‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 219 sur 524 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

peine à reconnaître l'injustice de ce procédé des Jésuites, quand elle aura pesé le dessein de l'auteur de ce livre, qui ne parle pas par sa bouche, mais par celles des Saints Pères dont il s'était contenté de proposer et de louer la doctrine perpétuelle et constante, touchant la Pénitence et l'Eucharistie, et cette coutume canonique et très sainte, qui ayant été si religieusement observée dans l'Église, durant plusieurs siècles, a été encore désirée et louée dans ces derniers temps ; qui a été conservée autant que la [dureté l] des hommes le pouvait permettre, et rétablie en ses principales parties, par le soin des papes et des cardinaux. Qu'ils ont très grand sujet d'espérer de grands avantages, pour arrêter,, avec le secours de la miséricorde de Dieu, le débordement des mœurs corrompues, et de cette licence effrénée de toutes sortes de vices, qui ne fut jamais si grande et qui s'augmente de jour en jour, par les nouvelles inventions de quelques auteurs de cas de conscience, dont Sa Sainteté a condamné plusieurs livres par une censure juste et très équitable, et dont les censures ont été publiées par le clergé de France dans toutes les provinces de ce royaume.

Ils rendent ce témoignage à M. Arnauld que, n'ayant pas moins de soin d'entretenir la paix que de défendre la vérité, il n'impose pas de loi, ni de nécessité à personne ; que non seulement il ne combat pas la participation très fréquente de la sainte Eucharistie, mais qu'il y exhorte les fidèles, et n'en reprend que le mauvais usage; qu'il soutient à la vérité qu'on peut différer quelquefois l'absolution, mais non pas qu'on la doive différer toujours ; qu'il ne déclare pas seulement que le péché est remis par l'absolution, mais qu'elle opère aussi la rémission du péché, et qu'elle confère la grâce ; que son dessein n'est pas de rétablir la pénitence ancienne et publique, mais qu'il montre que ceux qui se portent volontairement, avec la grâce de Dieu, à en pratiquer quelques parties, sont plus dignes de louange que de blâme ; qu'il ne prescrit pas pour loi à tout le monde l'ancienne coutume de faire pénitence qui est établie par l'autorité des Papes, des Pères et des Conciles, mais qu'il la propose seulement aux pénitents volontaires; qu'il est si

1. Ce mot est très difficile à lire au ms. ; les copistes lisaient charité, |tii u'a pas (Je sens.

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éloigné de condamner la coutume présente de L'Église, de donner l'absolution avant l'accomplissement de la pénitence qu'il déclare au contraire, en termes formels, que ce serait une grande erreur de la condamner, tant qu'on l'observera selon l'esprit et l'intention de l'Église; qu'il proteste du fond de son cœur que l'Église, laquelle vit de l'esprit de J.-C, parce qu'elle est le corps de J.-C. même, tire de lui sa perpétuelle unité dans la continuelle révolution des temps et son infaillibilité indissoluble dans les régies qu'il établit, tant pour ce qui regarde la foi, quepource qui concerne les mœurs et la discipline; et qu'enfin, pour user des termes d'un saint docteur de l'Eglise, il exhorte tellement aux grandes choses, qu'il ne condamne pas celles qui sont moindres. Qu'ils ont été d'autant plus portés à approuver son livre avec éloge, qu'ils ont été persuadés d'une part, que c'était un excellent moyen d'empêcher les fausses pénitences qui sont si manifestement condamnées par le pape Grégoire VII, et par le concile œcuménique de Latran, tenu sous Innocent II ; et qu'ils ont considéré de l'autre, que cette doctrine très salutaire, qui traite de la confession sacramentelle et de la satisfaction, suivant les décrets du saint Concile de Trente, et la tradition ancienne et perpétuelle de nos pères, ne défend pas moins la vérité catholique contre les erreurs de Luther et de Calvin, que l'innocence et la pureté chrétienne contre les vices et la corruption des mœurs, n'y ayant rien qui puisse faire une impression si puissante et si sainte dans l'esprit des calvinistes, que lorsqu'ils considéreront avec attention la pureté de cœur et l'humilité profonde avec lesquelles la piété chrétienne a toujours révéré la divinité renfermée dans cette hostie redoutable de nos autels.

Après avoir recommandé au pape la personne de l'auteur, comme un homme qu'ils savent n'avoir pas une affection moins ardente pour l'unité et pour la paix de l'Église que pour la vérité, et qui a soumis son ouvrage au jugement de Sa Sainteté avec la révérence qu'il lui doit, par une déclaration qu'il adonnée volontairement et de lui-même; ils supplient et conjurent le pape de ne pas souffrir qu'une doctrine si salutaire soit combattue par les jugements si peu équitables de quelques personnes, ni qu'on la décrie publiquement, comme si elle tendait à détruire, au lieu de s'en servir pour édifier.

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