LIVRE v
l'ayant toujours soutenue, elle ne devait pas être condamnée par un petit nombre de personnes, qui d'ailleurs n'étaient pas d'une grande autorité;
3° Il faisait une comparaison qui n'était pas inutile entre saint Augustin et Molina, et entre la doctrine de l'un et de l'autre; et examinait en peu de mots la vanterie de Calvin et de Molina sur un même sujet, exprimée presque en mêmes termes;
4° Il montrait que les ennemis de la grâce étaient altérés de sang, et plus disposés à exercer leur cruauté qu'à disputer, et combien ce qui paraît mal est un très grand bien quand on y est engagé pour la défense de la vérité. Il finissait par une prière qu'il faisait à Dieu de secourir son Église.
Dans le choix des examinateurs qu'il reprochait à M. Cornet, il marquait particulièrement que M. Bail1 ne devait pas être de ce nombre, après avoir publié depuis peu un livre dans lequel il défendait l'usure et la doctrine des trois contrats. Il faisait voir aussi que quelques autres, étant aux gages des personnes attachées à Molina, étaient incapables par leur engagement d'examiner les cinq propositions, et s'élevait contre l'injustice de l'un d'entre eux qui avait dit que cinq cents Augustins n'empêcheraient pas cette censure. Il disait d'un autre, qu'ayant plaidé toute sa vie contre son évêque, il n'était pas fort propre à procurer la paix de l'Église. C'était M. Pereyret qui avait traité de la sorte M. l'évêque de Clermont, pour se maintenir dans la qualité d'official indéposable, sans avoir égard aux anciennes obligations qu'il avait à ce prélat, son ancien disciple, qui avait autrefois exposé sa vie pour la défense de la sienne, et a porté sur son visage, dans tout le reste de sa vie, les cicatrices d'une blessure* qu'il avait reçue en cette occasion. Mais les règles de la bienséance n'étaient pas fort considérables à ces députés, qui ne se souciaient même que fort peu de celles de la vérité et de la justice, et qui mettaient tout leur honneur à venir à bout, par quelque moyen que ce fût, de ce qu'ils avaient entrepris.
i. Louis Bail, docteur de Sorbonne et curé de Moutinartre, supérieur dc^ deui maisous de Port-Royal en 1661, mort en 1669. j Mb. - dangereuse ».
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Il n'y avait pas longtemps que messire Amable de Bourrais1, abbé de Cores, était entré dans les sentiments de saint Augustin, quand cette affaire des cinq propositionfut proposée à la Faculté de théologie. Cet homme de lettres* était auvergnat de naissance, neveu du P. Arnould5, jésuite, et avait été élevé page chez M. le marquis de Chandenier4, père du capitaine des gardes. De là il avait passé quelques années auprès de M. le cardinal de Savoie', et s'était ensuite comme établi chez M. de Liancourt, où il joignait l'étude de la théologie et des belleslettres, faisant profession de prêcher et d'écrire. Il était tout ensemble de l'Académie et de l'Assemblée de la propagation de la foi où il éclatait plus qu'ailleurs, s'étant appliqué aux controverses contre les hérétiques, qui l'avaient rendu considérable auprès du cardinal de Richelieu, dont il revit ensuite les derniers ouvrages sur cette matière, à la prière de Mme la duchesse d'Aiguillon. Lorsque M. le prince Palatin6 était entré dans l'Église catholique, il avait fait imprimer en sa faveur une instruction sur les questions controversées qui servent de prétexte aux protestants pour se séparer de notre communion. Cette grande application à la lecture des saints Pères de l'Église lui ayant fait contracter une habitude particulière avec saint Augustin, il voulut éclaircir plus exactement qu'il n'avait fait les matières de la grâce, par la lecture des ouvrages de ce saint docteur contre les Pélagiens. Et quoique, dans les premières années de sa vie, il eût été engagé autant qu'aucun autre dans les opinions du molinisme, tant par la liaison très étroite qu'il avait avec les Jésuites, que par sa propre inclination ; néanmoins il se vit accablé d'un si
i. Amable de Bourzeis, abbé de Cores (1606-1672), membre de l'Académie Française.
2. Note marginale, d'uue autre main : © qui avait uue très grande connaissance de l'hébreu et des autres langues orieutales. »
3. Jean Arnoux ou Arnoulx, jésuite (1592-1636), confesseur de Louis XUI en 1617.
4. Jeau-Louis de Roohechouart, marquis de Chandenier, gouverneur de l'Auvergne.
5. Maurice de Savoie (1593-1657), créé cardinal par Paul V en 1607, renonça au cardinalat eu 1643 pour épouser sa nièce, Louise-Marie de Savoie.