LIVRE TROISIÈME
Ma
. place estoU celle que rennemi iroit la liere assaillir, il délibéra de Tavictuailler. juiois, se trouvant le plus foible , il craiique rennemi en ayant Tadvis, ne se st en campagne pour Tempescher , ou , ,tait descouvert ceste nécessité , il ne se ^ de Tassaillir. Estant combattu de ces rsiés, il s'advisa d'un expédient assez }, et qui luy réussit à souhait : c*est m^envoya vers le sieur de Yassé , luy entendre que , pour parvenir plus sénat à foire cest avictuaillementt.il estoit ib qu'il feignist d'estre malade , et qu'a- 3 demandast congé de se retirer à Garlolles , et qu'à ces fins il luy envoyeroit liere et escorte pour le conduire ; que idant il feroit faire amas de charrettes , i Qoiers , Garignan , que Villeneufve , m bout de deux jours les luy envoyer I h nnict , et faire charger douze cens de farine qu'il avoit hit préparer en la H des Maguins à GarmagnoUes ; et qu'il k sortir de ces trois places deux censche- : et six cens arquebusiers qui Firoient atre à la sortie des bois de Gerisoles : qu'il pst ordre que partie de ceux de Sainctiui vinssent au rencontre , et que l'autre nu Besme temps courir vers Ast pour iMT l*ennemi ; et que Torquato Torto sort Mssi de La Gisterne , pour battre et tmrrir les chemins ; car il y avoit appae que les choses conduites de ceste sorte, fec tel silence et diligence , que les vivres lent rendus à Sainct-Damian auparavant renoemi fiist adverty de la délibération^ "VA loisir de l'interrompre.
as$é,ayant trouvé ceste resolution fort oe, ne fut paresseux à l'exécuter , mar^itpar le costé de Gasal si couvertement , b renommée mesme , qui veille tousjours cent œils , n'en peut jamais rien descouqu'après le faict , qui rendit la place as- Se pour de là à un long temps, r la fin de febvrier , les Suisses arriveà RivoUes soubs huict enseignes comlées par le colonnel Fiolic , lequel avec *e de ses capitaines vint à Thurin faire la 'ence au mareschal , auquel il fit dire le truchement Holster que eux et tous i compagnons avoient receu à singulière
grâce et faveur d'avoir esté appelles au service du roy , mais plus encor de ce que c'estoit sous un gênerai de telle vertu et réputation qu'il estoit , et grandement amateur de leur nation , laquelle il ne trouveroit moins afiectionnée ou délibérée à toutes sortes de factions que les François mesmes ; et que , à ceste intention , ils le supplioient » au nom de tons leurs compagnons , leur vouloir donner bien tost en main tant dequoy faire preuve de leur affection et bonne volonté , que aussi pour se ressentir de l'ancienne injure qu'ils receurent au Montdevis , par le marquis duGuast. Geste injure est telle : Il y avoit aux guerres précédentes dans ceste place douze cens Suisses pour le roy , avec quelques François et Italiens » lesquels , ne pouvans plus tenir , se rendirent à bagues sauves , sur la fby de ce marquis ; lequel , oubliant ce qui est le plus recommandable parmy les hommes d'honneur , à scavoir l'observation de la foy et des promesses , fit massacrer par les chemins la pluspart de ces trouppes ; de laquelle impieté ceste nation a tousjours gardé vindicative mémoire. Le mareschal , désirant leur faire cognoistre combien ceste disposition luy estoit agréable , tendant la main au colonnel et aux capitaines en signe d'amitié , leur respondit par le mesme trncheman , que leur nation avoit tousjours monstre tant de valeur et de fidélité au service de la couronne , eu toutes les guerres précédentes à la pluspart desquelles il s'estoit trouvé , qu'il n'eust sceu recevoir de la main du roy plus de grâce que de luy donner pour compagnons et coadjuteurs de ceste guerre une si belle et bonne compagnie qu'estoit la leur , laquelle , et en gênerai et en particulier , le trouveroit tousjours prest à les gratiffier de ce qui seroit jamais en sa puissance.
Après que la monstre fut faicte à RivoUes, ils firent départis par les garnisons , attendant l'occasion propre pour servir.
