‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 49 sur 224 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

»iïi

i une rivière fort impétueuse , laquelle , idant du mont Sainct Bernard , traverse la yal d*Aouste > anciennement nommée i^prœtoriay et de là se vient rendre à ^anciennement appelée Yporedia , qui f porte et de couverture à ceste vallée idfflont. Birague trouva la situation tant ^euse, qu'il pouvoit espérer (où il auloisir de la fortifier ) d'en faire un fort dommageroit infiniement les ennemis , luydonneroit commodité de dresser atiques et des intelligences sur Yvrée , , Sainct Germain , Verceil , Trîn et utin , dans lesquels il faudroit par après >s Impériaux tmssent grandes forces fes. A ceste cause , ayant représenté reschal la facilité qu'il avoit trouvée et foriifier , et de recouvrer les moyens e faire , hors la charge des finances du , luy permit d'y entendre. Ce qu'ayant i, il assembla les forces qui estoient Uvas, jusques au nombre de six cens es, avec trois cens pionniers, et s'alla dedans. Pour plus promptement et cousement inviter un chacun à mettre la i ceste fortification , il commença le er, contraignant cependant les villages noisins à y venir travailler. Mais pour cda Vouvrage ne s'avançoit gueres , les issestant trouvées de plus dure digesp II n'estimoit pas , et que c'estoit un qui vouloit des moyens et du loisir qu'il iQToit pas avoir; dont il donna la com-* cation an mareschal , lequel trouva bon isedeportast de ceste entreprinse. Qui caœe qu'il se rangea et se disposa , uon iqoitier entièrement la place ny la foratkn, mais seulement à redresser un diasieau qui y estoit , pour le rendre cae de quelque trouppe de fanterie , avec lion de porter une autrefois plus avant ntreprinse. Cependant il ne laissa de se de plusieurs petits chasteaux du Montt,ct, entre autres, de celuy deBrusasc, ppartenoit à François Pelissa, gendre du- [eronioie Birague , dans lesquels il desl la compagnie de Carie de Birague , son i frere , netoyant par ce moyen tout ce iouvoit, tenir la rivière du Pau en sujec- /epi.js CststillQU jusques à Verrue. Con-

clusion : Les Biragues se prévalurent , comme avoient foict tous les autres capitaines , autant de l'industrie, de l'occasion et du temps j que de la force mesme.

Et pour autant qu'il est mal-aisé de tousjours si bien et si nettement demesler quelques actions que ce soyent, et nommément celles de la guerre , que il n'y ait presque ordinairement quelque chose à redire, j*ay estimé que la diversité de ces remuemens donnera matière à quelque délicat de dire que , tout ainsi que le mareschal trouva moyen d'entreprendre tout à coup en tant de Ueux par là diversion de ses forces , qu'autant luy eust il esté aisé de les assembler en une seule masse , et de s'adresser à quelque bonne place qu*à toutes ces blcocques, lesquelles il sçavoit devoir estre aussi tost perdues que prinses , mesmes les forces qui partoient du Parmesan n'estans pour arriver encore de quinze jours. C'est un doute qui a de l'apparence, mais bien aisé toutesfois à résoudre. Pour ce faire , il faut sçavoir que le mareschal fit desployer ces grandes parades sur des fondemens qui apportèrent depuis de la commodité beaucoup : premièrement, par ceste diversité de prinses , ores que petites , il apporta crainte et estonnement de tons cAtés, et causa la diversion du siège de Parme que le roy desiroit extrêmement; davantage, toutes ces places lui apportèrent commodité de faire amas de vivres , de contributions , de soldats , de pionniers et de tous autres équipages nécessaires à une guerre qui devoit prendre long traict; de lotttes lesquelles choses il estoit fort mal pourveu , le roy ne l'ayant pour encores secouru de deniers pour en Caire provision. D'ailleurs il faisoit estât de préparer par ce moyen à domp Ferrand tant de durs os à ronger sur son arrivée , qu'il auroit tout loisir pendant qu'il s'y amuseroit, et que le secours de France viendroit, de réduire ces deux places de nouvelle conqneste en si bon estât qu'elles ne craindroient par après l'effort de l'ennemy. Et de faict les choses réussirent depuis selon ce sien dessein ; car la pluspart des forces qui tenoient siège à Parme estant tournées tout à coup du costé du Piedmont, sur le commencement d^octobre elles forent contrainctesy au lieu de s'attaquer aux prin«

