LIVRE CINQUIÈME
quelque tort de Tempereur , il s'estoit au seryice da roy : le mareschal estima ly , qui avoit mené le renfort au marie Harigoan , le sçauroit mienx conseile nul autre sur Tentrepriose de ce se- ; il le fi^ppeller avec les seigneurs de ret, président , et Ludovic de Birague.
itiere mise sur le bureau fut longue- Jisputée , et en fin résolue à ce poinct, pour entreprendre la délivrance du «s, il £iUoit faire estât d'un bataillon ' inçois de buici mil hommes choisis , de mil Suisses et trois mil Italiens , assismil chevaux françois aussi choisis, ir trois cens mulets » les deux cens is de pain et farines , et les autres de 3, mesche, plomb, et de deux cens s de coulevrine.
ir trois cpulevrines et trois sacres bien !s, conduicts par chevaux , et un conir avec les canonniers au nombre de , et cinquante pionniers.
oer au bataillon |des François deux nages de qualité , avec six archers du t, pour avoir le soin de la provision et ation des vivres, et tout de mesme es Suisses et Italiens.
X autres personnages , avec trente arpour avoir Fœil et le seing sur les et leurs conducteurs, et pour tousjours emplir , de lieu à autre , ce qui seroit le leur charge.
K antres pour avoir Tœil avec les comres de Fartillerie , canonniers et aum Tartillerie.
ily enst ordonnance à peine de la vie , soldat ou autre qui pilleroit, rançonne- 1 battroit. aucun , et qui. sortiroit ^de ^^ en marchant.
les capitaines , et tous ces personnaarchers , ainsi choisis y donnassent ore chacun soldat [porlast toujours sur nfilé en sa mesche , du pain pour vivre ? entier : les mulets de Tavoine , selon modité qu*ils pourroient recouvrer , et ilerie pain et avoine pour un jour , atderrière Tarçon.
la cavalerie n'auroit qu*un seul valet
en quatre un goujat , et qu*ils seroîént par les fourriers ainsi rangés par camerades. ' Et que chaque capitaine de gens de pied auroit un cheval de bagage chargé de poudre, mesche et plomb , autant qu'il en falloit pour sa compagnie au combat d'une journée entière , avec charge de tousjours remplir ce qu'il auroit tiré , pour en estre pourveu à toutes occasions repentines.
Que demie paye seroit manuellement don* née à chasqué soldat , en deslogeant du Piedmont.
Quant au chemin , il fut résolu que , pour éviter les grands empeschemens que les forces ennemies du Piedmont et du Milannois pourroient apporter à Farmée et aux vivres » il falloit prendre le chemin de Poyrin et Belot , et aller passer le Tanare au dessus d'Ast, faisans contenance de vouloir prendre le chemin de Gennes , et soudain tourner à main gauche , pour aller gaigner le Castelaz , et de là Tortoue , et après suivre le mesme chemin que fit Charles YIII retournant victorieux de la bataille de Foumoue , en tant que du costé de la montagne , à mam droicte , il n'y avoit ny place ny forteresse qui les peust arrester, et 'qu'à la 'gauche il y avoit Parme , de laquelle il ne se falloit fier que bien à poinct , puisque leur prince avoit rompu parole au roy, qui avoit ouvert la guerre pour le deffendre. Aussi que les vivres seroient beaucoup plus aisés à recouvrer de ce costé-là » que de celuy de la plaine de Lombardie , que l'ennemi tenoit toute.
Mais le plus important poinct estoit de sçavoir la volonté du roy , et supplier Sa Majesté de faire lever en Lyonnois , Dauphiné et Provence , sept ou huict mil hommes pour les jetter au Piedmont ; qu'ils estoient d'advis , pour en avoir une plus prompte resolution , que les deux gentils-hommes siennois fussent envoyés au roy, assistés de quelqu'un de la part du mareschal , pour discourir toutes ces resolutions. Je fus choisi pour tel. Si tost que j'entray en ces propositions, je trouvay que ceux qui avoient Tauctorité près de Sa Majesté estoient desjà préparés à renverser le voyage , non tant pour le peu de fondement qu'il y eust en iceluy y^comme parce qu'ils
quais , et les gens de pied de quatre 1 craignoient la perte du Piedmont ou que le ma-
MW
HËH01RE3 DE BOYTIN DU YILLÂRS.
reicbal venant an deuus de ceste enirepriou, ea ucquui uiit de gloire et de repulation i l'endroict de Sa Majesté , <\ue ce fust la ruyoe et le rabais de luIeur.VuiliilefruiciquBlei potsioiu particulières engendrent iQutjours uux dcspeas du mai^tro et du public : c'est ■ h le bien prendre , une vraye espèce de trahison duni Dieu faipt la vea^ance sur noua, ou sur nostrc poslcrilé.
