LIVRE CINQUIÈME
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è l'autre , et le portasmcs en une mau avoient esté logées les munitions de erie ; là se rencontra maistre Nicolas , gicn du mareschal , qui le pansa ; après 1 le fit porter à Yvrée sur une lictiere , et loger en la maison de la belle sm- I Violente , dame de bon lieu et auonrtoise que belle , au moins à mes
tillcrie ayant tiré environ douze cens et faict ouverture , ceux de dedans donla chamade pour avoir composition, iir Carie Birague y f ust envoyé et moy ay ; il fîit en fin accordé qu'ils sortibagues sauves, enseignes ployées, in couvert, et conduicts seurement is à Yerceil , duquel le sieur de Masin lors gouverneur au lieu du conte de
i cy noté que le mareschal , fort sage ger du temps , envoya , auparavant que ler à Masin , vers le seigneur dlceluy, itnmandoit lors à Verceil, luy offrir que isant foire paisible ouverture de la place, 'pendoit de la fortune d'Yvrée , qu^il la >ndroit de mesme , cas que son prince recouvrer Yvrée. La responce fut que 'qui basardoit volontiers sa vie pour le ce de luy, n'y devoit aussi espargner les ;, remerciant neantmoins le mareschal courtoisie qu'il luy offroit.
le temps ne se fust empiré , le mareschal délibéré d'aller assaillir Sainct-Germain, XX lieues de Verceil , en intention de servir à cela mesme dont la fortification antia luy servit depuis, tiparavant la prinse d'Yvrée , le marquis Ifasseran, qui a ses terres proches de ois et de Gatinare, estoit entré en traicté le mareschal pour devenir serviteur du c'est pourquoy, ayant renvoyé la plus de Tarmée au\ garnisons , et retenu avec luict cens François et autant de Suisses , trois cens chevaux , il s'achemina vers e, qui est une grande estendue de mu- ^ qui enveloppoit deux ou trois diverses Ites ou bourgades pleines d'ariisans et ?ns adonnés à toute sorte de trafic, sian pied de la montagne de Laserre , qui ire la val d'Âouste et celle de Scsia d'a-
vec le Piedmonf . Ces bonnes gens ayant veu ce qui estoit advenu d' Yvrée et de Masin , se mirent entre les mains du mareschal à cornposition fort honnorable. Pendant qu'il fut là dedans , le capitaine Fous , qui avoit en sa main de grands biens dedans et hors la ville , composa l'asseurance de luy et d'eux à hqict mil escus au profit du mareschal. Là, ledict marquis de Masseran , qui a ses terres près de là , le vint voir de nuict , et traitèrent par ensemble quand , comment et avec quelles conditions il entreroit au service du roy. Toutes choses ainsi bien ordonnées de tous costés , le mareschal délibéra , aussi tost que le temps seroit adoucy, d'aller fortifier Santia qui est en teste de ceste grande campagne de Ly vorne, qui ad'estendue environ quatre bonnes lieues, entre Verceil , Sainct-Germain , Trin , Crescentin , Ticerre et Valzola , toutes places ennemies, et sur les 'confins de la duché de Milan et de Montferrat , mesroes au delà du Pau , où est Casai , principalle ville d*iceluy. Mais , pour autant qu'ayant donné communication au roy de ce sien dessein , Sa Majesté , en Tapprouvant , avoit promis de luy envoyer un si grand renfort, qu'il auroit non seulement moyen d'exécuter ledict dessein , mais quelque chose de plus grand aussi , il estoit tousjours attendant la venue de ce secours , afin de pouvoir avec plus de force et d'asseurance endommager l'ennemi , sans toutesfois rien commettre au hasard , à cause dé la récente perte du Siennois , laquelle le faisoit marcher pas à pas et avec toute circonspection ; et , à la vérité , il ne pouvoit advenir inconvénient, tant petit eust il esté lors, qui n'evst mis tout le monde en défiance de. la bonne fortune de la France et ravallé le courage de beaucoup de villes , d'amis et de partisans , qui ouvrent tousjours les oreilles à la nouveauté , et qui n'estoient lors contenus en office que par la grande opinion et admiration en laquelle ils avoient la prudence , douceur et discipline du mareschal, dont ils avoient les exemples devant les yeux des prinses de Sainct Damian , Albe , Castiglioles et Verceil, prinses de nuict, et toutesfois non rançonnées ny saccagées.
Ce sont à la vérité toutes actions grandement louables, et qui servent de planche
MÉMOIRES DE BÔYVtN DÛ ViLLARS.
fort propice à la prospérité , mais qui facileinent s'escoulent de Tesprit des hommes au moindre malheur qui survient en la guerre. liC sage capitaine y doit atoir Tœil ouvert , et fousjours prévenir pluslost que recevoir rinconvenient , mcsmes en tant qu'on ne peut fiiillir qu*ttne fois à la guerre.
