LIVRE CINQUIÈME
! on endroit par la commodité duquel •oit donner une lourde TenueùTarmée lie. Sera donc cy noté que , du costé laia droicte , elle a , tout le long; de la De, un certain canal ou cavin qui reeaux et les torrents des collines cirioes; il est tout couvert de brossailles, divers endroicts certains recoings ou alonnets , propres pour cacher bonne ! de fanterie et quelque cavalerie , qui ; estre veue par ceux qui viennent du Ast , comme Tarmée ennemie devoit I faut aussi noter que , pour passer sur 1 ou cavin , il y a au pied de la montaseul pont de bois qui est veu à cavacosté de Sainct-Paul, où nostre arrartillerie estoit tonte retirée ; à la main est le grand chemin, tout serré de \i fossés de costé et d'autre , au delà il y a un bois taillis, dans lequel se eut cacher deux mille arquebusiers , et laot trois ou quatre meteries abandon- )ù se pouvoient aussi loger, à couvert, sux qui viennent devers Ast , plus de ans chevaux ^ le tout à cinq ou six cens lict Sainct-Paul.
urescbal , des plus grands chasseurs larqueurs de chemins de son temps , bien ruminé sur cecy, le communique tiret , presid eut de Birague , La Motte- D, Terrides , Pavan , Biron et autres, avèrent tant d'apparence à ceste exe- ^ que chacun voidoit estre des premiers ombat. Or les choses furent ainsi or- !S: premièrement que Bonnivet s'iroit ivec seize cens arquebusiers et quatre icqniers dans ce taillis , le ventre contre Pavan et Gondrin , avec deux cens cheen ces meteries abandonnées , le tout :é gauche ; et au droict dans ces cavins avec cinq cens arquebusiers ; Terrides D avec autres deux cens chevaux dans onnets recogneus au dedans de la mon* les uns et les autres avec commandele ne s'esbranler jusques à tant qu'ils ime enseigne blanche sur le clocher de Paul , qui regardoit tout le long de la qu'an mesme instant qu'ils se logeluy mcttroit toute Tarmée en bataille a cavalerie, t^our descendre contre
rennemi soudain qu*il les verroit aux mains avec eux , assavoir la cavalerie par le derrière et les gens de pied par les deux flancs ; les prians se recommander dévotement à ce grand Dieu des batailles , veu que de cestecy dépendoit non seulement le salut du Sien* nois, mais la conqueste de tout le Piedmont et Milannois. Il prevoyoit que l'embarrassement des charrettes portans les vivres , occuperoit si fort la vallée , que l'ennemi auroit peu de moyen de présenter un combat ea gros. Au jour que Le Figuerol marchoit avec son armée, toutes choses furent une heure devant le jour ainsi disposées, chacun de U>u« tes parts résolu à bien faire.
Le mareschal se tenoit sur le costeau en bataille , voyant peu h peu advancer l'ennemi , qui avoit en front environ trois cens chevaux, et de sept à huict cens arquebusiers , marchans fort serrés et au pas. Soudain qu'ils se furent advancés près ce bois taillis où es* toient nos trouppes , il y eut un malheureux lequel , sans attendre le signal , s'advança de tirer ; les autres des nostres , estimans que le commandement fust tel donné , tirèrent tous aussi. Le mareschal, voyant les choses mal aller , donna soudain le signal par lequel chacun chargea , et y eust en ceste rencontre environ cent chevaux deffaicts et de quatre à cinq cens hommes de pied. L'armée, qui estoit près de là , se resserra et arresta tout de pied coy au milieu des chariots , jusques à tant que les fuyards leur en eurent donné l'advis. Nos gens^ ayans prins le costeau, se retirent au gros de l'armée ; on ne sceust jamais sçavoir qui estoit celuy qui avoit causé ce desordre. Le mareschal et tous ces autres seigneurs cuiderent , comme on dict , devenir fols , d'avoir perdu une si belle et si apparente victoire , qu' estoit ceste-là. Le secours achevé par Figuerol , le mareschal renvoya rafraischir l'armée aux garnisons, pour quinze jours seulement. Voila comment la perte ^ ceste bataille de Strozzy renvera non se ment les affaires du roy en la Toscan^ aussi en Piedmont : dequoy on peut ce que j'ay cy devant dict , que sardent toutes leui*s forces ' fortunes , ne gardent jama* demain , et , qui est le pis
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MÉMOIRES D^ UÛITYIN DU YJLLARS.
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pr teur ipcûnsideraion la valeur , les eatreprinses et la fortuDQ des autres ; et de faict rJDCppY^nieiit dudict sieur Strozzy fit remettra la partie de Valfenleres eu Fan 1957, CQPime vous verrez , Dieu aydant.
