LIVRE CINQUIEME. frià
chargées de farine et de tous autres rafraischissemens. Luy, estimant que aussi tost que nous le verrions comparoir que nous nous retirerions, envoya donner Talarme du costédé Butiglieres , par cent du six vingts , que chevaux, que arquebusiers, sortis de Cameran; fl fit aussi de mesme de son costé, faissint marcher devant luy des païsans qui assearoient qu'il avoit sept ou huict mille homities; avec dduze cens dievaux. Et de.faict, se avançant tousjours sur ceste asseurancè vers Villefranche , il se trouva si rudement chargé et repoussé par une bonne trouppe de cavallerîe et fanterie qui s'y estoit barricadée tonte la nuict , qu'il fut cèntrainct se retirer avec sa perte et sa honte. Pendant que le jeu se demesloit , le mareschal tenoit son armée ëâ bataille à deux intentions : Tune pou^ em'peschèrceuxde dedans de sortir, et l'autre pour courir au secours de Villefranche , sn niât bastoit aux nostres , et faire teste aussi à La Trinité s'il s'avançoit, comme il estoit à croire qu^l feroit sur telle occasion. Voilà comment la vigilance et le jugement dut chef doit de-^ Aiesler les affaires , s'il en veut avoir Phon*neur et la gloire.
La Trinité, ne pouvant supporter la reprinse de Somme-Rive , s'addressa à un petit èhastean nommé Yautignasc , entre Gental et Satiglian , qu'il print aisément , n^estant gardé que par les gentilshommes auxquels il appartenoit , et qui avoient sauvegarde de luy. Mais pour cela le mareschal ne s'esbranla de rien, remettant la partie après que il am^oit ordonné de son siège , sa place ne pouvant estré fortifiée à Fespreuve du canon en uû mois.
En ce mesme temps le duc de Parme donna advis au mareschal de la route du seigneur Strozzy, luy mandant *que les lansquenets' nouvellement ,lev& pour la Toscane avôient . comiuandement , à cause de cela , de tourner vers le Piedmont pour donner force au secoure de Valfenieres. Luy envoya lés mesmes lettres d'advis à Sa Majesté , la suppliant qu'ayant faict considération sur le cours des affaires ,elle hy voulust diligemment donner les moyens propres pour recueillir l'honneur et le fruit d'un si long siège que celuy de Valfenieres; ce qu*il ne pourra empescher, ce nouveau secours arrivant , et ttioins eneoréf
MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
que, cela faict, ils ne se meUroient à fortifier quelques autres places « qui empescheroient la récolte et ce peu de secours qu'on tire du pays pour les affaires extraordinaires de la guerre , laquelle se demesle tousjours heureusement quand par prévention en dispose à temps de la seureté du présent et à Tadvenir aussi, et tousjours avec moindre despence et hasard qu'autrement on ne iaict jamais. Mais quoy ! il fust aussi peu crcu en tout cecy qu'on avoit cy devant faict en tant d'autres, les François ne faisans jamais rien qu'à la Iiaste , hors de temps et avec triple despence.
Les ennemis estoient veillés de si près, et les advenues si bien batues , qu'il ne pouvoit rien entrer dans la place. Sur la fin du premier mois , La Trinité , gouverneur de Fos- San , frère du comte de Eeyne , autant mauvais et cruel que cestuy-cy estoit bon , voulut entreprendre de jetter dans Valfenieres deux cens bestes chargées de farine , soubs la conduicte de cent cellades et environ cent arquebusiers à cheval. Sur la nuict le mareschal en fut adverty» lequel fit soudain jetter deux cens chevaux et quatre cens arquebusiers du costé par où La Trinité pouvoit venir, et qui avoit des-jà faict telle diligence , qu'il estoit à une lieue près de la ville quand nos gens rencontrèrent sa trouppe , qui fut si furieusement chargée, que tout s'en alla à vau-de-route , comme firent aussi aucunes des bestes de charge ; le reste servit de butin à nos trouppes. Mais La Trinité , conducteur, fut'suivy de si près par le sieur de Terrides avec trente hommes d'armes , qu'il fut contraint se jetter à corps perdu dans la rivière de Sture , d'où il se sauva à la nage , sçacbant assez que sa teste eust payé sa rançon.
De là à trois ou quatre jours, sur le commencement de la nuict, les sentinelles donnèrent advis qu'ils voyoient la ville de Valfenieres toute en feu. Le marescfaal et tous les autres montèrent soudain à cheval pour recognoistre que c'estoit. Si tost qu'ils se furent un peu advancés sur la campagne, ils ouïrent une grande salve de canonnades et d'arquébusades, qui recommencèrent de mesmo domie heure après : lemarescbal jugea soudain que c'estoit de deux choses l'une ; ou la res-
jouissance du traicté que l'empereorl
manier en Angleterre par le comte Si
mont pour le mariage de son fils, oo «
sieur de Strozzy avoit perdu la bauilke
lie. Ayant reprins la routte da logis, i
deux heures il eut deux messages, Iq
et l'autre d'Alexandrie, par lesquels j
bien adverty que le sieur Sb^ozz? zxti^
la bataille le dernier d'aoost. Cet esd^^i
si mal à propos pour le siège qu il»^.
mencé, le fit entrer en deux coosidjr^
la première , que , potu" reparer fc ^
les finances seroient plus resserréesetd
sur ce qui luy avoit esté recentement ^
l'autre , que Le Figuerol , qui prepïî
armée pour secourir Valfenieres , serol
favorablement secouru par les )fi
Gennois qu'autrement il n'eost pas
qu'au lieu de se résoudre à le co
comme il avoit précédemment faict
toit chose ny raisonnable ny asseurée.ei
que semblables pertes , ores qu'eslo^
apportent tousjours quelque crainte et
deur parmy les âmes qui ne sont pas
ferrées pour les combats. Et neao
n'en voulut rien délibérer en son pai
ains, ayant assemblé tous les
l'armée, ils furent d'advis de faire jciç
convenient pour le regard da comLt^
Tennemi , qui venoit secourir \éà^
mais que pour cela , conforme à soiMi|
ne falloit pas quitter la cainpa;ie.M|
resserrer tous en un seul corp,(«i
la contenance de l'ennemi , et le \rm
harasser par continuelles escanDODck$.|
la vallée de Bellot et yillefraoclie,(|iii
Ast , où le paîs est fort pour la tm
arresté ainsi fust-il exécuté, m
haste pour fuir restonnemeot,
loisir, sous prétexte de faire neitoysr
purger le logis infecté du long sq^r.
I>omp Figuerol, nourry panoTb
nois, à la nouvelle de 'ceste victoh
ses espérances sur le secours qn'llr^
bcré de donnera Valfenieres, et
environ cinquante mil escus de prest.
derent à abréger le chemin pour ta
de plus grande quantité de vi\Te$. l>'
cbal , qui s'estoit souvent promené
vallée de Villefranchc , s'advisa J a^