LIVRE CINQUIEME. 6S
pour autant que la prudence de l'Italien le conduict .toujours à balancer et mesnager les afiaires sdoa letena^is et les occasions, le marescbal eut crainte qu'en différant cesie declavatîon sur le bruit qui oouroit du renfort des, ennemis, ledict marquis y re- Bonçaa du tout ; et fist un voyage vers luy » sous prétexte d'aller reoognoistre le BieUois. Après les entrevues , les choses furent arreslées à ce poinct : à açavoir , que ledict sieur marquis se deciareroit serviteur du roy , à trois mille escus de pension par an ;
Qu'il fortifienoit , avec le secours du Biellois I le cbasteau de Galiany , qui convriroit Yvrée et Bielle , ei asseureroit aussi le pais jusques à Gatiaarre , pour la garde duquel Galiany deux cens hommes luy sereient payés;
Que le comte de Candd , son fils , auroit mil honunes de pied , lesdicts deux cens eomprins , sous trois capitaines dont il seroît colonnel , partie desquels seroient deapartts par toutes ses villes et chasieaiix. Les ehoses signées , le Bureschal leur mît l'escharpe Manche à Ions deux nu cal ,, «uns non au cœur, ainsi qu'il a|iparut depuis.
En ces eMrefuictes le marasofaal fit entendre au roy qu'il avoit reoeu lettras du barra 4e La Garde , par lesquelles jl iny mandoit qu'il estoit après à joindre les galères de Sa Mi^esté avec oeUes d'iiger, et qu'il y avoit apparence qu'en vottUntmcrader leurs forces de celles qui sont «ai , qu'on emperteroit la ville d'Albuigue , sur la mer , que les Gennois £aisoient dilcgemment fortifier , par la prinse de laquelle Gennes et âa vomie seroient réduites à grande extrémité ; qne de sa paît il en knioit l'exeoulion , nuns qu^l feudrcril que les galères fussent Mlles qni apportassent Tartillerie et toutes les munîiiotts nécessaires pour en venir à bout ; qu'en ce faisant il marcheroit avec de si bonnes forces qu'il en auroit la raison ; que ceste bourrasque pourroit mesmes apporter quelque soulagement aux afiaires du Siennois ; mais , quoy qu'il y ait , qu'il ne l'entreprendroit jamais sans un particulier et fort exprès ciHnnmndement de Sa Majesté.
Les seigneurs des Ligues ^ ^voyant que 'le roy advançoit fort ses afiaires vers le Milan-
nois , esorivirent au naseiohal que ^ par leurs
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MÉMOIRES DE BOYVIN DU VILLARS
anciens traictés'avec les ducs de Milan , ils | C*est ponrquoy il descouvrit lors an roy que
ne pouYoieni porter leurs armes en ceste pro* vince , et que par ainsi ils le suppUoient que là où son intention seroit d'y entrer , qu'il ne trouvast mauvaisqn'ils commandassent à ceux de la nation qui estoient au service du roy , de s'en retirer , ou pour le moins se déporter d'entrer sur les terres du Milannois. C'estoit une practique dressée par le cardinal de Trente et par Le Figucrol , avec armes dorées , qui sont fort aimées par ceste nation qui prent à toutes mains , pour d'autant affoîblir Tarmée de Sa Majesté. A quoy le mareschal respondit qu'il n'y avoit plus de ducs de Milan , ains que tout estoit reduict en l'usurpatrice main deTempereuryennemi commun et d'eux et du roy , à qui ceste province appartenoit , et que s'ils avoient jadis porté les armes contre la France à la journée de Novarre et de Marignan , violans les anciens traictés qu'ils avoient avec elle , que ceste itiute et les nouveaux traictés les obligeoient à servir par tout celuy qui les avoit si enrichis et si favorablement receus , et que les alliances tant de fois renouvellées avec nos roys ne portoient point ces restrinctions : s'asseurant aussi qu'y ayans bien pensé ils corrigeroient leur latin pour ne donner occasion à Sa Majesté d'embrasser les alliances de plusieurs princes et communautés de Germanie, qui o&roient leur service à conditions plus tolerables que n'estoient les leurs. One puis il n'en fut parlé.
Le roy , par le gênerai CoeflQer, commanda au mareschal que tout aussi tost que Santia seroit mis en deffence , et pourvu de vivres et de forte garnison , il eust à casser les nouvelles forces qu'il avoit dressées , Sa Majesté n'en pouvant plus supporter la despence à cause des grandes affaires qu*elle avoit sur les bras , et qu'il ne retinst que ce qu'il falloit pour la garde des nouvelles places du Piedmont , où elle vouloit qu il se retirast soudain. Ce commandement fut trouvé fort estrange , car il n'y avoit pas quinze jours que Sa Majesté luy avoit commandé d'advancer ses frontières le plus qu'il pourrojt du Milannois ; mais en ruminant là dessus , il rccognut que cela procedoit de la main de ses emulateurs , qui envioient les prospérités que Dieu luy donnoit.
le principal fondement sur lequel il avoit fortifié Santia , avoit esté pour en dresser mie escalle à la prinse de Casai , qu'il avoit tousjours teue -à Sa Majesté ; que ceste mesoe considération estoit celle aussi qui l'avoit ôh vite à forcer Verrue , afin qu'ayant de toitei parts bien asseuré les afiaires , il peust Ion, sans courir honte ny hasard , essayer cem entreprinse , laquelle estoit de telle conséquence , qu'elle ne devoit estre méprisée ne négligée , et que par ainsi , pour y panrenir et pour la maintenir par après, il fadUt plustost augmenter que diminuer les forces: toutesfois, si Sa Majesté vouloit mespriser les faveurs de la fortune et ne se soucier de ceste conqueste qui en engendreroit d'autres, qu'il satisferoit à ses commandemens , mais avec un regret qui Taccompagneroit tonte a vie ; que luy , ny tant de braves seigneurs el capitaines qui servoient Sa Majesté en Italie, n'avoient jamais désiré qu'elle mist en considération le hasard de leurs vies , et moins h perte de leurs focultés , mais bien de la w magnanimement et soigneusement embrasser la gloire , la réputation , la conservation d augmentation de Testât , et lequel , à en» de la continue , ne pouvoit recevoir ny fa ny l'antre sans le secours des finances ; etqM par ainsi il falloit mettre la main , par m douce saignée , dans les richesses inutileaot enfermées dans les coffres des bonnes iScs, toutes lesquelles demeureroient fort edniH lées à toute ruyne si le prince et Testât venoient à décliner vers le mal , et qu'aussi biei lors faudroit-il faire par force ce qui poimA aujoiu*d'huy estre doucement et gracieusemeit foict par promesse de remboursement lors qie Dieu donneroit la paix à Sa Majesté et à on. Le roy , ayant esté rendu capable d'une si haute espérance que la fortune luy presentoit, changea ^d'opinion , loua et approuva tout ce qui avoit esté faict et qu'on vouloit encores foire , promettant nouveau secours et moyetf qu'il tiendroit prests selon la fovorable issue de Tentreprinse , que Sa Majesté vouloit estre exécutée , et de laquelle il se promettoit avidr bientost des bonnes nouvelles, et de recognoistre si bien les grands et mémorables services du mareschal , qu'il serviroitd'exefl-