Osff

MÉMOIRES PP BOYVIN DU YILLARS. \t

f^ffUfi^ places, dd s'amasep k repreodre les pjptitef, à quoy bite elles consuinereiit tant 1J0 timpti que le grand yver les sorprint et les JBt retirer aux garnisons.

. pt marcscbal, pour ne rien çdmiettre de pp qai pouvoit endommager Tennemy» aa iqesnie lemps que ceste grande alarme se fjonnoit, commanda à Terride, gooTerneur 4a Pinerol, d'assembler avec sa compagnie ^ gendarmerie quatre ou cinq cens hommes é^ pied et Tequipage de deux canons « et ll^aller prendere le cbasteau de Barges , qni aip^it, comme ^ons avez veu» donné la pre* flûere occasion à Touverture de la guerre. Ceox de dedans cstoient si courts de vivres igil^aux premières volées de Tartillerie ib se fendirent à la discrétion de Terride , qui fit Hf^"?" raser la place jusqu'aux fondemens.

EoQores que ions ces premiers heureux re- Hlifinifflit d*armes deussent apporter quelque Ê^g^^mnoA ai| marescbal » si ne s'y arrestoît-il mères , ains estoit toujours aux escontes sur la venue de domp Ferrand, et à se préparer 1^ toutes sortes de fiirtuoes. En fin il fut adijpfty i^'ayant cestuy-cy en nouvelles des Hrkiies de Qaiers et Sainct Damian , il estoit fffftji^ à gpnd haste de devant Parme , mepiat avec luy six mille hommes de pied et AVHse cens ckevaux , ayant toutesfois laissé , jHMur la contmuation du siège , le prince de ]||h<cedoine avec douze cens hommes , Carie jBnnzaigiae k Montechio avec mil hommes , le masquis de Mioz , dit le Medeguin , an bourg Sainct Dovin avec autres trois cens soldats et mic^ pens chevaux , estimant que ces forces, jfynfes à rarmée du pape , hiquelle par ce sien IH^rtetgent daveit quitter la Mirandoie pour ^ vi^pic joindre àceux-cy , estoient suflisantes pour tepir Parme en nécessité et alarme.

Ce mesme advertissement portoit aussi que la coronnel Strozzy , ayant veu desloger domp Fercand , avoit donné sur la queue et deflaict sept ou huict cens des ennemis ; dont le manesçbal donna soudain advis au roy , remonstrant à Sa Majesté que si son plaisir n*estoit le diligemment pourvoir de nouvelles forces et moyens , que la première réputation dcs-jà acquise , et qui estoit tousjours de très-grande îinportance en tous nouveaux remuemens

ji'arines , sepei*droitau préjudice de ses af* j vis il les accepteroit maintenant fsrt

faires et à Vadvantage de ceux de Vena et davantage , qui estoit le pis , lespUcei vellement conquises , qui n'estoient ei du tout reduictes en bon estât , seroii danger de courir aussi pareille fbmme quant à luy, en attendant provision < naUe » il s'en iroit , avec ce qu'il poormi des garnisons , camper à Poyrin , ,U Bonnivet k Quiers , pour de ce lieu ooas et observer les mouvemeus de Tennam voriser la fortification de ces deux p retirer les vivres du plat pals dans les resses , consumer et ravager les fourra tout ce qui se trouveroit de reste par la pagne , afin de rendre en ceste arrière toutes choses plus incommodes et diflScS ennemis.