Pendant que Tarmée se rafraischissoit, le inareschal commanda à Bonnivet de tirer hors des garnisons douze cens François, quatre cens Suisses et trois cens chevaux , et de marplier vers Ifontdevis, le sieur de Gordes rayant asseurc^ aue Villeneufve du Montdevis, que les ennemis tenoient, seroit emportée avec trois cens voilées de canon ; qu'il regardast de près (estant arrivé sur les lieux) de ne s'engager sans grande apparence de favorable fortune ; s'il venoit à bout de cestecy^ qu'il essayast d'en foire autant de La Trinité et de Sainct-Alban. Ceux de Villeiieufve , où il y avoit cinq cens soldats , se Preiit Imttre et endurèrent un assaut , au premier effort duquel ils furent emportés et tous passés par la fureur de Tespée. Ceux de La Trinité furent plus sages , car ils se rendirent soudain qu^ils virent le canon. Sainct- Alban et aucuns autres chasteaux furent aussi pareillement traictés , et le pays nettoyé de toutes parts des brigandages que faisoit La Trinité, qui n'eut jamais l'ame qu'au pillage , sana fpy ny honneur. Par tous ces frequens remuemens d'armes , il est aisé à recognoistre que le maroschal ne se reposoit gueres ny làissoit aussi reposer les autres , et qu'il sça-
VOit in utramque fortunam toujours pincer OU
battre son ennemi , lequel avoit faict passer en commun proverbe que quand il estoit attrapé des gouttes , c'estoit Iprs qu'il se falloit le plus garder de luy.
' Durant ces dcmeslemens , le cardinal.Pole, Aof^ois , fut envoyé de la part de nostre Sainct Père vers l'empereur et le roy, pour moyenner quelque accord entre Leurs Majestés; mais il trouva l'empereur si haut à la main par le succès de ce mariage anglois , qu'il perdit l'espérance de pouvoir rien faire ; et neammoins il ne laissa de passer vers le roy, qu'il trouva disposé ù toutes bonnorables conditions.
Delà à quelque temps le roy fit l'entreprinse contre Maricnbourg , Bouvines et Di-
je renvoyé le lecteur qui an ^Yondi^ mn davantage à ceux qui ont dcictmnmH fl l'histoira générale de Franchi
U fout maintenant revenir à ce qui m mesloit au Siennoiai dont j'ay eu partkl instruction par aucuns capitaines qui s*f! verent ; mais pour ne l'avoir veu jenW neray autre asseurance au lecteur qvai qu'il luy plaira prendre.
Le 12 aoust, le mareacbal SM'ûUf |( par la mer esté renforcé , pour la fpiem Sienne, du régiment de Bocrot, l|l)fl| composé de trois mil homniea , et ib fjj du sieur de Yelleron ayant envirup tnij François, et aussi de trois niil Gfîf!Qfi|,| la charge du sieur de Fourquevimi fi jomdre k ces forces douze enseigna it|M nés qu'il avait levées au pays , e% 4^|| tiou de faire quitter au marquis de l|«j|ri l'entreiàrinse du Siennois, quuren^pfrfiil avoit commise , et pour venir ^ IfM 4|| quelle il luy avoit tout fraische^eat M domp Manuel de Luna , castelan d« l^H avec seize cens E^gnols et trei9 (OH vaux. Le sieur Strozzy, fort brave fit geux , mais un peu trop h&tif eu Sfii et en ses délibérations , qui avoiept esté assez infclices, délibéra d'aller {tM| lennemiqui foisoit contenance d'alta^im Marciano , dans lequel il y avoit doiqu^ gnes , et que Strozzy avoit conquis auparavant sur le marquis de Mut|.
voyant cestuy caut et ri^é , gaigaa un haut fort avantageux , se tenant en bataille fort serrée. Strozzy fit de mesme , et là dessus , depuis les dix du matin , ce ne furent qu escarmouche^ Tun et l'autre , où se perdirent des c Albert dElbcne , Coinelio Joboly, le nant du sieur Adrian Buglion , le ù&^ cules Pii , le lieutenant de d^Èlbene iM mort, quatre capiuiines de geas de environ deux cens de leurs soldats , ^ tre-vingts chevaux.