Tant y a que ces pauvres Siennois et moi aussi FuMies renvoyés avec bonnes parolw , sous l'espérance de paix ou de trefves , dont le roy estoit , diioient ces seigneura , recherché de la part de l'empereur ; que les cardinaux de Ferrare fit de Tournon , et les tieun Slrozjcy et Moatluc , avoient commandenient de remuer tous les moyens qu'ils pourroient pour soulager Sienne , et que mesme comniandement seroit fait à Termes qui estoit en Corsegue.
Voilà toute la resolution et la provision qui fut priose , et sur Valfenieres et sur Sienne aussi , et le tout ncantmoins au préjudice de beaucoup de grands desseins que le maroschal avoit en inuia , et qu'il eust eieculés de l'un et l'antre costé si le roy eust voulu prendre pied à SCS remonstranccs.
Le» affaires balanvuns parmy une tacite surséance , en laquelle ceste routie de Sienne avoit mis te marescUal , il s'adonna à ruminer l'intelligence qu'il avoit de longue main dans Casai , ville 'principale de Montferrat , et à laquelle il trouvait impossible d'entendre , n'ayant depuis Cliivas jusqui'S-là , qui sont pour le moins vingt lieues , aucune place , soit pour luy servir d'escalle pour y faire son assemblée , ou de l'etraite au cas que l'entrcpi'insc fust double , comme il advient bien souvent en telles matières.
Le mareschal manda au roy , le dixiesme décembre , que , combien que les nouveaui deux mil Frunçois qui dévoient venir de Buurgogne, Daupbinc et Provence, ne fussentarrivés au mtisme temps des Allemans , qu'il se jellcroit neantmoios encampugno pour essayer d'emporter ïvrtie , qu'il a plu&tost choisie que Ast , à cause que de ce costé , quelque hyvcr qu'il fusse , on peut faire trotter l'artillerie , et de l'autre trois cens cbevaux ne 9çanroient désengager m canon des fangea
et des ntontueux cbemim M rnwauix ; ^l'I l'a aussi entreprinse poor deux autres ruions , l'une parce que l'oasiette en est Idb, que l'armée n'a que faira de se divîaer poor l'assiéger , et que , la prenant, elle acsiagm Vulpian , sans touLasfois l'assiéger , de nu^i quelque portion du Hilanois ; que chacun M si bien délibéré , qu'il a esperanca en Om de remporter.
Et ayant entendu loi nurmuweqnlaa fa* contre les tresorien d« l'artillerie et du guerrei sur l'employ dsa nonooyea k ^ haut prix , il en fera prendre iofiiraiBtioMitf puis les envoyera à Sa ,Hajeat4 , laquais 1 SDf^lie avoir souvenance que la ioagvearim payemens des armtes eat le fim aomiÊ cause de leur ruine , et de l'eatu aussi , àtt j il veut donner l'alarme de bnuia beura.àll que la mal qui en pomolt adrapir M Uj ' soit imputé.
Ceste ville d'Yvrée aert l'entrée de la V^ d'Aouste , jadis appellée Efortii» , chef im peuples nommés SalatH , aujourd'hui Cnaivois , dans laquelle Morales commandait , m sisté de huit cens , qu'Espagnols , qu'Ilaliai^ et de sept cens lansquenets , sons le eolnM Ilannibal Altempo,
Elle reçoit la rinere de la Doyre-Balki sortant de la Val-d'Aonste , dont elle tmm l'entrée , sur laquelle il y a un pont de pÏBMi et est située au pied d'une montagne , okML dessus il y a us fort appelle Malvoisin , npressement dressé pour empescher qu'alla K soit batuc à plomb : elle est riche en fart ai> cellens vif;nobles et fort ferlilles pampagH^ et à cinq lieues de Verceil.
Encores que les neiges fussent deslon fRi grandes , ai <>st-ce que le mareschal , ajM donne communication aux principaux dieb do l'armée , et aux Suisses , des moyens etdti occasions qui l'invitoient à assaillir ceste plaeti cliacuD l'approuva , et, prenans le liâu dl rendei-vous et le jour . ils s'en allèrent préparer ; de manière que l'armée se trouva dsM peu de jours assemblée en la campagne di Caluse ii cinq lieues d'YvTée, et composéedi sept mil François , quatre mit Suisses , UVI mil Allemans de Boquendolf , et trois mil Italiens , et dôme cem çiwv^wi ^ avec dow »
M] MVIfe ÔINQUIHUB.
