‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 103 sur 432 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

Après que M. l'abbé de Villars, secrétaire de l'Assemblée, eut fait la lecture de cette lettre, M. de Rennes dit que Leurs Majestés ayant su la délibération prise par l'Assemblée d'ôter du livre intitulé Gallia christiana l'éloge qui y avait été inséré du feu abbé de Saint-Cyran, elles les avaient chargés de l'en venir remercier et de lui témoigner la satisfaction qu'elles en avaient. Que Leurs Majestés leur avaient aussi ordonné d'exhorter la compagnie de consommer l'affaire du jansénisme, en sorte que la constitution du Saintsiège, le dernier bref du pape Innocent X, et les résolutions des Assemblées précédentes fussent unanimement reçues dans le royaume; que pour cet effet, ils avaient eu ordre d'offrir à la compagnie toute l'assistance et la protection qu'elle pouvait espérer, et de l'assurer que Leurs Majestés feraient exécuter les résolutions qu'elle prendrait.

M. de Narbonne répondit que dès le moment que l'Assemblée eut connaissance des éloges faits de M. l'abbé de Saint-Cyran, elle jugea que cette affaire était très importante, et crut être obligée à prendre la délibération que Leurs Majestés avaient sue, qu'elle en avait d'autant plus de joie qu'elle apprenait par les lettres qu'elles lui avaient [fait] l'honneur de lui écrire et par ce qu'il lui avait dit de leur part qu'elles en étaient extrêmement satisfaites. Que l'assemblée avait commis messeigneurs de Toulouse et de Montauban et MM. les anciens agents pour lui rapporter le vendredi suivant ce qui s'était passé dans les assemblées extraordinaires au sujet de la constitution du pape Innocent X et de son dernier bref, et qu'étant résolu d'y appeler tous messeigneurs les évêques qui étaient à Paris, ils seraient euxmêmes témoins des résolutions qui s'y prendraient, et seraient priés d'en rendre compte à Leurs Majestés. Cela n'empêcha pas néanmoins MM. de Sainte-Marthe, lorsqu'ils furent introduits dans l'Assemblée, le 13me jour de septembre, de dire qu'ils ne savaient s'ils devaient commencer leur discours ou par des plaintes et des justifications, ou par des actions de grâces. Ce compliment latin se trouve imprimé dans le procès verbal, page 804.

Le 31 du même mois, M. l'abbé Berthier lut à l'Assemblée la lettre qu'il avait eu ordre de dresser pour être envoyée au pape, dans le dessein de remercier Sa Sainteté de ce qu'elle avait nommé à l'évêché de Cavaillon M. Hallier, ce

savant défenseur de la sacrée hiérarchie et de l'autorité apostolique, et cet abbé, entre autres éloges, l'appelait, un homme tout de glace à l'égard de la gloire temporelle et de la recherche des dignités : ab omni gloriae temporalis et digniiatis errore frigentem. Mais tout le monde n'était pas tout à fait persuadé d'une humilité si rare et d'un si grand désintéressement en la personne de ce docteur, qui ne croyait pas la pourpre du cardinalat au-dessus de lui.

CHAPITUE XII

La Faculté de théologie conclut à ne pas censurer le père Bagot et à s'expliquer par un écrit sur la hiérarchie. L'Assemblée du clergé commence à délibérer sur la constitution et sur le bref. M. de Sens révoque deux de ses actes.

Quoique M. Mazure, curé de Saint-Paul, se persuadât que la censure du livre du père Bagot était inévitable à ce jésuite, et que c'eût été dans cette vue qu'il eût publié sur la lin du mois de juillet un petit écrit pour servir d'instruction sur cette matière, néanmoins ceux qui faisaient une sérieuse réflexion sur le choix des juges nommés par la Faculté pour en prendre connaissance, sur tant de retarde ments affectés, et sur toutes les circonstances de cette affaire, étaient persuadés que ce libelle si contraire à la hiérarchie jouirait enfin d'une pleine et entière impunité, qui était depuis longtemps le privilège presque perpétuel des Jésuites.

On vit l'effet de cette prédiction dans l'assemblée du prima mensis de septembre, où la conclusion de cette compagnie si célèbre fut de ne pas censurer l'ouvrage de ce jésuite, quoique plein de faussetés, de calomnies et d'erreurs; mais seulement de publier un écrit qui serait comme une profession de ce qu'elle croyait contraire à la doctrine établie par ce libelle. Une conduite si peu raisonnable et si bizarre était la honte de cette Faculté, qui ne se mettait nullement en peine de garder ni les règles de l'honneur ni les maximes de l'équité naturelle ; il n'en fallait pas davantage pour découvrir la honte de la censure irrégulière qu'elle avait faite au mois de janvier précédent contre M. Arnauld, qu'elle avait traité avec tant de dureté, quoi-

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