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de Saint-Pétersbourg; d'autres sont conservés chez des particuliers. Parmi ces dernières il en est une qui mérite une mention spéciale; elle a été faite à Port-Royal même, parles soins d'une religieuse de ce monastère, la mère Elisabeth de Sainte-Agnès Le Féron, et les doctes Messieurs Pont revue et corrigée avec un soin minutieux. Malheureusement on n'en possède qu'un volume, celui qui a trait aux événements de 1662, et quant aux autres copies, elles ont toutes été faites, à ce qu'il semble, par des scribes ignorants.
C'est pour toutes ces raisons que les Mémoires d'Hermant, connus sans doute de quelques savants, n'ont pas été consultés aussi souvent qu'ils auraient dû l'être. Les copies incomplètes sont dispersées ici ou là : deux volumes à la Sorbonne, trois à l'Arsenal, six ailleurs; et quant au manuscrit autographe, conservé à la Bibliothèque nationale sous les nos 17725-17729 du fonds français, il se défend contre la curiosité des lecteurs par sa compacité même et par la difficulté qu'on éprouve à déchiffrer un texte dont la lecture est souvent très malaisée. Si intéressante, si utile que m'ait semblé depuis trente ans déjà la publication de ces Mémoires, j'avouerai que je ne l'aurais jamais entreprise si je n'avais entre les mains, en sept volumes petit in folio, la meilleure et la plus complète de toutes les copies qui en ont été faites. Exécutée aux environs de 1700 par un véritable calligraphe, elle est d'une lecture très facile, avec des divisions très nettes en livres et en chapitres, et chacun de ses tomes est accompagné d'une table des matières qui facilite singulièrement les recherches. Cette copie est fidèle, sauf quand le malheureux scribe avait à transcrire du latin, de l'espagnol ou du grec; elle présente néanmoins, si l'on veut la confronter avec l'autographe, d'assez nombreuses différences de détail; on voit qu'elle a été faite après revision et correction du manuscrit original, et le copiste s'est permis des suppressions sur lesquelles nous aurons bientôt à revenir.
Que fallait-il donc faire en bonne critique, étant donnée la coexistence du manuscrit autographe et des copies du xvne siècle? S'il s'était agi d'un texte de Retz, de Pascal ou de Bossuet, il eût fallu de toute nécessité reproduire l'autographe et conserver à titre de variantes les leçons diffé-
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rentes données par les copies. Mais le texte d'Hermant, écrivain de troisième ordre, n'est pas intangible comme le serait celui d'un homme de génie. Lui-même d'ailleurs avait livré son manuscrit à ses amis, Arnauld, Nicole et autres, afin qu'il fût par eux revu, corrigé, adouci parfois et véritablement mis au point. Les modifications légères que Port-Royal ferait sans doute subir à son manuscrit, il les acceptait d'avance, et dans de telles conditions les règles de la critique veulent que l'on tienne le plus grand compte des corrections introduites dans les copies. Quand les différences sont insignifiantes, et que ce sont par exemple de simples corrections de style, il n'y a pas même lieu de les signaler; elles sont indiquées en note toutes les fois qu'elles présentent quelque intérêt. Il s'agit donc, comme l'indique le titre même que je crois devoir donner à cet ouvrage, d'une publication faite sur le manuscrit autographe et sur les anciennes copies authentiques. Ce qui importe au lecteur, toujours à même de consulter le manuscrit, ce n'est pas le style plus ou moins correct, plus ou moins archaïque de Godefroi Hermant, ce sont les faits qu'il relate, les documents qu'il transcrit, les jugements qu'il porte sur les hommes et sur les choses. Écrivain médiocre, Hermant est un historien sagace, d'une fidélité scrupuleuse, d'un désintéressement absolu et d'une probité antique. Il relate uniquement les événements dont il a été ou dont il aurait pu être le témoin, ceux qui se sont déroulés entre les années 1630 et 1663, et toujours il s'appuie sur des témoignages irrécusables. Il est passionné sans doute, et le lecteur trouvera fatigantes ses redites perpétuelles sur la grâce, sur la prédestination, sur la pénitence, sur la doctrine de saint Augustin, qui revient à satiété dans ses Mémoires; il ne manque jamais d'imputer aux Jésuites tous les malheurs de l'Église et de l'État; son Histoire ecclésiastique du xvne siècle n'est même qu'un long réquisitoire contre la compagnie de Jésus; mais quelle loyauté, quelle exactitude, quelle richesse et quelle sûreté d'information! Il disait lui-même, non sans quelque fierté, qu'il pouvait défier ses adversaires de lui infliger un seul démenti. Quiconque aura lu attentivement ses Mémoires et contrôlé ses assertions, sera contraint de reconnaître qu'il avait raison, et que s'il a pu se tromper parfois, comme tous les mortels hélas, du moins
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il n'a jamais proféré ni un mensonge ni une calomnie*. Il est aisé de voir par là quel est l'intérêt de ces Mémoires; on s'est trompé, Sainte-Beuve tout le premier, quand on les a intitulés Histoire du jansénisme; j'oserai dire qu'ils sont plus et mieux que cela. Ils ne font pas double emploi avec Y Histoire du jansénisme de dom Gerberon, ni avec les Histoires de Port-Royal de Besoigne, de dom Clémencet ou de Racine, ni avec les Mémoires de Lancelot, de Du Fossé, de Fontaine, de Guilbert, ou de Fouillou, ni avec les Vies des quatre évêques, ou deVialart, ou de Pavillon, ou de Choart de Buzanval, ni enfin avec Y Histoire ecclésiastique du xvne siècle de Ellies Dupin. Avec les Mémoires d'Hermant, on peut contrôler et compléter tous ces ouvrages, et il y reste encore une infinité de faits relatifs à l'histoire de l'Église durant les trente-trois années dont il s'est occupé. Voilà ce qui donne à son ouvrage une si haute valeur historique.