Cela s*estant ainsi passé, au lieu d\ pourvoir à la seurtc de Sienne et de M reste du pais , il fit marcher son arni<(^^ alla loger en une vallée non gueres estoM de Marciano, près duquel estoit lofé^lf
naUj 'dgsciuclles Dieu luy donna la victoire \ \ mée ennemie, laquelle sçavoit par priG^
LIYBE CINQUIÈME.
eMOMBl bklBi qv*3 »*y »voU aucaua dicé d*eMi, et que pwr wisi rannée le seroit ooatrûocte^da deJoger en «, eo ft^approcbaiil d'oUe el la baras» r divenas abnnai. À qiioy apiit Tw»
iwiië coamenoeaiem , Strozay recoittis trop tard/ la fiuMa q«*tt «voit laquelle voulant reparar et gaiipier le iJûaaa , 4|iii n'esloU quk demie lieue ) ea fit aaooraa iwe autre ploi lourde I lîBiâBtqae. la uoici Tenue, leaenaepeineroienl i|a'au repoa , ilcoounandn iillerie floal diligemment eonduicie à no , apréa Tavoir faict tirer quelquea poar oner à renaemi r^nnion qu'il t conceToir qu'il y enst de la retraicte s ida anaii que ebacun ae tint preat pour r deox benrea devant le jour« aana le, aonrdine ny tabonrin, faiaant r la cavalerie, qui ealoit d*enviren nas bommea, aur lea aislea de trois p dont aon année eatoit compeaée i àr de douae enieignea italiennes; le biioit la baUûlle aveo lea Francoia et aets, an nombre! d'environ aix mil w et le troiai«ame faiaoit Tarriere* «taoi de iro» mil Grisona et oiaq ilisas, commandés par le aieur de awn.
thqae le aaacqnia ne deacouvriat ce (blosemant, il fit dreaaer une nourode eacarmoncbev la ruae de biquette é avoit deajà prévue et deacouverte.
Mai avoit il ftiiet que rartillerie ea- $ si advancée à la retraiote , que *m t*an pourroit servir an eombat , et Ifw eatoient laa , recrua et abattus Itf de loif : il fit diligeaunent mar^ airmée, qui estait desjà preste, en atiliona, le premier commandé par Mn Manriqaes et domp Jean de Luna, idfi Milan, luy mesme; et le comte de Fleur eooduiaoit ;rautre, asaiaté des n Mare Aatt>ine Colonne et Frédéric eague , auxquels il comnuinda de s'adavec deux cena bommes d'armes , et nr ai furienaement cette arrière-garde oaa et Iialiena , qu'ila resbranlassent , soudain ils seroient suivis de deux i^Eipaeaols, que Italiens » qui les ren^
verseroient au preoiier cboc. Les nostres fi* rent quelque vertueuse résistance ; mais , es* Uns destitués du support de nostre cavalerie, qui avoit fuy du commencement, et survenans autres trois cens cbevaux de l'en* nemi , qui donnèrent par le flanc , ds forent ouverta et de main en main renversés à vau*de« route. Les Drançois et lansquenets serrés ensemble , quoyâque destitués du support de lu cavalerie , combattirent fort longuement el courageusement I mais, estans en fin enve-i loppés de tous [costés , il furent renversés , non sans grande tuerie des eimemis. Strozsy cependant de aon coaié combatit si vailbinn ment avec eux, qu'il en fut loué et d'amia et d'ennemia , et blessé en deux endroicts ; à In fin, cédant à fortune, il fut contrainct an sauver & Lucignano proche d'une lieue, oit la pluspart de Tarmée se sauva anssi. Fourquevaux, colonnel des Grisons , fut prins prisonnier, oeluy des François, nommé VelleroUt tué au combat. Les cboaes recognoes et remises en quelque train, cbacun se retira à Lucignano mesmes, pour faire panser une infinité de blessés ; et cependant il envoyn dana Sienne > Montluc y estant fort malade, le conte de laMirandole , Comelio Bentivoglia et le baron de Rabat , personnagea signalée» .
Dèa que Stroiay eut pourveu de gens et de vivres Lucignano , où Alto Conte comman* doit , il alla fture mesme provision aux autres places : le lendemain , l'ennemi ayant faict sommer la place , Alto Conte la rendit sans coup férir avec toute nostre artillerie , dont depuis il perdit meritoirement la teste. La gaydon du comte de la Mirandole , qui avoit fui le premier avec la cavalerie, et faict aussi fuir le reste par trahison poiu'pensée , à la çuscitation du duc de Florence , qui Tavoit corrompu à force d'escus , fut pendu : dont il resuite , à Tbonneur de Strozzy , que Ter et la meschanceté des hommes forent ceu et non la vertu , qui luy desroberent la vi toire. L'ennemi , ayant adressé son armée e envoyé lea prisonniers à Florence , retoumt au mesme siège de Sienne , que Strozzy luy avoit n'aguieres faict quitter.