■ En ces entrefaicles les seigneurs des Ligues depescberent deux notables ambassadeurs vers le mareschal , à deux principales intentions : la première , pour lUy rcmonstrer que de tout temps la vallée d*Aouste avoit esté en confédération avec eux , et (|ue , quelque guerre qu*il y eust eu en Italie , elle avoit lousjotirs maintenu une neutralité , sans adhérer ny aux uns ny aux antres : supplians fc ces fins , qn*en fnveur des seigneurs des Ligues , sut! plaisir fust de ne porter les armes dans ceste vallée , ains les laisser vivre en paix , se contenans , comme ils feroient , en toute honneur et révérence euvers Sa Majesté , quoy qu*ils fussent subjecls du duc de Savoye , et qu'en conséquence de cola il leur fust permis de trafiquer et négocier dans les terres du roy et en celles dudict sieur duc : Tautre , que toute la nation des Ligues estant de tout temps accoustumée de iraicter , négocier et marchander autant en la Yal-d'Aouste qu*en toutes les teires du Milannois, ilssupplioient lo. mareschal Fjire une ample et générale déclaration par laquelle il fust permis d'ainsi franchement et librement le continuer , sans oiïence de Sa Majesté , de laquelle ils estoient si alTectionnés serviteurs , amis , alliés et conf(*derés , que c>stoit le moins qu'ils dévoient espérer do sa bonté et magnanimité.
En la compagnie desdicts ambassadeurs estoient venus le sieur do Sainct Pierre et Dortan de la part de la Val-d'Aouste, pour faire la mesme supplication et instance qu'ils avoient faicte en leur faveur , avec les lettres des estats de la provinec , promet (ans de vivre en telle aircction et modération , que 5va Majesté et luy auroient occasion de b^s en louer et estimcT.
Le mareschal les rcceut cl escouta tous fort gracieusement, puis leur fil entendre avoir commandement de Sa Majesté tl(» gra-
qui tourùeroient à leur advantage et cotninodité, hors Tinteresl de son service; qifeii leu^ fiiveur elle ne refuseroit janiais de gracieusement traicter les habihlns de la Tâld'Aouste , pourveu qu'en gênerai et en pdrticulier ils se fnaintinssent avec rëspétL et révérence au service de Sa Majesté , et ql» leurs demandes , ores que bonnestes , né pouvoient estre ainsi absolueroent concédée^ Mi en avoir donné communication à Sa Majesté, et sur ce receu son commandemeat; ^lè tout aussi tost qu'il en auroit receu responce, il feroit depcsclier les uns et les antres , félon ce qui pouvoit estre désiré de là maîa<fe ccluy qui avoit tousjours aimé et soitveU combattu avec leur nation , conime le cobanel Fiolic , qui estoit en l'armée , leur pour-' roit tesmoîgner. Sa Majesté trouva fort bài tout ce qu'il en avoit faict , et luy ordonna de les depescher , comme il fit, ainsi qo"!! sm ven c y-après en son rang.
En ce temps le mareschal , ayant cômSém que la cavalerie , de laquelle le dnc [d'Aimaie estoit gênerai , ne tenoit lors gùieâ^es éi compte de venir exercer sa chargé , eà âèfera le commandement, par provisiM, i d'Ampvillc, qu'il voyoit Couragedl-. UitÊ suivy, et qui par une ocspcnce fort faonMiible entretenoit plusieurs pauvres capitaimsi; il en demanda l'advis et au roy et àii éotnestable son père , qui le trouvèrent loK i propos , promettans d'advoiier tousjottrs k faict , comme ils firent depuis.
Le mareschal , ayant entendu ([ne le Mf avoit acGordé les revenus de Masiii, qu'il avoï naguieres prins, au sieur de La Paiyctte, S*èB tint grandemen t olFensc , luy semblant que c' estoit faire triompher autruy du fruîctdè ses labeurs , et que tout ainsi que La Fayette n'avoit faict diflicuTté d'entreprendre sor ses maiTlies avec si peu de respect , que ce ne seroit point luy faire tort de supplier le rof de ne permettre que oest affront luy fust fiiiet, de pref(Ter à ses recens mérites ledicl de lÀ Fayette , qui n'avoit aucunement travaillé i la conquesle de la place. Sa Majesté, trouvant ceste plainte fort juste, révoqua en si faveur ce qui avoit esté accordé i l'antre, et confirma au seigneur de Conas h capital-
If
tillcp les seigneurs des Lignes eu toutes choses j nefic duJict Masin, qni Iny avoit esté ctmh
tîVÈË CtNOWÈMfi.
sr le marescliàl soubs le bon (ilaisir de
esté.
