LIVRE QUATRIÈME
mareschaly qui recogfnoissoit l'orgueil
nation espa{fnolle , estima qu'il n'y au-
ul d'eux qui ne mist sur luy tout le ve-
it tout le passement d'or de Milan pour
la nicque aux nostres, tous barbouillés
rouilles du continuel maniement des ar-
ce qui luy fit prendre une resolution
d'un yray capitaine , et qui fut depuis
!e fort belle par domp Ferrand mesme ;
fu'après avoir choisi tous les seigneurs
îtaines qui dévoient estre avec luy, il'
^minanda de ne porter autre habille-
>n parure que celle dont ils se servoient
5r les armes à la guerre ; mais que ,
aux chevaux , ce fussent les plus beaux
mieux harnachés et parés qu'ils pour-
> IL presta, à ces fins, vingt-cinq des
\ ceux qui n*en estoient pas bien four-
'en retenant ^pour luy qu'onze, l'un
sa personne, et les autres pour neuf
et pour son escuyer , pour bien parer
onner lesquels rien ne fut oublié/,
les sept heures du matin , cette belle
>c se mit en chemin au petit pas, six
ettes , Tescuyer et ses pages marchant
t. Dès que la trouppe espagnolle , que
)pelleray pour ce coup ennemie , com-
I à nous descouvrir , ils firent faire une e salutation de trompettes, auxquelles «très respondirent soudain. Peu après Dmmençasmes à descouvrir le sieur domp )d, avec sa suite, qui s'avançoit vers comme aussi faisions nous vers luy. Si ne nous fusmes à trente pas l'un de 3, entre les deux logis, tous ces sei* s, au commandement du marescbal,
II pied à terre. Les deux généraux s'bsncre-embrassés fort courtoisement, domp od dit au mareschal : « Monsieur, je vous que chacun de nous embrasse la trouppe m compagnon. » Les siens , qui estoient orés comme calices , s'estans sur ce ad-
, firent la reverance les uns après les au mareschal. Lors les François s'aont à faire de mesme à domp Ferrand, ; de si bonne façon quUl sembloit qu'ils ttousjours vescu ensemble. Gela achevé, r domp Ferrand, prenant le maresar la main, et se tournant vers les sei- » espagnols , luy dict tout haut : « Mon-
» sieur, vous avez'ce" matin' aprins à moy et » aux miens , qui se sont parés en damoiselled » et les vostres en soldats, que le plus beail » parement qu'un chevalier puisse avoir , est »> celuy mesme avec lequel il acquiert la gloire » et riionneur »; dont chacun se print à rire. Delà il le mena à une grande fouillée ou le disné estoit préparé. Bonnivet, faisant l'honneur de la maison françoise , mena disner tous ces seigneurs espagnols en la tente préparée pour le mareschal ; et domp Alvaro de Saude et le comte PhilippesTourviel menèrent aussi tous les François en celle de domp Ferrand. Le disné parachevé, les deux généraux se retirèrent seuls pour conférer ensemble* « comme ils firent deux heures durant , pen-« dant lesquelles tous ces seigneurs se mesle^ rent et promenèrent les uns parmy les autres. Après ceste familière communication , le signal fut donné pour remonter à cheval ; re* commençans lors les accolades et offres de part et d'autre , mesmes entre les deiix généraux, d'une si gracieuse façon, que chacun conceut espérance de paix ; ce qui n*arriva pas toutefois , nos péchés nous ayans rendus indignes de ceste bénédiction de Dieu.
Les armées furent soudain renvoyées aux garnisons , et puis chacun denna advis à son prince de ce qui s'estoit passé , pour sur ce avoir son commandement.
