‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 506 sur 524 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

de Saint-Roch ne put s'empêcher d'avouer à M. de Sainte- Beuve que la mère de Mme de Chavigny et toute sa famille lui faisaient les dernières instances pour l'engager à signer le troisième certificat.

Le 20, M. de Saint-Roch ayant écrit à M. de Sainte-Beuve pour lui demander une entrevue avec M. de Saint-Paul malade, qui ne s'accommodait, point des deux premiers certificats, ce professeur de Sorbonne lui répondit par une lettre qu'il se rendrait au lieu de l'assignation, mais qu'il n'attendait pas grand fruit de cette entrevue, puisque, ainsi qu'il avait appris de lui, on consultait des avocats pour une affaire de conscience; qu'il ne voyait que deux voies pour sortir de cette affaire, dont l'une était de s'en tenir au premier jugement qu'ils avaient rendu, l'autre de l'expliquer, s'il était nécessaire, en termes plus forts et plus clairs; et que puisque M. de Saint-Paul n'approuvait pas le formulaire qu'en avait dressé M. de Saint-Roch, avec de très grands tempéraments, il n'espérait pas grande utilité de leur conférence.

M. de Saint-Roch vraisemblablement fit voir cette réponse à M. de Saint-Paul et à Mme de Chavigny et à son conseil. Quoi qu'il en soit, ils se contentèrent de la signature de ces deux curés, et n'appelèrent ni ne pressèrent plus davantage M. de Sainte-Beuve

Le 21, Mme du Plessis-Guénégaud ayant porté le certificat à Port- Royal pour faire en sorte que M. de Sainte-Beuve le signât, on le trouva si ridicule que les personnes qui en eurent communication arrêtèrent que l'on verrait M. de Sainte-Beuve pour l'affermir, s'il était besoin, dans la résolution de ne le point signer.

Le 23, Mme de Chavigny, ayant prié M. de Bagnols de la venir voir, lui fit de grandes instances pour l'engager à faire signer le troisième certificat par M. de Sainte-Beuve. Il lui répondit qu'il l'avait disposé d'en signer un, tel qu'elle le pouvait désirer pour sa décharge à l'égard de ses enfants, et que c'était laseule chose qu'elle lui avait demandée et de laquelle il avait besoin; mais que pour changer et diminuer en façon quelconque les avantages qui étaient acquis par le premier jugement des docteurs à la conduite de cette affaire, et pour altérer la vérité du résultat de ce jugement, c'était une chose qui lui était tout à fait impossible. Cette dame dit

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que., puisque les deux docteurs curés l'avaient signé, elle ne savait pas pourquoi il voulait être plus exact. M. de Bagnols lui repondit qu'ils avaient chacun leur lumière, et qu'il était impossible d'engager M. de Sainte-Beuve par l'autorité de ces messieurs de suivre un déguisement affecté, et de souscrire une attestation peu sincère et peu conforme à la vérité de leur résultat. Cette veuve dit qu'elle ne lui ferait nulle violence pour le signer et se contenterait de la signature des deux autres. Il lui fut répondu que si elle en était satisfaite, on n'avait rien à dire ; mais seulement à prier Dieu qu'il lui donnât les lumières nécessaires pour se conduire dans cette affaire selon son esprit, et non point selon l'industrie et les pensées des hommes.

Non seulement elle ne témoigna point être blessée de ce discours; mais elle voulut même persuader à M. de Bagnols qu'elle le considérait comme son ami, et qu'en cette qualité elle avait à lui demander son avis sur la distribution qu'elle devait faire des cent mille livres, lui faisant entendre que ces deux curés lui en avaient donné toute liberté, et qu'elle entrait dans le neuvième mois de sa grossesse; qu'elle avait accoutumé dans ce terme d'être fort malade; qu'elle commençait à se ressentir de ses infirmités ordinaires, qu'elle craignait même d'y mourir, et que dans cette vue, elle voulait achever cette affaire importante à la décharge de sa conscience, de crainte que si elle était imparfaite avant sa mort, elle ne s'achevât jamais, ainsi qu'elle avait lieu de croire, connaissant l'humeur des personnes qui lui devaient survivre.

M. de Bagnols lui témoigna qu'il se sentait obligé de la confiance qu'elle voulait prendre en lui, qu'il était incapable de la jamais tromper et d'avoir aucune complaisance basse pour elle, et qu'ainsi il lui déclarait que la crainte qu'elle avait de laisser cette affaire imparfaite était bien fondée; mais qu'il était obligé de lui dire qu'un paiement de cent mille livres ne l'acquittait pas devant Dieu de ce qu'elle devait pour satisfaire à la volonté de son mari. Elle eut peine à supporter ces paroles; et M. de Bagnols, la voyant peu disposée à souffrir qu'il lui en dît davantage sur le même ton, se contenta de lui dire qu'il n'avait pas d'avis particulier à lui donner sur cette distribution, parce qu'il se "souvenait que s'étant trouvé chez M. de Saint-Pau)

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