| riale tant de prudence et de prevori avec une affection si grande à la cooserti de Testât et auctorité apostolique , et de h les princes d'Italie , qu'elle exposeroit
s très Tolootiers jusqttes à sa propre perpe, pour les matntemr et conserver ea •entier; que Talliance que il avoU avec Ftrnaises p'empescberoit jamais qu il ne lèrast le bieD pablic de la chrestienté au iprticulier , el sur tout pour réunir Parme l^, de laquelle estant le premier fils B devojt aussi estre le premier et le plus peux défenseur. Il faict le renard pour kittir les poules.
06 ceste reunion de Panne seroit incontf et facilement exécutée , si Sa Saincteté Hiloit enu^eprendre avec luy et avec mues forces et moyens ; que Dieu prospe^ leurs intentions , Sa Saincteté en pourpar après commettre la garde à sesdicts ux , par forme de vicariat perpétuel de ise. Mais , pour autant qu'il semfaloit à ajesté que la conséquence de telle placé roit par succession de temps apporter au et à eux beaucoup plus de despence et ilousie que de profict , estant si esloiqu'elle estoit de la Eomagne , par ainsi s sçauroient mieux faire que de la rere tout à faict à Fempereur , non tant son utilité particulière comme pour la re à Plaisance el en foire deux asseurés .'Tars contre les François « avec ceux aToitdesjà en sa duché de Milan, de lUe aussi bien ces deux places avoient esté desmembrées.
'en faveur et pour récompense de cela , uera aux neveux du pape des estats de grande valeur à Naples ou en Sicile , et ev apporteronl plus de conunodité que çiuroit jamais faire le Parmesan ny le antiQ, qui ne seront d'ailleurs jamais disloaquerellés, comme seroient perpétuel ' it Parme et Plaisance.
6, mettans la main à Texecution de (, ils pourroient conjoinctement aussi r sur laMirandole, qui s'estoit distraicte iglise , de laquelle , ou de Sa Majesté iale, elle devoit indubitablement estre taire ; qu'elle estoit devenue , au grand Doeur et préjudice du Sainct Siège et de ire , la retraicte du remuement et |;ie UQ militaire des François, auxquels elle oit lousjours de planche pour infester ^i que les forces que Sa Majesté impe-