INTRODUCTION VII
résumée en quelques lignes cette biographie du chanoine
Hermant.
11 naquit à Beauvais le 6 février 1617, et fit dans sa ville natale d'excellentes études, complétées à Paris chez les Jésuites du collège deClermont et finalement au collège de Navarre où Godefroi Hermant devança Bossuet d'une dizaine d'années. Régent à Beauvais plusieurs années avant l'entrée de Racine au collège de cette ville, il fut ensuite précepteur dans une grande famille et enfin professeur de philosophie au collège de Dormans-Beauvais, à Paris. Il étudia en Sorbonne et prit le titre de licencié en 1646, après une soutenance éclatante, en présence de tous les évêques de l'Assemblée du Clergé. Il se croyait né pour le travail et pour les exercices paisibles de la vie sacerdotale dans son canonicat de Beauvais ; mais il se trouva engagé maigre lui dans les querelles si ardentes de cette époque. C est ainsi que dès 1643-1644 il lutta la plume à la main, tantôt pour défendre l'Université contre les entreprises des Jésuites, tantôt pour justifier la Fréquente communion d'Antoine Arnauld, attaquée avec fureur par ces mêmes
Jésuites.
Nommé recteur de l'Université de Paris comme plus tard le bon Rollin, il exerça dix-huit mois durant ces hautes fonctions, car on ne se lassait pas de le réélire (1646-1648). C'est alors qu'il fut uni par les liens de l'amitié la plus vive avec Guillaume de Lamoignon, maître des requêtes et plus tard premier président du Parlement. Logé à l'hôtel Lamoignon, il était de tous les voyages de Basville, et ses amis avaient à cœur de l'attacher définitivement à l'église de Paris; mais il s'y refusa, et ne voulut jamais être que simple chanoine de Beauvais, sous les évêques Potier, Choart de Buzanval et Forbin Janson. Persécuté durant de longues années ainsi que plusieurs autres chanoines dont le crime était de partager les sentiments de leur saint évêque, il vécut à Beauvais dans la pauvreté et employa les loisirs que lui faisait la persécution à composer un grand nombre d'ouvrages sur les matières ecclésiastiques et sur l'histoire de l'Église. Godefroi Hermant fit paraître successivement une vie de saint Chrysostùmo, des vies de saint Athanase, de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze et de saint Ambrois^. Puis il entreprit une œuvre
VIfl INTRODUCTION
de longuo haleine dont les brouillons sont aujourd'hui conservas à la bibliothèque dosa ville natale, et qui était intitulée : Histoire ecclésiastique et civile de la ville de Beauvais, avec les litres et les pièces justificatives. En 1091, après cinq .innées de séjour à Beauvais, Hermant voulut dire un dernier adieu, car il sentait sa fin prochaine, à ses amis de Paris, notamment à Chrétien de Lamoignon et à M. de Basville son fils. Il fit un dernier pèlerinage à Port- Royal des Champs, y dit la messe conventuelle et y communia de sa main toutes les religieuses; trois jours après il mourait subitement à quelques pas de l'hôtel de Lamoignon (11 juillet 1691), et son corps était transporté dans la cathédrale de Beauvais, où il repose encore.
Godefroi Hermant, que les estampes du xviie siècle n'ont point flatté, car elles lui donnent, comme à son évêque Choart de Buzenval, comme aux évêques Arnauld, Pavillon et Caulet, une physionomie rustique et rude, était, dit Baillet, « d'un accès très facile, fort commode, affable, plein d'honnêteté et de bienveillance, obligeant jusqu'à la profusion..., toujours gai en compagnie, d'une conversation aisée, agréable, pleine de rencontres et de bons mots, parmi lesquels il s'en trouvait quelquefois de piquants... Sa mémoire était prodigieuse, son j ugement solide et exact ; il avait l'esprit vif, pénétrant, étendu et profond... Ses recherches étaient exactes et sûres; ses expressions nobles et de bel usage, et son style correct et élégant. Mais on ne peut pas nier qu'il ne fût quelquefois trop diffus, trop fleuri et trop figuré pour le goût de notre siècle;... quoiqu'il y ait du préjugé ou de la passion sans doute dans certains esprits délicats qui le trouvent languissant et ennuyeux. » Adrien Baillet, qui le connaissait bien et qui lui était redevable de son titre de bibliothécaire des Lamoignon, ajoute que les qualités de son âme n'étaient pas moins belles que celles de son esprit. Il le représente, et en cela il est, dit-il, d'accord avec ses ennemis, comme un « homme tout d'une pièce » auquel on aurait pu souhaiter « un peu plus de politique et de complaisance ». Hermant avait horreur du mensonge, tellement que sa candeur et sa crédulité lui furent parfois nuisibles. Simple et bon, il avait, tout comme Molière, une vieille servante nommée Martine, dont il admirait le parfait bon sens, et qu'il consultait vo-