Le roy , ayant scen avec quelle Td< dévotion toutes choses avoient esté di^ ment exécutées , en receut la joye et b solation que chacun peut estimer. Et 1 tage , recognoissant » comme prince a nime , combien la gloire et Thonneur s de pouvoir es âmes généreuses , ne Cu faire cognoistre , 4ant an marescbal 1 autres seigneurs et capitaines , combiei services luy estoient agreaUes , et :

qu*il avoit de les en rémunérer tous , à 1 que les occasions s'en pourroient par présenter.

Sur le douziesme d'octobre iô5i , l& de Biragne , allant à la guerre du ce YerceH , print un gentil-homme de la 1 du duc de Savoy e , frère du prieur de valaize de la maison des Prouaves , et toit lors des principaux ministres prince , et naturellement fort contrai François, comme a tousjours este cett Tune des prmcipales du Piedmont , avi quels neantmoins elle se rengea dep gentil -homme fut si bien traicté et < par les Biragues, que cela luy donna a d'adoucir l'aigreur de sa nature , et < vancer de leur dire que , s'il plaîsoit reprendre les mosmcs erres du traie que le feu roy François avoit jadis foie à son maistre , par l'entremise pro} marescbal de Brissac , lorsqu'il fut dé en Allemagne vers l'empereur , qu'à i

iJ

UWn WUXIKMB.

MV

, attesdil qu'il allait fkK&à si ma) uvMité, 9e pouvait pas espérer grande fortune ^maio de Teippereur ; qu'il sçavoit qiAe nie de Cbalaiit avec ua maistre-d'lios^el l de Ncmoivns avaieat D*a gueres \ovh^ jrcote pratique » Riais qu il es^pit asseitfé ml d'eux n'y doun^oit tel coup que so9 icl luy pouvoieot faire. Disoit davantage fort assuré que , de pi?e«ieff6 eatr^e , oûstre pre^droit tout descouYerteoM&ut ipes f«m le Foy , et (pi'il saiisiroit Sa ité de Verceil , d'Yvrée , do Mazio , l Germain , de Gresçei^tin , de Cairas , de , Foussan et comté de Nice , toiMes les $ estoieat eacor en ses iii^ins et ea sa siûoa*, que là où Sa M^^eslé trouveroit ; ceste Ojaverture , qju'U desijroit qu'elle fasi avec luy q^ehiu'ua des sieB$ , fidelle ii^ , ayant à comma«de(u«»t I9. langue oise et ritaliei^xie , et q^'i.l le conduiffoit ^it de serviteur jusqiies à Genaes , ok f soQ maisiïre devoit l>i^a-tost; arriver 1 ^ 1^ ils feroieot le iBii^çb4 > s^bw le li^ de Sa Majesié.

oies lesquelles choses ayant es24 rappor* ui mareschal , et par luy entendues et liées de vive voix avec le gentil-borame ni, qu il fit venir vers luy , et wquel il QûDma pour coadjuteur , il fit entendre le i Sa Majesté par le sieur de Contay , qui il a a gueres arrivé en Piedmont pour voir icrre » le chargeapt de sqpplier Sik Majesté rendre soudaine resolution sur ce foioi , i DÊii espargner pour embrasser chose de iCQQsequence que ceste-là, Tasseurant ) i m plaisir estoit luy en remettre la iMUue , et luy borner ju^qu à combien il pooToii advancer , qu'il esperoit r,eduire laffiiiresà telle perfection , qu'on pourroit iks concevoir le futur recouvrement deld lié de Milan et plus oultre ; et que pour ax y parvenir il estoit necesssiire que le fistM. deSaVfOye son lieutenant gênerai ialie , et luy son lieutenant seulement. ucuns de ceux qui avoient le souverain iiemeiit près du roy , ayans considéré que il le mareschal viendroit à chef de ceste [u*tante pratique , qu'elle luy ouvriroit le oifl à une gloire et à un mérite si excel*