laot (ftie ces éliose s se démesiôreot , les los envoyeretit detii lirtibassadetif s ter s schai, pour \ttf hîfe entendre (jue cent al-d'Aouste les avoieftt emajé feddemt support et aride , conforme à Yhljolis ont de (onçue di:itfi éftlKeâx conionqttè voodroH entrefirendre la cotise ieor p:fis ; qoe , sur ceste sôfiimsim snperlenrs àvôient resotu ^ et trais I, (ju^od entrerott ii main tthnèe dans t , ponr se ftftrïmenir eti lai possession jagemetrt ((tti leur en fat Met pvit le ! cbar les éé Sat^ potir Soitdfite mil ror; (ju^iis ê9ti«Myeiii que leurs gens i desjk assemblés pMt ce fafré ( et ih , qn^atipararaiK de Tent reprendre , m bien tonln sçatolr de Iny de cfitel |« tronteroit , protesinos que ce tpi*fls lent tt^esioif t^trint en inietftion de Hen Mdre contre Sa ttafeSté , itiais pdtff leikt se nMintenir en la possesrfon dit^ ragmênt , 6t ^r Ae ttefeiHir ft tèiirs 8; etqifë, fotrt le pals estant entre lins , faller et le tenir seroient pins an Idement de Su Majesté qu^ils n^estoient rtleiir delt^at les Vaodonscois at oient ireconrh* atfK Espagnote et f talions i bSa M;riesié ne disposeroit pas comme qsl atoient Jadis esté priés et peTstiale roy François dWrepreiidre cela (|d*its tonlovem maintenant laire. A bqueHés propositions le mareschal El qa'il troitvoH fort estrange qae les n tafesiens et les Vattdoilstois se vouaqeurd^huy mettre en ceste peine, seuraince qu'il avoit n^aguieres donnée 1 et ani autres tf aipoîr charge da roy aiieaier an préjudice de Ieor nentra- B ptastost de les conserrer ei fatorie Sa Majesté n^avoit d'antre Intention gratiffier s^ alités et coirfèderés , tels stoient ; et qiTestans personnel sages iderécs, il les prloit prendre garde, ce grand remuement , ù ne rien enjh'c qui peust desplaire à Sa Majesté er Valtiance , comme il sembloit que cmeni ils voulussent faire , sans con-
qnclte diftercnCte It y avoit, da (cnqn
dû roy François Si cestuy-cy ; qoè ils de* toient faire lenr entreprinse auparavant que les armes de 9a Majesté ftissent si fort ad-^ tancées qd'etles estoient adjourd'boy, nf que la ville dTvrée fnst en ses niains , car le faiet enst esté lors pins tolerable qu'il ne ponvoit pas maintenant estre ; et qu'il les prloit de ne s'advancer qii'd ne eust responce dfl roy , auquel il en eserirdit ; aiitreinenf qu^il se ifteitroit eii devoir de les empescber, ne se poiivans exCtiser, an moins bien h pro* pos , de vouloir ruiner, au préjudice de là France, ce qu'ils avoient enduré & TEspagne. Lùti Ils Iny demandèrent quand ils ponrroiedt avoir responce de Sa Majesté i il leur respondil que ce lie polivoh estre plus tost que dans vingt-èlnq jours : ils trouvèrent le terme fort long , disanS qu'ils cràigrfoient qUè les trouppes ne fussent desjà
en train de m»rcber, et tontes -fois que pour Tamonr de liiy iU feroient leur effori de les ârrester. Â quoy Ils respondit lors, d'une VôU ttn peii batrtaine : * Je vous assenre que s'ils en viennent là, qu'ils iné trouveront Tespée ad poing aossl advancé qo>ui , et dont dès maintenant , comme ponr lors, je proteste au noifi de Sa Majesté. • Le roy approuva ta responce , et , par Son ambassadeur , fit prier les Seigneurs*
vateslens d'attendre A une autre Mison , et qu'il aimeroit tousjours Miem que le paia fust en leurs mains que du due de &ivoye. Gela Slppaisa tout, et onc puis ne s'en parla : qui se fust estonné la partie estoit perdue.
