‹ Mémoires de Gaspard de Saulx-TavannesChapitre 77 sur 224 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

e lûMlQ^tii' ^^ temps et beaucoup de ft vous à Rive de Quiers , situé à quatre mils de

rd. Le siear de Richelieu en eut le gouement , duquel il s'acquita fort generenînt. Baptiste Fornar , gouverneur d'Albe m elle fut prinse , devint depuis serviteur oT, et .'se trouva en ceste armée , penle séjour de laquelle tous les cbasteaux largades des environs dudict Conrtemille idrent presenter^Hiur rendre obéyssance Majesté. Il n'y eut que celuy de Castres Cossan , dans lesquels il y avoit garnie qui firent contenance de se vouloir faire >; mais, voyans marcher partie de nos pes , sous la conduicte de^Bonnivet , ils t assez laschement rendus. Le Fornar barge de garder Castres , pour de là îr des practiques dans Gennes , dont de- I s*acquita assez mal , vérifiant la vérité overbe italien qui dit : D'inimico recon- ) non ti fidar , se non wioi esser gabato. idant ces exécutions , le sieur domp ad diligentoit Tamas. de ses forces , en ipa I comme le bruit couroit , de secouplace ou de donner bataille. Or , tout [ueles infortunes qu'il avoit precedem-

lardeuxparty, les prospérités au condamareschal Tinvitoient à s'en garder e retirer , non pas dans les garnisons , lijeD dans les tranchées de Poyrin ou de ignolles, qui font quasi le centre du lont, à finde considérer de là les moûts de Tennemi , et , selon iceux , s'adr on reculer ; car, tout ainsi que la va- !ile sage conseil sont ceux qui , sous la Sc^n de Dieu , emportent la gloire des Iles, tout de mesme Forgueil et la teme* es font perdre , ruynant Futilité , la (6 et la gloire des conquestesprecedemfaictes. Ne s'estans donc entrerenconl'enneml marcha du costé d'Ast, et le Poyrin , et de là aux garnisons. Cen le maréschal ne perdit temps à Pourutes les places qui estoient du costé de ni. Cela faict , ayant esté adverty que Ferrand vouloit attaquer Villeneufve , ;enta de faire de nouveau un corps e des trouppcs qui avoyent séjourné garnisons , pendant que les autres tela campagne , leur donnant le rendez-

Villeneufve. Soudain qu'il y fut arrivé il eut advertissement de quatre divers endroicts» et de la main mesme de gens fort croyables, que domp Ferrand se devoit le lendemain advancer pour gaigner le logis de Butiglieres, fort advantageux pour les cavines et vallons qui sont à Fentour , et que j'ay souvent veus.

Là dessus Brissac , qui ne vouloit jamais faillir tout seul , assembla tous les seigneurs de Tarmée pour avoir leur advis sm* ce qui estoit à faire , leur tenant ces propos : » Messieurs , je vous ay tous icy assemblés, comme mes chers compagnons d'armes , pour vous dire que je suis fort bien adverty que le sieur domp Ferrand est reduict à tel desespoir , qu'il a résolu de tout hasarder pour prendre Villeneufve ou nous donner la bataille : il me semble que ceste résolution , qui doit décider du total , doit estre aussi en nous, mais par raisons différentes toutesfois , et qui néantmoins sont toutes combattues de raisons si contraires , qu'elles supendent mon jugement et ma délibération. Laisser perdre Ville-

courues le pouvoieot ranger à prendre neufve , il ne le faut pas ; laisser aussi entrer

l'ennemi dans nos plus chères entrailles , il ne le faut pas , au moins sans luy faire sentir la puissance de nostre maistre, celle de nos bras et de nosfre dévotion à son service. Je sçais assez que^ le.. bon advis , le bon cœur ny l'expérience, ne deffaudront jamais en vous; mais quand] toutesfois je considère que les forces et les moyens des ennemis surpassent les nostres en quantité et non en courage , et que ce n'est pas sagement faict de hasarder' sur l'asseurance de ces belles partieSytoutun estât, mesme n'estant pressés par disgrâce ou par desespoir qui soit en nous comme il est de leur costé , j'estime lors que nous devons demeurer sur Tudvantage des parties, avec résolution neantraoins toute arrestée de nous ranger à cela seulement que l'occasion pourroit advantageusement offrir ; ' car, combien que la générosité de nostre maistre n'ait rien plus à cœur que de marier ensemble la gloire des armes avec la magnanimité de Tame, cruelles ennemies de la crainte et de la honte , si faut-il que nous considérions, auparavant que noutf embar-