roieBldetûiiap«)aei8 oAisqaéea , etteHêOMai ravalées qu*il leur raviroit de maÎB en aain toute leur auctorité , aiîreat soudain en avant qu'il ne faloit pas prendre pied ainsi à la basie à ce que ce geniil-homme avaii proposé comme de luyHOBesme ï que la balle apparoMo * des choses désirées trompoitet roinoit bki souvent ses amoureux , et , quand ce seroit au faict et au prendre , il seroît peut-estre désavoué de son naistre ; qu'il faloit tout boHe*ment sonder un peu plus avant le g«é , et puis , sekm l'^pareaoe et la vérité qui 7 s^ roil lors troavée , essayer d'en awir la moito leare composition qu'on pourroit. Conclusion t que le ray estoit d'advis qoo le gontil*boHMna fttst gracieusement renvoyé quille vers son maistre , ppup apporter par après quelque pbs grande asseuvaace et tesmoignage de son iolenlion , et que piûs , selon le fondement que Sa Majesté y trouvereit , qu'elle on dsMberecoit avec le commua bonaeur du '(kiG et dehiy.

Le mareschal, qui avait le Jugement fort délicat, recogneat incontinent d'oà venoil ceste endoueure, etquecenx-cy, faisant plus d'estat des pratiques du comte de Glialant que de celles-cy , en vouloient seuls avoir rhon^neur et l'utilité. Maisnostromal-heurou nostre imprudence le voulant ainsi, les uns pouc Vamour des autres demeurèrent fort deceus ; car , ayant le mareschal , conforme à ceM mal digérée résolution, i^envoyé le gentil-^ hoBMiie vers le chic , sans autre asseurance ea main que celle d'une foibie espérance, ce prince en prit tel despit , qu'il se remit plus fort que jamais à la patience et à la poursuite des armes en faveur de l'empereur , estimant beaucoup plus tolerable et honneste d'en de^* meurer à ce qui en estoit , que de se vainement jecter dans une espérance douteuse et incertaine , et parmy le mespris auquel sont toujours siqects les médiocres princes qui se remettent à la discrétion des plus puissans qui se sont desjà emparés de la plus-part de leur bien , comme il estimoit que Sa Majesté fust desjà de partie du sien. Ge sont frnicis des ambitions immodérées qui ne peuvent souffrir Tavancement ni les|louanges d'autniy.

Ce fust à la vérité une des lourdes fautes

I que toutes leurs actions ea^ demeurer | qui ait jamaia esté commift en tout lè^ooars

MÉMOIRES DE BOYVIN DU VIU^ARS

de cette guerre » et de laquelle la FRince paya depuis par son iuconsideratton de fort gros et fort dangereux interests. Ce sont les fraids qu'apportent toosjonrs ceux cpi veulent assouYÎr leurs passions et leurs vengeances aux despens du service du nudstre, lequel recogneut depuis trop tard ce qui en estoit.

Le sieur deCcntay fust aussi chargé de renH»strer que domp Ferrand faisoit une nouvelle levée de quatre mille Italiens au parsus les forces qu'il ramenoit du Parmesan ; de manière que , faisant aussi bien le compte de son voisin que le sien propre » il tronvoit que, garnissant médiocrement lesplaces impériales, il luy seroit encores fort aisé de tirer à la campagne de. treize à quatorze mil hommes, deux mil chevaux : force trop plus grande que ne pourroit estre celle du roy , quand bien le secours que Sa Majesté avoit promis setoit arrivé , et duquel on n'avoif toutes-fois encores aucunes nouvelles ; qu'il n'y auroit autre remède que de desgamir les places , et commettre le tout au hasard dune bataille , et à laquelle toutesfois il ne foloit jamais venir que pour dernier remède , et lors que la force surmontoit la raison ; ce qu'aussi il n*avoit pas délibéré de foire, a3^t de longue inain aprins que , tout ainsi que les jeunes acquièrent réputation , se hasardans courageusement et indiscrettement , que par le contraire les vieux qui l'ont desjii acquise, la conservent et l'augmentent, se bien tenans sur leurs gardes , et allans tousjours retenuement en besogne , mesmes où il traicle absolument de tout Testât. Et toutesfois , que la où le plaisir de Sa Majesté seroit qu'il en usast autrement , qu'il la supplioit luy en envoyer le commandement bien signé et scellé, pour luy servir de descharge en toute sorte d'evenemens , et qu'après il s'efforceroit ou de vaincre ou de ne plus craindre les vainqueurs , aymant trop mieux mourir honorablement que de vivre honteusement ou de perdre tout Testât; que Vassé , qui avoit prins charge de defondi*e Sainct Damian, avoit esté sul&samment pourveu de tout ce qti estoil nécessaire pour ce faire ; que Bonnivet v( uloit défendre Quiers , et que pour ce laire il demandoit deux mil hommes et deux iea\cbcvattz -, et que , balunvant lu dessus la