Ayant le roy par Montbasin entendu font ce qui s'estoit passé entre le sieur domp Ferrand ^de Gonzague.et luy, Sa Majesté luy manda qu'à ce qu'elle pouvoit juger et recognoistre par les effects qui en estoient ensuivis, il eust été impossible de se conduire et gouverner en cela plus sagement , prudemment, ne plus vaillamment qu'il avoit fait, ayant sceu si bien garder en tout et par tout son advantage et la grandour de sa réputation ; et qu'elle ne pouvoit celler les très-grands contentemens et satisfaction qu'ajuste occasion elle en avoit , le priant faire entendre audict domp Ferrand qu'elle eust aggreable la trefve ou suspension d'armes qu'ils avoient par ensemble accordée pour ce mois de septembre; mais que son vouloir et intention n'estoit pas de la prolonger pour plus long temps que cedict mois , si les Siennois et leur estât , les duc de Parme et comte de la Mirandole , aussf
te
MÉMOIRES DE BOYVIN DO VILLARS
avec leurs cstats et subjects , et autres ses amis et alliés d'Italie , n'y estoient comprins pour jouyr du bénéfice de ladicte trefve ou suspension durant le temps qu'elle pourroit cstre prolong;ée et continuée -, et autrement qu^elle penseroit ne faire moindre tort à sesdicts amis et allies, qu'à elle mesme, car ce seroit donner le moyen à domp Ferrand pour l'empereur de convertir et employer les forces qu'il a maintenant assemblées au Pledmont contre ceux qui sont en sa protection. « Et si d'avanture ledict domp Ferrand faisoit responce n'avoir pouvoir dudict empereur de traicter avec ladicte compréhension , et qu^il voudroit bien avoir temps de l'en advertir pour en sçavoir son vouloir et intention, il luy faut mander là dessus , comme de vous mesmes^que vous vous voulez bien faire fort que Sa Majesté ne trouvera mauvais que pendant le temps qu'iceluy domp Ferrand envoyera devers ledict empereur pour entendre sondict vouloir , que Ton continue encores pour lé mois d'octobre prochain seulement icelle suspension d'armes , selon qu'elle a esté accordée pour le présent mois de septembre , sans la dessusdicte compréhension , laquelle, outre ce que dessus, Sa Majesté desireroit bien qu'elle fust generalle pour les pays, terres et places qui sont en son obéissance et protection en Italie , en laquelle se pourroit entendre Tisle de Corseguc ; dont toutesfois il ne leur parlera s*ils n'en tiennent propos pour Texclurre absolument de ladicte compréhension. Surquoy le marcschal leur dira qu'il ne sçait que c'est , et qu'il ne luy en a esté rien mandé de par le roy ; neantmoins, peut estre que la pourrez trouver en telle disposition , qu'il n'y auroit point de mal de faire instance de comprendre ladicte isle comme les autres ; ce qui se remet à sa discrétion pour en user comme il verra cslre à faire pour le mieux. J'entends que si vous trouvez ledict domp Ferrand difficile et opiniastre à ne vouloir comprendre ladicte isle de Corse{pie , que vous ne laissiez à passer outre , pourveu que les autres dessusnommés y soient comprins, avec la généralité d'amis et alliés. Et une spécialité que j'oubliois, qu'il faut pareillement exprimer , c'est à sçavoir la duché de Castres avec restât et maison des Farnaises ; ayant
remarqué ce exprès que le raareschal n'avoit guieres de temps pour advertir ledict domp Ferrand. Et cependant Montbasin , qui s'estoit trouvé un peu mal depuis son arrivée, n guarira pour vous aller retrouver, parleqid je feray responce aux autres poiucls oontAnus au mémoire que vous luy avez baillé « et dont il m'a parlé de vosire part ; vohs ayait bien voulu envoyer avec ceste depesdie ■ discours au vray du progrès de mon armée, et de ce qu'il s'est fait à la journée jusquetà ceste heure présente , à fin que là vous tojM que les advantageux en paroles n^ont pas tam? jours le meilleur jeu , tesmoing rempereorel ses ministres , avec leurs mensonges et bnvades , qu'ils ont publiées par tout Tunivai Priant Dieu , mon cousin, qu*il vous ait ena saincte et digne garde. Escript au camp de Solesmes en Haynault, le 16 de septeiuin 1553. Hbnrt. Duthibr. >»
Le connestable manda au mareschal ^aH luy avoit donné advis de la defaicte qu'A ma faicte de quatre mil chevaux des ennemis dà le mois passé , et que depuis cela et que W dicts ennemis curent entendu que leroyé'eitoit mis en campagne avec son armée , ils n^eit cessé de fuyr devant luy , les suivaôt Vm^ jours ledict sieur de lieu à autre , et jaiqucs à loger en leurs mesmes logis ; finibment ledict sieur , qui ne s'est voulu amttr à siège de place qu'ils eussent, pour nepwdre l'occasion de leur donner la bataille, de laquelle l'empereur l'avoit tant menasse Mf tout le monde, continuant à les chasser, s ei trouvé en ce lieu , où si tost qu'il eut entaÀ que lesdicts ennemis s'estoient logés auprès de Yalenciennes , résolut de les y aller troonr pour essayer de les attirer à ladicte batailh; et pour ce faire il se mit hier matin aux champs avec son armée , autant délibérée de (Mtbattre qu'il fut jamais. « Je m^acheniinay devant avec l'avant-garde , et approche le canip desdicts ennemis à la portée du canon : ib avoient mis dehors un grand nombre de leiin gens de cheval et de pied , que nos chevaux légers avoient jà longuement escarmouches. Mais y estant arrivé avec la cavalerie de l'avantgarde, je les fis si vivement charger et enfoncer, qu'ils furent^ repoussés et recognés
I iltftE QTJATRIÊME.
