LIVRE Vt
Dieu voyant à regret la blessure profonde
Dont Adam, par un fruit funeste à tout le monde
S'était percé le cœur, Voulut pour réparer cette injure soufferte, Que si l'arbre autrefois avait causé sa perte,
Il causât son bonheur.
Ainsi sa Providence et sa haute Justice Devaient par un saint art confondre l'artifice
Du serpent envieux, Et comme par le bois il blessa la nature, 11 fallait que le bois refermât la blessure
Et nous ouvrît les cieux.
Lors donc qu'après le cours d'un si long esclavage, Dieu veut finir nos maux par le plus grand ouvrage
De sa puissante main, Le Verbe, fils du père et créateur du monde, Descend dans une vierge, et la rendant féconde,
Se fait chair dans son sein.
Ce véritable Dieu naît enfant véritable,
Il est faible et muet, il pleure en une étable,
Et le Verbe est sans voix. Sa mère de drapeaux l'enveloppe et le serre, Liant ses petits bras qui lancent le tonnerre
Et font trembler les rois.
Aussi M. l'abbé Le Roy, à la fin de son ouvrage, fit imprimer la traduction de Port-Royal en une colonne et celle du P. Adam en l'autre, avec le latin entre les deux, pour les confronter ensemble ; et cela seul suffisait pour couvrir de confusion ce jésuite, et toute sa société, qui avait souffert qu'un si misérable ouvrage parût sous son nom et fût dédié au roi. Ils ne furent pas longtemps à s'apercevoir de la faute qu'ils avaient faite et se servirent d'une religieuse du couvent des Filles de Saint-Thomas pour corriger cette malheureuse traduction dans la seconde édition de Leurs Heures, qui furent négligées par ceux à qui la forme extérieure de ce livre n'imposa point, et il n'y en eut jamais de troisième.
538 MÉMOIRES DE GODKFROJ HEKMAffl
CHAPITIIK XIII
Dissertation de M. deLauuoy sur la confession (Je loi attribuée à Pelage. Déclaration des Dominicains en laveur de saint AugustiD. Harangue de M. Du Moustier contre le P. Gossart, jésuite, qui y réplique. Sermon prêché à Caen par le P. Langlois 4, jésuite, contre saint Augustin. Décret rigoureux de l'Université de Paris.
Nous avons vu l'année précédente* l'embarras de M. Morel au sujet d'une confession de foi qu'il attribuait à saint Augustin, quoiqu'elle fût de l'hérésiarque Pelage. M. de Launoy voulut entrer en cette querelle et publia un traité intitulé : Joannis Launoii dissertalio de vero autore illiusprofessionis fîdei qux Pelagio, Hieronymo, et Auguslino tribuitur.
L'ordre de Saint-Dominique ne suivait point en ce tempslà les sentiments que le P. Nicolaï tâchait d'inspirer à son général dans la lettre qu'il lui en avait écrite. Car, comme ils avaient été les premiers qui s'étaient opposés généreusement à la naissance des erreurs de Molina, et qui les avaient fait condamner devant deux papes, ils se déclarèrent en cette année pour la doctrine de la grâce dans un de leurs chapitres provinciaux; et dans leur chapitre général tenu à Rome, l'un de leurs plus fameux théologiens de l'université de Salamanque donna publiquement de grandes louanges au livre de M. l'évêque d'Ypres, en exhortant tous ses confrères à en embrasser la protection. On y soutint des thèses de théologie toutes prises de saint Augustin et de saint Thomas, avec les images de ces grands saints en tête. Et les lettres que l'on reçut de Rome portaient que le général avait ordonné par un mandement exprès à tous les docteurs et prédicateurs de cet ordre, sous peine d'excommunication, d'enseigner et de prêcher la pure et sincère doctrine de saint Augustin.
M. Du Moustier, qui s'était signalé pendant trois ans de rectorat par sa généreuse opposition aux Jésuites, et qui était alors professeur royal en éloquence, entreprit de réfuter par un discours public la harangue que le P. Cossart,
1. Manuscrit et copies s'aecordont à écrire Langlois et dans» le corps du chapitre c'est d'Anjou que l'on nomme ce jésuite.