‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 359 sur 432 · III · texte numérisé non relu

III

« Madame l,

« Je serais la plus heureuse personne du monde si je n'apprenais que votre indisposition continue, et que quelque résolution que Dieu vous ait toujours donnée de suivre sa volonté en toutes choses, vous n'avez pu souffrir ma séparation sans quelque douleur. J'en ai assez senti en vous quittant pour juger de celle que vous avez eue. Mais j'espère que Dieu, qui console tous ceux qui s'abandonnent à lui, vous sanctifiera en cette rencontre, et principalement dans la maison où vous êtes. Je sais que ma tante, étant à Dieu comme elle est, et connaissant l'obligation qu'on a de correspondre aux grâces qu'il fait à ceux qu'il appelle pour être tout à fait à lui, vous donnera les résolutions qui sont propres à l'état où vous êtes. Je suis si assurée de de votre piété que je suis certaine que mon dessein ne peut vous donner aucune peine, si vous êtes assurée que c'est véritablement Dieu qui m'y a engagée, et je ne crois pas que vous en doutiez si vous en considérez le commencement et la suite. Vous savez, Madame, qu'il n'y a aucune personne au monde qui m'en ait donné les premiers mouvements ni qui y ait contribué de quelque manière que ce soit. Ce n'a été ni sermon, ni livre, ni discours, et c'est tellement de la pure miséricorde de Dieu que je tiens ma vocation qu'il n'y a peut-être guère d'exemple où il ait fait si clairement paraître qu'il peut, quand il lui plaît, se rendre maître du cœur sans l'entremise des créatures. Je crois, Madame, que les prières que vous faisiez pour moi pendant que je ne pensais qu'au monde en ont été une des principales causes. Continuez-les, je vous en prie, et reposezvous en Celui en qui vous avez toujours espéré. Considérez, je vous supplie, que je ne pourrais différer davantage sans me rendre criminelle et sans résister à Dieu qui m'appelle depuis si longtemps. J'ai attendu onze mois entiers; j'ai fait un voyage de sept ou huit mois par complaisance pour mon frère qui m'y engagea pour éprouver ma vocation. Et enfin, après avoir découvert mon dessein ouvertement, j'ai souffert huit jours de visites et de contradictions

1 . Hermant avait écrit : Ma chère maman dans tout le cours de la lettre. C'est ud correcteur qui a barré ces mots au ms. et les a remplacés par Madame, sauf une fois, et sans cloute par inadvertance,

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