s dedans léâ fossés et tranchées de iféur- \stip , qu'ils y ont faict faire les plus s qn'îl est possible, et oà ils se retiré- 1 fort grand désordre , n^esperant d'aureté pour eux qu^én la fortifi^cation de t camp : qui est bien toing^ de ce que onpereur avoi^ tant bravayé, ayant i tous les princes et potentats de h înlé, qu'en quelque lieu que le roy ust avec son armée , il se ^eroU plusrter en litière en son camp qu'il né lé tis^; et au Déu de cela {il|les peut [asî ceste heure qu^il n'eust janàaîs armée iroast mieux ses insolentes braveries. honteuse fuite , çt qui ait receu un si ]es-honnéur que fit hier la sienne. "Ùèf Us se veirent dedans leur fort ils nous [quelques canonnades, mais dé sortir ne mie de leurs gens , il n'en fut oncques les, tant ils estoient intimidés et es- \ et quant à môy , je n'eu vis jamais I. Je demeuray^ au retour de nostre- Qtreprinsé, sut la queue de nostre arec une partie aé fa cava1ét*ie ; et én- |iie la coustunâe des gens d'e guerre soit heure là dfé jettér quelques gens de- )Qr venir recognoistré les' ennemis , ou loner quelque alarmé , il ne sortit un loune des leurs : de façon que le roy B d'espérance, pour céste année , de !r à ce qu'il à tant recerché et désiré, ^ de leur donner fa bataille; et faùil se contente ^é les avoir fait le pluis sèment fuir devant luy que fit jamais Chose dont J^ay bien voulu incontim donner àdvîs , à fin que vous parai une si bonne nouvelle , et en faictes tous les bpns servitei^rs quéjedict oy a par delà , et aussi pour vous en >iràradvantagede ses affaireset service.
asin, je prie{Dieu qu'il vous doint bonne ne yié. Escriptaucampde Solesmes,le ^ptiesme jour de septembre 1553.'^ . l'admirai marcha avec une Donne d'arquebusiers , qui firent bien perdre erie aux Espagnols. Vostre bien bon et amy. Moktmorbnct. »
lant ceste suspension dVmes , domp
de Carras et Yulpian , places eslolgnécs dii corps de ses forts , et bien-avant enclavées dans les nostres.
L'empereur et le roy, ayans faict plusieurs consultations stir les demandes advantageuses que ils s'entrefaisoient Tun à Tautre , ne.peurent tomber d'accord : de manière qu'il fallut retourner à la guerre , dont domp Ferrand ci le maTeschal s*entredônnerent advis l'un à Tautre avant que reprendre l'espée , suivant les accords et promesses qu'ils en avoient ùào tes lors qu'ils s'assemblèrent, comme nous( avons dict, pour donner ouvertiure à ce pourparlé de paix; observans en cela et toute au-, tre chose qui despendoit dudict accord, une si reliffleose foy, que rien ne se passa d^uncosté ny aautra qui fust au préjudice d'îceluy, jus-
S Mes à tant qu'ils furent advertis de la reprinsé^ es armes. Ce fut une resolution si mal dige-*
: rée que aucune autre qui ait de long'temps^ esté mise en exécution , et qui apporta depuis à ces deux grands et magnanimes princes, ^C à tQute ïa chrestienté , dommages et ruy nés infinies, conâime il se verra par la suitte de ce^ Mémoires. L'ambition et l'opiniastreté de l'em-
1 pereur, qui voloient d'une aisle trop haute,ne permeltoient qu'il s'accommodast à la jeune et florissante valeur de Henry deuxiesme, luy semblant que luy et tous les autres potentats de l'Europe dévoient faire joug à ses desseins et à ses conf oitises , qui estoient si grandes en luy, que c'estoit une vraye enchgisnure des choses qui s'entresuivent et qui prennent leur commencement de la fin Tune de l'autre. En ce temps les cardinaux^ de Tournon et de Ferrare , très-grands personnages d'estat^ qui avoient de longue-main charge des affaires du roy en Italie, dressèrent telle intelligence avec les Siennois , que l'empereur avoit privés de leur liberté par la construction d'une forte citadelle , qu'ils levèrent les armes , comme j'ay desjà dict , sous la faveur et protection du roy, au nom duquel ils furent soudain secourus par ces seigneurs de deux mil hommes de pied , avec lesquels la citadelle fut assiégée et rendue en leur puissance le 27 juillet: Tandis que le cardinal de Ferrare se contenta de manier les affaires du Siennois , tout alla bien ; mais soudain qu'il voulut entreprendre
d ne perdit temps à FavictuaiUement | le commandement des armes il cuida tout per-
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
drc : c'est pourquoy les sd{;es disent qu'il ne faui jamais outrepasser les bornes de sa vocation : qui la fuict bien ne foict pas peu aujourd'huy.
