‹ Mémoires de GoetheChapitre 157 sur 189 · LIVRE XVH. ;^ii;i · texte numérisé non relu

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d'une situation quelconque; dès quVlle passe du domaine de ridéal dans celui des réalités, une crise pénible coni' menée. Le pouvoir dô la passion est immense^ et cependant nous le voyons presque toujours échouer contre des obstacles matériels. Il n'est point de lune de miel pour de jeunes époux qui n'ont pas la fortune nécessaire pour vivre selon leurs habitudes ; les exigences de la vie sociale les assiègent et leur montrent une funeste folie, dans le sentiment qai lésa unis. Vus de loin, les moyens par lesquels je cherchais à assurer mon avenir et celui de Lili, me paraissaient suffisants; je les trouvais mesquins et précaires, au moment où j'allais unir sa destinée à la mienne. Dans la maison paternelle tout avait été préparé, il est \Tai, pour recevoir une fcru ; mais quelle bru ?. . . A la fin du troisième livre, mes lecteurs ont fait connaissance avec une jeune personne bel!e, aimante, sensée, réservée, c'était la clef de la voûte qu'on venait de construire, une autre clef demandait une autre construction. Pour paraître convenablement dans le monde au milieu duquel Lili vivait, j'avais été obligé souvent de changer mon costume afin d'être toujours à la mode ; il eût éti difficile d'en faire autant dans la maison qu'elle devait habiter avec moi. Tout y était riche, magnifique même, mais cette xnagnificence surannée, n'était pas en harmonie avec ses goûts. D'un autre côté, aucune intimité ne s'était établie entre ses parents et les miens; d'auti^es croyances religieuses, d'autres mœurs, d'autres habitudes, rendaient les réunions de famille impossibles. Jusque-là, j'avais détourné mes regards de tous ces inconvénients, pour les arrêter sur un emploi quelconque, pourvu qu'il fût honorable et lucratU". Le terrain de la littérature allemande, n'était encore qu'un terrain sauvage, sur lequel les vœux des hommoi sensés, appelaient des cultivateurs sages et capables; tout semblait me dire que je devais rester sur le rang des appe lés. Au reste, !es places, telles que je pouvais les désirer ne manquaient pas, ett^n^ 1^ nnnde me croyait capahlt»

de les remplir. Je l'eusse été, en effet, si j'avais pu me pénétrer de cet esprit de bureaucratie, sans lequel le fonctionnaire public, quelque effort qu'il fasse pour surexciter son activité, est toujours dans une fausse position. La tranquillité dont, malgré quelques guerres partielles et de peu de durée, l'Allemagne jouissait depuis près de cent ans, avait répandu un certain bien-être sur toutes les classes qui, malgré la diversité des personnes et des positions, tendaient plutôt à se rapprocher qu'à se diviser. Si l'empereur régnait sur les plus puissants souverains de l'Allemagne, ces souverains retrouvaient l'équilibre du pouvoir dans leurs droits d'électeurs. La haute noblesse, unie de si près aux familles souveraines que leur origine se confondait, jouissait tranquillement des avantages qui lui avaient été accordés et qu'elle pouvait sans efforts transmettre à sa postérité. Les classes moyennes, en se consacrant au commerce et aux sciences s'étaient élevées elles-mêmes à ce degré d'influence qui forme dans l'Etat un contre-poids salutaire; aussi ne voyait- On nulle part aucune trace de rivalité ou de jalousie. La noblesse ne craignait rien pour ses privilèges, consacrés par le temps, et dont on ne pouvait jouir que par droit de naissance. L'industriel, le commerçant, le simple fonctionnaire, le savant, l'artiste, le poëte se seraient crus déshonorés s'ils avaient mis une particule devant leurs noms ; tous leurs efforts tendaient à s'élever au niveau des progrès de l'époque, époque de tendances louables, comme il ne s'en était pas encore montré, mais qui ne pouvait se maintenir longtemps à cause de la marche rapide de ces tendances.

Ma position envers les classes élevées était alors on ne peut plus avantageuse. Si dans Werther j'avais fait sentir !es désiigréments d'une position sur les limites de la noblesse et de la bourgeoisie, on me l'avait pardonné sans peine, car le ton passionné du livre était incompatible avec toute intention politique, i -i l'este, j'avais, dans Gœtz de Berlicldngen, savamment et énergiquement dépeint les

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