‹ Mémoires de GoetheChapitre 118 sur 189 · UVRE XII. 2ST · texte numérisé non relu

UVRE XII. 2ST

— Soit, dis^-je, j'abandonne les habitants de la mer pour revenir sur la terre. Parlons du lierre. Si les mollusques n'ont point de charpente osseuse, le lierre n'a point de tronc, ce qui ne l'empêche pas de vouloir jouer le premier rôle partout où il trouve un point d'appui. Sa place est auprès des vieux murs où il n'y a plus rien à gâter, car il nuit il tout ce qu'il touche ; mais où je le trouve surtout d'une impertinence insupportable, c'est quand il s'élève contre un arbre -mort qu'il veut faire passer pour vivant, parce qu'il l'enlace de son feuillage sombre

Merk et Schlosser venaient de fonder à Francfort un journal scientifique et littéraire, et leur voyage à Giessen avait eu pour véritable but de s'associer la collaboration de Hœpfner et de plusieurs autres professeurs de l'Académie de cette ville. Les deux premières années de ce journal car plus tard il passa dans d'autres mains, rendent un éclatant témoignage des vastes connaissances et du mérite incontestable de ses rédacteurs. Mes amis ne songeaient pas à m'associer à leur œuvre, car je ne possédais aucune des qualités indispensables à un critique consciencieux. Mes connaissances historiques manquaient d'ensemble, et je ne m'étais occupé que de certaines époques littéraires et scientifiques. J'avais en général plus de facilité à peindre les choses telles qu'elles devaient être, qu'à en parler telles qu'elles sont; j'adoptais, en outre très-facilement, les convictions des autres, pourvu qu'elles ne fussent pas trop directement opposées aux miennes. Les collaborateur.^ qui se réunissaient souvent afin de rendre leur travail aubt*« parfait que possible, m'avaient chargé de tenir le protocole de leurs 'conférences ; et lorsqu'ils agitaient un sujet qui m'intéressait et que j'avais approfondi, ils me permettaient de le traiter et de signer mon travail. Ces relations m'avaient mis à même de faire plus ample connaissance avec Hœpfner, et nous parlions souvent de jurisprudence ( ar il y avait consacré sa vie, et elle devait principalement occuper la mienne. La direction qu'il donna à mes ^t4"~

vaux sur ce sujet, me fut si agréable et si utile, que pour achever mon éducation judiciaire, je me serais fixé près de lui, si mes deux amis Schlosser et Merk, n'en avaient pr.s décidé autrement. Schlosser me confia qu'il aimait ma sœur, qu'il en et tit aimé et qu'il l'épouserait dès qu'il aurait obtenu l'emploi qu'il sollicitait. Cette révélation me surprit très-désagréab!ement et me prouva que j'étais jaloux de ma sœur. Depuis mon retour de Strasbourg, nos rapports étaient devenus plus intimes que jamais, elle seule possédait ma confiance illimitée; avec elle seule, la conversation roulait toujours sur les objets qui me plaisaient le plus. L'idée de perdre une pareille amie m'était pénible; il fallait cependant se résigner, je le fis, et sans envier à Schlosser le bonheur de posséder une compagne aussi accomplie. Mon futur beau-frère pressé de revoir sa bien-aimée partit pour Francfort en me suppliant de ne pas tarder à venir le rejoindre; car ses intentions n'étant pas encore connues des parent^ ma présence seule, pouvait justifier des visites fréquentes et des relations intimes. Si l'amour avait fait partir Schlosser de Giessen, la haine en chassa Merk. Il avait une aversion insurmontable pour les étudiants, et la conduite de ceux qui se trouvaient en ce moment à l'université de Giessen, n'était guère propre à le faire revenir de ce sentiment. J'observai ces étudiants avec intérêt, car j'avais l'intention de peindre leur vie sauvage da is quelque parade de foire ou dans quelque farce de oa"; naval ; tandis que Merk ne pouvait supporter leur vue pe idant le jour, ni souffrir pendant la nuit les cris et le tumulte par lesquels ils troublaient le repos général : je fus donc obligé de partir avec lui pour Wetzlar.

J'avais hâte de le présenter chez Charlotte et je n'euspas lieu de m'en applaudir, car son indifférence JDOur cette charmante jeune personne, me donna autant de chagrin, que mon admiration pour elle lui causa de surprise. Il est toujours dangereux de mettre un ami en relations avec celle qu'on aime; s'il l'apprécie •' "^ut en devenir amoureux.

Page 1