Si le sieur Pierre Stozzy se fust souvenu que la fortune n'a jamais faict tant de faveur à un gênerai d'armée , qu'elle ne luy ait aoudaia
MÉMOIRES DE BOYVIN DU YILLARS.
faict autant de menaces , et qu*il ne faut jamais entreprendre de donner bataille avec gens nouvellement levés, comme estoient presque tons les siens, contre des vétérans
ny tels qu*estoient les ennemis « et que les Brissac de marcher vers Sienne sivec les
siens estoient desjà à demy recreus , et par les corvées précédentes , et par la propre nécessité de Feau ou des vivres , il n*eust jamais exposé Testât du Siennois au hasard de ceste bataille. Aucuns tiennent toutesfois que quand le péril est sur les yeux , comme on dit qu'il estoit lors à luy, qu'il se faut soudainement attacher au seul party qui nous demeure , de salut et de victoire , et avec un courage résolu et intrépide , tel qu*il monstra bien qu'estoit le sien , la force estant celle seule qui demesle ces fusées, et non la crainte tousjours honteuse et dommageable ; car depuis qu'elle nous saisit , nous perdons le jugement et la. force , demeurans stupides. Mois pour tout cela les courageux et généreux ne se doivent jamais contrister quand d*une excellente fortune ils tombent en une contraire , toutes choses estans sujettes à mutabilité et à fin.
Nous voyons ordinairement que tout aussi tos( que la fortune commence à nous rudoyer, que ce n'est pas pour une seule fois, mais qu'elle y retourne tousjours jusqu'à tant qu'elle nous ait du tout mattés ; et n'y a prudence ny conseil qui n'en soient souvent renversés : ainsi qu'il advint à Stozzy, car, ayant tourné vers Montalcino , soudain Janinzet vendit Montecaguvoli à l'ennemi , et le comte de Gajasse rendit laschement Caselle.
Le jour de Noël , le marquis de Marignan, estimant que la faim et la nécessité auroient miné le courage des Siennois , donna une escalade générale , qui fut si vertueusement fioustcnue par ceux de dedans , qu'il y perdist plus de deux cens hommes. Ceste secousse le rendit deslors en avant plus retenu.
Sur le carcsme , ceux de Sienne voulans pourvoir à leur seurté , qu'ils voyoient fort esbranlée, ils mirent dehors, par Tadvis du mareschal de Strozzy , deux des principaux bourgeois , les chargeant de venir trouver le mareschal de Brissac à Thurin , luy donner communication de Testât de leurs affaires , tant pour son instruction particulière que pur
ce qu'eux-mesmes luy pourroicBtdireeifi présenter de vive voix. Je oommeoeenTi ladicte instruction , laquelle en sa portoit qne , s'il plaisoit an marescbi
ces qu'il estimoit estre lors es ses que Sienne seroit indntûtaUement toute Tarmée ennemie estant â tUdi faute de payement et de vivres , ffiéfi largue au premier bmict de n veot.
Qu'il faudroit que Tarmée print k de Parme , et qu'elle portast imn s'entretenir josqaes là , où elle tes sortes de rafraischissemens de b duc , et mesme d'bonmies si eUe < besoin.
Que les seigneurs lucqoois avoient asseurance de fournir vivres à Tannée bien elle seroit composée de deux hommes , pour deux mois.
Que Tarmée ayant passé la Garfij ledict sieur Strozzy Viendroit an avec mil hommes, avec asseurance de une ou deux payes aux soldats, y ayam pour ce faire six-vingt mil escus
Que combien qu'il n'y eust plus dus que de vivres pour tout le mois d^arril, moins , en Tasseurance de ce secoon, mangeroient jusques aux herbes, aoi que fidrce leur seroit de la rendre.
- L'instruction particulière de eeoi ville portoit que toute leur espen»fei|, après Dieu , fondée en la valeur ènr mes ; car de Tesperer d'autre maiof èb sienne, ils n'y voyoient apparence, lyjn en la chrestienté prince ny seigneurf triumphast de plus de victoires qu'il U qu'ils avotent commandement de liyé trente mil escus pour les frais de k mil de Tarmée , et une paye en arrimr.fi selon la reqoonce qu'il leur feroit.ibi» roient jusques au roy , pour supplieritJkjesté avoir pitié de leur calamité. Le nsM les remercia de la bonne opinion qu à de luy, et leur dict que Taffaire merk d*y penser à loisir , comme il fteroit ce là , et le lendemain leur ferait req)OiKe
Or , pour autant que depuis la balabi Sienne , le sieur domp Juan de Ldju, f? estoit trouyé, comme vous avez Tea,atf