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vie qui, chez les personnes pensives, est plus commun qu'on ne le croit. Rien n'est plus propre à flépoùter de la vie que le retour de l'amour. On a dit avec raison que le premier amour était le seul véritable, puisqu'un second amour détruit l'essence de ce sentiment qui est l'idée de l'Éternel, de l'infini, et le fait rentrer dans la catégorie des choses passagères. D'un autre côté, on ne saurait ignorer longtemps que les époques morales changent comme les saisons, et qu'il est awssi impossible de fixer la faveur des grands, l'estime du public et l'affection des individus, que d'arrêter la marche des étoiles. Le retour de nos erreurs, de nos faiblesses, nous inquiète également, puisque co n'est que dans un âge fort avancé, que nous apprenons enfin qu'en développant nos vertus, nous développons nos erreurs, nos faiblesses, parce qu'elles partent de la même racine. En pratiquant nos vertus, nous le faisons avec connaissance de cause et n'en recueillons que fort peu de satisfaction; nos erreurs, nos faiblesses nous surprennent à notre insu et nous causent d'innombrables tourments, ce qui rend la connaissance de soi-même presque impossible. Il est facile de comprendre que lorsque la bouillante ardeur de la jeunesse et une imagination vive et facile à paralyser viennent aggraver ces inconvénients, on cherche à s'en affranchir. Jamais cependant la jeunesse allemande ne se serait si généralement abandonnée à ces tristes réflexions, si elle n'y avait pas été poussée par la littérature anglaise, dont le cachet mélancolique et sombre, se communique à tous ceux qui la cultivent. Le% Nuits cl' Youny, ne sont pas le seul ouvrage qui jette la pensée dans un domaine où, ni la raison ni la religion, ne sauraient plus la guider. Cette disposition du génie anglais, est une suite naturelle de la gravité des événements au milieu desquels s'écoule la vie des honmies les plus distingués de la. nation anglaise. Mêlés presque malgré eux à tous les changements de gouvernements, à toutes les agitations politiques, ils apprennent de bonne heure à cornaitre la fra-
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gilité, la vanité des choses de ce monde. S'il en est qui n'ont jamais été atteints personnellement^ combien n'ontils pas vu de leurs amis et connaissances, dépouillés de leurs emplois et de leur fortune, proscrits ou jetés en prison? Les Allemands naturellement sérieux devaient nécessairement apprécier la haute raison, le profond esprit d'observation, le sentiment vif et délicat, l'action passionnée qui caractérise la poésie anglaise. Ces qualités cependant, qui constituent un homme remarquable, ne sauraient faire un poëte. La véritable poésie est un évangile mondain qui, en nous pénétrant d'une sérénité intérieure, allège le poids des fardeaux terresires dont nous sommes accablés ; semblable à un ballon, elle nous enlève avec ce lest, vers de hautes et pures régions, d'où nous ne voyons plus les labyrinthes de la terre que dans un lointain confus. Qu'on arrête un instant sa pensée sur la poésie morale et didactique des Anglais, et l'on verra qu'elle respire le plus profond dégoût de la vie. La poésie tendre elle-même, ne traite que des sujets lugubres. Ici meurt une (imante délaissée, là un amant fidèle se noie avant de pou\ oir atteindre sa bien-aimée. Lorsqu'un poëte tel que Gray, s'installe dans un cimetière de village et y entonne ces chants mélancoliques, la nation entière fait cercle autour de lui. L'allégro de Milton n'est qu'un tumulte orageux avant d'arriver à un peu de gaieté. Le jovial Goldsmith lui-même, prend le ton de l'élégie quand, dans son Village abandonno, il nous peint avec une si douce tristesse, un paradis perdu que son voyageur cherche en vain sur toute la surface de la terre. Je sais qu'on pourrait me citer plusieurs ouvrages fort gais, mais la plupart de ces productions appartiennent à une époque antérieure; parmi les modernes on n'en trouverait point qui n'aient puisé leur gaieté dans la satire et dans le mépris des femmes. Quoi qu'il en soit de cette poésie, si propre à miner l'existence humaine, chacun de nous y choisit son morceau favori, suivant les dispositions de son esprit. Ce qu'il y avait de plus singulier.