) Geste perte apporta beaucoup de rabais à la réputation de Tempereur en Italie, et au contraire une fort honnorable au roy, comme salutaire libérateur des affligés. - ,; Les Espa{jnols, ne pouvans de leur part bien di{jerer ceste perte , dressoient practiques de tous costés pour la recouvrer,- mais sur tout le >îceroy de Naples domp Garzie , lequel à ces fins avoit tiré à sa cordelle ^le sieur Julio Salvy et ses frères^ capitaines du peuple sicnnois : ce qui fust descouvert par son secrétaire ^ lequel tomba es mains du capitaine Moret , Calavrois, appoincté du roy à la guerre de Sienne , etjequerfit'si {p*ànde peur à cestuy-cy, qu'il le réduisit à descouvrir le pot aux roses.
Domp Garzie , qui faisoit semblant d'assiéger Montalcino , qucdéfendoientles seigneurs Jourdan Ursino , le comte Camille Martinenguc et ledict Moret , leva le siège soudain qu'il sceut ces nouvelles, et se retira aux garnisons impériales.
Les armes ayant esté reprinses , le mareschai print resolution d'aller assaillir Cameran^ ci-devant fortifié par le Yistarin, qui est une place d'Astisane , mesiée parmy celles] du Monlferrat , et laquelle avoit puis n'agueres esté fortifiée par rennemi , à la ruync du pais que nous tenions de ce coslé-là. Pour ce faire, il fit tirer de Villencufve d'Ast quatre canons et deux coule vri nés et un autre canon de Quiers , avec lesquels , assisté de quatre à cinq mil hommes de pied seulement et de cinq cens chevaux, il marcha contre Cameran, qu'il fit sommer en arrivant; mais, ayant quatre cens hommes qui estoyent dedans bravement respondu , il fit dresser la batterie , laquelle au deuxiesme jour commença à tirer: pour ce jour elle ne fit pas grand effort ; mais le lendemain , ayant esté toute tournée contre les fiancs de deux petits bastions de terre nouvellement faits, clic fit tel degast que ceux de dedans, se défians de "pouvoir soustenir Tassaut , se rendirent à bagues sauves. Mais à l'instant que cela se demesloit , nos soldats,
s'cniresoustenans l'un l'autre , grimpèrent sur
un bastion de terre, entrèrent dedans et tuèrent tout : c'est pourquoy celuy qui parlemente doit estre en plus grande garde que jamais. Et pour-autant que ceste place avoit foict mille maux dans les terres possédées par le roy, et que nous en avions assez d'antrtt sans nous engager à la conservation de cest^ cy, il fut résolu que le cbasteau et le Art d'alentour seroient abattus avec le feu : et par ainsi il fut commandé au sieur de GaiUac d'y travailler ; leqnel , ayant iaict mettre quatre caques de poudre 'dans les caves voûtées d en une tour, le tout de brique , après avoir adverty chacun de se retirer au loing, le fSm fut mis [à la traisnée , et tout aussi tost nm vismes enlever si haut en l'air ceste tour, qu^tt homme à cheval eut passé par dessonbs , retombant avec plus de dix pas de courtÎDe di logis , tout en poudre ; de manière que depoii ce n'a esté qu'une tasniere à serpens. L'armée , se retirant vers Yilleneufve , passa pv Baudicher et Tiglioles , chasteaux du cofflU de Montafie , dont l'Espagnol s'estoit emparé; ils4^iu*ent battus et rasés conune Cameran.
Ceste exécution achevée, le mareschal, désirant réduire tout le Montferrat en Fobeis* sance du roy, prmt resolution d'aller reoognoistre Tonc et Monteil, qu'il jugeoit propres à son intention et fort aisées à fortÎBtf, estant] toutes deux assises sur costeaux fort advantageux; et pour ce faire il print ceot hommes d'armes de diverses compagnes, commandés par M. d'Aubigny, conmaelepliis ancien capitaine des honunes d'armes. Arrivant dans la vallée qui est aux pieds desdicttt deux places , et qui s'estend jusques auprès d'Ast , il commanda audict sieur d'Aobigny de se tenir serré en bataille , et de ne quitter h place n'y s'esbranler à aucun combat , quof que l'ennemy le vint agacer, pendant qu'Ô iroit recognoistre ces deux places avec une trentaine de chevaux seulement. L^ennemy, qui eut advis de ce voyage , fit sortir environ deux cens chevaux départis en deux trouppes, aux costés des vallées, et en jetta une vingtaine pour aller attaquer les nostres , pour les attirer en chargeant, et estans aussi chargés , dans l'ambuscade. Les trente chevaux jouèrent si bien leur personnage , qu'ils firent oublier audict d'Aubigny, non-seulement Id