Sur le commencement de mars 1652 , le vicomte Gourdon , gouverneur de Saviglan , donna advis au mareschal qu'il avoit descouvert une entreprinse qu'avoit La Trinité, gouverneur de Foussan , sur ledict Saviglan , par le moyen de deux soldats , l'un nommé Alfonse , et l'autre Michel Grasto ; lesquels il
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youloit iaire pendre', spppliaiit y envoyer son preyost poqr éstre cbastiés ; ce qu ils furent peif de jours après » sebn leur perfidie. ^ Le sieur de La Nouvalaise , de la maison des Provanes , fort illustre et grande partisane du dup de Savoye , voyant les affiiires de son maistre en fort mauvais estât , et les espérances de ressource fort foibles » supplia le mareschal à ce qu'il luy fust permis de retourner en sa maison et jouir de ses biens , ep faisant toutcsfois au prealiable serment de fidélité au roy. Il y fut receu , et plusieurs autres gentilshommes aussi ses parens , afin qi(e y par c^ courtois exemple , tous les autres gentilshommes fussent doi^cement invités à embrasser la gracieuse domination françoise, comme ils firent depuis.
; Le mesme jour , La Motte Gondrin donna advis qu*il avoit prins un espion à deux mil de Villeneufve , envoyé par domp Ferrand pour recognoistrc si la cavallerie françoise et les vieilles bandes du colonnel de Cbastillon retournoient en France , comme le bruit couroit, d^autant que son intention estoit, cela succédant ainsi, d^aller assaillir Sainct-Damian , qu il esperoit aisément emporter. Sur cest advis , toutes les places faisans frontière de ce costé là , et sur tout Sainct-Damian , f urentrenforcées d'hommeset de toutesautres choses nécessaires peur attendre un siège. Le troisiesme jour de mars, Gordes , gouverneur du Montdevis , qui s'estoit emparé de La Marsaglia, bourgade des Langues, assez commode pour travailler l'ennemi , donna advis au mareschal que les Espagnols deliberoient de la reprendre , parce que principalement elle empeschoit les contributions qu'ils souloient lever au païs ; et que si c'estoit son plaisir de luy envoyer quelque renfort , qu'il les en empcscheroit , et peut estrc bien leur donneroit fort sur les doigts. Soudain le mareschal , approuvant son intention , fit diligemment marcher quelques trouppes -, dont ayant l'Espagnol eu le vent , il fit sa retraite, mais ce ne fut sahs recevoir perte de quelque fanterie qui s'estoit advancéc à ravager , et qui fut rencontrée par le capitaine Laval , lieutenant de Gordes , Tun des gracieux et vaillans geniils-hommes qui fust de long-temps sorty de Provence. ^
Cependant Brissac , estant toQsjoiirs pour travailler les ennemis , depesçhs vet avec toutes les troupes qu'il avoit rées , pour aller prendre et fortifier lequel il fortifia de sorte ipi'il poru grande nuisance au Montferrat. De b course il alla aussi prendre Polens et Victoire , proches de Gairas , et fort à le tenir à demy assiégé.
En ce mesme temps , 22 janvier , il un moine renié' à Gairas , portant les lequel print intelligence avec le mai luy promettant de le mettre dans la n un trou qui estoit en la muraille , bon terre seulement; disant aussi qu'il avoi de tirer à sa cordelle une vingtaine amis ^rt déterminés , qui luy aidei couper la gorge aux sentinelles prod dict trou, pendant qu'il Tiroit ouvr introduire les nostres dedans an jour roit accordé. Gegaland se servit de l'en de Mbntbazin , capitaine des gardes < reschal , et fort aimé de luy. Tant y \ diable de moyne défroqué sceutstbie dre nos escus et manier Montbazin , q treprinse fust résolue. Mais parce qui reschal estoit fort dura croire en tels sans preuve évidente , il fit dire an qu'il ne s'en pouvoit résoudre à son < tement, si auparavant il n'introduisoil la place un dessiensqu'il depescheroit i nommé pour recognoislre la facilité oi sibilité des choses. Le moine , monac couvert et desguisé , et qui jouoit au j ble , dit au mareschal qu'il en estoit c et print jour au 20 mars ; dont ayan) advis au gouverneur de Gairas, et qu que l'ennemi devoit envoyer arrivero minuict , il donna tordre que le trou peu entre-ouvert , pour malaisément ; toutesfois , et qu'il ne se trouvast a long du dedans do la muraille , faisfta ou sentinelle par Tespace d'une heure
Le capitaine La Combe , qui con au cliasteau de Sommerive , y fut ev entra dedans et en sortit , n'ayant pi ténèbres de la nuict rien trouvé qo*à i rapportant de la part du moine qa*j| nécessairement donner le féu^lnij 2ô du mois sur la minuict. SondiNI^
LIYRE TBOISIÈME.
