Guillaume de Laudaheere, jésuite belge
nombreuse et très paissante, et les princes protestants refusant de se joindre à lui dans cette nécessité publique, il aima mieux tolérer ces hérétiques qui étaient condamnés par le pape, que de perdre l'avantage de leur secours, contre l'ennemi de la chrétienté, qui était prêt (sic) de les accabler. Il attribuait à cette manière d'agir le mauvais succès des armes de l'Empereur, disant qu'il n'avait rien fait avec une armée si forte et si nombreuse.
De là il passa à invectiver contre les magistrats politiques et ecclésiastiques du Pays-Bas, les accusant d'être rebelles au Saint Siège, et de n'avoir pas de soumission à la bulle d'Urbain VIII, dont ils avaient ou empêché ou suspendu la publication depuis tant de temps. Il ajouta que c'était la cause de tous les maux et de toutes les afflictions publiques de leur province, et témoigna son étonnement de ce que Dieu ne les châtiait pas encore avec plus de rigueur, pour leur faire porter la peine d'une si grande négligence, quoique dans la vérité ils ne s'abstinssent delà publication de cette bulle qu'à cause qu'il y avait quelque chose de plus fort que des soupçons qui leur persuadaient qu'elle avait été obtenue par surprise.
Ensuite il se mit à relever le mérite des Jésuites, et à se plaindre de ce qu'on attribuait à leurs passions et à leur animosité tout ce qui s'était fait contre Jansénius, quoiqu'ils eussent en toutes rencontres donné des marques publiques de l'affection qu'ils avaient pour ce prélat. Il lui reprocha l'applaudissement public avec lequel ils l'avaient reçu quand il avait fait son entrée sur le siège épiscopal de la ville d'Ypres, ayant dépensé six cents florins pour lui dresser un triomphe, sans que de sa part il leur eût donné un sou. Après cela il étala les services qu'ils lui avaient rendus lorsqu'il arriva à Berghe sur Winok et à Dunkerque, et les honneurs qu'il avait reçus de la part des matelots des deux villes, qu'il disait leur être entièrement dévoués. Et comme il était dans sa chaire, où il pouvait dire avec liberté tout ce qu'il voulait sans craindre d'être contredit, il demandait de temps en temps à ses auditeurs, qu'il savait bien n'être pas en état de lui répondre : « Y a-t-il quelqu'un qui puisse dire ou montrer ce que la Société a jamais fait par passion contre Jansénius? Comme si les Jésuites pouvaient surprendre le Saint Siège apostolique
par leurs passions! Je permets, s'écriait-il, à tous les ennemis des Jésuites de faire tous leurs efforts à Rome pour voir s'ils pourront obtenir du Saint Siège apostolique la condamnation de Suarez, de Becan1, de Regius2 etc. C'est alors que l'on verra si c'est par passion et par jalousie que les Jésuites ont obtenu la bulle de Jansénius. »
Après cela il lut la bulle à la faveur de deux chandelles qu'il avait placées autour de lui, et sur ce que le pape Urbain VIII, parlant du livre de M. d'Ypres, dit qu'il est intitulé Augustin, il fit remarquer ce mot, « parce, disait-il, qu'il n'en a que le nom, et n'est pas véritablement la doctrine de saint Augustin, comme toutes les erreurs des hérétiques sont la parole de Dieu, selon eux, quoiqu'ils ne prêchent rien moins que la parole de Dieu. »
Il parla ensuite du renouvellement des erreurs de Baïus", dans le livre de cet évêque, et s'emporta fort contre les religieux défenseurs de sa doctrine. « Il y en a, dit-il, qui s'étant faits petits moineaux, au sortir de la cinquième et de la sixième, sont élevés au sacerdoce, sans avoir deux ou trois onces de la vraie théologie, et commencent aussitôt à prôner la doctrine de Jansénius. Il est plus malaisé de dire s'il est plus à propos de rire avec ces misérables que d'en pleurer par compassion. »
Il reprocha aux disciples de cet évêque d'avoir fait imprimer son livre secrètement, ayant même exigé le serment de l'imprimeur pour l'obliger de n'en rien dire. Et après un très grand nombre de semblables extravagances, il tira un papier d'un portefeuille qu'il disait contenir la réfutatation des erreurs de Jansénius, contraires en plusieurs points à la doctrine du saint concile de Trente.
On répondit à ce sermon par deux écrits, dont le premier était intitulé : Novus Prosper contra novum collatorem. Et l'autre : Collatio antuerpiensis ad clarissimum virum Pctrum
1. Martin Becan, jésuite (1550-1624), professeur de théologie à Mayenne et à Vienne.
l. Gilles Goninck ou Régius, jésuite (1571-1636).
3. Michel de Hay ou Baïua (1513-1589), professeur puis chaucelier de l'Université de Louvaiu, qui le députa au concile de Trente. Plusieurs es propositions sur la grâce, le libre-arbitre et les bonnes œuvres furent condamnées à la demande des Jésuites par Pie V et Grégoire XII. Réfuté avec modération par Bellarmiu, il fit sa soumission.
398 MÉMOIRES DE GODKFROI HERMAHT
Aurelium, qui justifiaient M. d'Ypres de point en point. On voit dans ce second écrit des vers léonins1 très ridicules que les Jésuites avaient faits à la louante de M. d'Ypres*, quand il avait fait son entrée dans sa ville épiscopale. Voici ce qu'ils contenaient :
Battava gens prolem, velut in caligine solem,
Parturiit, zona lux minus orta bonà.
Patria Leerdamum quali hune dat stipite ramum!
Expers vita doli ; patria digna coli; Innocuus vitae vir relligionis avitae :
Omnis abest labes : nomen et omen habes. 0 niveam mentem, humanae nil faecis habentem!
Gandidus ore color, totus ut esset olor. Virtutum flores, doclrinae spargit odores ;
Cornelii vita est floridanumquid ita est?3...
Et en parlant du bonnet de docteur qu'il avait reçu à Louvain, ce poète en faisait ainsi l'éloge :
Mox cingit lauro, dignus quem cingeret auro Lovanium, in mitrâ quem modo cernis Ipra.
Pulpita conscendit, quis non ex ore pependit? Subtilem totum quis neget esse Scotum?
Quam bene divinas res tractât ut alter Aquinas ! Theiologos Soares gaudet babere pares.
Dein velut in scenam scripturse ingressus arenam Orbe fuit toto clarus ut ipse Soto.
Et sur ce que M. d'Ypres avait pris pour devise ces mots : In veritate et charitate, le jésuite relevait son mérite par ces beaux vers :
Nunc unum restât, quod paucis dicere praestat :
Verus corda moves, carus amore foves.
Te verum et carum reddunt insignia clarum.
0 quam verba duo Praesule digna suo.
Non novit fictis palpare aut ludere dictis,
Proxima mens divis, aemula facta nivis Parcus verborum, spéculum venerabile morum,
Quemque silere docet : garrula lingua nocel.