■s el quatre coulcvrincs garnies du lour cnnp«ble e(|iiipaf>G ci provision.
pte voulunl luire en cesl eodroil que, contRiQ née murdiuit en liatallk^ pmniy ccste wàa plaine île Culuse , il ^e leva un lii'vre iny les kiCiillons , denl se lit une telle B, que Talurtne fut it l'improvisie {[luride Ions cusiés , bquetle sa conviirtil en fin en . MuU ce {]ui est en cela de plusreniaraLIc , c'est que h disciplini! se trouva si inda pur toutti l'urméi; , qu'uu lieu de tqdre l'espaiivanlo elle se ren|;ea tout sonio CD bataille preste à cimibattie : ce sont i fleure el les fruicls d'une obéi^isaucc et ipc di»:ipline bleu inesna|;ées.
*to de joins après, le niarescliut commanda ïpiniivct et Ludovic de Hiragiie d'aller , cdoutecenshouimcg depied et quatre cens
B'ifWX , investir la place , devant laquelle , aide de Dieu , il se rendroit le lendemain, I eadiarfjcant sur tout d'enipcscbcr que le |,dB Alalvoisin ne t'ust renforcé de (jcue. Ipaaivel et Biraijue ftirenl si dllij;en)> , qu'ils ratèrent les clioses lout ainsi qu'il leur |Mlé ordonné. Le lendi'maîn loulc l'nrt airiva devant \ vc éc , cl l'artillerie aussi : ivailla |wr deus Jours aux trancliéeset ler la baiieric i deux canons furent net CDQtru Malvoisin, lesi|ue|s ayans tiré I voilées , ceux de dedans capjtulej tendre si lu vJIIq se rendoit, cl en tdeux osiages, avec promesse de ne r pendant qnc la laiterie se ferait, ■emi» ayans f'urt bravé sur la sonie de rendre la place , la batterie |l avec dix canons et quatre coule- 4 cosié de la muraille qui est bordée j^lîere de la Doyre , ce lieu estant le Ible et l(t plus mal flanqué pour la ince dfi ceste rivière , qui uvoit lors peu , et touies :lcs maisons attachées h I4X Bonnivet et Biron , qui avoient fChAfffe le l'artillerie avec Cailkic .lieulat tl'icclli- , y lirent user de telle dilipe , qtie le M\iesme jour elle commeaçaà r dans ces vieilles murailles, où elle Bi Itxploict, qu'au denzicsme jour il y eut icha raisonoaUle.
' y donner l'assaut, fut ordonné que t»eceîeiit les deux enseignes eoloimeUes de
lionnivet et dit marslrc de camp , et If» Ci paf;nie& italiennes de Ludovic de Itiragui i:ommai]déespar le{'apilainePeu-eMarieBr«<^ 1 si(;iielle.
1.0 umislre de camp devoit seconder , aci 1 compaQiié des bandesdel'equij-ny , Gondriq, des Adrels , Tilladet et lilanc-Fosso , le caph 1 laine L'isle , ser{icnl inujeur , à lu queue dfi iiinibire de camp , avec les bandes des capilaines RoR^ncs, Itumolles, les irouppeg dq Terridos et La Nolle , celle de Vassé mené^'l par La Roclie.el quatre nouvelles 1 ituliennes.
Que les capitaines Maz , Dtino et Villemafjn^ se ticndroient en{;ardc puur courir oti besoîi^ 1 serait . suit pour la bresdie , ou pour le de< J hors du camp , qui se ticndroit en armes , e( | la cavalerie à cheval , pendant que l'assat)) sedonneroit. 1
(jue les capitaines de Moniemar etMuctnit«yJ vcl se tiendruienl çq balaiUe devant le ft>r| I de Malvoisin.
Que le rcj^iment de Itoquendolf , nvee I quatre cens Italiens . se ùendroit en batailk^ j pour ralTraischir Tassaui. si |e besoin le rctf queroit.
Les choses ainsi ordonnées , chacun se pr». para pour au lendemiiin exécuter ce qui Itlj avoit esté commandé.
Dèslepoinctdujourtoiiterarméecomniepçf à retentir de canonnades , d'arquebusades , de trompellcs et de tabourins , pour, au signaj qui seroit donné par le mareschal , marcher à l'assaut à la faveur de plusieurs plaaclie« et clayes jettées et arresiêos sur cesie rivière eslroile, et n'ayant lors quednux pieds d'eap et Içfond pierreux. En ce mesroe instant ar* riva de France M. de d'Ampville , fils second de M. te connestable, et lequel , désireux i continuer ses premières armes , voulut venir à l'escole du mareschal , qui receut sa venuç h très-bon auQure ; et de faict , ainsi que lOf bataillons esioîent presls à s'esbranler , lavillç donna la chamade, à laquelle fut soudoîit respondu. Silence estant faict de toutes parti, ils demandèrent à parlementer sur la reddition de lu place , pour à quoy entendre furent députés Carie de liirufpie , Monibazin et Planey, Eu fin il fut accordé , levingt-neufviesmc deceiabre,lâ64 , que &(erules et Al^emfto «ortt-
HÉHOIRES DE BOYYIN DU TILLIRS.