^ de Cairas, le gouverneur [fil diligemrelevcr toutes les tranchées du dedans ville, à vingt pas de chascun costé du laissant une seule entrée sur Ips costés , ik cooduisoU au dedans desdictes trans, quil fit fort bien flanquer, et jecter loscostcs forces trames et carbonnades.
0 accordé approchant , le mareschal icba Bonnivet avec mil hommes choisis aire cens chevaux, luy commandant de an gros de deux cens chevaux assistés mi cens arquebusiers, pour soustenir ute sorte d'événement, et de jeter le 4e la cavalerie sur les advenues pour jTder de surprinse , et de tenir prests e cens hommes en deux troupes , pour e-saustenir Tune l'autre, et la première , s'il advenoit qu'elle fust repoussée ^ et $te en faire son gros pour le sousteneet conservation du total.
tignal qui devoit estre donné au moinp arrivée et réception des oostres estoit Kre fusées qi|i seroient jectées en Tair et ng, et qu'au naesme instant Chepy et , avec leurs troupes^ seroient receus ^, qui se rendroit au trou , qu'il auroit !$larg[y qu'il n'estoit lors que La Combe n. Soudain que le moine veit le signal , présente , et faict entrer Chepy et Laval la moitié der'.leur trouppe seulement, \mn s'estant réservé l'autre , disant selon que ceux-cy trouveroient , qu'il iDceroit on les recueilleroit. Cest acte ler le moine en quelque crainte qu'il bcouvert, et par ainsi, hastant sa tra- , il dict à ces deux seigneurs : « Donptfceste entrée, qui nous conduira au > de garde que nous deiïerons. »
i deu capitaines , qui brusloient d'arde /)ien faire , entrent avec soixante des mais soudain qu'ils se furent advancés a douze pas , ils descouvrirent force es du costé de la tranchée et aussy de dune tour où estoit le corps de gai de, lessus se tournons pour demander au que c'estoit , ils ne le virent plus. Lors, lâns advancer , ils se trouvèrent envede tous costés parmy les flammes , et de tant et tant d'arquebusades , que, le [valeur ^qu'ils sceussent monstrer ,
les chefs demeurèrent prins et la plupart des soldats tués, hormis dix ou douze eschapp^s à ce cruel hasard. La salve des arquebusades fit soudain advancer Montbazin, et (le main en main Bonnivet pour secourir les entres , et ^vec la valeur surfuonter la trahison ; mais ils trouvèrent le trou des-jà a demi l)P(}ché, et soustcnu d'une scopeterie qui endommagea uife partie des plus cppageux soldats des nostrps.
En OR mesm^ instant il sortit s^ussi de in ville trente ou qiiarante chevaux arquebfisiers, pensans trouver les nostpes en desordre ; mais ils furent si vivcmen^ repoussés , qu'ils recogneurent trop tard que le Franfiojs se sçavoit préparer à toutes sprtes de fortunes. En tel lieu que çestuy-là Laval et Chepy se dévoient saisir et asseurer du moine , spqs prétexte d'estre seurement condujcts par 1^ ténèbres de la [nuict : par ce moyen U eu^t esté contrainct jouer à bon escient, oi| dp soufirir le preipier la mort où il concluispjt les autres. Mais en ces dangereuses actions la fureur de$ armes faict oublier 4ux p|u^ sages ce à quoy ils devroient le plif s pepser. Bonnivet, se retirant en bon ordre, reprint le chemin de Carmagnolles , distante de dix mil de Cairas , et s'y rendit d'une scuUe halenée , et de là le lendemain à Quiers , où estoit le mareschal, qui loua la valeur prac-; tiquer autant à l'exécution qp'à la retraicte , avec intention de se ressentir bien-tost et 4e la trahison et de la perte aussi.
Au mesme instant , l'ennemi , qui portoit fort impatiemment le travail que Primel donnoit au Montferrat, print resolution de venir attaquer avec trois moyennes , et nous p^ le contraire de le secourir. Luy, nous voyant résolument préparés i ce faire , n'osa pour pe coup porter sa colère plus avant.
