‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 151 sur 524 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

De ce qui arriva à l'occasion de la Théologie familière de M. de Saint- Cyran, et du mandement de M. l'archevêque de Paris sur ce sujet.

C'était avec beaucoup de raison que M. de Saint-Cyran témoignait daua cette lettre que l'on publiait plus que jamais des choses désavantageuses a sa réputation, car ce fut vers ce même temps que les jésuites voulurent se servir

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de la Théologie familière dont il était fauteur pour traver-

a liberté, et ils excitaient cette tempête dans le ten rrième qu'Us lui faisaient faire de grands compliments dans

sa prison. Voici la vérité de ce fait, qu'ils ont altérée depuis ce temps-là par leurs libelles.

M. l'avocat général Bignon1, que l'on sait avoir été l'un des plus pieux magistrats du royaume, aussi bien que l'un des plus savants hommes de ce siècle, engagea un jour M. de Saint-Cyran, son intime ami, à faire une courte explication des principaux mystères de la Religion ch retienne, pour l'instruction de MM. ses enfants, qui étaient jeunes en ce temps-là. Quelque éloignement que cet abbé eût par luimême de faire des livres, il ne put néanmoins refuser cette satisfaction à un ami dont il connaissait et respectait le mérite plus que personne, et employa trois ou quatre aprèsdinées à composer un petit écrit, qui est celui même qui a paru depuis sous le nom de Théologie familière. Il était demeuré secret, quoique quelques personnes habiles, à qui ce célèbre magistrat l'avait communiqué, en fissent beaucoup d'état, lorsque l'on apprit qu'un ecclésiastique qui en avait recouvré une copie l'avait fait imprimer, sous son nom, avec des changements et des additions qui défiguraient entièrement ce petit ouvrage.

Ce fut ce qui obligea les amis de M. de Saint-Cyran, pour arrêter le cours d'une si grande hardiesse, d'étouffer cette première édition, toute fausse et toute corrompue, par une seconde conforme à l'original, et en effet elle parut avec approbation de cinq docteurs.

La mort du cardinal de Richelieu commençant à dépeupler les prisons, et les jésuites craignant que M. de Saint- Cyran ne fût mis en liberté comme plusieurs autres, ils] se servirent de ce petit livre pour rendre inutiles les sollicitations de ses amis.

Le conseil de M. l'archevêque de Paris ayant jugé à propos de renouveler en ce temps-là une ordonnance assez commune et ordinaire dans les diocèses, de ne point enseigner, tant aux églises qu'aux collèges et écoles, d'autre catéchisme que le sien, une personne de ce conseil, fort attachée

1. Jérôme Bignon. illustre magistrat que ?a prodigieuse érudition fit surnommer le « Varron frauçais >> (1590-1656).

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