quantité de places qu'il folloit foi trouvoit que la convenable provisim droict rendroit toujours l'autre d( consequemment subjectà invasion, c rant la campagne à la discrétion de I comme elle feroit s'il ne plaisoit an i ter le renfort et les provisions.

Environ le 26 du mois , responda assez sommairement aux instmctioni bazin , Sa Majesté promit de satifoir mandes du mareschal parle rieur de son frère qu'elle luy envoyeroit.

Qu'advenant vacation de gouvei capitaineries ou autres estats , Sa veut demeurer en liberté d'y pourvo bon luy semblera, asseurant toute voir en particulière recommandât!

queie mareschal luy nommera.

Quant à la donation des biens ap| à ceux qui suivent le party de Teii combien que ce soit chose qui ap] seulement au souverain , Sa Majesl toutesfois bon qu'il y pourvoye , à i que les donataires iront prendre h confirmation enluchancelerie.

Au regard de Taubaine qu'il avoil dée au préjudice des Napolitains, chose de fort mauvais exemple pour l très estrangers qui scrvoient le roy, part desquels avoicnt couru ceste fort avoir suivy son party; que leurs avoient assez d'atlliction de la perte parens ; sans y adjouster encore' ( biens ; et en fin que Sa Majesté voul fossent tenus et traictés comme nati tout ainsi comme les Piedmontois. L tien de ce poinct est di{pie de la :

roy ; mais il semble que celle des d( ccdcns fut assez mal digérée par cei furent les aucteurs , en tant qu'elk depuis du desordre et de la desol beaucoup.

Sur la fin d'ociobre, avant le mare tondu que domp Ferrand , pour auc favoriser la frontière , avoit envoyé Asl trois cens chevaux hongres et qui esloient passés en Italie pour en roy cl royne de Bohème , qui devoir tosi arriver à Oenncs revenant d'Esf fit fort souvent recoî^noistrc leur coi

LITRE DEUXIÈME

tf&9

jTeimes et adtanlages da pais , afin d'esr de leor donner quelque rude secouase, oposant, conune il advint depuis, que ^, peu accoustumés aux ruses des m dlcalie , ne faudroient de trébucher le filet qu'il Touloit leur tendre. A ceste ) il depescha Bonnivet^ Yassé , La Motte rio , Francisque Bernardin de Yimercat , ^m et de Biron, cestuy*cy guidon de sa Ignie, et l'autre lieutenant, avec trois eheyaux et cinq cens, que corselets, arquebusiers , commandés par le baron leppy qui fut depuis maistre de camp. Il lûffliDaDda d'aller la nuict au pont deRu- 1, à deux mils d'Ast, et de garnir de nés bons harqaebusiers trois petites mess qu'il y avoit au dessus du costeau , à ! pas et au de là du pont , regardant la k cavalier; de mettre la grosse trouppe Bterie en certaines cavines qui sont du « costé, avec quelques chevaux; et que Me de la cavalerie demeurast en gros la bourgade au dfiça du pont. Geste pde est fiaicte en forme de croissant ou recourbé, de manière que ceux qui vetde la ville ne pouvoientles descouvrir s'eussent dooné dedans ; qu'ayans ainsi tqposé leurs trouppes , ils envoyassent cinq ou trente chevaux ravager aux s d'Ast , estimant que l'alarme estant ce dans la ville , que messieurs les Hon- , se voyans que ce peu de chevaux , ne ineot de sortir par^ trouppes pour leur ir SOS avec plus de courage et de teme- (pede prudence. Les nostres sceurent relenir leur leçon et encore mieux l'exe- T. Toutes choses ainsi bien disposées, V des mestairies eurent commandement le se descouvrir non plus que les autres û (aot qu'Us vissent le gros des trouple la ville fort avancé vers le bourg ; et lors, callans à bas, ils gaignassent le des liayes du chemin pour les saluer par ^ , au mesme instant que ceux des caferoient aussi de mesme pardevant. Sur e du jour , s'estant saisis de toutes les lues tirans contre la ville, de peur qu'elle t nouvelle d'eux, ils depèscherent Biron, i> vaillant et advisé seigneur, qui fut ismareschal de France , avec trente cel-

