PROMÉTHÉE
« Cou\Te tes cieux de nuées vaporeuses, ô grand Zeus, et semblable aux jeunes garçons qui décapitent des chardons, exerce ton poumir contre les cimes des chênes et des montagnes! Tu n'en es pas moins forcé de laisser exister ma terre que tu n'as point créée, ma cabane que tu n'as point bâtie et mon foyer dont tu m'envies en vain la flamme ardente.
« 11 n'est rien de plus pitoyable sous le soleil que vous autres dieux! La fumée des sacrifices et le souffle des prières, nourrissent chétivement vos pauvres majesté» ; elles mourraient de faim, si les enfants et les mendiants n'étaient pas des fous gonflés d'espérance.
« Lorsque je n"étais encore qu'un jeune homme sans expérience, mes yeux égarés se sont tournés vers le soleil, comme si au delà de cet astre, il y avait une oreille pour entendre mes gémissements, un cœur semblable au mien pour prendre pitié de mes souftVances!
« Quel pouvoir m'a soutenu contre l'arrogance des Titans? Quel pouvoir m'a soustrait à la mort, à l'esclavage ? N'est-ce pas toi seul qui as tout fait, toi mon cœur si saintement embrasé? Et jeune, ardent, bon et trompé, n'as-tu pas envoyé l'hommage de ta reconnaissance à celui qui dort là-haut, comme s'il t'avait sauvé?
n Qui, moi, t'honorer, Jupiter, et à quel titre? As-tu soulagé les douleurs qui pesaient sur moi? As-tu essuyé les larmes que m'arrachaient
C'est lui qui a autorisé Lessing à s'opposer ouvertement aux manières de penser et de sentir de Jacobi. C'est lui encore qui servit de mèche à l'explosion d'une mine, au fond de laquelle on vit à nu, les rapports les plus secrets d'une foule d'hommes distingués, et qui, jusque-là, avaient été cachés sous le voile des exigences sociales. La secousse fut si violente, qu'à l'aide de quelques circonstances fortuites, elle nous enleva le digne Mendelssohn.
Quoiqu'on puisse, ainsi qu'on l'a fait, se perdre sur ce sujet dans une foule de considérations philosophiques et religieuses, il n'en appartient pas moins tout entier à la poésie. Les Titans sont la folie du polythéisme, comme le diable est celle du monothéisme ; mais ce diable n'est pas plus une figure poétique, que le Dieu unique auquel il fait opposition. Le Satan de Milton est assez énergiquement dessiné, ce qui ne l'empêche pas de rester dans la position désavantageuse d'un inférieur, qui cherche vainement à détruire la magnifique création d'un être supérieur, tandis que Prométhée a l'avantage immense d'agir et de créer malgré et en dépit des dieux. C'est, au reste, une belle pensée, que d'attribuer la création de l'homme, non au pouvoir suprême, mais à un être intermédiaire et digne de cette tâche, par sa qualité de descendant de ce pouvoir.
Parmi l'immense trésor de symboles que contient la mythologie grecque, le gigantesque génie des Titans souriait le moins à mes penchants poétiques. Je préférais l'opposition pacifique, plastique, presque passive qui, tout en reconnaissant une puissance supérieure, cherche à l'é-
raes angoisses? N'ai-je pas été forgé homme par le Temps tout-puissanl et par le Destin éternel, mes maities et les tiens?
« Te serais-tu imaginé que, parce que les fleurs de tous les rêves d'or ne se convertissent pas en fruits savoureux, je me serais mis à liaïr la vie, à m'enfuir dans les déserts? Non, non, je suis resté inébranlable, Je forme des hommes à mon image, je crée une race semblable à moi, prédestinée à connaître la douleur et les larmes, la joie et les jouissances; et à te dédaigner comme je te dédaigne ! »
Note du Traducteur