‹ Mémoires de GoetheChapitre 162 sur 189 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

cipak's scènes de Faust; il parut les approuver, j'ai su depuis qu'il en a dit beaucoup de bien, et qu'il avait le plus vif désir que cette pièce fût achevé le plus tôt possil^le. Lorsque nous partîmes de Karlsruhe, je laissai mes compagnons de voyage continuer leur route jusqu'à Zurich, où je devais venir les rejoindre après avoir été voir ma sœur à Emmendengin, où son mari était Oberamtmann ^ Cette visite était un sacrifice que je m'imposais, car je savais que ma sœur n'était pas heureuse, et que je ne pouvais en accuser ni son mari ni sa position. Je vais tâcher de résumer tout ce que j'ai déjà dit de cette singulière femme, si difficile à comprendre. Son caractère était d'une fermeté indomptable, tandis que son âme sensible demandait le contact d'une autre âme semblable à la sienne» Son esprit cultivé et ses talents lui auraient assuré une place parmi les femmes les plus recherchées de son temps, si la nature ne lui avait pas entièrement refusé la beauté; ce qu'il y avait de plus singulier, c'est qu'elle était toujours restée éti'angère à toute espèce de sensualité. Nous avions grandi l'un à côté de l'autre dans la plus parfaite harmonie, et elle eût voulu que sa. vie entière pût s'écouler ainsi. Pendant mon séjour à Wetzlar, Schlosser vint prendre ma place, l'amitié fraternelle qui l'avait d'abord rapproché de Cornélie, ne tarda pas à se changer en amour Le parti était sortable, elle l'aurait cependant opiniâtre ment refusé s'il lui avait inspiré de la répugnance ; elle se laissa aller à l'épouser, parce qu'il l'avait consolée de mon absence. J'avoue que, lorsque je songeais à l'avenir de ma sœur, je ne me la figurais ni mariée ni mère de famille, mais supérieure de quelque communauté religieuse. Sa facilité à gagner la confiance des jeunes personnes et à les

1 Charge qui n'a point d'équivalent en France ; elle consiste à faire Taloir, avec un grand nombre d'employés plus ou moins subalternes, les domaines d'un souverain ou d'un grand seigneur et à rendre la justice en son nom,

[N> te du Traducteur.)

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dominer sans les gêner, tenait du prodige, témoin la société qu'elle avait groupée autour d'elle, et où chacun se conduisait avec une lilDerté souvent téméraire, sitns jamais blesser les règles de la politesse et de la morale. C'est par elle que j'ai appris à vivre avec des femmes aimables dans une intimité pleine de prévenances et d'attentions, sans que de pareils rapports se convertissent en amour déclaré. Le lecteur assez pénétrant pour lire sous ces lignes ce que je n'y ai pas écrit, comprendra la gravité de l'émotion avec laquelle j'arrivai à Emmendengin. Mon séjour chez Cornélie ne fut pas de longue durée, et je partis le cœur navré de l'ordre qu'elle m'avait donné de rompre avec Lili. Ma pau\Te sœur avait beaucoup souffert pendant le long espace de temps qui s'était écoulé entre ses fiançailles et son mariage. Le loyal Schlosser ne s'était définitivement engagé qu'après avoir obtenu la promesse positive d'un emploi convenable à Carlsruhe : malheureusement sa droiture un peu rude était si connue, que le prince, et surtout ses ministres, craignaient de se trouver en contact immédiat avec lui. Sa nomination n'arriva point, mais lorsque l'Oberamtmann d'Emm?ndengin mourut, on s'empressa de l'y envoyer. Ce poste aussi honorable que lucratif, convenait d'autant mieux à sou caractère, qu'entouré d'employés soumis à ses ordres, il pouvait agir selon ses convictions, en se bornant à rendre un compte exact de sa conduite en haut lieu ; aussi l'accepta-t-il sans hésiter. N'ayant aucune objection raisonnable à lui faire, ma sœur fut obligée de le suivre, non dans une résidence princière comme elle s'en était flattée, mais dans une petite ville, sans aucune société possible et qui, par conséquent, devait lui paraître un désert. Quelquesunes de ses compagnes avaient eu le courage de l'acr nmpagner, et au milieu des privations qu'elle était obi ^,, e de s'imposer, elle jouissait au moins de l'avantage d'avoir des amies intimes auprès d'elle. Son exemple l'avait autorisée à exiger sérieusement que je me séparasse de Lili.

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