lades , pour donner jusquesaux portes de la ville, et ravager tout ce qu'ils trouveroient \ ce qu'il exécuta fortdiligemment.La ville , en laquelle commandoit le sieur Francisque d*£st, prent l'alarme ^ soudain les Hongres montent à cheval et se, mettent inconsidérément à poursuivre lesnostres par petites trouppes et assez mal enfilées. Au commencement, Biron fit contenance de vouloir faire teste ; puis il tourne et reçoit la cargue des autres , la leur redonnant aussi quelquefois , mais assez foiblement , pour les conduire , comme il fit par ceste ruse, dans l'embuscade, de laquelle les ennemis ne s'aperçurent jamais qu'ils n'eussent la pluspart passé le pont et laissé derrière eux l'arquebuserie , laquelle, tout en un coup, calla à bas du costeau et vint gaigner le pas . Lors Biron , tournant vigoureusement teste, suivy de tout le gros , chargea si furieusement ces pauvres Hongres qu'il les mit tous en routte , poursuyvant tousjoui*s la victoire sur les fuyars et sur ceux qui lesf suy voient encores; desquels^ pas un seul ne fust réchappé sans une grosse trouppe d'arquebusiers espagnols et italiens qui estoient sortis de la ville pour les soustenir, dont ils firent grand devoir , s'estans saisis des fossés et des hayes qui estoient le long du chemin, et d'une chapelle qui leur servoit comme d'un fort. Le capitaine leronime Palvoisin. qui avoit jadis servy leroy , et qui commandoit la fanterie italienne, s'estant un peu tropadvancé, demeura prisonnier avec une douzaine des plus vaillans de sa trouppe. Tant y a que dans le bourg ou dans les chemins , il demeura quatre vingts Hongres de morts , et bien quarante de prisonniers , la pluspart si fort blessés que peu en réchappèrent, sans toutes-fois qu'ily eust perte de nostre costé que de cinq ou six dé morts, et de quatre hommes d'armes faits prisonniers pour s'estre jettes trop avant dans Tarquebuserie ennemie. La despouille et butin furent beaux , tant en chevaux , armes , chaisnes d'or, qu'en grandes targes et pennaches , dont ils estoient fort parés.

Après que ces seigneurs , tous triomphans et embellis d'une telle victoire , furent retournés, ils firent présent au mareschal de deux habillemens de teste couverts de lames d'argent y de deux targes couvertes de mesmes ,

tfSO

MÉMOIRES DE BOïVIN DU YILLARS.

de six lances , lesquelles ces Hongfres porteat fort différentes des nostres : elles sont longues et creuses et feites de pièces rapportées , fort dorées et marquetées , ayans au bout un fer en forme de poinson , d*un pied de long ; par le bas il y a une grosse boule qui sert pour couvrir la main : ils attachent ceste lance à une longue courroyc qui tient à Tarçon , et qui leur sert d*arrest lorsqu'ils Couchent pour rompre bois. Leur cellade est pointue , et n*est armée par le devant que d*nn fer qui tombe le long du nez , et qui se hausse et se rabaisse comme foict la crested'unooqd'Inde. La botine est ferrée au dessous du talion avec un petit aiguillon qui sert d'esperon. Ces presens furent soudain envoyés au roy; et la valeur de ces seigneurs fut parluy fort louée et recommandée, au parsus ce qu'il en fit luy mcsme en leur propre présence, et nommément de Biron, qui avoit ce jour là fiiict office de fort advisé capitaine et de vaillant et résolu gendarme.