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roient bagoes sauves « enseignes desployées et taboorio sonnant , demeurans aa ray Tartillerie et toutes sortes de munitions, i Les choses alui heureusement exécutées , tous les seifvneurs et capitaines de rarmëe allèrent à Teglise rendre grâces à Dieu di leur victoire.
f Le mareschal fit entendre cest heureux exploict tt ioy par Plancy , suppliant Sa Majesté d*envoyer quelque argent pourdiligrai* ment fortifier la ville avec Taide du pals , à cause que Tennemi , ayant perdu ceste place qui approchoit la France du Milannois » faisoit extrême diligence pour assembler ses forces , en intention de la venir assaillir auparavant que les bresches fossent bien remparées : supplia aussi Sa Majesté le renforcer de cavalerie , et luy mander par escrit si elle auroit pour agréable que , là où Tennemi Tentreprendroit , il luy presentast la bataille , laquelle peut estre il ne ref useroit pas, tant ceste ville luy estoit de conséquence ; que le courage , Taffection ny la prudence ne deffiiudroient ny en luy ny en tous les serviteurs de 8a Majesté , pour maintenir la gloire et la réputation que Dieu avoit apportée aux armes de Sa Majesté ; mais qu'elle devoit en ce cas se résoudre à toute sorte d'événement , et tenir gens presis pour marcher au secours du Piedmont si la fortune luy toumoit le dos , afin que au moins il n'y eust que les hommes et ceste place de perdus. Plancy fut chargé de foire entendre au roy que le mareschalne s'avanceroit à entreprinse quelconque , pour avantageuse qu'elle peust estre » si dès-lors elle ne l'asseuroit que de bon cœur elle en soustiendroit la despence ; quoy attendMnt il iroit assaillir le fort de Masin; qu'en s'esloignant , comme il foisoit , du Piedmont , il estoit nécessaire que quelque vieil capitaine , comme pourroit estre M. d'Aussun , eust en main , au parsus les garnisons', douze cens hommes de renfort , pour tenir teste contre les invasions et pilleries que pourroient faire ceux d'Ast, Gayras, Fossan et Cony, qui avoient desjà commencé à battre la campagne; pour à quoy remédier il faloitquc lemareschal diminuast d'autant son armée, et lors qu'il attendoit d'avoir sur les bras celle de l'ennemi ; que pour recueillir il foloit des-
pendre , travailler , suer , semer et pub sonner. Mais sof tout fut le roy supplié d'eavoy«r éequoy payer Tannée; autremest, estant si aiant en terre d'ennemi , il ne tçai* roit où trouver de quoy la secourir; et,Bele foisant pas » il fendrait iionteusement quitter ce qu*on avoit commencé ; qu'aussi d'entreprendre un combat avec une année mal coitente , il ne le feroit jadtoiis ; et que cestheireux commencement iirvant , comme il assoit, de diversion au iiennois/Sa Majolé devoit estre d^autant plus escbaufiëe à la & ligence de ce secours.
Ayant donné trois jours de relasche à IV mée , il fat résolu que de mesme courte m marcheroit à h conquesia du fort de.Maâi, qui est entre Yerceil et Yvrée , assis à l'adr vantage sur une montagne , où il y avoit dfrdans de trois ou quatre mille escus de rento, tousjeurs destinée à l'aisné de la maison di Yalpergue , et dont il doit porter le nom.
Au quatriesme jour, le mareschal orétni le sieur de Montbazin pour comnmnder d» Yvrée et en haster la fortification , aocooph gné de six cens Fhmçois et de cinq cens illemans de Roquendolf .
L'armée, cÂi feict, print la route de Man, les neiges estans hautes de deux pieds. Dès te soir qu'on arriva à Vestigue et autres IM villages qui sont au pied de ceste mottli|M; l'armée y fut fort bien logée à couvert, ÎM la garde de cinq cens François et autant iltaliens mis es environs du fort en certaioes masures et mestairies qui cstoient à l'entov. A l'aube du jour on envoya sommer la pbis et la recognoistre ; pendant la sommatioa i firent responce s'estre mis là dedans nonpov rendre la place , mais pour la conserver ai prix de leur vie.
Les choses rccogneucs, et n'y ayant moya 4& foire tranchées sur le roc où le fort esttH assis, il fut commandé de faire trois douzaines de mantelets ponr s'en couvrir en àmsant la batterie ; le sieur de Biron print chaijp de les faire conduire et planter : je me rttcontray de fortune près de luy ainsi qi"! commençoît à les faire dresser ; en parfcuti moy il receut Tarqucbusade de laquelle il fit tousjours depuis boiteux : j'avois avec Mf un mien serviteur qui le print d'un costé d