LIVRE TllOISIÈME
Toatesfoîs le Sieûnoîs ne laissa de voir isledict Carie Birague par plusieurs fois, Il le séjour qu'il fil à Milan , s'aprivoim à peu si fort de luy , qu'ils jurèrent epar ensemble. Carie estant retourné à j$où estoil sa garnison , et ne pensant à 0oiDS qu*au Siennois, il fut au bout de 00 quatre mois tout estonné de le; voir PS , où il le reçut et traicta fort cour- BfDt , comme fit aussi le sieur Ludovic, ûisné et gouverneur du lieu. Luy ayant I demandé la cause de son voyage, il «il s'estoit repenty d'avoir esté si tenant h vente du jaque de maille , et qu'il le roil maintenant apporté pour luy en faire esent. L'autre ne le voulut recevoir , et a courtoisie en beaucoup plus d'estime f avoit auparavant.
cestuy cy qui couvoit en son aroe toute chose que le jaque de maille , se rendit iré parmy eux , que Ludovic , sage et imé seigneur , luy demanda un jour ision de sa demeure à Milan , veu qu'il Siennois," et quelle charge il y avolt : rcspondit lors qu'il estolt banny de sa tpour avoir trop avant embrassé et faites affaires de l'empereur, et de faict ,11 ne se fust sauvé il auroit couru pareil tl de sa vie qu*avoit faict un sien cousin aiii, lequel, [>our avoir esté fort affecî à l'empereur, on avoît fait mourir ; que (Tcar avoit si mal recognu ses services, avoit assez ik faire à vivoter avec je ne pelle petite provision qu'il recevoil tous m parmy la garnison du chasteau de n, dans lequel il se tenoit presque touss. Ludovic de Birague recognut par ces os (\ai y pourroil avoir ouverture à disr^ Siennois à brasser quelque menée de sf<' là. Parmy plusieurs devis qu'ils euinsemble , il s'informa particulièrement forme de la garde du chasteau, le reit dexircment tousjours sur le mesconlent qu'il avoit , afin que cela servist illon pour le faire entrer à vomir ce ivoit dans l'estomac, adjoustant tousqn'il lui desplaisoit fort qu'un homme le valeur et mérite qu'il le recognois- Bsl reduici à si pauvre parly qu'cstoit le •Dfin le Siennois, desjà fort apprivoisé ,
ouvrit tout à fait la boutique, déclarant h Ludovic de Birague que , s'il pouvoit trouver moyen de faire couler jusqu'à Milan cent ou six vingts, que François que Italiens, bien déterminés , et mesmes aucuns qui eussent à commandement la langue espagnole , qu'il se faisoit fort de les faire entrer dans la ville et dans le chasteau , les redrans en une sienne maison qu'il avoitjprès d'iceluy, avec es[)erance de le prendre par leur moyen , et le tenir pendant que le secours viendroit. Il dict aussi avoir observé qu'au caresme-prennnt tous les gentils-hommes et tous les soldats qui n'estoient de garde sortoient du chasteau et alloient coucher en \ille , pour plus commodément s'esbattre parmy les festes et parmy les comédies qui sont fréquentes ce jour là dans la ville ; que le chasteau ainsi destitué estoit prenable par une canoniere qu'il avôit recognue. Ludovic de Birague loua infiniment l'invention et Taffection du Siennois à si haute entreprinse , le priant la tenir secrette jusqu'à tant que la Frahce ouvrist la guerre à l'empereur, ce qui adviendrait bientost; que cependant il lui feroit fournir trente escus par mois pour son entretenement , qui luy sè« roient déboursés dans Milan ; prendns entre eux et chiflre et marques pour seurement traicter et conférer par après. Le Siennois , ayaiit receu quelque centaine d'escus , s^en retourna fort content et fort delibek*é.
Peu après l'ouverture de la guerre, Ludovic de Birague communiqua tout cecy au mares* chai , afin d'adviser par ensemble ce qui seroic à faire. Le faict , portant avec soy une con^ séquence inestimable pour la conqueste dé l'Italie, esveilla le cœur et l'esperahce au mareschal , lequel fut d'advis qde les choses fussent maniées entre eux sans les communiquer au roy , jusques an coup de l'eXecutiûn; et qu'il depeschast vers le Siennois quelque sien fidèle ami ou serviteur , pour luy donner advis de la communication ainsi donnée ntt mareschal , et de la resolution prinse à cultiver les fruicts de son labeur et intention, et sur tout pour entendre de luy en quels termes estoient les affaires , et son advis sur le total pour y donner la dernière main.
Le capitaine Pedre Marie Bresignelle , fort
accort et Taillant soldat I fatdepesehé, pt-e*
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MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
nant le cbemin des Grisons , pour de là aller tomber en seurté vers Milan ^ où Dieu le conduisit a sauveté , avec quelques escus qu'il portoit au Siennois. II le trouva non seulement en la mesme délibération première, mais aussi tout préparé à donner feu à la mine. Pour à quoy parvenir plus seurement il avoit desjà loué une maison près le chasteau y où tout le jour , par artifice pourpensé , ae trouvoit une infinité de jeunesse ; les uns tirans des armes , et les autres jouans , chantans ou dansans, et en fin faisant tel tintamarre , que les passans s*y amusoient aucunes fois pour voir que c'estoit; mais cela estoit desjà passé , lors de Farrivée de Bresignelle , en telle coustume qu'on n'y prenoit plus garde. Il Tavoit ainsi advisé , afin que quand il auroit recueilly une trouppe de gens de guerre , que le bruict qu'ils pourroient faire ne tirast aucun en soupçon de ce que ce pouvoit estre.
r II trouva aussi qu'il avoit luy-mesme faict de sa main deux eschelles de corde, l'une grande et l'autre médiocre ; autres deux de bois de mesme forme que la grande , estans de deux pièces qui se remboittoient ensemble. En cest endroict les choses furent mal basties , et pirement recognnes , conmie vous verrez cy-après.