Sur le rèfflerctment qtie fit le mareschul dd renfort que >&û Majesté Iny envoyoit , il re-
monstra qn'il ne faloit point compter pour
renfort les douze cens Suisses , en tant qù1ls ne serviroient que pour remplir le régiment , et qn'H supplioit très-humblement Sa Majesté ordonner que le payement de l'armée fust doresnavant si relglé , qu'on peust faire les monstres dé mois en mois, tant pour tenir
les bandes plus Cohiplettes que pour reme^^ dîcr aux abus des capitaines , mais Sur tout des Suisses , qui estoient de si estrange humeur que tout ce qu^on leur accordoit d'honnesteté , ils le tiroient en conséquence et de conséquence en loy ; et que resoluement ils
estoient^ obstinés ft ôêtre payés sur tes rleux
MÉMOIRES DE BOYYIN DU YILLARS.
roolles, chose de pernicieuse conséquence. Les seigneurs du conseil , prenant pied à ce qu'il avoit cscrit que ces douze cens Suisses seroient employés à remplir les autres, mandèrent au maresclial que de son propos mesmes il resultoit que le roy avoit tous les mois
esté desrobé de douze cens payes , puis qu'il en falloit autant pour ce remplissage; tai-
sans, ou de propos délibéré ou par oubliance, que la loy du payement sur les vieux roolles accordée en faisant les levées, cstoit elle qui apportoit le desordre duquel ils estoicnt eux-mesmes la cause principale; car, n'ayant aucun es{][ard aux crierics et remonstrances qu'il avoit si souvent faictes pour avoir leurs payemens à l'entrée du mois, et non les faire enjamber deux et trois les uns sur les autres comme ils faisoient, il ne luy cstoit possible d'en faire les monstres , et moins , en ne les faisant pas , empescher leur évident larrecin, la coulpe duquel devoit estre attribuée à ceux qui avoient faict la capitulation, et non à luy qui en avoit le hasard et la peine , pendant qu'ils en discouroient bien à leur aise sur le tapis; que s'ils n'y donnoient autre ordre , et à celuy des François , Allemans , Italiens et à la cavalerie et artillerie aussi , qu'il prevoyoit que la discipline seroit renversée de tous poincts , par la conservation de laquelle les peuples desiroient la domination françoise au rabais de l'espagnolle ; et qu'aussi toutes choses recevroient une dangereuse altération, de laquelle il protestoit de bonne heure , afin que la coulpe n'en fust rcjcttée sur luy ; que s'il se fust plus avant engagé sur Tasseurance et les promesses qui luy estoicnt données d*augmentation de renfort et de secours d'argent, il se trouveroit peut-estre à la taille , que la perte et le dommage en eussent esté au roy , et la honte à luy, qui toulcsfois n'y avoit coulpe. De mcsme suite il rcmonstra que les François et Italiens ne faisoient pas mieux quo les autres, et purmy lesquels il oyoit puis peu de temps un certain bourdonnement pins propre à renverser les affaires qu'à les advancer comme il desiroit , suppliant de Iny donner de quoy estciudrc l'un et advancer l'autre.
Il faut maintenant reprendre le cours des
armes que j'avois intcrmis ; toutesfois , po« luy donner meilleur goust , je rcpresenlen; auparavant que le roy , comme prince trèsdebonnaire, loua infiniment la vertu et lai»leur , non seulement du mareschal , maisaon de tous les autres seigneurs et capitaines qi estoicnt intervenus aux entreprinses d'Yvrée, Masin et autres cy-dessus desdoites , el gratifia Aussun , gouverneur de Tharia , d'iie compagnie de gens-d'armes , Terrides d*M pension , Pavan d'un estât de gentil-hooM de la chambre, Gondria d'une compapie d'hommes d'armes , L'Isle , sergent majeor, de cent livres par mois , Montbazin du gMvernement d'Yvrée; au mareschal mesmefih rent aussi promises douze mil livres de r» tes en terres , qui furent par un long teofi assignées sur les glaces du Montcenis.
En fin le mareschal , considérant que toites ses depesches et instances ne poavoiol forcer le roy à contribuer les forces et la moyens pour emporter Yalfenieres et Volpian d'une mesme suite , et que de demeonr cependant inutile ce seroit la ruyne desif* faires , il se résolut d'entendre à la fortification de Santia , pour en faire son escalle coatre le duché de Milan et Casai, sur lequel i avoit intelligence fort particulière. . Pcnr i quoy donner quelque commencement et Htendant nouvelles de la cour, il conuBiHh que toute l'armée s'assemblas^ à Lyvone et Bianza , pour de là marcher où il seroit tUBt mandé. En moins de six jours il s'y tnmn environ sept mil François, autant qu'Alemans , que Suisses , deux mil Italiens et trois cens hommes d'armes , archers et douze ons chevaux légers , deux canons et quatre coolevrines avec leur équipage convenable, ei toute la suitte des vivres nécessaires potf l'armée, laquelle jusqu'à lors avoit esté» bien reiglée et disciplinée , qu'elle ne coiRmcltoit non plus de desordre en terre d'ancmi qu'en celle de l'amy. Deux jours après on battit aux champs , trois bataillons fiireflt faicis , le premier de quatre mil François ci cinq cens arquebusiers italiens, ledeuxiesoe de trois mil Suisses et deux mil François moslés avec eux sur les flancs, et le uwsiesme de quatre mil Allemans , mil François et cinq cens Italiens , la cavalerie sur les ait-