LITRE TROISIÈME
vous avez veu , il avoit tousjours craiatplus que nulle autre chose , et dosirant y, apporter
empeschement , il fit soudaki advancer ,vei^ Chivas et Yerrob'ngs, quatre cens chevaux légers et deux mil arquebusiers françois, ep fit jetter quelques barques sur la Doyrc-Balte, faisant au mesme instant courir deux diver^ bruicts, Tun que ces forces devoyent essayer de traverser jusques à Parme , n'y ayant lor^ en la duché de Milan aucune force qui les en peust empescber; Tautre que c*estoit pouf aller mettre tout à feu et à sang jusques aux portes de Novarre et de Milan , et au retou^ tout le pays qui est entre la Sezia et la Doyre ; de la estons de retour à Chivas , passer le Pau , et aller faire le semblable par le Moniferrat et jusques aux portes d'Ast et d'Alexandrie. Et parce que c'estoit chose presque aussi aisée à faire qu à discourir , domp Ferrand , à cesta nouvçUe , radoucit sa colère , considérant qu'aussi tost que les Milanois , nourrissiers de la guerre qu'il soustenoit , sentiroient le moindre ravage , que tous moyens deviendroient courts et impossibles. Il se CQUtenta pour lors de foire seulement vivre son armée aux dépens du pays , et d'exiger des plus éloignés contributions pécuniaires. Toutes ces choses le rendoient de jour à autre plus odieux , et le François au contraire plus aimé, parce qu'il vivoit avec discipline. A la vérité elle estoit telle, qu'en terre mesme de conqueste le soldat n'eust osé , soit en marchant ou .se- ^ journant , rien prendre que de gré , comme doit tousjours faire un conquérant qui a envie d'establir ses conquestes.
La vertu et les services de Bonnivet , qui estoit assez malaisé de biens , desquels toutesfois il ne fit jamais cas , l'avoient rendu digne et d'honneur et d'uuç notable recompense , à loquelle Brissac n'ayant moyen de remédier ainsi qu'il eust bien désiré , il supplia le roy luy faire don du revenu de Lanz , nouvellement conquis, qui pouvoit valloir environ deux rail cscus de rente ; ce qui luy fut refusé , ores que , es guerres précédentes , le roy François , père des armes et des lettres, l'eust libéralement donné „ à de Termes. La faute, ou Tingralilude n'en devoit cstre rapportée au prince, qui esloit la mesme bonté et libersdiié , et qui tcnoit Bonnivet au
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MÉMOIRES DE BOTVIN DU VILLARS
rang de ses pins femiliers serviteurs , mais bien à Tenyie de ceux qui estoient près de Sa Majesté, lesquels, ne pouvant gouster les prospérités du mareschal , taschoient d*y apporter ce contre-pois , 'que nulle gratification ne peust sortir de sa main à Tendroictde ceux qui servoient sous sa charge , ains de la leur seulement; esperans par ce moyen diminuer si fort ou infirmer Tamour et Tobéissance des gens de guerre, que ce luy seroient des chausse-trappes qui accableroient ses desseins et sa vertu ^ Tingratilude estant une vraye peste de la nature, séminaire de discorde et | de rébellion. C'est pourquoy il s'avança d'en ' faire ceste plainte ou soit remonstrance :
« S'il est ainsi, Sire, que vos bien-faicts, tant envers nous qu'à Tendroict de tous ceux qui servent fidellcment Yostre Majesté en Piedmont, ayent esté grands, ce nous a esté on remarquable honneur et de les obtenir et de nous en estrc aussi rendus dignes. Mais s'ils ont esté mesurés au petit pied , et encores pour aucuns tant seulement^ Yostre [Majesté s*est, sous correction, faict beaucoup de tort de refuser la grâce dont nous luy faisions très-humble requeste en faveur de M. de Bonnivet, qui a longuement et vertueusement servi, comme elle sçait, parmy toutes sortes de fortunes : car , encores qu'il soit aussi bien que moy des-jà sur l'âge , la raison et l'affection qui abondent en luy ne laissent toutes- • fois d'estre encores si jeunes et si vigoureuses, qu'il eust toujours fort couragt^usemeut et sainctement manié le bien et Thonneur qu'elle luy eust faict , et le refus duquel en a degousté plusieurs, et ce d'autant plus qu'aux guerres qui ont précède cesle-cy , le mesme bien-faict a esté concédé à d'autres auxquels il ne ceddera jamais. »
Ces choses par hiy copsidcrées avec les maux qui en pouvoient advenir et les grands affaires qu'il auroit sur les brns si lost que la prime-vere * seroit venue , il délibéra depescher vers le roy, Gonnort son frère, pour luy donner advis qu'ayant Le Medequin failly Tentreprise de Parme, il ronvoyoroit en Piedmont la plus grand part des forces (pii hiy estoient desjà veiiuus, et qu'il avoit retenues
» Le printemps.
sur le fondement de Tentreprinse cy devant disconrue. Il y avoit encores une autre occasion fort preignante qui condoisoit le mareschal à faire ceste depesche ; c^estoit que Sa Majesté preparoit ime grande armée pov aller en Allemagne, où la pluspart des prinoei estoient eslevés contre l'empereur , et que, y allant en personne , comme on tenoit qu*eik feroit^ c'estoit chose assurée que pour foorair à ce voyage on espuiseroit tout le plus be» et le meilleur des forces et des finances de France , ne demeurant aux autres , et mesmei au Piedmont , que les hasards avec toute sortt de nécessités. Il voyoit aussi que beaucoif de seigneurs , dames et autres ses amis, dei' quels il souloit estre supporté et favorisé piéi du roy , se monstroient puis un temps aam refroidis en son endroict, selon Tordinaire dei amitiés de la cour , es quelles ne se trom quasi jamais tant de constance ou de soUAi que l'absence ne l'affoiblisse à la parfin, moins si elle n'est cultivée ptr contini visitations ou par dons et presens, det deux parties le mareschal s'acquittoit asM médiocrement , tant estoit grande la confines qu'il avoit en la gloire et en h fidélité de M bons services. Toutesfois c'estoit ce ;q« il devoit rendre plus craintif et plus defiat, estant la nature si maligne et si imbedHeV qu'elle nous fait presque ordinairement ceux à la vertu desquels nous ne povfM attaindre , ores que nous les ayons aupaitvant chèrement aimés et honorés.
Gonnort , premier que partir / alla visiter toutes les places et frontières , afin d*en pouvoir plus pertinemment parler et discourir i Sa Majesté , à l'endroictde laquelle luy et les amis par luy rafraischis et reconciliés travaillèrent si bien , qu'elle laissa an mareschal d^ quoy couler le temps et la fortune ; louant iafiniement toutes ses actions , avec promesse de les couronner bien tost de quelque grande recompense , de laquelle toutesfois il n'eest autre marque que l'espérance , qui est la seule chose qui ne peut estre ostée aux misérables.
Le dix-ncufviesnic femer i552, les vin« do Sainct-Dumian commencèrent fort à amoii* drir , de manière que , considérant le mareschal la proximité du printemps , et coflubies la récolte estoit encores esloîgnée , et que