% Que les affaires du chasteau estoient et se^ roient au mesme estât qu'il avoit discouru au lieur Ludovic , el qu'il ne faloit plus penser qu'à se préparer pour l'exécution au prochain caresme prenant , qui se faict et se continue à Milan jusques au premier dimanche de caresme, et s'appelle parmi eux U vecchio car-^ novaUe. Qu'il faloit de bonne heure penser à ae rendre si forts en Italie , que , l'exécution succédant par la main de si petit nombre d*bommes , il y eust soudain dequoy les secourir , asseurer et poursuivre la conqueste , laquelle apporteroit de toutes parts tel estonnement , qu'il seroit aisé à s'emparer de toute la duché de Milan et de se saisir de tous les ofiiciers et ministres de l'empereur, desquels on tireroit dequoy payer leurs labeurs et despenses. Est à noter en ce fait que leur resolution estoit de prendre vifs , si possible estoit f les principaux chefs du chasteau ,
et la dague à la.gorgeles^ mener sur le por-
fort
habi
tail , et leur faire dire à ceux de la ville envoyassent quérir le sieur domp Ff tous les seigneurs du conseil d'esiat présidons , pour remédier à aa desordre i y avoit là dedans ; tous lesqaels, à qu'ils entreroient dans le portail , ik | troient prisonniers en attendant le des nostres. Le complot eust esté sible si la fortune n'enst tout renvenê.1
Ces choses ainsi fidèlement ra[ mareschaly présent Ludovic de Bii fut résolu que luy-mesme, en guisé , s'en iroit à Bergame , et qoe se rendroit en une cassine , c'est à tairie , sur les confins de la daché de pour sourdement tirer à leur cordelh mil Suisses et deux mil Italiens des u la seigneurie de Venise , afin d'estre rés pour soustenir Texecution, coi pour recevoir les soldats qui seroient i de Piedmont, leur donner instmctioni introduire dans Milan , et mesmes au Siennois ce qu'il auroit à foire duire les choses à ceste projectée et perfection : que , pour ne rien faire treprendre mal à propos , je serob vers le roy pour donner communie tout à Sa Majesté , et b supplier cliose secrette , et cependant preste une levée de six mil Saiaa,j costé du Lyonnois une trouppe de pour les fiiire marcher à grandes] Ion ce qu'il leur conunanderoit^d auroit nouvelles certaines et asseomi ou mauvais succès de raflaire,desoY:
certain ; et que luy mesme , avec wt i choisie et délibérée , se tiendroit marcher au premier vent qu'il auroit i cution , laissant Bonnivet au Piedoo commander en son absence. Je fis le et rapportay du roy promesse de faire tout ce que j'avcus demandé, moy la promesse de la généralité de ces , que le roy me promit fort Pendant que je fis le voyage le choisir parmy toutes les bandes, deiti six .vingts [des meilleurs soldats, qœfl cons, que Biarnois et Basques, qui se^ rcnt trouver ; il leur fist faire coomuftM de setenir prç$ts pour marcher, et^i
urmes que l'espée et la dague , au 'pre- ' coRimandemenl qu'il leur feroit.
Souduiu que \e Fus de relour , il me comde rei^evoir eu ma chambre ces solts, qu'il y envoyeroil cinq àciuq seulement, or Bstre enieuistrés el recevoii- de ma maiu igt-cini) escus chucuu , el uu mémoire du emin et de ce qu'ils auroient à faire , et |Qel je meiLrois en lu main de celuy seul i devoil conduire et commander ses qua- ) compagnons, sans que les autres en eus- U cogauissunce.
Le mémoire portoit le lien et les journées B ils dévoient faire a&n que les cinquaines s'entre- rencontrassent , comme autrement s eussent peu faire. Le rendez-vous estoil ae rendre, par la vallée Camonica, au rgamasque , el de lu en la cassine où estoit liié le BirajTue , lequel avoit donné tel ort conforme au mémoire susdict , qu'au sorde la vallée la première cinquaiue , et de ia*en nain toutes les autres , (rouvoient ayant un chappeau de paille avec i plumes de faisan , et auquel tout aussicday qui commandoit devoil demander :
compagno , vuoi lu vender mi quella V i quoy il devoil respondre : Mesko bUogno per me. C'estoîl le mot iquel ainsi recogneu , ce chef, sans 'ilire, suivoit le paysan , lequel le la cassine, où soudain ilmontoit «•lOBQbier où csioit caché Birague, du- :evoît le commandement ei le conlur se rendre à Milan. Ce comotan- ,Mtoit tel : assavoir qu'il eust à suyde la cassine , certain autre qui aurait une scquenie de toile bleue do mesme ; que aussitost qu'ils ssë la rivière d'Agde au port de qu'ils clieminassent jusques à l'aniol au pont du Kavile de Milan, produ monastère des Anges , sur lequel esarrivés que le chef branslast tout dousonnette de la façon qu'on luy baillée ; et qu'aussitost qu'il oyroil la reste d'une mesme sorte de sonnette , qu'il leuntiit arrcsié , et (|ue lors il verroit sorde deasoits le pont un homme qui estoît imesme Siennuis , lequel leur diroit » Vous fe^ left^bien venus , suyves-uoy -, ce qu'ils