fi En ce temps, ayant Gordes esté adverty que, quelques unss'estoient advancés de dire que, s'il eust foict son devoir à Tentreprise de Cairas , que les choses ne seroient si inal succédées qu'elles firent, il supplia le mareschal luy vouloir^ nommer ceux qui parloient de ceste sorte, afin qu'il fist cognoistre au toy et à luy la différence qu'il y a de la vérité au mensonge , qui cstoit de la part de tels causeurs. Le mareschal , qui sçavoit assez combien ces rapports travailioient un homme d'honneur , tel qu'estoit ledict ^sicur de Gordes, et les divisions et inconveniens qui en pouvoient advenir , print le tout sur luy par le commandement du roy , et au contentement des uns et des autres , silence leur estant imposé sous peine capitale.

I Le dernier octobre, vindrent nouvelles que onfaisoit les esplanades et grandes provisions de farines et munitions en Alexandrie et en Ast, pour la venue de domp Ferrand , qui avoit desjà envoyé devant quatre cens chevaux , avec chacun un arquebusier en crouppe, partie desquels avoient soudain este envoyés en Albe, cité de Monferrat, anciennement nommée Alla Pompcia , et le reste en Ast. L^ennemi estoit en tel soupçon de ceste place tf Albe , qu il coniraignii le sieur de La Ycsso ,

qui avait sa maison à deux mils delà , siette assez forte , de donner cantîoD i tre mil escns qu'il ne lairroit jamais eac François dedans , lesquels toutesfois i cy hâlssoit mortellement , ayant esté :

page de la chambre de l'empereur.

Vindrent aussi nouvelles que la fortU de Saluée, entreprinse par les Bir avoit donné telle alarme aux ennemis avoient soudain renforcé les gamisc Verceil ,* Sainct-Germain , Trin , Gresc Mazin , Yvrée et Vulpian ; et que dai de jours César de Naples devoit r'as»

ses garnisons en corps, pour aller* c de desloger les Biragues de Saluée ; < ces fins , il feroit remonter de Crescenti canons contremont la Doire-Balte, q le pied de ceste place ; que ceste ex^ parachevée, toutes les forces impari:

jetteroient en campagne pour aller a Sainct-Damtan.

Estant cet advis confirmé de dive droicts , le mareschal se hasta de rec Vassé , qui commandoit à Saincl-Damû poudres , boulets , plomb , de quatre t niers et d'un commissaire au lieu du cap La Cricque qu'il y avoit dès le commem envoyé , et lequel Ghavigny , fils d'an h de chambre du roy , qui faisoit le pli avoit tué pcu^de jours auparavant, à que Tautre se gaussoit un peu trop rue de luy : c'est pourquoy on dict qu'il fout jamais jouer aux fols , mesmes lors sont armés. Ce fut dommage de ce ( nage , car il estoit vaillant et fort exper au fuict de l'artillerie.

Au mesme instant que domp Ferrai logea de Parme , Termes , qui desiroit mareschal en sceust la nouvelle avec des affaires de de-là , trouva moyen i depescher un cordelier , lequel avec s très d'obédience passa en six jours , ba lettres , par lesquelles et par luy mesm on eust toutes nouvelles de l'amy «t d nemy. Il fut soudain renvoyé gamy d quante beaux escus qu'il eut en don f main , lescfuels sans préjudice de sa n accepta volontiers. Ceste rémunération puis sa ruine , car elle luy donna c< d'entreprendre par trois fois ce me$iiief(

Page 1