‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 59 sur 524 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Suite de la persécution excitée contre la maison du Saint-Sacroment. M. de Contes, chancelier de l'Église de Paris, y vient de la part de M. l'archevêque et lui en rend un témoignage avantageux. M. de Paris y vient lui-même plusieurs fois, eu fait l'établissement, 'et y donne i'habit à six filles.

La persécution que l'on avait suscitée contre le monastère du Saint-Sacrement était toujours allumée. On faisait un crime à M. de Saint-Cyran du service qu'il y avait rendu, et ses ennemis, qui n'oubliaient rien pour le perdre, tâchaient de le rendre suspect sur sa doctrine dans l'esprit de M. l'archevêque de Paris et de ses principaux officiers, et la chose avait étéjusqu'à en faire de mauvais rapports à M. le nonce. M. de Contes1, maintenant doyen de Notre-Dame, alors chancelier, fut envoyé de sa part en ce monastère dont il était supérieur et en poursuivait l'établissement, avec ordre de s'éclairer de la conduite que cet abbé y avait tenue dans le temps qu'il s'était chargé de la direction des religieuses.

11 commença par prier la Mère Geneviève, supérieure de la maison, de lui donner par écrit ses sentiments sur la con-

\. Jeau-Baptiste de Contes (1601-1679).

fession et la communion; et n'y trouvant rien que de sain et d'orthodoxe, il les approuva. Ayant ensuite interrogé les sœurs, il demeura très satisfait de leurs réponses, et particulièrement de ce qu'elles l'assurèrent que M. de Saint- Cyran avait un très grand respect pour M. l'archevêque de Paris, et que, pour tâcher de le leurinspirer de plus en plus, [il] les avait portées à mettre leur monastère sous son entière obéissance, leur disant que c'était l'ordre de l'Église. Cette visite se termina par la promesse qu'il leur fît d'en rendre un témoignage avantageux par le rapport qu'il en ferait à cet archevêque.

Y étant venu encore une fois, il y régla principalement deux choses, dont Tune regardait l'heure des matines, et il arrêta, après avoir pris le sentiment des religieuses, qu'elles se diraient à minuit, ainsi qu'elles le désiraient. L'autre point regardait leur habit, M. de Paris ne pouvant souffrir non plus qu'elles ce scapulaire d'écarlate que M. de Langres leur avait autrefois proposé, et il leur dit de sa part qu'ayant plusieurs fois assemblé son conseil pour en délibérer, il lui était venu en l'esprit de leur donner une croix rouge sur un scapulaire blanc, ce qui fut accepté des filles.

M. l'archevêque voulut ensuite y venir lui-même, et, prenant la peine d'interroger toutes les postulantes qui devaient prendre l'habit, il le fit avec tous les témoignages de bonté et de satisfaction imaginables. Après les avoir interrogées assez longtemps au dehors et en particulier, il manda au parloir la Mère supérieure et les sœurs professes à qui il en rendit des témoignages très avantageux, disant qu'elles étaient fort bien instruites, qu'il n'avait point trouvé qu'on leur eût enseigné aucune mauvaise doctrine, comme on en avait fait courir le bruit; que pour lui il n'en avait jamais rien cru, et qu'il était assuré que sa chère fille Angélique n'était point infectée d'aucune erreur. Son cœur se répandant par sa bouche, il parla d'elle avec beaucoup d'affection et d'estime, et dit entre autres choses que c'était une sainte fille et d'un grand exemple, que c'était une des premières abbesses qui avait (sic) donné l'exemple aux autres de se réformer et de vivre religieusement. 11 louait son obéissance et la sincérité de son amour pour ses supérieurs, disant que c'était aussi ce qui la lui faisait aimer, et

Page 1