Sur le commencement d'avril 1652, le roy^ à la suasion de je ne sçay quels mignons de cour , ordonna que les gouverneurs des villes n'auroient plus de compagnies de fanterie^ et qu'elles seroient baillées â d'autres, d'autant , disoit Sa J^ajesté , que cela les empeschoit de reprimer les fausses monstres des capitaines tenans garnison en leur place , auxquels ils prestoient Tespaule à la ruyne de son service ; .et que par ainsi , estans pri-
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Tés ée ceste charge , qui les obligeoit à couler les fautes » ils ea deyiendroient tous plus soigneux à contenir chacun en son devoir. La Motte Gondrin fut le premier qui en eut Talarme , et qui plus s'en offença aussi ; et de faict il dépescha soudain le capitaine Monfo , son lieutenant , pour demander congé au cas que sa compagnie ne luy fnst conservée ; disant qu'il aimoit mieux se retirer en sa mai-r son que de demeurer attaché à commander à des murailles et à des gens qui 11 brave-; roieni quand ils vondroient , n'ayant force sienne pour maintenir son auctorité. Le mateschal , qui recognent la conséquence et de la chose et du personnage aussi , obtint du roy y et pour luy et pour les antres , que les choses demeureroient en Testât qu elles es* toi^t lors 9 promettant de les veiller de si près que Tinconvenient présupposé n'adviendroit plus , ou au moins de TsÂbiblir de telle sorte qu'il feroit peu de mal; jugeant, par une longue expérience , qu'il est impossible , quand on auroit les mesmes yeux d'Argus , d'empescher qu'il n'y ait toujours parmy la guerre , mère nourrice de des/ordce , quelque chose qui aille de travers , et qu'il fout souvent malgré soy dissimuler. : En ce mesme instant les ennemis donnèrent
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quelque odeur d'avoir envie d'aller attaquer Sainct-Damian , conforme au dessein qu'ils en avoient précédemment eu. A quoy le mareschal ayant trouvé beaucoup d'apparence , il commanda soudain à Yassé , qui s'en estoit allé de son ^gouvernement au marquisat de Salluces , de s'y en retourner , et de mener avec luy sa compagnie de gendarmerie et deux cens bons hommes de pied que il trouveroit passant dans CarmagnoUes. Ce seigneur , qui estoit et vaillant et affectionné , sans s'en enquérir plus avant , partit de la main et s'alla jecter dans Sainct-Damian.
Le mareschal ayant eu nouvelles que tout estoit arrivé à bon port , et se ressouvenant que les flancs dudict Sainct-Damian estoient en quelques endroicts un peu trop descouverts , il luy envoya l'ingénieur Nicolo Bonnet , autant mal adroict aux démcslemens de la guerre qu'il estoit expert en son art : auquel il commanda de faire diligemment dres- ser dans les fossés force moineaux de quinze
en quinze pas et au rez de terre, ai esventail audessus pour évaporer la des arquebusades. Tout ainsi que les< furent trdonnées elles furent exécuté les uns et par les autres , et la place d tes parts reduicte en si bon estât qu'il n'; plus que craindre , si ce n'estoit que l'ei perdist courage d'y aller , p9ur n'y re et honte et dommage , comme il fit depa pauvre ingénieur, vaillant du bec^ meura engagé contre sa volonté.
Vassc , en la main duquel jusqaes i estoit demeuré le gouvernement de !
Damian , supplia le mareschal d'en V( faire pourvoir le capitaine Briquemaat. quel il avoit trouvé tant de fidélité et d leur , que c'estoit le moins qu'il luy p( souhaiter. Le maresclial en fit reqoes roy , la Majesté duquel l'accorda tout tost. Sur le dixiesme avril, le maresdis nouv||Ues que le cardinal de Trente arrivé à Milan avec la surintendance, part de l'empereur, dej tous les al d'Italie ; que le sieur domp Ferrand e Un principaux ministres et gouvemeon toient allés trouver, en intention de une forme de diette sur la forme etdéi ment de la guerre; qu'il avoit porté po pour vendre et engager le domaine et k belles de Milan', pour recouvrer argent ayiDt lors autre moyen d'en avoir q« ceâe seule voye; car les Indes ne'nf toient pas par chascun an plus [de deux lions d'or, quoy qu'aucuns ayent voolo au contraire. Le mareschal fut depuis ad ty que ledict cardinal de Trente avoit esté nommé à ceste charge , mais que m nue estoit remise à une autre fois.
Pendant ces consultations , de Tissoe quelles on attendoit quelque grand cfforl mareschal envoya , par gcnlils-honunes près, recognoistre les garnisons elteft des places, avec commandement à chacii travailler diligemment, et aux fortifies et à l'amas de toutes sortes de vivres et! rages , pour attendre un siège de cinq > mois , et sur tout de ne recevoir aucoffi trangers dans les bandes sans son co craignant les trahisons et les surprioses ceste licence non reiglée apporte le pivs