MÉMOIRES DE BOYYIN DU VILLARS

quer plus av^^nt , que ceiuy qui se prépare à toute sorte de fortune , et qui remet ses armes en la maiu de Dieu , n'est jamais surprins. Sur ce propos vous vons souviendrez aussi, s'il vous plaist , messieurs , que quand le roy, Tannée passée , me bailla congé de donner bataille , le remonstray ù Sa Majesté que j'avois apprins du feu roy François , son père , que le sa(;e capitaine ne devoit jamais hasar der toutes ses forces nv toute sa fortune ; et que , à la vérité , il avoit tousjours esté dangereux aux affaires d'eslat de practiquer ces violentes médecines , si le mal n'est du tout incurable ; que le Piedmont estoit tant csloigné de la France , (|u'il ne pourroit, casque la fortune nous fust contraire , estre si tost secouru que rennomî n'eust auparavant prins cinq ou six des meilleures places qui ont cousté tant de san^; , d'or , de temps et de labeurs à conquérir et conserver. Je crains que ces mesines remonstrances n'ayent prins racine en l'ame de Sa Majesté , et qu'aujourd'huy enlreprenans ce à quoy nous nous disposons , qu'elle ne soit pour le trouver mauvais, et d'autant plus si le desadvantage.tournoit sur nous : de l'en advertir , la briefveté du temps ne le permet pas. Je sçay bien que Tesperance et le courajje sont drogues fort salutaires pour les combats , et toutesfois si fallaces, qu'il ne s'y faut jamais guieresfier, pour ne nous inconsidérément précipiter dans les muables ondes de la fortune. Je croiroîs donc , puis que nos places sont passablement fournies à ton le sorte d'événement, que nostre armée est pleine de bons et fidelles combattans et garnie de chefs sages , vaillans et intrépides , que nous ne sçaurions mieux faire que de nous laisser emporter à la resolution de la bataille , appellans premièrement Dieu à nostre aide , qui ne nous deffaudra jamais en cause si juste qu'est celle de nostre maistre ; en laquelle confiance nous devons tous tourner les yeux à Dieu , à ce qu'il luy plaise tellement disposer nos affaires, qu'il y ait plustost en nous le ro{;rel d(» n'avoir combatu que la douleur de la p(*rl(\ Si nous sommes un peu lon^s en nos ilcliberalions , nous serons tant plus sabres et plus résolus aux généreuses exécutions./'

D'AmpYille , La Fayette, Tavanues, Aussun,

Aubigny, Terrides , Chavigny , tf Ygîé , lieutenant de Maugeron , La Motte Gondrin , vicointe Gourdon , le président Bir^gue , Ladovic et Caries Birague frères , Momljuc , Francisque Bernardin de Vimercat et Salinct Chamont , du Peloux et La Curée , appeQài ce conseil , concoiu*urent tous à donner h bataille , conforme à Topinion du niarescU, protestans et jurans de vaincre ou geoeremment mourir. Bonnivet, de naturel asiex gaillard , respondit au mareschal , duquel il estoit cousin germain: «Il n'y a qu*UQ mot à dire , monsieur , soyez seur que nous vraiiicrons , ou que (monstrant les basses mardiei) nous ne craindi'ons plus les vainquem.

Quoy! nostre cause n'est-elle pas juste PCoorage ! courage ! Dieu la protégera , en l'inf»qiiant de bon cœur , comme nous derons |^ foire. Nous avons pieça apprins à vaincre eti n'estre jamais vaincus , nous ferons reoput de nostre vertu et de la gloire de nos majrân, sous les propices enseignes de Dieu , et son les victorieuses du roy. » Le mareschal ki remercia tous , et pria que chacun de soi costé préparait diligemment soy et sa trofippe , pour partir à minuict et aller ga^^r le logis de Butiglieres , qui avoit de belles canpagnes pour demesler le jeu des armes; d que cependant les forces de Quiers , Thorinet Yilleneufve se viendroient joindre à luy, ei ayant desjà faict le commandement.

A ceste resolution l'armée deslogei ï la sourdine : elle estoit composée de six à sept mil François , deux mil Italiens, deux mil Àlemans, de trois mil Suisses, de trois cas hommes d'armes , de six cens chevaux légers, et de six pièces de campagne , sans environ cent ou six vingts gentils-hommes volontaires qui estoient avec le mareschal et autres adgneurs.

