LIVRE VI
jésuite, avait fait imprimer en cette année, et il attira au collège de Cambrai une foule extraordinaire d'auditeurs. Il les avait invités par cette affiche : « Cum Deo Franciscus Du Moustier eloquentiœ professor regius, quia dictum est nuper adversus novitatem doctrinal, dicet adversus novitatem calumniae, regiorumque professorum ordinem solemni oratione violatum, solemni orationeexpiabit die Sabbathi 29aprilisl651,horapostmeridiem prima. In auditorio regio Gameracensi. Adcalumnias tacendum non est, non ut contradicendo nos ulciscamur, sed ne mendacio sinamus inhœrere eos qui seducti. — S. Basil; » dont il reçut de grands applaudissements après avoir harangué deux heures et demie. Le P. Cossart, qui était du nombre de ses auditeurs, le réfuta sur-le-champ à son retour à son collège de Clermont, et fit imprimer un écrit intitulé : Extemporalxs defensio P. Cossart jesuitœ adversus satyram Fr. Du Moustier pro novitatedoctrbue. M. Du Moustier avait composé une réplique fort vigoureuse, mais la conjoncture du temps et de ses affaires n'en permit pas la publication.
La conspiration des Jésuites contre saint Augustin se produisait toujours de plus en plus dans toutes les occasions, et le P. d'Anjou en avait donné une marque très considérable, le septième jour de mars de cette année 1651, lorsque prêchant le panégyrique de saint Thomas, dans l'église des Jacobins de Caen, il avait voulu établir la louange de cet ange de l'École sur la ruine de l'admirable docteur de la grâce de J.-C. Car pour flatter les religieux de l'ordre de saint-Dominique, il avait dit dans ce sermon que saint Thomas n'avait jamais erré, au lieu qu'il attribuait à tous les Pères et particulièrement à saint Augustin, un très grand nombre d'erreurs : « Quand saint Augustin, disait ce jésuite, dit qu'il y a une grâce nécessaire au salut, je le crois; mais quand il dit que cette grâce est victorieuse de notre volonté, je n'en crois rien. Quand il dit qu'il y a une terre, je le crois; mais quand il dit qu'il n'y a point d'antipodes, je n'en crois rien, parce que j'expérimente le contraire. Quand il dit qu'il y a des anges et des âmes, je le crois; mais quand il dit qu'ils ont des corps, je n'en crois rien. Quand il dit que les enfants qui meurent sans baptême souflrenl la peine, du sens, je \\'^\\ crois rien, parce que les orthodoxes enseignent le contraire; quand il dit
qu'il oe Faut pas se défendre Lorsque l'on esl attaqué, je n'en crois rien, parce que les Jésuites disent le contrain
Ce sermon si outrageux à saint Augustin étail demeuré sans répartie, quoiqu'il fût plein dune infinité d'autres erreurs et prononcé avec [a dernière insolence. Car ayant dit : « saint Augustin dit cela, » il mettait sa main gauche sur le côté, eten même temps, levant la droite par dessus l'épaule droite, il ajoutait avec un orgueil insupportable, ces mots outrageux : « Je dis le contraire, moi. » Mais il eût fallu que cinquante personnes à la fois eussent eu continuellement la plume à la main, s'il eût fallu répondre à tonexcès des Jésuites et ù. toutes leurs déclamationsoutrageuses. Dieu ne laissait pas néanmoins de susciter de toutes parts des défenseurs à la doctrine de saint Augustin, et une thèse qui fut soutenue à Poitiers, pendant le mois de mai de < elle année, servit de contre-poison aux mauvais effets que pouvaient produire dans les esprits les passions envenimées de ces Pères.
On imprima cette thèse, qui avait eu pour président le P. Vermeil, docteur régent en théologie, et qui avait été soutenue par le sieur Augustin Nugent, tourangeau. Elle parut en public sous ce titre : Concordia S. Thomae cum Augustlno, etc.
Ainsi le scandale que les Jacobins de Caen avaient procuré sans y penser, en choisissant pour prédicateur de saint Thomas un jésuite, fut réparé par un disciple de saint Augustin et de saint Thomas, qui fit voir l'union et l'harmonie merveilleuse du saint docteur de la grâce avec l'ange de l'École; mais cette réparation se faisait sans aucun dessein, et n'était réglée que par l'ordre de la Providence.
Ce fut une chose assez surprenante de voir que la Faculté de théologie de Paris, au milieu du trouble domestique et étranger dont elle était agitée, eût encore assez de vigueur pour faire au commencement de mai de celle année un décretauthenlique de n'admettrejamais dans son corps aucun de ceux qui auraient été jésuites et qui en auraient quitté l'habit. 11 est vrai que cette précaution était tardive, et que si l'on s'en fût avisé plus tôt, M. Cornet n'aurait jamais dominé dans ce corps célèbre pour l'assujettir, comme il a fait, aux intérêts des Jésuites, ses anciens confrères et
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intimes amis. Mais l'expérience des maux fait invente remèdes qui leur sont proportionnés, et on connaissait alors de jour en jour que les maladies ne sont jamais plus dangereuses à un corps que quand il en renferme lui-même la cause au milieu de ses entrailles.