LIVRE TROISIÈME
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aoipea soigneux et inconsidérés. En
oitrefaictes, ayani révoqué de Sainct-
00 pour venir à Yilleneiifve la compa-
de trois cens Suisses du capitaine Luy ,
jT de Lucerne , il fut rencontré en la
$ de Belot , qui vient d* Ast au Piedmont,
e marquis de Malespine, avec deux cens
m : il jetCa partie de Tarquebuserie
s aisles du chemin bordé de fossés , les
. sur le devant et sur la queue , et tous
cquiers en un corps bien serré, par
:e de deux lieues. Il fut souvent atta-
ir teste , par flanc et par queue ; mais
ipagnons se monstrerent si aspres et
las au combat, que jamais les ennemis
osèrent enfoncer : ec ainsi marchans
abattons ils gaignerent les bois de
¥aul et Sobry. Geste genereuse*et re-
*etraicte fut fort louée par amis et par
is. Le jugement et; le résolu courage
H souvent des victoires et des honneurs
•es.
g en ce temps adverty par un gentil-
) qu*il entretenoit dans Milan , qu'il y
«u de jours que le sieur de Sainct-Au-
tnant de Provence , y estoit arrivé,
passé par Nice , le gouverneur de la-
•hy avoit baillé pour le conduire le
leTorrette , Nizard : qu il avoit longue-
et par plusieurs fois conféré avec le
hnp Ferrand. Mais Dieu, lequel , par
fcience et immense bonté, a tousjours
tparticulier de la France , permit^qu'au
Itemps que Sainct-Aubin estoit encores
à, que le mareschal y envoya un de
pipettes , nommé Francisque de Coto-
^ avoit de longuement couru toute
.' ec toote la France aussi. Gestuy-cy,
lot sa dépesche , apperçut ledict sieur
3CC-Aubin , qu'il cognoissoit de longue
lequel luy fit signe qu'il luy vouloit
à part. S'estans un peu escartés , il luy
1 vouloit escrire au mareschal chose
*tance , et ;qu'il le prioit de luy fidel-
donner ses lettres , lesquelles il luy
ît le lendemain luy-mesme en son lo
ainsi ils se séparèrent. Le trompette ,
ur honune de son mestier^ demeura
sienne , et , de là deux à jours s'en
retourner , il fut chargé par Sainct-
Aubin de quelques lettres, lesquellesportoient qu'il estoit venu à Milan pour faire une grande provision d'armes pour la fourniture des galères du roy « dont il poursuivoit un passeport; qu'il avoit descouvert. Dieu le voulant ainsi , que le sieur domp Ferrand avoit quelque grande entreprinse en main sur le Piedmont , pour l'exécution de laquelle il faisoit grande provision de pistolets, d'espées à deux mains et de corps de cuirasse.,
Le mareschal, confrontant la lettre avec les actions de Sainct-Aubin et les occurrences d'alors , jugea que c'estoit un apast qu'il avoit luy-mesme dressé pour couvrir la trahison qu'il couvoit , et peut-estre pour rendormir à seulement penser à se conserver et non à en* treprendre, craignant que par son remuement en fiist tant plustost descouvert. Et de £aict, de là à deux jours, il eut nouvelles par le mesme gentil-homme confident, que domp Ferrand avoit depesché ledict Sainct -Aubin vers l'empereur , assisté dudict Torrette , et que ce qu'il manioit devoit estre sur Marseille ; qu'il falloit prendre garde de près à un certain Amault de Nevailhe, son lieutenant, et sur le premier soient de sa compagnie , qui estoit lorsjdans Marseille.
Le mareschal, soigneux mesnager de la pre^ vention, donna soudain ces mesmes advis au roy et an sieiu: de Massel , Piedmontois , qui commandoit lors en Provence ^ en l'abs^nice de M. le comte de Tende , le priant de se rendre soudain dans Marseille , remuer la forme des gardes et les renforcer et de nuict et de jour; de pourvoir de bonne garnison Nostre Dame de la Garde , et surtout les ga-. leres , afin que , chacun veillant et se tenant à l'erte , il fust hors de prise et d'inconvénient , et par ainsi réduire toutes choses en telle seureté , que Sainct-Aubin ne peust dire, ny faire chose quelconque au préjudice du service du roy; et reconunanda sur tout au sieiu* de Massel qu'il falloit manier tons ces remuemens avec telle dextérité qu'il n'en peust prendre ombrage , ains le laisser librement revenir à Marseille , et là estre puis saisi avec son lieutenant , lequel il estoit d*advis qu'on prinst dès lors , sous l'attiltrement de quelque querelle particulière qu'il luy falloit
MÉMOIRES DE BOYVTN DÎT VILLARS
dresser. Dieu fit la çrace au roy cl à ses fidelles ministres de procéder si dextrement et si délicatement en ceste affaire , que tout fut dêscouvert et réduit en scurté. Saincl-Aubin, en ayant eu le vent , n'osa retourner , sa propre conscience luy servant de juge et de bourreau tout ensemble. Sa compa{;nie, ores que peut estre plaine de fidélité , fut cassée , la conséquence de Testât , laquelle ne se mesure par reigles communes et ordinaires , le portant ainsi. Sans la vi{;ilance et la prudence du mareschal , Marseille eust couru un {^rand hasard , et ce hasard enveloppe la Provence, le Dauphiné et le Languedoc en un merveilleux et peut estre Irréparable inconvénient , les affaires , les païs et le Jemps qui couroit lors considérés.