Sur les six heures du matin , l'armée nichant en [ordonnance , on eut nouvelles que domp Ferrand se hastoit de guigner Butigl!^ res ; or , craignant d'estre devancé , le nureschal dc^pesclia soudain La Motte Gondria et le vicomte de Gourdon avec deux cens chevaux vi trente-ci«q arquebusiers à clieval , sous le sieur de La Curée , brave et diligent cavalier, pour donner jusqu'à Butfgfe-

res ;;,rom[U'e et gastcr les puits , s'il trouvoit

ni plu^ làmai qsa noas , 01 ftiire loûts conten^iiGe de vouloir dniMiter te et qoa , sekui oa ^u^il» trouveroient , ( à d'autre ils eii doppaisseiK auitvis. gnDéecependaiU mftFcfaoil toujours de pas qa-eanBon utidy elle se trouva , vils de ButigMeipes , en uue belle camcase, on le iBaresobal ocdenaa sesba- , sur Ta^vis que Gon()rm et Gourdoa merent que tout ce qn^iis avoient peu t ennemi leur veaanf sur les bras , ç-a* é de jetler du bled dans les deux puits riUe. Feu après , et quasi au uiesme , ils mandereiit au mareschal , quç Tairde eaaea)te conunençeil à se loger , h baiailie n^en estoit gueres loin. Sun ^rts le marescl^altoumoyaQtlacampour en reeoguoistre les advantages , eut que l^arjnêe ennemie estoit encores de demie lieue de Butiglteres , marouie à la file , dont il qiida foroener ; les avant- coureurs eussent recognen I \ray Tepuenu e$ mandé au vray ee estoit , le mareschal eust esté assez à ea pour, saisir le logis le premier , ou, ttvaiis eskûgaés les un^ des aulMS , 1 ii estoient, sans tenir ordonnance ny iiiltaire , deiauce les premiei^ venus , MT respeuveote ^i gnuade aux autres , Bsl peu gaîgoer la bataSIe à peu de

I de hasard : prenant toutesfois , parmi rrdre et desfait , parti coqvenable , il mcer ses bataillons jusoues sur le front mi qui travei^it plusieurs endroicts le campngne , ppi^ jetta dans dpux touf kott qui tfxtoient aux costés diceile , bijlioiem r armée , une tr^oppe d'arsien et eent <iievaux , avec eomman-

II de ne se descouvrir, jusques à tant tissent les ennemis un peu plu9 advan-^ faa ; et qf|e lors ils dopnassent par les

fiTec grands cris et le plus furieuse* u'ils pourraient, il bailla au sieur Fran- Bero^din autres deux cens chevaux re cens arquebusiers choisis , luy comiit de se tenir un peu à Tescar^t des m , et delà bien et diligemment cou- ', si on venoit aux mains, quel seroit s et le combat , pour favoriser celuy

^(km (pi aupoit ^9wa deeott «eçQiir»,

IIVRE QUiTRIÈMB.

«Il

^ Pendant qu^ou disposoit ainsi toutes choses , Tennemi s^avança hors de Butîglieres jusques à un grand cavin qui estait entre- eux et nous. Soudain tes enfans perdus se jetteront au devant des bataillons, agaçant les ennemis par une gresle d'arquebusades , qui ne demeupoient san$ fo^t rude response. Le mareschal s~estant advancé avec dix chevaux seulement, dont Bonnivet, Montluc et Sainct Chaumont faisoient partie, ils s'approchèrent si fort qu'ils descouvrirent ce grand cavin , sur te front duquel les batailtensde rennemi estoient rengez , et avec tel advantage , que nous ne pouvions alter à eux sans nous desordonner, ny aussi eux venir à nous sans courir pareil désordre.

Brissae, s*en retournant au petit pas, fût salué de plusieurs arquebusades qui ne porte* rent coup que sur te cheval de Montluc : et lors, se présentant au front des bataillons» qui le saluèrent avec grands cris et applau- (fissemens , ne leur fit que dire ces mots : <c Mes compagnons et mes amis , je ferois tort à ceste grande valeur et à cest intrépide cou* rage que j^ay tant et tant de fois expérimentés en vous , si je m'amusois , par paroles et remonstrances, à vous encourager pour vaillamment affi^OQter nos ennemis, lesquels, redoutans la force et hi valeur de vos armes , se sont parqués, ou, pour mieux dire, cachés en lieu oti nous ne les sçaurions aller trouver sans vous exposer à un trop évident hasard, à cause d'un cavin qui est devant eux. Tenez vousnéantmoins preste pour me suivre et donner avee mey dedans eux , si , ayant encor un peu mieudt recognu moy mesme leur contenance, j'en donne le signai, asseuré que je suis qu'aussi tost qu'ils vous verront esbranler il$ quitteront la partie , pour ¥Ous feire de nouveau triompher d^eux, comme vous avez cy-devant tousjours heureusement fiiict, sous la conduite du Dieu des armées. » La responcê ne fut qu'une joyeuse acclamation de bataille , et sur tout des Suisses , commandés par le colonel Fiolic , lequel , au nom des compagnons , promit au mareschal de combattre avec tel courage et affection, qu'ils tourneroient Tennemi en fuite sous les victorieuses enseignes du roy. L'ennemi , demeu^

rant obstiné à ne desplaçer hors.de son fort^

MÉMOIRES DE BOYYJN DU YILLARS.

la journée se passa en escarmouches , aucuns des leurs demeurans prins et des nostres aussi, en entre autres le capitaine Duno, Normand. Le soleil s'abaissant » chacun reprint la route du logis , marchant tousjours en ordonnance.

