‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 258 sur 432 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

contre lui la cour de Rome et celle de France, mais ceux mêmes qui faisaient profession de n'avoir que de l'amitié pour lui et qui l'accablaient par les témoignages de la haute eslime qu'ils avaient pour sa science et pour son mérite, trouvaient le moyen de le persécuter jusque dans sa plus profonde solitude, afin de tirer de lui des règles et des décisions pour leur conduite dans une conjoncture si fâcheuse.

Quelques-uns mômes de ceux qui avaient paru autrefois les plus zélés pour la doctrine de saint Augustin épuisaient toutes les subtilités de leur esprit pour justifier par des raisons plausibles le dessein qu'ils avaient peut-être déjà formé dans leur cœur de se tirer d'affaire en signant sans une plus grande discussion tout ce que l'on désirerait d'eux pour l'exécution de cette bulle. Mais ils eussent souhaité d'attirer aussi avec eux ceux qui n'étaient pas de ce sentiment, ne pouvant souffrir d'être condamnés par la résistance de quelques particuliers avec lesquels ils avaient toujours paru unis très étroitement. Cela obligea M. Arnauld de répondre à leurs raisons par une dissertation qui n'a jamais été mise sous la presse, et que l'on trouve datée du 27 avril. Elle était intitulée : Réponse à quelques raisons par lesquelles on prétend montrer que ceux qui sont persuadés que les cinq propositions ne sont pas dans Jansénius doivent néanmoins signer la nouvelle bulle qui déclare qu'elles y sont*.

Il n'en eût pas fallu davantage que ce seul écrit pour terminer les disputes qui ont altéré pendant plusieurs années la paix de l'Église. Mais ceux qui avaient obtenu cette bulle par surprise ne pouvaient pas se résoudre à se priver du fruit qu'ils s'en étaient promis, et comme ils avaient acquis par leurs intrigues un très grand crédit auprès des puissances qui s'étaient engagées à en poursuivre l'exécution, ils ne se promettaient rien moins que de faire exterminer, comme rebelles à l'Église et à l'État, des personnes très innocentes, dont l'unique crime était la défense de la doctrine de saint Augustin, directement opposée aux erreurs de Molina. Cependant, Dieu aveuglaitles Jésuites et leurs partisans dans cette conduite; et ils ne voyaient pas

1. Suit une loDgue citation de la plus grande partie de cet opuscule, qui n'était pas imprimé alors. On en trouvera le texte complet dans la grande édition des œuvres d'Arnauld (Paris-Lausanne, 1783- 1788), tome XXI, p. 47.

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qu'ayant entrepris de faire passer un point de fait pour une matière de foi, ils donnaient des armes à leur adversaire pour se défendre éternellement devant toutes les personnes équitables, et que la vérité qu'ils prétendaient obscurcir par l'éclat extérieur de l'autorité du pape, serait reconnue tùt ou tard à leur confusion et à leur honte.

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