Quelques mots pour finir sur la manière dont a été conçu le plan de cette édition. Et d'abord elle n'est pas absolument complète ; elle est moins complète que la copie en sept volumes qui elle-même avait déjà opéré quelques suppressions.
Godefroi Hermant savait par expérience que la police de Louis XIV faisait de fréquentes descentes chez les imprimeurs, chez les relieurs et chez les libraires; il avait vu anéantir des ouvrages entiers, et il pensait, non sans quelque apparence de raison, que le meilleur moyen de sauver les imprimés suspects c'était d'en tirer secrètement des copies manuscrites. Il lui arrive donc assez souvent de transcrire, soit littéralement, soit même, ce qui est plus fâcheux, au style indirect, des opuscules et même des ouvrages assez considérables dont il appréhendait la destruction. C'est ainsi qu'il a transcrit au style indirect des mandements
l.«On verra un jour par les mémoires et les originaux sur lesquels on a dressé cette histoire, lorsqu'ils seront dans quelque célèbre bibliothèque, que l'on n'a rieu dit ici. qui ne fût fondé sur des preuves très certaines et dont ceux qui avaient eu part au fond de l'affaire avaient 9U mie connaissance très particulière. » Hermant, livre IX, ch. 6*
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d'évêq ues, des factums, et jusqu'aux premières Provinciales de Pascal! On serait ridicule si Ton imprimait in-extenso ces chapitres d'Hermant, et si l'on présentait au lecteur les Provinciales ainsi travesties. 11 en est de même du précieux Journal de Gorin de Saint-Amour, ancien recteur de l'Université de Paris. Imprimé par les Elzévir en 1662, c'est un magnifique in-folio à deux colonnesde578 et 286 pages, et toutes les grandes bibliothèques en possèdent sans doute un exemplaire. Mais en 1664 cet ouvrage désagréable aux Jésuites fut condamné par arrêt du Conseil à être brûlé par la main du bourreau, et le candide Hermant pouvait craindre que ces documents de premier ordre ne fussent perdus pour la postérité. Peut-être ne savait-il pas alors l'histoire des Provinciales condamnées au feu par un arrêt du Parlement de Provence. Quand vint le jour de l'exécution, aucun des magistrats ne voulut se dessaisir de l'exemplaire qui lui avait été remis, et le bourreau dut brûler un vieil almanach. Il en fut sans doute de même pour le Journal de Saint-Amour; l'exemplaire que je possède, relié en beau maroquin, figurait en belle place dans la bibliothèque de Colbert lui-môme. Mais Hermant, craignant un désastre, n'en a pas moins transcrit ou analysé dans ses Mémoires des centaines de pages de Saint-Amour. Fallait-il donc les transcrire à nouveau, et grossir ainsi sans utilité une publication déjà si considérable? Les copistes de 1700 ne l'ont pas jugé nécessaire : ils se sont contentés de renvoyer au Journal de Saint-Amour en indiquant exactement le numéro des chapitres visés. Il en sera de même ici : le lecteur sera prié de recourir à l'imprimé dont Sainte- Beuve a fait si souvent usage. Les opuscules d'Arnauld qui ont pris place, en 1783, dans l'édition de ses œuvres complètes ne seront pas transcrits non plus, et d'une façon générale on évitera les transcriptions qui feraient double emploi. Toutes les fois qu'il s'agira de documents très courts, ils seront conservés, et la reproduction du texte authentique sera substituée aux analyses fastidieuses et aux non moins fastidieuses citations au style indirect.
11 y a sans doute quelques inconvénients à procéder de la sorte, car les chapitres ainsi supprimés n'étaient pas inutiles pour bien faire connaître les événements, et je reconnais que leur suppression interrompt parfois d'une manière