Dorop Ferrand , brave et rusé capitaine , de là à deux jours joua un personnage qui trompa pour ce coup le marescbal. Il sçavoit de longue main que les chasteaux que nous tenions es environs de Cairas , avoient réduit cette place à telle extrémité , qu'elle s'eaalloit perdue si elle n'estoit secourue > tant les vivres y estoient courts. Or, pour en foire Tadvictuaillement en toute seurté et hors le hasard d'une bataille , sans venir à laquelle cela^ne pouvoit estre fait à temps , il s'imagina de mettre en avant une suspension d'armes , pour essayer, d'un commun accord , chacun de son costé , de réduire son maistre à la paix , laquelle domp Ferrand desiroit infiniement pour deux raisons : l'une parce qu'il avoit descouvert que ses emulateurs practiquoient envers l'empereur de le faire révoquer de sa charge , comme il fist depuis ; l'autre , pour pouvoir, pendant ces traictés et suspensions d'armes, avictuailler Cairas. Pour parvenir donc à ce sien dessein , il commanda à domp Alvaro de Saude , qui tenoil prisonnier de guerre le capitaine Duno, commissaire de l'artillerie , de luy faire sentir de loin , comme de luy-mesme , un regret de voir les armes de ces deux grands princes converties à la ruine des chrestiens , au lieu de les tourner contre le Turc leur ennemi commun ; qu'il s'esbahissoit que le mareschal , qui estoit si grand capitaine ^ et si bon catholique, si zélateur de gloire et d'honneur, ne taschoit à les accorder. Le sieur de Duno fut bien aise d'entendre ces propositions tant salutaires , et promit à domp Alvaro d'en parler au mareschal s'il Falloit trouver. Gestuy-ci le mena à domp Ferrand, lequel lui fitseinblablesremonstrances et prières qu'avoit faict domp Alvaro , adjoustant que s'il ne tenoit qu'à accorder une trefve entre luy et iedict sieur mareschal, qu'il y cntendroit fort volontiers pour le bien de la chrestienlé.

Le gentil homme estant arrivé vers le mareschal , luy fit tous ces discours , auxquels il print goust , luy semblant que ce seroit

l'advantage de Tun et de Tautre prince , et de leurs sujets aussi. Surquoy désirant prendre résolution , il fit convoquer le conseil , où il proposa le rapport que Duno luy avoit £iit pour en avoir leur advis. Tous conclurent d'une voix qu'il ne pouvoit mieux faire que d'y entendre ; qu'il devoit renvoyer Duno pour donner communication du consentement que le mareschal apportoit à sa proposition, et que pour en venir aux honorables eflects, que domp Ferrand deputast deux personnages de qualité , pour se trouver en une cassine qui estoit entre les deux armées , et qu'il y envoyeroit aussi ses députés, avec pouvoir de convenir et accorder ce qui seroit réciproquement nécessaire. Duno> estant retourné vers domp Ferrand, porta ceste résolution, sur l'adveu de laquelle il députa domp AlTaro de Saude, le sieur Fausin, commissaire gênerai de l'armée impérialle, et le secrétaire Evazio : de la part du mareschal furent députés les sieurs de Montluc, de Montbazia, Montferrand , maistre des requestes, et moy avec eux.

^ A la première assemblée , après les coIlgr^ tulations et disputes faictes de part etjd'autre, fust convenu que trefve seroit faicte pov quarante jours entre les armées dePiedmoot, Montferrat et Milanois , pendant lesquels dacun des lieutenans généraux envoyeroit vers son maistre pour sçavoir sa volonté sur leftict de la paix; qu'il seroit indifferenmient permis , durant le temps de la trefve , de fortifier et avictuailler ses places et villes sus aucun empeschement ; que les laboureurs et marchants iroient et viendroient sans empeschement de part et d'autre , et que, pour donner meilleur acheminement à œuvre si saincte, lesdicts lieutenansjgeneraux s'entreverroi^t en la campagne ,' entre les deux armées, accompagnés chacun de cent seigneurs et gentilshommes, avec Tespée tant seulement ; que le sieur domp Ferrand donneroit à disner anx François , et le mareschal aux Espagnols; et quant aux deux capitaines généraux, qu'ils disneroyent seuls ensemble, en la tente do sieur domp Ferrand , comme prince et lieutenant d'un grand empereur.

Les choses ainsi accordées , l'exécution ftt remise au lendemain, jour de samedy.

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