Encores que les armes soient les înslrumens avec lesquels la guerre se demesle et s'achève , si est ce que si le gênerai d'armée rie se sçait servir que de ce baston , et qu'il ait affaire à un plus foible et toutesfois plus rusé que lûy, il est certain qu'il tombera tOusjours des despcns; car, à la vérité, la prudence , la prévoyance], la ruse et le seing à descouvrir bien au vray ce que l'ennemy a et qu'il sçait faire, servent lousjours de planches très-asseuré'es pour demesler la guerre avec honneur et utilité , mesmes quand nostre confiance est appuyée au secours de la Divinité, laquelle prospère et renverse ainsi qu'il luy plaist les desseins des hommes. C'est beaucoup d'avoir la justice de la cause , mais ce beaucoup ne sert de rien s'il n'est , par prières et supplications , appuyé du dieu des bataille». Brissac a de son temps sceu mieux que nul autre heureusement cultiver ces expédions par une intégrité et de vie et d'intentions. Et de faîct, dès le commencement de ceste guerre il se proposa la mesme ruse que Scipîon practiqua contre les Carthaginois , a s^tavoir de remuer toutes sortes de pierres pour jetter si a\'ant et si à propos la guerre dans le duché de MIan , que l'empereur, par la jalousie d'îcoluy,qni luyservoitde bride d contenir en mainte et en office toute l'Italie, ftisi contrainctde quitter toutes les practiques qu'il avoil avec l'Anglois , et la guerre aussi qu'il faisoit en France , pour venir secourir
Vtti estât (}e lello conseqtiencc que luy estoit
ceste duché de Milan , injustement toutesibis usurpée sur la France.
Le mareschal , ayant recognu que les sietirs de Biragne , principaux ministres du roy en Piedmont , et bannis de Milan , estoient plains de jugement, de valeur et d'affection, il en conféra souvent avec eux , les priant et sollicitant de luy donner quelque ouverture et quelque moyen pour pouvoir avancer ses desseins, qu'en le fsûsant cela ouvriroit ) eux-mesmes le chemin à toute grandeur et afiluence de gloire et de biens , dont il se rendroit le propice médiateur; que, se traietant en cest endroict du salut du prince et de l'avancement dej'estat dans lequel ils estoient pieca vertueusement entrés, il hM qu'ils fissent tous comme les taureaux , lesquels pour la deffence de leur geniturese hasardent à combattre les propres lions.
Ceux cy , qui avoient de grandes intelligences en la duché de Milan , et qui marchoient fort considerémenl et fort reservémeot en besongne , recognoissans que le mareschal avoit le jugement fort subtil et fort dettcat, ils ne s'osoient avancer de luy rien propos qui n'eust le fondement fort apparent et réussible ; en fin , s'estans asseurés de luy , ils tny descouvTirent une entreprinse qu'ils avoient de longue main dressée dans Milan. Et ponr autant qu'elle est des plus grandes et desplift importantes qui ayent esté baslies depni^ cent ans en çà , et des mieux conduictes aussi, \^ la veux desduire par le menu , autant potir la gloire des uns et des autres , comme pour servir d'exemple à la postérité : le falot donc est tel.
Les Bîragues estoient trois frères , à sçavt^ nierosme , Ludovic et Carie , qui a voiietit pont cousin germain le président de Birague. Carte, le plus jeune , qui n'estoil capitaine que d'une bande de fanierie , et qui n'estoit banny de Milan comme les autres , avoit durant la paix précédente esté fort souvent à Milan. 11 advint une fois entre autres , qu'on cherchant audict Milan un jaque de maille qui fustbéan et bon tout enseml)le, il luy fut rapport! qu'un gentil-homme siennois, nommé Georges, en avoil un de bonté et heauté nompareÔle. 11 en eut la vue, mais ils ne peurent convenir du prix, l'autre le tenatit trop haut à son